Voyage temporel : retour à Koweït-City en 1990 (V)

24/07/2017 11:38

 

Douzième chapitre : Préparatifs de guerre.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

« – Soyons sérieux, Monsieur Dupont. Et alors ? Admettons qu’ils passent la frontière, il n’y a qu’une seule route : notre aviation sera sur place pour les anéantir, les écraser ! Le chemin vers notre capitale sera leur cimetière. Ça nous laisse tout le temps nécessaire pour faire appel à nos alliés de la région et les repousser ! Vous ne faites que relayer les oiseaux de mauvais augure qui veulent faire plier mon gouvernement dans cette bataille diplomatique insensée et paniquer la population.

– Vous n’y êtes pas, mon général. Il faut deux à quatre heures à une colonne blindée pour arriver en centre-ville. Et une à deux de plus pour atteindre l’aéroport et tous les sites pétroliers. Ce n’est pas votre aviation qui les arrêtera, d’autant qu’elle sera clouée au sol par la leur…

Vous opposez combien de chars pour une petite bataille dans le désert, au juste ? »

Ali persiste à en rire…

« Je vais même être plus précis, mon général : avec tout le respect que je vous dois, ce qui importe à Saddam, ce n’est pas tant le pays, l’Émir ou la famille royale, mais seulement deux choses : les champs et raffineries de pétrole et les coffres de la banque centrale !

On m’a dit qu’il y avait près de 48 milliards de dollars dans ses coffres, alors qu’il manque justement cruellement de devises… »

Silence… « JW » a les yeux exorbités alors que le général Ali s’est calmé pour redevenir très sérieux et tire lentement une bouffée de son petit cigarillo.

« – Vous êtes à la fois bien renseigné et assez mal. Il n’y a rien dans les coffres de la banque centrale, qui ne fait que gérer les avoirs de la famille de l’Émir à l’étranger et a un rôle de banque de compensation. Car tout le reste est parqué sous bonne garde dans les caves du palais.

En revanche, le montant doit être exact, mais c’est sans compter les biens de ma famille dans les coffres suisses et encore ailleurs qui sont au moins cinq à six fois supérieurs, là où ce chien de Saddam ne pourra jamais aller les voler.

– Eh bien moi, je serai à votre place, je préparerai un plan d’évacuation d’urgence vers Ryad de ce pactole-là. Car vous n’avez que trois jours devant vous. »

Il entend bien. C’est peut-être une bonne idée.

 

« – Comment vous avez déduit tout ça assis derrière vos computers ?

– Comme vous le savez, la situation actuelle est le résultat de deux erreurs. La première, c’est la guerre contre l’Iran que vous avez d’ailleurs favorisée il y a 10 ans de ça.

– Ces chiens de persans !...

- … et la seconde est celle de la diplomatie américaine. Je vous explique…

– … Ces roumis d’infidèles ? »

C’est de notoriété publique, même en 1990, et Paul ne s’étend pas. 

 

Cette phase historique commence en fait le 22 septembre 1980 : l'Irak de Saddam Hussein attaque l'Iran islamique de l'imam Khomeiny.

Le dictateur irakien accuse son voisin de diverses provocations, y compris un attentat contre son ministre des affaires étrangères, le chrétien Tarek Aziz.

Il revendique aussi quelques îles dans la voie fluviale du Chatt al-Arab qui débouche sur le golfe Persique.

Et il prétend également porter secours aux minorités arabophones de la province iranienne du Khouzistan, la langue officielle et usuelle de l’Iran étant le persan.

Plus sérieusement, les historiens retiendront que Saddam Hussein veut profiter des luttes entre factions iraniennes pour abattre le régime de Khomeiny. Il craint une contagion de l'intégrisme chez les musulmans chiites de son propre pays.

Son agression est alors discrètement approuvée par les États-Unis et l'Europe qui craignent l'islamisme, par l'URSS qui fait face à une rébellion islamiste en Afghanistan, ainsi que par les monarchies arabes du Golfe qui voient les Iraniens, des Persans chiites, comme des ennemis traditionnels alors que toutes sont sunnites-wahhabites, hors à Bahreïn où, si la famille régnante Al Khalifa est sunnite, la population est pour les deux tiers chiite.

Alors même que l’Iran est soutenu à cette époque-là et en sous-main par Israël, en conflit comme lui avec les Arabes.

Mais la question du nucléaire iranien redeviendra plus tard et très vite rebattre les cartes.

 

Comme toujours en pareil cas, la guerre est prévue pour se régler en dix jours.

Mais en réveillant le nationalisme persan face à l'ennemi arabe, la guerre ressoude très vite les iraniens autour du gouvernement de Khomeiny qui fédère alors et de façon inespérée toutes les communautés.

Le conflit va durer huit ans en faisant plusieurs centaines de milliers de morts, le chiffre officiel de 1,2 million de morts étant probablement exagéré...

Un bilan sans commune mesure avec tout autre conflit du Moyen-Orient, y compris le conflit israélo-palestinien.

Et la tuerie se solde au bout du compte par un retour au statu quo ante et un net durcissement de la dictature irakienne.

 

La République islamique d'Iran, qui s'épuisait dans les querelles intestines à la veille de la guerre, se renforce à la faveur de celle-ci, contre l'ennemi héréditaire : les Arabes sunnites.

La présidence américaine de Ronald Reagan est au passage affectée par le scandale de l'Irangate, une livraison illicite d'armes à l'Iran, en dépit de l'embargo sur ce pays.

À Bagdad, Saddam Hussein, isolé par le pouvoir absolu et l'absence d'opposition internationale, dérive vers de dangereuses pratiques. Le dictateur massacre les chiites du sud irakien, favorables à leurs coreligionnaires et voisins iraniens. Il met au pas les montagnards kurdes du nord, qui n'en finissent pas de se battre entre eux ou contre leurs voisins, menaçant déjà le fragile équilibre du Kurdistan turc.

D’ailleurs, le dimanche 16 mars 1988, le dictateur Baasiste irakien emploie des gaz de combat contre ses propres citoyens, dans la ville kurde de Halabja, en violation de toutes les conventions internationales. Cet acte commis avec les armes chimiques fournies par les industriels occidentaux suscite pourtant une protestation molle de la part des démocraties.

 

Dès avant le conflit Irak/Iran, la France se range d’ailleurs aux côtés de l'Irak. En septembre 1974, le Premier ministre « Rakchi » rencontre Saddam Hussein, lequel fait figure de despote éclairé et modernise son pays à marche forcée en usant de colossales recettes pétrolières.

Un accord est même signé le 18 novembre 1975 par lequel la France apporte à l'Irak son savoir-faire en matière nucléaire. Elle lui livre dès 1981 quatorze kilogrammes d'uranium 235 obligeant, quelques mois plus tard, les Israéliens de se faire un devoir de bombarder le réacteur Osirak avec lequel les Irakiens se préparaient à accéder au statut de puissance nucléaire !

Dans les années 1980, et sous la présidence de « Thiersmirant », elle continue d'alimenter l'Irak en armements lourds, notamment des avions Super-Étendard utilisés contre un terminal pétrolier iranien.

Ce qui lui vaut d'être meurtrie par une vague d'attentats auxquels sont associés les services secrets iraniens : c’est l’épisode de l’assassinat de l'ambassadeur Delamare et de l’explosion de l'immeuble « Drakkar » à Beyrouth, des attentats de la rue Copernic, du magasin Tati, de la rue des Rosiers à Paris, en autres et, plus tard, jusqu’aux attentats de la rue de Rennes et du RER à la station Saint-Michel.

 

Ce confit est terminé en 1988, mais a laissé les deux pays en conflit exsangues.

D’ailleurs il faudra attendre le 15 août 1990, après l’invasion du Koweït, pour signer la paix avec l'Iran, effaçant les huit ans de guerre et les 500.000 morts irakiens, tout en restituant tous les territoires gagnés entre 1980 et 1988, et reconnaissant l'accord frontalier de 1975 donnant à l'Iran le contrôle du Chatt-el-Arab, le débouché des fleuves Tigre et Euphrate dans le Golfe persique, contre la neutralité de l'Iran dans le conflit du moment.

Saddam Hussein retire d’ailleurs une dizaine de divisions stationnées face à l'Iran pour les déployer alors sur le flanc sud face au Koweït et son débouché à la mer nouvellement conquis.

 

L'Irak de Saddam Hussein ressort de ce premier conflit long et coûteux qui l’oppose à son voisin iranien, avec une industrie pétrolière exsangue et une dette pharaonique (150 % du produit intérieur brut).

L'énorme diminution des exportations de pétrole de ces deux pays de l'OPEP – Iran et Irak – représente autant de bénéfices pour l'Arabie saoudite et le Koweït, auprès desquels l'Irak est respectivement endetté à hauteur respectivement de 45 milliards de dollars et de 15 milliards de dollars américains.

Saddam Hussein exige alors et déjà de ces deux pays arabes, non seulement l'annulation de ces dettes, mais aussi un don d'une valeur égale et les menace de représailles armées en cas de désaccord.

D’autant que la reconversion de l'économie de guerre en économie de marché s’opère lentement en Irak. Le Koweït, dont Bagdad se voulait déjà souverain en 1958 et qui avait réchappé aux menaces du Général Kassem qui revendiquait « le territoire koweïtien comme partie intégrante de l'Irak » juste après la pleine indépendance déclarée le 19 juin 1961 grâce aux appuis britannique et arabe, suscite l'ire de Saddam Hussein.

Une diminution du cours du baril de pétrole brut d'un seul dollar fait perdre 1 milliard de dollars par an à l'Irak.

Or, le Koweït, qui restreint l'accès irakien au Golfe Persique et a fortiori à la mer, produit de plus en plus de pétrole et ne respecte même pas ses propres quotas.

L'ultime casus belli arrive lorsque le Koweït est accusé de forer, en « oblique », du côté irakien de la frontière entre les deux pays.

 

Pour synthétiser la chronologie des événements que connaissent les trois convives sans qu’eux-mêmes n’aient besoin d’y revenir, les autorités irakiennes, pour justifier l'annexion du Koweït, parlent alors de sources historiques, géographiques et économiques.

Au temps de l'empire ottoman, le Koweït faisait partie d'une province, le « vilayet », dont le port de Bassorah était la capitale, sur un territoire faisant aujourd'hui partie de l'Irak.

En 1899, l'émir Moubharak le Grand avait signé un traité avec la Grande-Bretagne, faisant du Koweït un protectorat. En 1932, l'Irak obtient son indépendance, et réclame la rétrocession du Koweït dès 1933.

En 1961, aux premières heures de l'indépendance du Koweït, l'Irak avait tenté une première fois, sous le général Kassem, de s'emparer de l'émirat. Mais il en avait été empêché par les troupes britanniques...

L'Irak n'a qu'une façade de 19 km sur le Golfe et les îles de Warba et Boubiyan, sur le débouché du Golfe, ont été attribuées au Koweït, lors de la décolonisation britannique.

En 1938, les Britanniques ont rejeté une demande irakienne de construire dans la baie du Koweït un port relié par chemin de fer à l'Irak.

Ce dernier conteste également au Koweït le droit d'exploiter le champ pétrolifère de Rumaylah, à la frontière irako-koweïtienne.

Comme il vient d’être rappelé, l’Irak subit une grave crise économique après sa guerre contre l'Iran : Endettement civil et militaire supérieur au budget de l'État, chômage accéléré où 200.000 soldats ayant combattu l'Iran sont démobilisés, baisse brutale du débit de l'Euphrate et diminution de la superficie des terres ensemencées à la suite de la mise en eau du barrage Attatürk en Turquie, en Anatolie du Sud-Est.

 

Quant à l’erreur de la diplomatie américaine elle se met en place en début d’année avec la nouvelle présidence Bush (père) élu en novembre 1988 pour un mandat qui débute en janvier suivant. Or, le 15 février 1990, John Telly, secrétaire au département d'État explique à Saddam Hussein, au nom du président américain George Bush que : « Vous êtes une force de modération dans la région et les États-Unis souhaitent élargir leurs relations avec l'Irak ».

Le 24 février, au sommet du Conseil de Coopération du Golfe, Saddam Hussein fait part de ses craintes suite à l'effondrement de l'URSS : le Golfe Persique risque d'être sous contrôle total des USA. Les arabes doivent donc s'unifier.

Le 3 mai suivant, c’est le ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz qui dénonce, sans les nommer, les responsables de la surproduction pétrolière au sein de l'OPEP. Il visait le Koweït et les Émirats Arabes Unis.

 

Après la Grande-Bretagne où l'affaire a éclaté le 28 mars avec la découverte de détonateurs d'armes nucléaires, puis la Turquie, la Grèce et l'Italie, c'est maintenant en RFA l'Allemagne de l'Ouest (les 2 Allemagne ne seront unifiées qu'en octobre 1990), le 15 mai, que les douaniers interceptent une bien mystérieuse cargaison en provenance de Belgique et destinée à l'Irak.

Les autorités des pays européens sont désormais convaincues que les dizaines de tonnes de pièces en acier saisies sont en fait les composantes d'un énorme canon. L'opération douanière a d'ailleurs été baptisée Bertha, du nom du canon allemand qui avait bombardé Paris en 1918.

Malgré ses démentis, il semble que Bagdad ait bel et bien tissé une vaste intrigue internationale afin de se doter d'un canon d'une portée de plusieurs centaines de kilomètres, qui lui donnerait la suprématie militaire au Proche-Orient.

Selon les experts, le fût du canon, d'une longueur de 40 mètres, serait capable de tirer des obus nucléaires, chimiques ou biologiques.

Les douaniers anglais ont indiqué que les pièces saisies avaient été usinées selon les plans de Gérald Bull, un expert en balistique.

Or, ce Canadien a été abattu le 22 mars à Bruxelles...

 

Et c’est l’escalade. Lors de la fête nationale en Irak, le 14 juillet 1990, date anniversaire de la révolution irakienne, il y a donc seulement quelques jours, le président Saddam Hussein adresse à son peuple un message virulent : l'Irak serait victime d'une vaste conspiration impérialiste.

Seule sa puissance militaire lui évite pour l’heure de subir une agression.

Le 17, Saddam Hussein accuse certains pays du Golfe de provoquer une baisse des prix du pétrole à l'instigation des « cercles impérialistes et sionistes ».

Il annonce alors que « les guerres peuvent être déclarées pour des motifs économiques ».

C'est la première fois que le Raïs évoque la possibilité d'une intervention militaire : si les discussions entre l'Irak et le Koweït concernant les modifications de frontières n'aboutissent pas, l'Irak sera obligé de faire valoir ses droits.

En fait, dès le début du mois de mars, après le refus koweïtien de lui louer les îles de Warba et Boubiyan, Saddam Hussein avait demandé à son état-major de préparer des plans d'invasion...

 

Au lendemain de cet avertissement public lancé par Saddam Hussein, les leaders koweïtiens se réunissent à Koweït-City aux côtés du roi Fahd d'Arabie, du roi Hussein de Jordanie et du président du Yémen. Le ton est ouvertement à l'inquiétude.

En effet, ils n'ignorent pas les préparatifs militaires en cours sur le sol irakien. Mais l'invasion de l'Émirat leur paraît impossible.

L'Irak réclame au Koweït 10 milliards de dollars, dont 2,4 milliards en compensation du pétrole « volé » depuis 1980 aux puits de Rumaylah la zone pétrolifère irakienne jouxtant la frontière koweïtienne.

L'Irak réclame également l'effacement de ses dettes et Saddam Hussein considère avoir défendu les intérêts arabes contre l'expansionnisme iranien.

La question est posée mais aucune réponse n'est apportée alors que le temps presse.

Cependant, personne, parmi les hauts dirigeants koweïtiens, ne songe un seul instant de prendre quelque disposition militaire que ce soit !

 

Le Conseil national du Koweït rejette le 19, les accusations de l'Irak et propose la constitution d'une commission arabe pour régler le problème des frontières.

Une lettre est même envoyée au Secrétaire général de l'ONU pour l'en informer.

Le samedi 21, Bagdad accuse le Koweït d'avoir refusé une solution purement arabe et de préparer le terrain à une intervention de forces étrangères dans le Golfe en faisant appel à l'ONU pour régler son différend avec l'Irak.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères se rend à Bagdad et à Koweït-City pour désamorcer la crise, tandis que le Secrétaire général de la Ligue arabe, Chedli Klibi, est reçu par l'émir du Koweït. Mais ces démarches de bons offices essuient un échec...

Au sommet du 23 juillet, réuni à Alexandrie, le roi Hussein de Jordanie et le président égyptien Hosni Moubarak, auxquels se joint le ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz, l'Égypte entame alors de ce fait une mission de bons offices.

C'est encore un échec...

Le lendemain, l’Irak rejette la proposition koweïtienne d'une commission arabe pour le règlement du conflit, sous prétexte que le problème est « bilatéral », et masse 30.000 soldats à la frontière. Le président égyptien Hosni Moubarak se rend en Irak et au Koweït pour essayer d'organiser une réunion quadripartite avec l'Égypte et l'Arabie Saoudite. C'est toujours un échec...

À la télévision, Moshe Arens, ministre israélien de la Défense, considère que « Saddam Hussein n'a rien à craindre tant qu'il ne menace pas la sécurité d'Israël » : il se lave les mains de ce « proto-conflit » qui ne le concerne pas.

Point clé pour comprendre l’enchaînement qui va suivre, le 25 juillet 1990, Saddam Hussein rencontre l'ambassadrice américaine à Bagdad, April Glaspie. Celle-ci, bien au fait de ce qui se prépare, déclare que : « nous constatons que vous avez amassé des troupes nombreuses à la frontière », et lui laisse entendre que « les États-Unis n'ont pas d'opinion sur les conflits opposant deux pays arabes », considéré comme d’une simple querelle entre voisins.

« L’erreur déterminante de la diplomatie américaine », rappelle Paul au général Ali et à William sans « t ». 

 

C'est alors que le Koweït augmente unilatéralement sa production de 20 % en rompant la solidarité entre les pays exportateurs de pétrole. Cette mesure fait chuter les cours, à la grande satisfaction des consommateurs occidentaux.

Mais l'Irak perd les deux tiers de ses recettes pétrolières.

Qui plus est, l'émir du Koweït, Jaber al-Sabah, refuse toujours d'annuler la dette de 15 milliards de dollars contractée par l'Irak pendant la guerre contre l'Iran !

 

Le 26 juillet, la CIA reçoit des rapports selon lesquels deux divisions irakiennes ont quitté leur cantonnement pour faire mouvement vers l'émirat. Dorénavant, plus de 30.000 soldats irakiens sont postés sur la frontière. Les photos satellite confirment tous ces mouvements.

Washington prévient des responsables arabes de la région.

Le Koweït, l'Arabie Saoudite et l'Égypte déclarent que ce n'est qu'un chantage : Saddam Hussein veut seulement faire pression à l’occasion des négociations. Les missions de médiation se poursuivent donc à Bagdad, avec la visite de Yasser Arafat, chef de l'OLP...

Le lendemain 27, à Genève s'ouvre une conférence de l'OPEP. Sous la pression de l'Irak, le Koweït et l'Arabie Saoudite acceptent d'augmenter le prix du baril de pétrole de 3 dollars. Celui-ci passe ainsi à 21 dollars, au lieu des 25 dollars espérés par l'Irak.

Le 29 juillet, Yasser Arafat est reçu par l'émir Jaber du Koweït, qui refuse de parler des 10 milliards de dollars réclamés par l'Irak pour l'affaire de Rumaylah.

Le lendemain, le roi Hussein de Jordanie effectue une mission de médiation à Bagdad et au Koweït. C'est encore un échec...

Les ultimes échanges diplomatiques irako-koweïtiens s’organisent le lendemain à Djeddah. Les Koweïtiens semblent finalement d'accord pour un prêt de 9 milliards de dollars.

Mais les Irakiens en ont demandé 10 et ils ressentent cette discussion sur le montant comme une volonté de les humilier.

Le roi Fahd d'Arabie se propose d'offrir le milliard de dollars qui reste.

L'Irak exige l'ouverture d'entretiens bilatéraux à Bagdad.

Mais les Irakiens et les Koweïtiens s'accrochent toujours au sujet de la reconnaissance de leurs frontières.

La rencontre de Djeddah du surlendemain, en Arabie Saoudite, qui devait permettre de désamorcer une crise apparue au grand jour depuis deux semaines seulement, se solde par un dernier échec...

Égyptiens et Saoudiens espèrent cependant renouer le dialogue rapidement. Prudents, ils refusent de prendre parti.

Quelques jours plus tôt, Hosni Moubarak, président d'Égypte, a rendu visite à Saddam Hussein à Bagdad. Il l'a assuré qu'il n'utiliserait pas la force tant que les discussions avec le Koweït continueraient.

Et selon certaines sources, l'Iran aurait donné l'assurance à Bagdad qu'il n'interviendrait pas dans son différend avec le Koweït...

Le 30 juillet, au moment où « Charlotte » qui n’est pas encore « Charlotte » débarque dans les locaux de l’AFP local à Koweït-city, une réunion de médiation est organisée à Djeddah. Elle échoue également.

Au même titre que les pourparlers entretenus secrètement avec le palais de l’Élysée s’interrompent.

 

Paul sait qu’après-demain, mercredi 1er août, la délégation irakienne quittera Djeddah, le Koweït n'ayant pas fait de nouvelle proposition mais n’en fait pas mention.

Et la nouvelle se répandra dans Koweït-City comme une traînée de poudre : les négociations sur le grave contentieux territorial et financier entre le Koweït et son puissant voisin irakien ont échoué.

Mais on n’en est pas encore là : il y a lieu d’en rire, semble-t-il.

Pourtant, on avait parlé de « rencontre de la dernière chance ». De plus, la capitale koweïtienne sera en proie durant 24 heures aux rumeurs les plus folles, et des diplomates occidentaux en poste dans la ville ont prévenu leurs gouvernements respectifs de la présence de plus de cent mille soldats irakiens à la frontière nord du Koweït.

Saddam Hussein, le maître de Bagdad, aurait aussi massé 300 chars et des centaines de pièces d'artillerie lourde dans ce secteur...

Et ce matin-là, le journal gouvernemental irakien Al-Joumhouria indiquera que le contentieux entre les deux pays est loin d'être un simple « petit nuage d'été » qui finira par se dissiper...

 

Conclusion logique : le dictateur irakien croit comprendre que la diplomatie américaine approuve finalement sa décision, poussé par l’intransigeance koweïtienne, et que les États-Unis n'interviendront pas dans le conflit qu’il prépare. Dans le même temps, le Département d'État américain, le ministère des affaires étrangères, rappelle opportunément qu'aucun accord de défense ne lie les États-Unis au Koweït !

Le piège se referme : les Occidentaux craignent finalement que l'appropriation par l'Irak des ressources pétrolières du Koweït ne déséquilibre le marché du pétrole. Plus sérieusement, il semble que les dirigeants américains aient choisi de tirer parti de Saddam Hussein et de ses foucades pour installer une base militaire au milieu des champs pétrolifères du Golfe Persique.

L'implosion de l'URSS, au même moment, leur laisse les mains libres.

 

« Je suis au courant pour l’ambassadrice américaine à Bagdad. Il ne peut pas en aller autrement puisque les roumis américains ne sont liés par aucun accord de défense : et nous ne verrons jamais de troupes de « croisés » en Terre sainte ! Pas question… » s’emporte le général Ali.

Comme quoi, la cécité situationniste reste une maladie contagieuse et incurable chez tous les sujets « politiques », même les plus brillants et les plus « ouverts ».

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/07/laudato-si-xii.html

 


Chapitre précédent :

Voyage temporel : retour à Koweït-City en 1991 (III)

 

Dans le domaine du voyage temporel, les chapitres les plus intéressants du roman « Mains invisibles » sont :

Le capitaine de frégate Paul de Bréveuil entre dans la légende (1/5)

Le capitaine de frégate Paul de Bréveuil entre dans la légende (2/5)

Le capitaine de frégate Paul de Bréveuil entre dans la légende (3/5)

Le capitaine de frégate Paul de Bréveuil entre dans la légende (4/5)

Le capitaine de frégate Paul de Bréveuil entre dans la légende (5/5)

 

Voyage temporel et Service Action du futur (1/3)

Voyage temporel et Service Action du futur (2/3)

Voyage temporel et Service Action du futur (3/3)

 

Mains invisibles II : Haddock

 

Tandis que l’aventure temporel qui propulse le capitaine de frégate Paul de Bréveuil à Koweït-City au début de la guerre du Golfe est décrite dans les chapitres suivants du roman « Laudato si… » :

Voyage temporel : retour à Koweït-City en 1990 (I)

Voyage temporel : retour à Koweït-City en 1991 (II)

Voyage temporel : retour à Koweït-City en 1991 (III)

Voyage temporel : retour à Koweït-City en 1990 (IV)

 

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