Une vie de pilote de ligne

17/02/2015 00:59

 

Au bord de la piscine au Sheraton de Doha…

 

 

Le dossier du détournement des indemnités de la guerre du Golfe de 1991 commence à être médiatisé.

En un mois, c’est près de 70 quotidiens et d’hebdomadaires qui ont reçu le livre « Les Milliards disparus de la Division Daguet ».

La pression monte dans les rédactions et l’Omerta ne sera bientôt plus tenable.

 

La probabilité d’une divulgation au public devient de plus en plus élevée et de nombreuses personnes m’ont posé cette question : « Mais où as-tu eu l’information ?... »

J’ai toujours été très vague : « J’allais souvent dans les pays du Golfe lorsque j’étais captain B747… »

Franchement flou…

Mais je vais essayer d’en dire un peu plus.

 

Aussi, je vais prendre comme exemple le mois d’octobre 1997.

Je reporte ci-dessous le relevé de mes heures de vol pour ce mois précis :

Ce qui donne une activité mensuelle assez intense :

Le 01 : Seychelles-Paris ;

Le 13 : Paris-Dharan (Golfe persique) ;

Le 14 : Dharan-Bahrein-Doha :

Le 15 : Doha-Dehli ;

Le 16 : Dehli-Bombay ;

Le 17 : Bombay-Dubaï ;

Le 18 : Dubaï-Paris ;

Le 23 : Paris-Los Angeles ;

Le 26 : Los Angeles-Paris ;

Le 31 : Paris-Bombay.

 

C’était un mois normal où je suis revenu de l’Océan Indien pour filer ensuite dans le Golfe et en Inde, pour revenir à Paris et emmener 350 passagers à los Angeles, revenir de nouveau à Paris pour repartir vers Bombay.

Ceci est un exemple d’une vie de pilote de ligne long-courrier qui parcourt la planète avec des passagers, ou du fret comme c’était souvent le cas à l’époque car nous avions huit B747 Cargo Pélican.

C’est une vie fantastique mais aussi épuisante car le corps ne se fait jamais au décalage horaire.

Aussi, nous sommes logés souvent dans des hôtels très confortables pour nous reposer le mieux possible pour une évidente question de sécurité.

 

Je vais prendre, à titre d’exemple, l’escale de Doha, au Qatar, où je suis resté 36 heures dans un hôtel magnifique, le Sheraton, situé au bout de la "Corniche" et à 10 minutes à pied de notre Ambassade.

Je n’oublierai jamais cette escale pour deux raisons.

La première est que nous sommes arrivés un jour férié car le Sheik Al-Thani était rentré au pays après une opération chirurgicale réussie en Europe ; le soir a été l’occasion d’un feu d’artifice de 45 minutes…

La seconde raison est encore plus inoubliable.

J’étais tranquillement installé sur un transat au bord de la piscine lorsque mes très proches voisins se sont révélés être des français.

Rien d’exceptionnel jusque-là.

Par contre, les discussions diplomatiques dont j’ai bénéficié en toute innocence curieuse furent absolument stupéfiantes.

Ils sont bavards ces diplomates…

 

La disparition des indemnités de la guerre du Golfe était un véritable secret de Polichinelle dans nos représentations diplomatiques du Koweït, de Dubaï, des Emirats Arabes Unis, d’Arabie Saoudite.

Les Emirs se gaussaient de nous…

Alors évidemment, je ne dis pas que ce sont ces diplomates qui m’ont informé de ce crime contre nos Armées et contre la démocratie.

C’est peut être à un autre moment, et ailleurs.

J’ai un devoir de protection des personnes qui m’ont informé.

 

Sur l’affaire que je traite, il y a de quoi faire un Thriller…

Et si je l’écrit un jour, il y aura la rencontre d’un pilote de ligne en escale avec une jolie attachée d’Ambassade fascinée par les aventures aéronautiques.

Bien sûr, ce sera une fiction !...

 

Enfin, maintenant que je suis en retraite je garde la nostalgie d’une période absolument passionnante de ma vie.

Superbe !...

 

Jean-Charles DUBOC

 

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Sujet: Une vie de pilote de ligne

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