Un jeu syndical incroyable…

28/04/2016 13:43

 

Ce que personne ne vous a dit sur la loi « El Konnerie » !

 

Et c’est totalement invraisemblable, finalement. Vous assistez, presqu’incrédules à la décomposition du paysage « syndicalo-politique », presqu’en direct, alors que globalement, au démarrage, ce projet de loi ne trouvait que 18 % d’opinion défavorable : Pensez, simplifier le droit du travail, absolument génial comme objectif !

D’ailleurs, j’ai été le premier (ou un des premiers) à affirmer qu’il fallait le faire.

À la clé, une « souplesse » qui aurait permis d’envisager des embauches nouvelles.

Les « intentions » (d'embauche) seraient d’ailleurs en hausse d’après un sondage auprès d’une partie des 2,3 millions d’établissements répertoriés par « Lyne-sait » (tout), pour environ 83.000 recensées : Une goutte d'eau dans la marée des millions de chômeurs décomptés, mais quand même.

Et puis vlan, une méga-fuite organisée en amont de la présentation du papelard en Conseil des ministres (les meks ne savaient donc même pas de quoi il retournait), et c’est la bronca généralisée : Défilé de « syndicaleux », grève générale ici et ailleurs, les lycées et les facultés qui montent au créneau et bloquent les « établissements du savoir », eux qui savent tout mieux que quiconque, des « zadistes » jusqu’au cœur des parigots et des volées de bois-vert jusqu’au sein du parti des « soces ».

Formidable, non ?

Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que le texte soit vidé peu-à-peu de sa substance ?

Et bien le débat en devient surréaliste !

D’un côté, le texte s’enkyste peu à peu comme un symbole de plus de l’abandon par le « Capitaine-de-pédalo-à-la-fraise-des-bois », qui pédale en rond, autour du thème du « retournement de veste » de toutes les valeurs de gauche foulées au pied !

Des polémiques qui nourrissent un fond de contestation dont « la Nuit Debout » n’est que l’un des visages.

Pour « François III », elle est en tout cas porteuse d’une défaite dès le premier tour aux prochaines élections présidentielles.

D’un autre côté, elle se vide chaque jour un peu plus de son substrat « libéral » parce que le gouvernement tente d’arrondir les angles et fait des petits cadeaux aux contestataires.

Et dans ce contexte étrange, la mollesse du « boss des boss » du MEDEF vis-à-vis d’un projet de loi de plus en plus éloigné de ses intérêts ne manque pas de surprendre…

On l’a connu plus coriace sur le renoncement à plafonner les indemnités de licenciement, sur la taxation supplémentaire des CDD (dont l’intervention brouillonne de « François III » et de ses ministres qui soufflent tour-à-tour le froid et le chaud, ne permet plus de savoir si elle aura lieu ou pas), ou sur la confusion en matière de licenciement économique.

Une « mollesse » qui met le président du MEDEF en difficulté même en interne. Beaucoup de ses adhérents sont des fédérations professionnelles où les petites entreprises sont majoritaires, ou en tout cas influentes (on pense à l’intérim, au Syntec, à la Propreté, au Bâtiment), et où le projet de loi passe mal.

La grogne est de plus en plus forte et le pousse, sans doute contre son sentiment, à boycotter les prochaines négociations de l’assurance-chômage…

Curieux, non ?

D’autant qu’il arrondit les angles lui aussi et comme il peut, et propose régulièrement de «ne pas taper » sur le gouvernement.

En coulisse, il ne s’en cache pas : Il faut épargner « Menuet-Valse » !

Mais quelle puce lui démange-t-elle l’oreille ?

Simple pour certaines mauvaises langues : Les affaires du président du MEDEF appartiennent à la complexe galaxie de l’industrie aéronautique gauloise, où se fâcher avec le gouvernement obéit à un art subtil.

Il est des sujets où l’on peut se livrer à un véritable combat de boxe, comme la fiscalité des entreprises, et plus encore la fiscalité des patrons.

Mais il est des sujets qui valent bien une messe officielle : Jamais on ne verra un patron de l’aéronautique se fâcher avec le pouvoir pour une histoire de droit du travail dans les petites entreprises !

Cette sensibilité patronale à l’influence gouvernementale n’est pas propre à l’univers de l’aéronautique. Elle a aussi joué à plein dans le secteur des travaux publics où l’ancien président de la fédération éponyme, n’a jamais hésité à plaider pour la relance des investissements publics massifs !

Un patron aussi peu libéral, c’est du pain béni pour un « État-mange-tout » : On ne crache décidément pas dans la main qui vous donne à manger !

Et les commandes publiques « achètent » les « patroneux »…

Ces alliances naturelles (et discrètes) qui rappellent qu’il existe, comme aux États-Unis, un complexe militaro-industriel qui a tout d’un gouvernement profond qui vous est inaccessible.

Les partenaires sociaux ont pu le vérifier dans l’étrange cadeau que « François III » s’obstine à faire à « Pierrot-Gâte-gaz » depuis plusieurs années : Reconnaître au MEDEF une présomption irréfragable de représentativité quand ce dispositif inventé sous De Gaulle a été supprimé par « Bling-bling » pour les syndicats de salariés.

Et oui, c’est dans le projet de loi présenté…

Le coup avait déjà été tenté avec la loi « Rab’ s’amène » et c’est finalement l’article 19 de la loi « El-Konnerie » qui le prévoit : Sans aucune mesure d’audience, le MEDEF devrait être officiellement reconnu comme l’organisation patronale légalement majoritaire en « Gauloisie-des-boss ».

Un choix qui ne manque pas de surprendre, dans la mesure où ceux qui connaissent un peu les milieux patronaux savent que le MEDEF est un mouvement confédéral et non fédéral : Il reçoit les adhésions de fédérations, et non d’entreprises !

Si l’on faisait directement voter les patrons pour un syndicat patronal, le MEDEF ne remporterait certainement pas l’élection.

D’ailleurs, c’est complètement différent ailleurs et même à la marge à la CGPME, par exemple : Les Fédé-locales, directement issues des adhésions-terrain, participent activement à l’activité de la confédération qui les représente.

D’ailleurs, elles sont parfois « très indépendantes » de la conf’ de la Défense.

Le MEDEF n’est pas présent dans les terroirs, alors que je peux témoigner de l’activisme de la CGPME un peu partout dans « les pays », au service de leurs adhérents.

C’est d’ailleurs une évidence : La MEDEF n’est finalement qu’une émanation des « Maîtres des forges », regroupés dans leur syndicat des Industries métallurgiques et mécaniques (IUMM). Pensez donc que le commerce, petit et grand, n’existe au MEDEF qu’à travers un seul fauteuil d’administrateur attribué au CNC (Confédération Nationale du Commerce) !

C’est vous dire que la plupart adhère ailleurs.

Or, sans commerçant, l’industrie peut toujours aller se brosser pour vous vendre au détail sa production : Il n’y a que les constructeurs de bagnoles qui sont équipés pour faire face avec leurs réseaux de concessions (qui leur coûte si cher à entretenir… mais comme c’est vous qui payez, ce n’est pas bien grave pour eux !) : Je sais, j'y ai été.

Une stratégie du MEDEF qui consiste à graver dans le marbre une représentativité imaginaire qui n’est pas un accident de l’histoire, mais bien le produit d’un énième cafouillage d’un gouvernement dont la cohérence fut plus d’une fois prise en défaut. Il s’agirait plutôt d’une volonté affirmée de « François III » : Le MEDEF doit rester l’organisation patronale majoritaire coûte-que-coûte.

Et l’enjeu ne se limite pas à une simple affaire de mains serrées sous les ors des salons de la République : Elle a un impact financier direct, puisque la représentativité patronale sert de clés de répartition pour le fonds paritaire créé par la loi de mars 2014 (loi « Pas-sain ») sur la formation professionnelle, tout simplement !

À  l’occasion de cette loi, on se souvient que le gouvernement a fait le choix de transformer les différentes cotisations servant à financer les organisations syndicales en une taxe nouvelle sur les salaires, infinitésimale certes, mais qui permet de dégager bon an mal an 50 millions d’euros pour le « financement du paritarisme ».

Je me souviens qu’on m’avait fait le coût pour mes « petites-crèches » : Elles étaient toutes affiliées à la « convention 51 » dite « FEHAP » (des cliniques privées), pour des questions de commodité. Mes personnels y étaient habitués pour être peu ou prou issus des formations et milieux médicaux.

Et un décret d’extension voulait nous faire passer d'autorité sous la « convention 84 »  (des centres sociaux), une sorte de « convention-collective-balai » pour toute association employant des salariés.

Malcommode pour nos activités où les postes, fonctions, responsabilités, compétences, diplômes et formations étaient totalement inconnus.

Mais la première chose que ces kons ont faite, c’était de nous réclamer le paiement d’une cotisation et d’une participation au « financement du paritarisme ».

Si !

Et avec sommation d’huissiers à tes frais !

J’ai refusé de payer et réussi, avec d’autres, à avoir deux rescrits ministériels (du travail et de la famille) exonérant l’application de « la 84 » pour tous adhérents à la « 51 ».

Sur cette cagnotte, la moitié va aux organisations de salariés, et l’autre moitié aux organisations patronales. Elle rapporte environ 15 millions d’euros au MEDEF, soit un bon tiers de son budget.

Vous pigez mieux ?

Pour le MEDEF, le maintien de la représentativité est donc un enjeu financier : Il permet de faire payer par les entreprises et les salariés une part importante de ses frais de fonctionnement.

Mais pourquoi, se demandera-t-on, « François III » tient-il absolument à asseoir le MEDEF (et pas seulement son patron) comme l’interlocuteur patronal principal du gouvernement, en s’asseyant allègrement sur les principes d’audience que « Bling-bling » avait imposés pour les syndicats de salariés ?

Pour défaire une fois de plus ce que son prédécesseur avait fait ?

Pas seulement car de ce fait, il apparaît finalement infiniment moins respectueux de la démocratie sociale que n’a pu l’être son prédécesseur !

Deux raisons peuvent expliquer ce choix profondément réactionnaire de la part d’un Président qui avait annoncé une grande lutte (jamais menée) contre la finance.

– La première raison est circonstancielle. Les élections approchent et « François III » aura besoin d’argent et de soutiens pour sa campagne, d'autant que le nombre d'encartés s'épuise dramatiquement, s’il commet la folie qui lui tient à cœur de se présenter à sa propre succession. En 2012, déjà, il avait pu compter sur le soutien éclairé de quelques mécènes, dont son ancien camarade de promotion, le boss d’Axa sur le départ.

Par les temps qui courent, un petit cadeau au MEDEF n’est donc pas mal venu.

– La deuxième raison est plus profonde : Il est avant tout un énarque de pure souche. Il aime l’économie conçue comme un « jardin à l'anglaise », c’est-à-dire de grandes étendues de gazon tout-propre, débarrassées de toutes ses scories inutiles, de ses touffes colorées et disparates, que le directeur de la protection sociale de l’UIMM avait appelée, il y a quelques mois, la « concurrence émiettée ».

Toutes ces petites entreprises, avec leurs patrons aux mains calleuses, aux ongles sales, aux doigts tâchés de cambouis, au rire gras, amateurs de mauvais vin, de calembours à la kon et de voitures clinquantes, pour lui le prince régnant, c’est l’horreur !

Qu’ils végètent, pourquoi pas, mais à condition d’être matraqués fiscalement en expiation de leurs fautes, mais qu’ils ne s’avisent surtout pas de fréquenter les palais de la République.

Ceux-ci doivent être réservés aux gens fréquentables, qui ont pignon sur rue dans des mouvements financés par les entreprises des noyaux durs…

Et depuis, face à cet entre soi de cols blancs aux bonnes manières, qui s’adressent des sourires de complaisance au bal de la Cour, les mouvements patronaux alternatifs grondent et grognent. Une coalition de laissés-pour-compte a même grossi les rangs des contestataires qui appellent au retrait de la loi.

Elle rassemble l’UNAPL (mouvement des professions libérales, qui espère depuis plusieurs années toucher le pactole du « financement du paritarisme »), l’UDES (les patrons de l’économie sociale), et l’UPA (Union des Artisans), alors que la CGPME préfère se partager le pactole avec le MEDEF, l’allié aux élections professionnelles : On ne crache toujours pas dans la main qui vous nourrit !

Le fait que l’UPA ait rejoint cette coalition est un élément important. L’UPA est en effet reconnue comme représentative au niveau nationale et constitue l’une des trois forces qui négocient les accords interprofessionnels. Son ralliement à la contestation s’explique par le « tour de cochon » que lui ont joué le MEDEF et la CGPME en signant un accord dans son dos répartissant 90 % des voix d’autorité dans les structures paritaires, ni plus ni moins.

Pour la CGPME, c’est un véritable dilemme qui s’ouvre.

D’un côté, demander le retrait de la loi à ce stade est un exercice compliqué pour les raisons exposées ci-dessus : Le MEDEF a passé un accord avec la CGPME pour se partager le magot du paritarisme sans mesure effective de l’audience de ces organisations parmi le monde patronal. Cette mesure de sécurisation et de consolidation dans un monde de plus en plus précaire constitue un avantage important qu’il est difficile de jeter aux oubliettes.

De ce point de vue, le MEDEF l’a joué fine en arrimant à lui la CGPME dans cette aventure.

D’un autre côté, la grogne monte. Si le député « Sir-aigu », rapporteur de la loi, a « fait le taf » en adaptant la définition du licenciement économique aux problématiques des petites et très petites entreprises, la taxation des CDD constitue un casus belli majeur. Pour l’instant, l’équilibre est encore suffisant dans la loi pour ne pas appeler à son retrait, mais il ne faudrait pas de goutte d’eau supplémentaire.

Un amendement malheureux, une concession nouvelle du gouvernement, mettrait en effet la CGPME au bord d’un précipice…

Et c’est le sens caché de l’intervention du « Boss des boss » en conférence de presse ce mardi dernier. Le président du MEDEF a même menacé, comme la CGPME l'a confirmer plus tard, de quitter la table de négociation si le gouvernement ne revenait pas à de meilleures intentions.

La pression des fédérations a fait son œuvre.

Bref, les enjeux de la loi « El-Konnerie » sont de plus en plus internes au monde patronal, à défaut d’espérer encore créer de l’emploi.

Et il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les patrons, à leur tour, réclament son retrait.

D’autant que le MEDEF a fait son boulot sur une autre question, celle de la retenue à la source, assez peu contestée dans ses rangs, quand il a s’agit d’espérer de se charger de la prélever avec un taux de recouvrement prévisionnel de l’ordre de 99,9 %.

Et ainsi de transformer les entreprises en auxiliaire du fisc, en mobilisant des milliers de personnes pour ajuster les taux tous les mois en fonction du mariage, du divorce, du décès, du déménagement ou du sens du vent et de la force des vagues…

Une source d’informations précieuses et inespérée pour gérer « finement » leurs effectifs pléthoriques !

Alors que dans les PME et TPE, voire même les ETI, l’intérêt reste limité, voire se transforme en contrainte supplémentaire qui va probablement gâcher, en plus, les fragiles équilibres sociaux dans les entreprises.

Si le Medef n’a rien dit et n’a pipé mot, c’est parce qu’il devait y avoir la loi « El Konnerie » et que cette loi valait « bien une messe », en l’occurrence un prélèvement à la source qui va emmerder toutes les entreprises et se transformer en sac de nœud monumental, mais les gains par ailleurs étaient tels que l’on pouvait faire cette concession.

Dès lors, si le MEDEF n’a pas sa loi « El Konnerie » et son article 19, mais en plus les CDD qui vont lui coûter plus cher et, enfin, qu’il devra prélever l’impôt dont ils seront tenus responsables, là tout devient possible…

Autrement dit, il vient de se faire enfler dans les grandes largeurs !

Et comme le MEDEF n’est pas bon joueur, il va passer à l’antijeu !

Et l’antijeu, c’est la grève du recrutement, c’est le blocage des instances paritaires pour laisser le gouvernement légiférer et c’est mettre des bâtons dans les roues à un gouvernement en bout de course en attendant le suivant !

Pour le moment, le MEDEF, et sauf rebondissement ces prochains jours, se contente d’un ultimatum au sujet de la convention de l’assurance chômage, ultimatum ne servant pas à grand-chose et avant tout symbolique.

C’est après que les choses vont se compliquer pour le gouvernement.

Quand les entreprises expliqueront aux salariés que ça va être très, très compliqué la retenue à la source, personne n’en voudra et, soit « François III » devra reculer une nouvelle fois et à quelques semaines des présidentielles, soit il les perdra sur ce sujet ou celui de l’emploi. 

Cette gestion « syndicalo-politique » de l’intérêt supérieur de la Nation (et très accessoirement de l’ensemble de ses citoyens) est finalement effrayante par sa capacité à se créer elle-même les conditions de ses propres problèmes, comme si ceux existants naturellement n’étaient pas suffisants !

Notons enfin, qu’il n’y a pas plus facile pour les entreprises que de s’assurer de l’impossibilité totale pour le « Capitaine-de-pédalo-à-la-fraise-des-bois » d’inverser la courbe du chômage, voire même de l’augmenter histoire de bien achever ce quinquennat-perdu et minable en freinant des « quatre-fers » en attendant l’arrivée d’un nouveau président.

C’est peut-être le meilleur service que rendra le MEDEF à ce pays (celui que j’aime tant…).

Mais bon, il reste toujours la possibilité que ces « plans sur la comète » se fracassent sur « Le Front » : C’est le peuple qui en décidera !

Et là, plus personne n’en rigolera comme aujourd’hui…

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/04/un-jeu-syndical-incroyable.html

 

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