Ultime récit : Chapitre vingtième

25/08/2017 13:39

 

La poursuite du voyage.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Par acquis de conscience, il continue de scruter tous les horizons. On ne sait jamais, les « pierres » peuvent revenir. Peut-être même que les cargos chargés de Krabitz arriveront à saturer l’espace, comme au cinquième saut en bordure de la galaxie de départ.

Avec les maigres ressources de son petit générateur quantique, il décide de se rapprocher de la sonde qui aura été larguée avant la disparition du vaisseau.

Il n’a pas le souvenir d’avoir fait la manœuvre, mais qui sait…

Avec quelques efforts, il finit par la repérer et navigue à petite allure dessus et là, surprise, aucun moyen que les cargos de Krabitz ne parviennent jamais en cet endroit reculé : la partie en charge de retourner sur la balise précédente est toujours bien accrochée à la sonde.

Elle a été larguée, mais par retournée à son envoyeur, la bouée 94. Moment de sombre désespoir en vue : même les Krabitz ne peuvent pas venir jusqu’à lui !

Il ne sera pas possible de retourner au point de départ, d’expliquer le problème au « Gouverneur », de s’emparer du vaisseau « second » de la légion pour poursuivre l’exil des Krabitz…

Foutu et bien foutu !

Radicalement foutu : il ne verra jamais grandir ses gamins. Il ne vieillira plus très longtemps, désormais…

 

Quand tout d’un coup, alors qu’il somnole, les alarmes retentissent : les « agresseurs » sont-ils de retour ?

Panique !

Avec le peu d’énergie qu’il a encore en réservoir, la lutte prochaine sera largement déséquilibrée. Même pas sûr que le champ de protection puisse fonctionner très longtemps.

Et la première fois, il avait été utile compte tenu du dégagement d’assauts de rayonnement ionisant qu’il avait encaissé et qui avait tant secoué sa barge. Sans cela, il n’aurait eu d’autre issu que de fuir. Vers où, vers quoi au juste ?

Non, apparaît à proximité de la bouée restée inerte la seconde partie d’une des sondes, puis quelques instants plus tard, pas très loin, le vaisseau de la légion piloté par Axel, alors que tombe des haut-parleurs sa voix en même temps que se précise la position des deux appareils détectés !

Pour une surprise, c’est une sacrée surprise !

Ça alors…

Au fil de leur rapprochement, la conversation devient plus fluide :

« – Mais t’étais où ?

– J’ai mis à l’abri le vaisseau…

– Un 96ème saut ?

– Oui !

– Mais avec quelle réserve d’énergie ? »

Avec ce qui restait. Un petit saut, pas grand-chose, puisque la machine s’était rapidement mise en rideau faute d’énergie.

 

Nouvelle alerte d’intrusion : des « agresseurs » sont détectés à quelques 33 minutes-lumière de distance, venant d’un axe nouveau.

Ce n’est pas possible, ils ont un détecteur de masse super-sensible ceux-là. Probablement comme ceux qui équipent le vaisseau de la légion.

« – Paul, vous embarquez le plus vite possible. Je récupère la sonde 95 et la balise 96 et on décampe !

– Je vote pour. »

Refaire un gymkhana pour repousser l’assaut des « courgettes » avec une autre barge, c’est l’autre option.

Mais c’est nettement plus intelligent de « sauter » l’étape 95, d’aller se réfugier au « 96 » et de n’envoyer vers la « balise 94 » que la dernière sonde. Si la zone est sûre, au moins les Krabitz n’auront pas à se faire massacrer par les « pierreux-agressifs » qui infestent le secteur.

« Pas pour rien que nous sommes des « Homos-Plus ». Plus évolué, plus amélioré, plus intelligent, plus augmenté ! »

Mais oui, c’est cela…

On ne va pas contrarier la main salvatrice tendue, n’est-ce pas, en pense Paul.

« – Tu aurais pu avoir l’idée avant mon largage…

– Mieux vaut tard que jamais », ou quelle que chose comme ça.

 

C’est la quatrième fois qu’il fait la manœuvre de rapprochement. Les barges  de secours sont conçues pour évacuer. Pas pour servir de liaisons. Même si la programmation reste utile pour la manœuvre.

Qui consiste à s’approcher à vitesse réduite du vaisseau. Comme il ne s’agit pas d’user du réacteur de propulsion orienté vers le vaisseau pour ralentir afin d’éviter d’abîmer son revêtement inerte, il faut donc ralentir la barge en exécutant des embardées en spirale grâce aux moteurs auxiliaires d’attitude, roulis, tangage, lacet… et se débrouiller pour stopper à distance zéro, vitesse zéro devant l’ouverture béante de départ.

Il y aurait bien l’ouverture prévue justement pour les « liaisons », en tête et en queue de vaisseau, le débarquement des personnels et matériels, l’embarquement des mêmes et de l’avitaillement, mais la barge n’est pas du tout adaptée et ça la rendrait inutilisable pour son usage premier.

Alors c’est un peu sportif pour la remettre dans son logement de départ, d’autant que les « courgettes » approchent et qu’il s’agit de ne pas traîner dans le coin.

Ça se passe et c’est avec soulagement que Paul revient dans la sphère d’habitation pour se faire griller sauvagement un steak, probablement de soja lyophilisé, arrosé d’un excellent bordeaux. Il a la dalle, marre des rations de survie indigeste de la barge !

Et il déboule dans le poste de commandement pour superviser le départ vers la bouée 96 pour un 98ème saut, avec en soute la sonde 95 qui sera balancée plus tard vers l’étape 94 : tout rentre dans l’ordre, mais quelle histoire.

 

Au point « vrai 95 », l’étape est un peu longue, mais sûre, sans « agresseur ». Il s’agit de refaire tous « les niveaux » dans tous les compartiments du vaisseau qui aura été rudement sollicité durant cette bataille improbable contre des créatures encore plus improbables.

Pour se jeter vers le « vrai 96 ».

Ils ont fait les quatre cinquième de ce parcours invraisemblable, la plupart du temps sur les crêtes de gravitation qui zigzaguent entre les vallées gravitationnelles où se regroupent matière et galaxies entières.

Et plus ils avancent, plus la cible de faible température grandit, remplissant au fur et à mesure un cône devenu bien visible d’un noir presqu’absolu, car il persiste encore quelques formations galactiques regroupées en amas de loin en loin.

Les cartes du cosmos se complètent en des amas parfaitement inconnus.

Toujours la présence des galaxies les plus jeunes, qui datent de quelques 13 milliards d’année-lumière et quelques pour les plus lointaines, qu’on peut encore détecter par endroits là où ils font halte. Mais elles commencent à ne plus être également réparties dans le cosmos. Vers le 111ème saut, c’est clair, le cosmos devient asymétrique.

Soit on arrive à sa « vraie frontière », celle du « début-du-début », la limite physique de la période d’inflation qui a suivi immédiatement la création de la singularité originelle, bien avant que l’univers ne se refroidissent assez par son expansion pour laisser surgir la lumière, soit on se rapproche d’un phénomène destructif, une sorte de gouffre « mange-matière », « mange-lumière », un gigantesque univers de trous noirs qui barrent l’horizon et absorbe toute l’énergie, qui entoure finalement le monde entier de la matière et de la lumière, ce qui pourrait alors expliquer qu’au fil du temps et des mesures, l’expansion de l’univers visible semble s’accélérer.

Au choix.

Mais c’est certain, c’est là que vont les Krabitz. Et ce qui est dingue, c’est qu’ils aient eu besoin de l’espèce Homo, dans ses versions Sapiens, Plus, Ultra, peu importe, pour les y emmener alors qu’ils auraient pu y être posés dès l’origine…

Il y a comme quelques incohérences originelles dans le procédé.

À moins que…

À moins que ce soit le processus préféré dès l’origine. Ni Paul ni Axel ne savent…

Totalement prodigieux.

 

Comment la petite troupe de Krabitz qui arrive dans leur sillage pourra-t-elle faire face ?

C’est largement improbable compte tenu de la taille du cône qui s’élargit au fil de leur avancée.

À moins d’un miracle inexplicable.

En attendant, la moisson des données cartographiques en devient lui aussi prodigieux. Quelle distance ont-ils parcouru depuis leur départ ?

2, 10, 20, 100 ou 1.000 fois plus grand que l’univers visible ? Impossible à dire.

Combien de siècles, de millénaires, de milliers ou de millions de millénaires se sont écoulés depuis leur départ dans le « temps-vrai » ?

À leur allure d’escargot, ça doit dépasser l’entendement.

Et pourtant quoi ? Au compteur de Paul, à peine quelques mois, une paire d’années terrestre se sont écoulés : sa montre et son calendrier artisanal en témoignent, évidemment.

D’autant qui sait qu’il n’est pas éternel, qu’il vieillit, plutôt pas très bien avec des « petites-douleurs » jusque-là inconnues et ce n’est pas bon pour son moral.

S’il arrive à sa destination en deux ans et demi, il en mettra autant pour revenir à son point de départ.

S’il revient : il ne sait pas ce qui l’attend, même s’il a pu prendre connaissance de sa nécrologie qui ne dit pas la même chose, et envisage tout et n’importe quoi, ce qui anime ses discussions avec Axel : ils philosophent…

Car une des difficultés reste de retrouver les balises déposées en chemin.

 

Axel lui explique que cette technique de navigation a été abandonnée il y a bien des générations par les vaisseaux de la Légion et les flottes commerciales, scientifiques et touristiques au profit d’un balisage permanent des menaces qui parsèment les routes de l’espace dans une galaxie donnée.

Parce qu’elle n’est valable que pour des parcours relativement courts et rapides. Une balise, ça dérive dans le cosmos une fois qu’elle est lâchée.

Et justement, ça dérive avec la menace qu’elle signale, un peu comme un phare en mer posé sur un écueil.

« – Si vous attendez trop longtemps, elle n’est plus là où on l’a posée.

– Tu la perds ?

– Non, les détecteurs de navigation la retrouve. Ce n’est pas ça le problème. Le problème ce sont les objets qui circulent eux aussi dans le cosmos et qui ne sont pas connus.

Comme vous l’avez vu à plusieurs reprises, nous avons été arrêtés la plupart du temps sur notre parcours par la présence de matière non détectée au départ. Qu’à chaque fois, nous en avons profité pour remettre à niveau le vaisseau et refaire les pleins d’énergie. Et encore, comme notre navigation n’était pas très précise, nous on visait « au plus loin », sur les crêtes apparentes de gravitation.

Mais vous aurez noté que plusieurs fois, on est allé probablement plus loin, et plus d’une fois on a dû reprendre la route à peu près dans la même direction. Alors quand un convoi vous suit sans délai, pas de souci. À condition de lui indiquer la route à suivre et les coordonnées des balises. C’est le rôle des sondes qu’on renvoie à chaque étape.

Mais au retour, où seront-elles, nos balises ?

– Tu veux dire qu’elles auront pu dériver de telle sorte qu’on les perde où qu’elles nous fassent croiser des obstacles qui n’étaient pas présents sur la route à l’aller.

– Plus on attend, plus elles dérivent invariablement. Mais bon, il n’y a pas à s’inquiéter outre mesure. C’est un modèle adapté à nos besoins et nos détecteurs le sont tout autant. On les retrouvera, même les premières.

Moi, ce qui m’inquiète, c’est la seconde hypothèse : un obstacle qui n’était pas présent à l’aller, une fois dans la galaxie de départ.

– Oh bé moi ça ne m’inquiète pas trop », crane alors Paul qui a confiance dans les détecteurs du bord chargé de déspiner le neutronium.

Ah bon et pourquoi ça ?

 

« – Tu l’as toujours prétendu : tu es plus intelligente que moi, tu trouveras bien une solution.

– Prétendu et démontré. Rappelez-vous de l’étape 95 ! Où vous vous êtes comporté comme un imbécile, un primaire, propre à votre espèce. Aller en découdre, il n’y a que ça qui compte pour vous ! » s’enflamme-t-elle.

« – Tu peux parler toi et ta légion qui s’apprêtait à génocider une espèce inconnue des herboristes de ton espèce. Nul, oui !

– Il y avait probablement des raisons que j’ignore. Si une telle opération a été décidée, il fallait bien l’exécuter. C’est le rôle de la Légion, qui fait la police dans le cosmos. Et il y a du travail avec tous ces pirates, contrebandiers, trafiquants et autres voyous de l’espace.

– Admettons. Un ordre, ça ne se discute pas, même quand ils sont stupides. J’ai déjà payé de ma personne pour le savoir et à plusieurs reprises.

De toute façon, que tu l’exécutes ou non après c’est toujours le bordel. Alors autant choisir celui qu’on préfère…

– J’en suis d’accord. Non, là ce qui m’inquiète, c’est que si nous avons le matériel qu’il faut pour nous éviter les obstacles et savoir les détecter avec une marge de manœuvre assez large, je ne sais pas bien si nous allons pouvoir récupérer toutes nos sondes…

– Et alors ? Quelle importance ? Il suffit d’en reprendre assez n’importe où pour fermer définitivement le passage. Personne d’autre ne pourra nous suivre à la trace. C’est dans notre mission.

– Ça je sais. Ce n’est pas ce qui m’inquiète.

– Alors quoi ?

– Si on en loupe une, le vaisseau va poursuivre sa route jusqu’à épuisement ou l’approche d’un nouvel obstacle.

– Pas de problème. On saute à la suivante si l’une est dépassée.

– Et oui et on fait comment pour savoir dans quelle direction ?

– On a navigué à peu près tout droit…

– Non pas du tout. En zigzag et en trois dimensions. Si on se perd, on ne saura jamais dans quelle direction retrouver notre chemin… »

Ah oui, vu comme ça… inquiétant, effectivement !

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-vingtieme.html

 

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