Ultime récit : Chapitre vingt-quatrième

29/08/2017 11:28

 

Le naufragé.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

« – D’autant plus gai que je vais d’abord vous déposer sur une île voisine. Sans grands moyens pour rejoindre votre objectif.

– Et pourquoi ça ? Je ne peux même pas prendre un petit chasseur-bombardier avec quelques pains de plastic à bord ?

– Comme vous y allez, vous les Sapiens !

– Et alors, je vais faire comment ?

– Vous allez vous appuyer sur les ressources locales. Je vous explique. Les laboratoires ont besoin de mécènes.

– Ne me dites pas que je vais devoir payer pour voir, Monsieur le Gouverneur ?

– Non pas du tout, Excellence ! Seulement « invité ». Ce que je voulais vous dire, c’est qu’ils ont aussi besoin de personnel féminin, pour satisfaire leurs instincts de primate et probablement faire quelques expérimentations. Mais…, des cobayes se sont échappés desdits laboratoires et se sont réfugiés dans l’îlot où je vous laisse. Bien sûr, ils sont recherchés et naturellement et vous serez localisé.

– Naturellement. On ne peut pas faire ça à ma façon : droit dans le tas avec une puissance de feu suffisante ?

– Non…

– Oui je sais : vous allez me dire que « ce n’est pas marqué comme ça » dans vos archives !

– D’une part et d’autre part, les installations sont pour une large partie souterraines. Ce sont celles-là qui vont vous intéresser. Les autres, vous pourrez les conserver. Et vous ne pourriez vraisemblablement pas y accéder autrement qu’en vous laissant faire prisonnier. »

Vacherie, en pense Paul !

Il n’a pas souvent été fait prisonnier, mais ça n’a jamais été une partie de plaisir.

C’est que pour retrouver sa liberté de manœuvre, il a fallu en faire des efforts. Et là, après un voyage intergalactique si prolongé, il n’a plus forcément la forme olympique d’un cocoï entrainé.

 

Il n’y a décidément pas plus simple, tel que, comme par magie, Paul se retrouve tout d’un coup à proximité de la planète bleue.

Il vient de se défaire de son lourd scaphandre, a récupéré sa tenue de voyage originelle, celle qu’il avait dans l’avion allant sur New-York, ses papiers, accréditations diverses, permis, de conduire, de pilote et celui de port d’arme dûment tamponné par l’autorité administrative préfectorale française, le tout coincé dans la ceinture, tout comme son téléphone portable, complètement déchargé pour l’occasion, et sa montre au poignet. Il y a 4 mois de ça.

Ainsi que son 11,43.

D’ailleurs le parcours de cette arme de poing est un vrai mystère qui n’aura jamais trouvé de solution. Pour ne pas faire sonner les portiques d’aéroport, elle voyage dans son étui en bagage en soute. Et il ne se souvient pas être allé se soulager dans les toilettes d’où il avait été enlevé par « Steph » en passant par la soute à bagage…

Et pourtant, il avait pu en disposer, coincée dans un logement de son scaphandre, à bord du vaisseau de l’amirale Landditsy quand il avait fait feu sur deux créatures du bord qui faisaient mine de se mutiner une seconde fois.

Probablement encore un tour de passe-passe, mais inexplicable, celui-là.

Et dans l’affaire, il aura juste perdu son baise-en-ville contenant une brosse à dent, un tube de dentifrice, un slip, une chemise de rechange et ses ordinateurs et disques de sauvegarde installés dans la valise en soute.

Seule différence notable, il ne boîte plus des suites de son opération en Normandie. Et depuis longtemps maintenant. Mais comme il sonnera encore à chaque passage sous les portiques de sécurité à cause de ses broches, ça ne change pas grand-chose, sauf à se signaler comme étant « Charlotte », le « pilote-légende-vivante » dans les forces aériennes occidentales et les flottes commerciales du monde entier (hors la Corée du Nord). 

 

Que ça lui fait tout de même comme un pincement au cœur : il a oublié comme ça peut être si joli, tout ce bleu profond, tacheté de nuées blanches et éparses !

Manifestement, ils viennent du vaisseau situé derrière la Lune, exactement dans la même navette qui l’avait arraché à la cabine des toilettes de son avion de ligne, il y a 4 mois de ça.

Enfin, 4 mois, là c’est ce qu’on lui a dit, parce que sa montre n’indique pas du tout la même chose.

Paul garde bien les pieds là où on le lui a précisé. Pas question d’arriver dans les pommes pour un coup de G trop mal placé.

D’autant que le voilà viré manu-militari par-dessus bord, dans le lagon d’un atoll minuscule, avec juste un gilet de sauvetage classique qui l’empêche de nager, mais le fait remonter à l’air libre rapidement !

Pour une arrivée, c’est une arrivée… un grand-plongeon d’une bonne dizaine de mètres.

Fabuleux : il pensait avoir droit à quelques égards en qualité d’Excellence de la Coupole !

Eh bien, rien, même pas une échelle de coupée, pas un seul matériel de survie, rien…

Et le voilà « ramant » vers ce qui semble être la plage la plus proche.

Pourvu que les requins fassent la sieste, dans ce coin perdu. Ou restent derrière la barrière du lagon.

Des oiseaux de mer se rapprochent. Sous la surface de l’eau, c’est splendide : il y a de la vie et des poissons de toutes les tailles et couleurs. Sans ration de survie, il lui faudra réapprendre à pêcher !

Il a finalement pied à un plus de cinquante mètres du rivage de sable blanc. Il se sent comme observé, espionné, mais n’identifiera ni par qui ni par où.

Maintenant, reprendre son souffle et faire l’inventaire. La plage où viennent mourir les vagues depuis les déferlantes océaniques de la barrière de corail est jonchée de détritus de toutes sortes à peu près à mi-hauteur de l’estran.

Paul imagine que le dernier coup de vent les a portés jusque-là.

Une monstruosité, la pollution maritime !

Et pourtant là, c’est inespéré : il va bien trouver de quoi sortir de ce trou ou de se signaler d’une façon ou d’une autre.

 

En l’occurrence, en bon naufragé, l’urgence, c’est déjà de trouver à boire, à manger et ensuite un endroit abrité pour pioncer et récupérer. Demain on verra bien.

Il s’enfonce ainsi dans la végétation de type tropical, pas très fourni. Il y a des cocotiers.

Donc du lait de coco, mais à… 15 mètres du sol !

Et à moins de disposer soit d’une perche, soit d’une lanière quelconque pouvant faire office de corde, voire des deux, et en ne s’y prenant pas forcément comme un manche pour éviter de se glisser et de se casser la gueule, se désaltérer, ce n’est pas gagné.

D’autant que le soleil cogne sans qu’on ne s’en rende compte, tellement l’alizé donne une sensation de fraîcheur… Toute relative la fraîcheur.

Paul se confectionne d’ailleurs un « couvre-chef », il n’y a pas d’autre mot parce que ça ne ressemble à rien de connu, avec quelques morceaux de sacs à patate échoués sur la grève.

Pas terrible, mais pour l’heure, il n’y a pas mieux.

La faune ne semble pas être très dense : juste des traces de rongeurs et des oiseaux. Il vaudra mieux s’essayer à la pêche, sauf à poser quelques pièges ici ou là.

Mais s’il y a des rongeurs, c’est qu’il doit bien y avoir des points d’eau douce, ou au moins saumâtre, mais assez peu salée pour être potable…

Il lui faudra envisager de suivre les pistes laissées par les bestioles.

Et oh surprise, son îlot s’ouvre sur une anse circulaire. La langue de terre est si étroite, qu’on se retrouve vite sur ce lagon intérieur.

Il ne sait pas où il est, mais lors des moussons ou simplement des tempêtes, vue que l’altitude maximum doit être de quelques mètres, et encore, il ne sait pas encore où, ça ne doit pas être confortable, ni très glorieux.

La nuit approchant, il s’agit maintenant de s’abriter de l’humidité de l’air marin. Derrière un petit monticule de terre émergeant de dessous le sable ?

 

Là, le lendemain, il est réveillé par la soif et la faim. Franchement, il est désormais temps de penser à s’hydrater. Il y a bien des baies sauvages accrochées à des arbustes maigrichons, mais Paul ne reconnaît pas l’espèce et remarque qu’aucun de ses fruits n’est grignoté par les rongeurs du coin. Pas forcément comestible et ce n’est pas le moment de se choper une « galopine » : il se viderait inutilement.

Aussi, en poursuivant sa randonnée « découverte », tout d’un coup, il repère une noix de coco au sol.

Avec beaucoup de difficulté et un caillou un peu plus gros que les rares autres – il mettra un temps infini à mettre la main dessus – il finit par la fendre…

Vide, évidemment. Mais le reste de la pulpe, pour autant ferme, calmera la danse de ses sucs gastriques insatisfaits.

En attendant.

Plus loin, une perche pas trop tordue. Ça peut faire un harpon s’il parvient à en tailler un des bouts, le plus fin, en pointe. Avec tout ce qui traine sur la plage, il va bien arriver à se faire quelques outillages.

Alors que le soleil grimpe à son zénith, il repère une nuée d’oiseaux marins qui survolent un coin du lagon pas trop éloigné du bord. Ils pêchent. C’est peut-être le moment d’aller les accompagner et d’en tirer de quoi se nourrir ?

Oui, mais avec quoi faire cuire la chair d’un poisson, d’un rongeur, d’un oiseau ?

On verra bien…

Paul passe ainsi une partie de sa journée à lancer maladroitement son « harpon » dans les eaux translucides, sur tout ce qui bouge.

« Saloperie de poiscailles ! » peste-t-il à plusieurs reprises. Il est « colère » de sa maladresse. C’est que c’est vicelard, ces bestioles-là ! Très agiles dans l’eau, très curieux de leur visiteur, elles te vous narguent à passer à portée de main, parfois entre les jambes, mais alors, en trouver une seule volontaire pour le sacrifice suprême et calmer l’estomac de Paul, c’est galère !

Finalement, après de nombreux échecs, Paul tire de l’eau une espèce de poisson coloré, plein de sorte d’épines sur la nageoire dorsale : si ça se trouve, ce n’est même pas comestible !

Fier comme Job, il lui reste à réinventer le feu…

Quelques brindilles, un peu de lichen sec, et quelques algues desséchées à craquer sous les doigts, beaucoup d’efforts et de chance pour la première fumerole indicatrice d’un foyer, le tout allumé avec deux petits morceaux de bois sec trouvés dans la « déchetterie » de la grève à l’occasion de « sa promenade » d’approche, qu’il s’agit de frotter vigoureusement l’un contre l’autre, mais sans les briser…

Pas facile.

Et encore moins facile de faire un vrai feu. C’est plus facile dans les livres…

Quant à cuire les chairs de la bestiole… n’en parlons pas ! Une partie est brulée, l’autre est crue. Il a encore des progrès à faire en matière de science culinaire.

À en regretter la cambuse du vaisseau de la légion et même ses rations infectes.

Dire qu’il restait encore des tranches de foie-gras d’oie dans la sienne… Et quelques bouteilles de vin blanc des vaux de Loire, liquoreux à souhait…

 

Il va devenir urgent de trouver de l’eau, de la vraie, parce que sa pêche à la noix de coco, elle reste maigre. Les rongeurs qui laissent tant de traces doivent bien avoir trouvé un coin de flotte abordable, pas possible autrement.

En fait, le lendemain, Paul est pris de maux de ventre qui lui tordent les boyaux. Le poisson au goût et à l’aspect si bizarre n’était peut-être pas comestible, finalement. Il va falloir qu’il modifie son alimentation.

Il a repéré que sur les rochers à fleur d’eau, il y avait des coquillages à « cueillir ». Mais sans récipient et sans eau, ce n’est peut-être pas du tout recommandé pour éviter une gastro-entérite.

Finalement, au deuxième jour, toujours avec cette impression d’être épié dans le dos, il finit par mettre la main sur une sorte de vieille liane assez souple pour ne pas se rompre en la tordant et paraissant assez solide pour supporter son poids.

C’est l’occasion de s’essayer à la grimpette sur un des cocotiers pas trop haut et chargé de fruits.

Là encore, plus facile à dire qu’à faire. La technique consiste à passer la « liane » autour du tronc, d’en saisir les deux extrémités, et de s’appuyer à la force des bras comme d’un point de rappel pour avancer les pieds de bas en haut sur la face antérieure du tronc de l’arbre, formant ainsi une pince à la force des jambes.

Premières glissades, premiers échecs.

Finalement, de rage, les articulations meurtries, Paul finit par grimper comme à l’école de guerre, en étreignant un tronc pas trop épais.

Nouvel échec et puis au fil de l’exercice, il s’agrippe assez fort pour atteindre le graal des noix de cocos accrochées en grappes…

Et réussir à en faire tomber.

À lui maintenant de les rejoindre, sans se rompre le cou à son tour. Ou se tordre la cheville. Et sans s’arracher la peau des bras et des jambes, s’il vous plait.

Et là, stupeur…

Avec bien des difficultés, alors que le soir tombe rapidement, confirmant qu’on se trouve sous les tropiques, pas moyen de mettre la main sur la demi-douzaine de fruits qu’il a réussi à faire tomber.

« Mais enfin quoi ? Elles sont où ces putains de coco ! Ce n’est pas croyable, ça ! »

Ce n’est pas croyable, effectivement : il n’y a pas de pente où elles auraient pu rouler, pas assez de vent pour les faire tomber ailleurs ni encore moins les pousser, pas d’animal assez gros pour les emporter, d’ailleurs les traces au sol sont illisibles tellement il a piétiné le pied de l’arbre depuis le milieu d’après-midi, alors quoi, où sont-elles ?

 

Il n’y a qu’une seule explication possible, hors toute tentative d’introduire une explication surnaturelle : on les lui a volé pendant qu’il descendait et il n’a rien vu trop occupé à ne pas déraper !

Ce qui veut dire qu’il n’est pas seul sur cet îlot perdu au milieu de l’océan, battu par les flots et le vent. Comme on l’a prévenu, il faut dire…

Mais alors qui ? Où ?

C’est à rien y comprendre…

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-vingt-quatrieme.html

 

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