Ultime récit : Chapitre vingt-huitième

02/09/2017 10:13

Le business-plan.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

« – Je sais tout ça.

– Vous savez donc les solutions. Soit on continue à polluer gravement la Terre, jusqu’à épuisement, soit nous réduisons nos nuisances en réduisant drastiquement la population.

 

– Seriez-vous partisan d’une bonne petite guerre ?
– Pas du tout ! Ce serait encore plus destructeur. Ça pourrait rendre la planète définitivement radioactive, inhabitable pour les survivants et de toute façon, ceux-là recommenceraient à se reproduire de façon exponentielle. Ce serait juste retarder les échéances. Il y a logiquement mieux à faire !

– Et quoi donc ?

– Rendre les femmes impropres à la reproduction. Les rendre définitivement stériles. Et tant qu’à faire, par voie de contamination ! »

Rien que ça ?

Exactement comme lui avait dit le « Gouverneur Stéphane », l’Homo-Ultra…

Il est bien arrivé là où il faut qu’il intervienne, sa seconde mission de ce périple impossible.

 

« – Bon, alors expliquez-moi le plan ?

– C’est très simple. Imaginez que nos équipes soient capables de créer un virus qui affecte le fonctionnement normal des ovaires et les cycles menstruels de n’importe quelle femme, ou empêche la nidification d’un ovule fécondé dans son utérus…

– Il n’y aurait plus moyen de procréer, c’est bien ça ?

– Exactement. Ceci dit, pour éviter le risque qu’il n’y ait plus un seul vertébré sur la planète, il faut que ce virus ne s’attaque qu’à l’espèce humaine. On est bien d’accord.

– Bien sûr » répond Paul. « Et puis ?

– Eh bien, si ce virus est contagieux, ça contamine tout le monde et c’est bien plus radical que les méthodes barbares et invasives de ligature des trompes, ou de vasectomie chez les hommes.

– J’en conviens. Mais si c’est si contagieux que ça, c’est l’espèce humaine entière qui disparaît avec la dernière génération. Vous avez pensé à ça ?

– Bien sûr. Et il n’est pas question de la faire disparaître. Mais seulement de la préserver en lui imposant de préserver sa planète, donc en en limitant le nombre à disons, un dixième de ce qu’elle est.

Et si ce virus est assez contagieux, ça peut même être fait en une seule génération. Disons trente à soixante ans.

– Une catastrophe économique ! Vous allez trouver où la main-d’œuvre et les clients des industries de vos bailleurs de fonds ?

– Mais justement. Moins de client égale moins de main-d’œuvre égale moins de nuisances pour la planète : c’est un cercle vertueux, parce que si ça fait moins de pollution, moins de dévastation de l’écosystème, c’est une vie meilleure pour tous ceux qui survivront.

– Euh… non ! Il ne restera plus personne…

– Pas du tout. D’abord on sait désormais conserver des ovules et du spermatozoïde pendant des décennies. Évidemment, non contaminés.

– Oui mais ceux desquels ?

– De ceux qui ont les moyens, pardi !

– Une petite élite financière, alors ?

– De toute façon. Mais vous me direz que dans ce cas-là, c’est une petite élite qui va se renouveler perpétuellement par le biais de fécondation in vitro et utérus artificiel. Les mêmes que ceux qui existent. »

Paul n’y a pas spécialement pensé, puisque de toute façon on est en plein délire eugéniste !

 

« – Notre système est plus astucieux que ça !

– Ah ? M’en voilà ravi.

– Vous allez voir ! Il s’agit de trouver l’antidote à ce virus.

– Suis-je bête ! On crée une chimère, un monstre et on soigne tout le monde…

– Voilà ! Tout le monde est infecté, mais seuls ceux qui peuvent se faire traiter restent sains et « reproducteurs ».

Faites donc le petit calcul suivant : une femme non-infectée malgré tout, ou simplement « soignée » à notre antidote, elle commence à ovuler entre 10 et 15 ans. Et jusqu’à la ménopause. Disons, dans notre dispositif, jusqu’à ce qu’elle ait eu deux enfants. On est d’accord ?

– Continuez…

– Disons 30 ans. Au lieu d’avaler des contraceptifs tous les jours du mois, il faut qu’elle se fasse vacciner tous les trimestres contre la stérilité contagieuse de notre virus…

– Et se payer aussi des contraceptifs si elle veut maîtriser sa fécondité…

– Oui bien sûr. Les laboratoires pharmaceutiques ne seront pas perdants avec elles. Mais à la deuxième naissance, juste de quoi renouveler la génération, de toute façon elle ne reçoit plus de remède. Elle devient contagieuse et stérile…

– Comme toutes les « non-vaccinées », c’est ça ?

– Oui, bien sûr. Car vous avez compris que l’objectif est d’arriver à maîtriser la surpopulation mondiale…

– J’avais compris : le plus simple étant pour vous de laisser ce virus se répandre, faire son œuvre et de ne vendre votre antivirus qu’aux seules familles qui en auront les moyens. La sélection par le fric, c’est ça ?

– Pas seulement. Les gouvernements pourraient, pour des raisons politiques et même militaires, mettre en place des mesures financières de compensation.

– Et vous, de toute façon, vous vous en foutez du moment qu’on vous paye votre antidote !

– Exactement ! Un business-plan fantastique.

– Diabolique, même ! Vous m’intéressez ! » fait Paul pour appâter son interlocuteur.

 

« – Ah très bien. Prenez donc une dose à 1.000 dollars. Tous les trimestres. Pendant mettons 15 ans d’une vie de femme…

– Ça fait 60.000 dollars par patiente sur toute une vie. Je sais compter.

– Et ce n’est pas hors de prix. Vous multipliez par 100, 200 ou 500 millions de femmes…

– Ça fait 6.000 milliards de chiffre d’affaires par centaine de millions de femmes. Soit au minimum 400 milliards par an.

– Et si vous mettez la barre à un milliard de femmes, vous multipliez ces chiffres par 10 ! Voilà le business auquel je vous propose de participer. »

Se rend-il compte que son business-plan est complètement à la masse ?

60.000 milliards, c’est plus de 92 % du PIB mondial… Certes, 4.000 milliards/an ce n’est que 6,15 %, mais c’est déjà 1/16ème de toutes les créations de richesse du monde…

Et alors, le jour où l’humanité sera réduite à 2 milliards d’humain, il y a fort à parier que ce PIB mondial sera réduit de moitié, voire des deux tiers…

Ce n’est pas tenable.

Une « start-up », c’est en principe de créer une disruption de processus existant pour réduire les coûts, par pour créer le « boulon de 12 » et organiser la pénurie autour après l’avoir rendu indispensable au plus grand nombre.

C’est l’anti-modèle de ce qui a fait la fortune des Gates et compagnie : indispensable – pas totalement – mais disponible au plus grand nombre…

« – Génial. Euh… Une question : on est combien sur ce coup-là ?

– Une trentaine.

– À un milliard de dollar chacun ?

– Non, ça c’est le prix que je vous propose à vous, puisque vous disposez de ce montant et que c’est mon gouvernement qui vous l’a versé.

Au premier tour de table, j’y ai investi une grosse partie de ma fortune personnelle. J’ai acheté cette île au gouvernement britannique pour 100.000 Livres. Son défaut est de ne pas avoir d’eau potable, même en sous-sol. J’ai construit ensuite le petit port, la maison, l’héliport et compte obtenir l’autorisation d’installer une piste d’aviation de troisième niveau.

Le plus gros ne se voit pas : il s’agit d’un laboratoire biologique de type P4, les plus sécurisés. Et puis il m’a fallu recruter des équipes. Là, à mon second tour de table, le droit d’entrée, la prime d’émission, était fixée à 1 million de dollar pour chaque million investi. Au troisième, elle était de 10 pour 1. Désormais, au quatrième, elle sera de 1.000 pour 1. Ce que je suis en train de vous proposer.

Avec pour vous, une surcote de 50 % pour vous laisser repartir en vie, bien entendu.

– Bien entendu…

– Je vous rappelle que pour l’heure, à mes yeux, vous n’êtes qu’un vulgaire espion, comme il y en a eu et il y en aura tant d’autres.

– Bien entendu. Un geste généreux de votre part », se moque Paul.

Alors qu’Albin glousse connement et se décide enfin à faire quelques arpèges sur son piano blanc.

 

« – Je ne suis pas sûr d’être sensible à votre sens de l’humour… Et soyons honnête, si vous misez toute votre fortune, c’est l’assurance que je peux vous laisser en vie et partir où vous voulez. Ce n’est pas vous qui viendrez me dénoncer à une quelconque autorité pour quelle mette fin à l’expérience scientifique.

Comme beaucoup de mes investisseurs privés d’ailleurs, choisis pour avoir le bras long et protecteur.

– Bien entendu. C’est ce que j’en pensais, justement. Soyez-en certain. Mais pour l’heure, vous ne m’avez rien vendu. Parce que vous ne m’avez rien montré ni encore moins démontré.

– C’est-à-dire ?

– Vous dites qu’il y a quelle que part ici un laboratoire P4 et des « équipes » qui bossent sur ce projet. Mais je n’ai vu qu’Albin et vos gardes prétoriens.

– Ah oui… Si ça doit vous convaincre, nous allons visiter ça tout-à-l’heure. Nous avons des équipes en Californie, d’autre au Canada. Mais le laboratoire est ici, sous nos pieds.

– Ok. Je vais faire cette visite. Mais avant, dites-moi, vous leur avez promis quoi à vos investisseurs ?

– Un monopole géographique de distribution du vaccin. Leur contribution est d’ailleurs calculée en fonction des populations potentielles à éventuellement couvrir.

Faites le calcul. Le vaccin reviendra à une poignée de dollar. Tout le reste, ce sont des frais de logistiques et commerciaux. Pas grand-chose. Et la différence, c’est un profit disponible.

– Et vous ?

– 10 % des ventes. Enfin, moi, non. Je prends la moitié au titre des brevets et du savoir-faire, le reste est à répartir entre les apporteurs de fonds en fonction de la valorisation de leurs apports nets.

– Et moi, j’aurai droit à quoi ?

– Ah, mais vous voilà intéressé, donc !

– Je ne vous ai pas dit le contraire. Si « j’achète » l’Afrique, la zone…

– Celle-là n’est pas à vendre. Et je vous dis tout de suite que la péninsule arabique est déjà concédée. Pareil pour la Chine, l’Europe, le continent africain.

Il reste disponible l’Océanie et l’Australie…

– Ah oui… Petit potentiel dites donc.

– Oui mais illimité si vous organisez des migrations massives.

– Il ne manquerait plus que ça. Déjà que le tourisme fait des dégâts considérables dans ces endroits-là… !

– Là encore, je ne sais pas si j’apprécie votre humour ou si vous devenez enfin un homme   raisonnable.

– J’ai toujours été les deux à la fois. Une marque de fabrique. Bon, votre truc est au point ou pas encore ?

– Pas encore. Il faut que nous renforcions nos essais cliniques. Ça fonctionne assez bien sur les souris et les singes.

– Ah oui ? Vous parvenez à stériliser des souris ?

– Par simple inhalation d’une atmosphère légèrement contaminée…

– Fantastique ! Et ça n’a pas d’incidence sur les souris-mâles ?

– Absolument aucune pour les dernières versions de nos productions génétiques améliorées… Nous en sommes à la quatrième génération dudit virus.

– Je vous vois bien payer durablement des chercheurs en charge de masturber vos souris de laboratoire ou vos chimpanzés ! » Paul en rigole, moqueur.

 

« – Ce n’est pas de cette façon que nous opérons. C’est un peu plus… scientifique.

– Oh mais il n’y a pas de mal : je connais pléthores de bac ++ qui enculent bien les mouches en permanence !

– Franchement… votre sens de l’humour laisse à désirer.

– Excusez-moi Caroll ! Je vous l’ai dit, je suis comme ça. Pardonnez-moi. Bon et vos équipes ?

– Oh mais vous nous avez facilité la tâche.

– Qui, moi ?

– Oui, avec le démantèlement de la fondation du Professeur Risle ! (1) Celle-là travaillait sur les greffes d’organes, souvenez-vous. Il y avait quantité de cliniciens très performants dans leurs rangs. Et puis des équipes de chercheurs biochimistes très intéressantes qui travaillaient sur les cellules-souches en vue de développer les autogreffes.

Toujours ce rêve d’immortalité promis par le professeur…

À aucun moment il ne s’est rendu compte que s’il réussissait, lui ou sa fille, cela provoquerait des secousses démographiques considérables pour la planète, telles que de toute façon, il y aurait eu de violentes crises politiques qui auraient conduit tôt ou tard à des conflits armés qui auraient saccagé eux-mêmes notre belle planète !

D’ailleurs, c’est en ayant investi dans sa fondation que j’ai pu participer à son conseil d’administration. C’est pourquoi je suis sûr de vous connaître déjà. Et quand j’abordais ces questions d’éthique-là, avec le professeur ou avec d’autres membres, comme Lord McShiant, un grand esprit celui-là…

– J’ai hérité de sa « Z-Machine »…

– Qu’est-ce donc, une « Z-Machine » ? »

 

 

1.                  http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/07/au-nom-du-pere-chapitre-xxxi-tome-i.html

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/09/ultime-recit-chapitre-vingt-huitieme.html

 

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