Ultime récit : Chapitre vingt-et-unième

26/08/2017 19:11

 

Déjà la question du retour.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

« – Oh, je te fais confiance. On se perd, on fait comme le petit-poucet qui aura semé des cailloux sur son passage : on revient vers la dernière étape. Marche arrière.

– C’est vrai que votre espèce est totalement abrutie, finalement ! Arriérée même. Comment on fait si on a ramassé la dernière balise laissée dernière nous ? On ne reviendra pas en arrière, elle sera dans la cale. »

Oui bon, ok.

« – À moins de les laisser en place…

– Pas question, tu le sais bien, Axel ! »

Mais bien essayé. Voilà ce qu’il advient à causer pour ne rien dire, parfois…

« – Attends Axel, on a fait des relevés cartographiques à chacune de nos haltes, on doit pouvoir reconstituer les écarts entre deux relevés et calculer la route après coup.

– Non mais amusons-nous à ça, pauvre Paul ! Pour faire ce genre de travail de triangulation, il faut au moins avoir un repère temporel. Or, depuis notre départ on n’en a plus aucun. On n’a jamais su quand on est arrivé à chacune de nos étapes, ni vraiment où.

– Le « où », ça peut se calculer. Nous, en mer, avant l’apparition des GPS…

– C’est quoi ça, GPS ?

– Un système de triangulation à partir de l’espace proche. Des satellites.

– Ne me prenez pas pour ce que je ne suis pas : je sais ce que c’est qu’un satellite. Et notez que ceux-là sont obligés eux aussi de se cadrer sur un top-horaire à chaque passage au-dessus leur repère natif.

– Oui je suis au courant.

– Bé oui, en orbite, même basse, le temps reste relatif et il ne s’écoule pas à la même allure en altitude qu’à la surface d’une planète. Tout le monde sait ça, Paul.

– Moi aussi, Axel.

– Bon alors pourquoi vous mettez en doute ce que je te dis ? Le temps, là, en ce qui nous concerne, ça ne veut plus rien dire. Bien pire que pour tes satellites GPF.

– GPS. Tu ne me laisses pas terminer. Je suis con, peut-être, mais je sais tout ça. »

Alors de quoi il veut parler ?

 

« – Je te disais que justement, avant les GPS et la radiogoniométrie, on triangulait soit les amers-remarquables près d’une côte, soit on naviguait aux étoiles et au Soleil. L’étoile de ma planète.

– Oui et alors. Vous réfléchissez aussi ? Vous faisiez comment ?

– D’abord un point sur la route à l’estime. Cap/vitesse. Une confirmation avec une droite de soleil, hauteur/azimut, une autre à la méridienne et la nuit avec des droites d’étoile.

– D’accord, mais là « l’estime » ne veut rien dire dans notre situation.

– On peut tenter de reconstituer en superposant deux cartes du ciel prises entre le départ et l’arrivée…

– … et là, nous n’avons pas de méridienne à faire, quant aux droites de hauteur, il va falloir quand même que vous vous rendiez compte qu’entre deux prises de carte, les astres, les étoiles, les galaxies ont pu bouger les unes par rapport aux autres. C’est ce que j’essaye d’expliquer : tout bouge dans le cosmos. C’est comme si vous vouliez faire de la navigation en prenant pour repère les seules vagues de la mer qui passent… »

Ah oui, vu comme ça…

On n’avait encore jamais fait de carte des vagues, c’est vrai.

« – Bon alors, on va faire comment ?

– Je ne sais pas. Comment vous faites dans une galaxie quelconque ? »

La question idiote…

 

Elle a déjà répondu : des balises sont posées depuis les premiers vols intersidéraux et sont depuis régulièrement entretenues. Et le maillage reste étroit pour les routes les plus fréquentées.

Avec les capacités de calcul en Téra-qbit qu’offrent l’usage du neutronium, on peut alors tracer des trajectoires à peu près sûres, d’autant que beaucoup de balises sont posées autour des astres les plus fréquemment visités.

« – Bon, bé lors c’est très simple.

– Comment ça ? »

Vraiment une femme…

Elles sont capables de partir dans le mauvais sens avec une carte et une boussole en main.

C’est même pour elles qu’on a inventé les panneaux indicateurs jusque dans le métro.

« – Notre vaisseau a des instruments qui vivent, non ? J’entends, dans le temps « normal » pendant que nous nous sommes « spinés ».

– …

– Donc ils ont en mémoire tout le trajet, n’est-ce pas ?

– …

– Il suffira de décoder pour arriver en bord de notre galaxie de départ, le saut n° 5. Ça n’aura pas trop « bougé » entre-temps sur tout le parcours, puisqu’on a navigué sur les crêtes de gravitation. Là où il y a le moins d’activité… »

Peut-être, mais après ?

« – Après ? Il sera toujours temps pour vous de trouver quelle que part une de ces balises « entretenues » et le tour sera joué.

– Ah oui ? »

Ah oui.

D’ailleurs, il faudrait que Paul charge les cyborgs « Alpha », « Bêta » et « Gamma » d’effacer discrètement les mémoires du vaisseau dès le chemin du retour entamé : pas question que la légion puisse identifier leur lieu d’arrivée.

 

Le trajet se poursuit sans histoire, sauf celle d’un mortel ennui. Les cyborgs transformés en « sex-toy » grandeur nature, même aux 1.000 apparences, c’est mieux que de la masturbation, mais pas beaucoup plus, finalement : juste une illusion.

D’autant qu’après avoir épuisé quasiment tous les « modèles », Paul en invente de nouveau, mais finalement revient de plus en plus souvent aux mêmes, notamment Florence, la mère de ses gosses, l’affect en moins.

Il n’y a rien à faire, cette fille-là, il l’a dans la peau.

Vraiment dommage qu’elle l’ait fait cocu avec Junior n° 5… (1)

Une meurtrissure, finalement.

Il ne la sait pas encore être rentrée pour la … rentrée scolaire. Il a été « enlevé » avant par le « Gouverneur » Stpeh. Et il ne compte de toute façon plus vivre à Paris, si par hasard il rentrait.

Trop de souvenirs.

Et puis quel intérêt ? Ses business fonctionnent tout seul et lui fournissent assez pour vivre et vieillir tranquillement.

Il sent bien par ailleurs que de toute façon, son aventure va profondément le changer.

Devenir un agent spatial, extraterrestre, extragalactique même, pour aller se promener vers des lieux que personnes, même pas les meilleurs scientifiques de son époque, ne peuvent imaginer, c’est… comment dire ? « Hors-normes ».

Une expérience qui ne sert strictement à rien parce qu’il ne pourra certainement pas la partager. Avec quiconque.

Même si son biographe inconnu et improbable, ce « I-Cube » qui le suit d’année en année, la rapporte pour la rendre publique.

Mais comment pourra-t-il la rapporter, d’ailleurs ?

C’est proprement impossible.

 

Au 120ème saut, c’est clair, le vaisseau volé à la légion arrive au bout de son périple. Devant, à part quelques clartés insignifiantes qui correspondent à quelques étoiles éparses, il n’y a rien que le noir, le vide absolu, une absence de rayonnement complète, même du rayonnement fossile.

Les détecteurs ne bougent même pas, ne réagissent même plus quel que soit la direction vers lesquels ils sont pointés.

On est face à un « mur » oppressant. Gigantesque. Incommensurable.

Ce n’est pas la fin du bout de la fin, c’est autre chose. C’est le commencement d’un univers inversé. Sans rien que cette matière hypothétique qui avalerait tout pour l’absorber, le détruire, jusqu’à la moindre parcelle d’énergie quelle qu’en soit sa nature.

Là, désormais, il s’agit de ne pas aller plus. Ils pourraient le faire, mais au risque de se laisser engloutir dans le néant.

D’ailleurs, il est débattu de l’intérêt d’y envoyer une sonde. Et puis le projet tombe à l’eau : comment va-t-elle être récupérée, si on peut la récupérer ?

Le mieux, c’est de chercher, parmi les « clartés » encore existantes devant eux, ou à proximité, une ou plusieurs étoiles où poser des balises, mais qui soient équipées de planètes d’accueil pour les Krabitz.

À eux ensuite, avec les vaisseaux cargos, de se démerder pour faire au mieux avec cet immense mélasse qui leur barre le chemin.

Il faudra plusieurs sauts pour trouver une étoile – un système double – autour duquel orbitent une planète d’accueil, c’est-à-dire, pas trop chaude, avec un sol en silicate, un peu d’humidité et sans espèce autochtone belliqueuse ou dangereuse.

Probablement qu’il n’y a aucune civilisation développée ci-avant.

Ils dégottent ainsi la « balise 123 » où la seule espèce dominante semble être de grands sauriens herbivores : pas tout-à-fait ce qu’ils espéraient, mais pourquoi pas ?

Les Krabitz arrivés entre-temps à la « balise 120 » commencent à se déployer.

Leurs gros vaisseaux cargos sont vraiment très nombreux : pas mille, pas dix milles, mais une multitude, peut-être même des millions de cargos de la Garde !

Et le tout durant les quelques jours où Paul et Axel seront restés à proximité de la frontière du « rien ».

Véritablement extraordinaire !

Pas possible qu’ils viennent tous de leur point de départ d’origine, la planète où Paul a été projeté depuis son passé par la sorcellerie du « Gouverneur » Stéphane : ils ont eu du renfort.

Un prompt renfort…

 

L’explication ne peut venir que de Steph qui aura fait les fonds de tiroirs de l’espèce Krabitz partout où la Garde sait qu’ils se sont posés et aura guidé ceux-là dispersés dans les galaxies où les Homos-Ultra naviguent aisément, usant de leurs possibilités de voyager sur la flèche du temps, pour utiliser les balises posées par Paul et son pilote « Homo Plus » et ainsi les faire migrer.

Car normalement, Paul ramasse ses balises sur la route du retour : après lui, le chemin sera fermé.

Et ça persiste à débouler en escadrilles nombreuses et serrées : il y a bien plusieurs « envois » !

La Garde fait son ménage…

Du coup, Paul prend l’initiative de refaire plusieurs sauts vers des étoiles encore existantes dans les parages, à la recherche de planète d’accueil pour tous ces vaisseaux cargos.

Et plus il en fait et en trouve, et plus il en arrive…

Magique.

Jusqu’au jour où Axel en a marre.

Ça fait un moment qu’il faut discuter de l’intérêt de la manœuvre.

« – On avait dit 260 sauts. Ça fait 130 à l’aller, autant au retour… On s’est arrêté au 120ème. Depuis on en a fait 7. Il n’y en a plus que 2 à faire parce que le dixième doit nous faire revenir vers notre « balise 120 » et on met le cap sur la « balise 119 ».

– Ça fait déjà 9 en comptant les sauts loupés des balises 95 et 96. Aller et retour.

– Raison de plus. Mais ces deux-là ont été des sauts de puce. Je ne sais pas s’ils comptent de la même façon. À mon sens, il est temps de penser à rentrer… »

C’est vrai : Paul en a également marre. D’abord la gravitation de la sphère de vie, légèrement trop « forte » pour un Sapiens, même si ça semble adapté au Plus. Puis cet air en boîte, sans odeur que celle de sa cuisine. Justement, la cambuse qui commence à s’épuiser, notamment la cave. Et surtout la vidéothèque : il a fait toute la filmographie des westerns, celle des John Wayne, Clint Eastwood, Henri Fonda, Steeve McQueen et tant d’autres, avait revu les space-opéras, bien mièvres à côté de ce qu’il est en train de vivre, plein d’autres genre encore ; il a vu des opéras, Verdi, Mozart et quelques autres, les concerts d’Emily Lison, des Pink-Floyd, des Beatles et quantité d’autres qu’il aura découvert.

Il ne va pas non plus passer sa vie à se promener dans un endroit qui n’existe même pas dans aucune équation, qu’on ne peut même pas voir avec les meilleurs instruments de n’importe quelle époque et ce pendant encore des milliards et des milliards d’années, pour être placé au-delà de l’horizon universel et que personne d’autre ne pourra jamais connaître ni même comprendre ou seulement envisager.

C’est totalement déprimant.

Surtout pour faire le con au profit de touffes d’herbes qui ne communiquent même pas.

Pas un remerciement, rien.

Mais probablement, ce qui angoisse le plus Paul, c’est la suite promise…

 

Cf. l’épisode « Laudato si… » : (1) http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/01/laudato-si-0.html

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-vingt-et-unieme.html

 

 

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