Ultime récit : Chapitre vingt-cinquième

31/08/2017 12:59

 

Les « rebelles ».

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Sa seconde nuit est agitée. Les boyaux lui font mal, il a soif, il a faim et il est attaqué par un troupeau de bestioles minuscules volantes et rampantes qui ne cessent de lui sucer le sang et de lui piquer l’épiderme !

En plus, « les bêtes » font un vacarme épouvantable qu’il n’a pas remarqué la nuit précédente, sans doute écrasé par la fatigue, le stress de son hallucinant voyage.

Bref, il n’est pas frais au réveil…

Pas grave, l’urgence, c’est de boire : il ne va tout de même pas s’essayer à boire ses urines – de toute façon il n’a pas de récipient pour les recueillir – alors que l’océan est tout autour, même si le régime du bon docteur Bombard ne le tente pas trop pour savoir qu’il s’agit de ne pas en abuser. Forcément, s’il y a des rongeurs, forcément il y a une pièce d’eau dans cette satanée d’île perdue !

 

Il se retrouve très vite sur la plage « intérieure » du lagon, nettement moins encombrée de détritus, mais sans rien apercevoir d’un peu intéressant. Sur le chemin, il se met en tête de se fabriquer un arc et des flèches. Sans corde ni le moindre bout de ficelle, ça ne va pas être facile, mais ne sait-on jamais. Il y a du bois, des galets, on doit pouvoir en faire quelque chose.

Une sagaie paraît plus intéressante pour envisager une pêche…

Il ramasse ce qu’il trouve et pose tout ça dans quelques niches au pied de quelques arbres qui regorgent de noix de coco inaccessibles : il n’a pas du tout envie de refaire les acrobaties de la veille. Non seulement les éraflures et brûlures ne sont pas cicatrisées et lui font encore mal, mais il se sent nettement plus faible.

Et toujours cette soif qui commence à lui brûler le gosier et empâter la bouche. Ça va devenir une véritable obsession !

Un peu plus loin il se sépare d’ailleurs des dernières traces de civilisation qui l’encombre, posées au pied d’un arbre où il entasse ses « trésors ».

Et miracle, encore plus loin, il repère des mollusques comparables à des huîtres !

C’est bon, ça les huîtres. Même si ça baigne dans de l’eau de mer filtrée. Un espoir…

Mais un espoir vite déçu : comment ouvrir une huître sans au moins un début de lame ?

L’écraser à coups de pierre ? Oui, mais il n’y a plus rien à manger et des éclats de nacre plein la bouche…

Ce ne sera donc pas le festin auquel Paul s’attendait.

Il lui faut vraiment trouver autre chose et il repart en quête.

 

Pour finalement croiser des traces de pas dans du sable encore humide !

Alors, là, pour une surprise, c’est une surprise.

Une empreinte de pied bien dessinée, pas très grande, mais nette. Et ce n’est pas la trace d’un singe. De toute façon, il n’en a pas vu.

Enfin, peu importe, s’il y a un animal, il y a de l’eau et il suit donc « la piste » qui s’estompe au fil de sa progression sous les arbres. De toute façon, il n’a rien à perdre à trouver de l’eau, tant pis si cette île est finalement inhabitée, seulement visitée par des pêcheurs venus d’un îlot voisin. Ils reviendront peut-être un jour…

Au passage, Paul récupère un morceau de tôle ondulée qui fera un excellent « contenant » à condition de le « travailler » un peu en le tordant intelligemment. Encore un peu, et avec un peu d’adresse, s’il parvient à renouveler l’exploit d’allumer un feu et de se procurer soit quelques plantes ou fruits comestibles, soit de ces satanées bestioles qu’il entend le narguer avec leurs cris et se taisent quand il approche, il pourra peut-être se nourrir d’autre chose que des insectes trop petits pour être attrapés…

Et finalement, il parvient à une flaque d’eau croupissante où convergent de nombreuses traces d’animaux !

C’est probablement potable, mais il crache quand même dedans avant de se désaltérer. Si la mousse de sa salive se dissout et disparaît, l’eau est potable. Dans le cas contraire, il y a lieu de se méfier.

Elle a un drôle de goût de terre, mais finalement, très prudemment, Paul peut enfin boire après deux jours sans jamais avoir pu se désaltérer.

Que c’est bon.

Et il se remet en marche.

 

Cette flaque doit bien avoir une source, à moins que ce ne soit que la partie visible d’une nappe phréatique qui affleure le sol.

La seconde hypothèse paraît devoir s’imposer, jusqu’à ce Paul finisse par tomber sur ce qui pourrait être une rigole, probablement naturelle, un peu plus humide. L’eau n’est pas loin, il s’agirait de creuser : les arbres aussi ont besoin d’eau et ils l’ont forcément au bout des racines !

Pas très loin en profondeur.

Boire, d’accord, manger, l’autre priorité : il ne va quand même pas entamer des travaux de terrassement sans outil et sans calorie, même s’il a « des réserves » sous la peau !

Il lui faut retourner vers ses « haltes » où il s’est débarrassé peut-être trop vite de ses « traces de civilisation » : il y a son colt, la seule pièce en acier un peu solide qui peut servir à faire quelques trous sans s’arracher les ongles…

Et là, stupeur : ses petits paquets ont disparu !

Pas de doute, il y a des traces de pas humain tout autour, l’île est habitée et en plus par des voleurs.

Des voleurs armés, désormais !

Dingue ça, qu’il en hurle de rage à en faire fuir les oiseaux alentour !

Non mais, ce n’est pas de veine quand même ! Ça fait trois jours qu’il cherche des secours et les seuls qui ne se manifestent pas – et encore… – c’est pour plumer son maigre, très maigre bagage.

Vraiment n’importe quoi : il va falloir qu’il redouble de vigilance maintenant qu’il sait que ses voleurs sont armés. Quoique…

Un 11,43, ça fait très mal à plus de 50 mètres, mais encore faut-il savoir viser à pareille distance. Même si ça reste plus loin que le jet d’une simple pierre ou d’une sagaie.

Sagaie ! Il faut en faire une et trouver de quoi faire un arc et des flèches : la pêche et la chasse n’en sera que plus facile.

Mais là, au soir qui tombe, Paul est crevé et il s’allonge sur la plage, sans même penser à se mettre à l’abri de l’humidité de la nuit.

 

Mauvaise décision : sur le tapis d’humus et de branchages morts, on peut percevoir le mouvement des bestioles en approche. Pas vraiment sur du sable, ou il est déjà trop tard.

Le coup porté au crâne avec la crosse de son arme lui fera une grosse bosse mais n’est pas assez fort pour le mettre KO.

Certes, il n’est pas très frais quand il ouvre les yeux à l’aube naissante, la main portée au front, à l’endroit de l’impact où ça lui fait mal, et la lumière n’est pas encore très établie, mais il distingue nettement une silhouette qui se tient debout à trois mètres devant lui et qui hurle des paroles parfaitement incompréhensibles, que ça fait des « hihihi », des « hohoho », des « hahaha » et des « houhouhou » sur des octaves aigus et à un rythme élevé.

Il y en a une autre armée d’un bâton à sa droite, un peu en arrière et une troisième à sa gauche, un peu plus loin. C’est elle qui a donné le coup et qui tient à deux mains et en tremblant de tous ses membres, l’arme volée la veille, à bout de bras, pas très sûre de la suite.

Paul lève les mains en signe d’apaisement : les trois silhouettes se reculent promptement.

Oh, c’est qui l’agressé, au juste ? C’est lui qui devrait hurler, pas ces voix de crécelles.

Les « re-belles » ?

En tout cas, pas si belles que ça, toute efflanquées et égratignées qu’elles sont sur chacun de leurs membres, les joues creuses. Au fur et à mesure que la lumière naturelle s’accroit dans l’azur, elles apparaissent en hayons, le visage sale, les cheveux hirsutes, en bataille, dégoulinant au tour de la tête pour l’une, rejetés en arrière pour une autre, tenus en chignon incertain pour la troisième.

« Bon on se calme, on se calme. Moi Paul ! »

Pas beaucoup d’effet, sauf à se mettre les unes et les autres hors de portée d’un geste brusque de sa part.

« Manger ! Manger ! » fait Paul en portant sa main à sa bouche alors qu’il est désormais assis.

Pisser dans un violant aurait peut-être eu plus d’effet.

Les silhouettes semblent sans âge, archi-maigres : dans ces conditions, c’est lui qui fait figure de bon gibier à becqueter, oui !

C’est qu’il s’agit de désarmer la fille de gauche. Si elle veut bien bouger un peu l’arme, Paul verrait si elle a su ou non armer le cran de sécurité, situé à gauche de l’arme…

Il se lève, les cris redoublent et elles élargissent d’un bon mètre le cercle en s’éloignant.

Non le cran est en place, il bloque la queue de détente.

Et puis il reste 5 balles et Paul avait remisé celle introduite dans le canon par son second tir sur le vaisseau de la légion dans le chargeur.

Le coup peut être joué notamment si la chambre de détente est vide.

 

D’un bond, il saute de côté en hurlant à s’en péter les cordes vocales, se vidant par la même occasion les poumons.

Mais le coup à la tête, le manque de nourriture, peut-être aussi l’hyperventilation du moment, il retombe de travers. Il se reprend prestement d’un coup de rein…

Les troupes des « re-belles » sursaute en arrière, s’éloignant encore plus loin en hurlant à son tour.

Paul fait mine de se jeter dans la direction de la fille, peut-être encore plus maigre que les deux autres mais qui tient son bâton comme d’une arme en lui criant dessus et se retourne fissa vers celle qui tient son arme à feu.

Elle est tétanisée, tente de tirer, puis comme ça ne fonctionne naturellement pas, elle jette l’arme dans la direction de Paul et prend ses jambes à son cou, entravée par ses hayons.

Paul rattrape au vol le pistolet et se rue sur la pauvrette pour un beau plaquage au sol digne des biterrois au meilleur de leur époque. Sur du sable, ça ne risque pas grand-chose.

Elle crie et elle se débat, donne des coups de pied et de poing, de coude et genou un peu dans en désordre mais dont certains portent sur les parties molles de Paul.

Deux claques, aller et retour, et la voilà calmée pour de bon quand ses copines rappliquent après s’être enfuies à tire-larigot chacune dans une direction différente.

Celle avec son bâton a l’air con quand celui-ci percute l’avant-bras de Paul destiné à protéger sa tête malmenée et se casse en deux bouts de moins d’un mètre.

Paul se saisit d’un tombé à terre et fait mine de se mettre en garde, comme à l’escrime !

« Rhââââ ! On y va ? »

Éberluée, la fille en reste tétanisée d’effroi. Mouvement classique, mais dans le vide, attaque, parade-riposte, tourniquet !

Un coup sur les doigts, elle lâche son bout de bois qui choit sur la plage dans un grand cri de douleur. La troisième silhouette, probablement encore plus décharnée que les deux autres, tente à ce moment-là de se rapprocher avec un air menaçant, les canines en avant.

Blam ! Un grand coup de gourdin en travers de la tronche et elle est bonne à son tour pour un voyage au pays des songes…

Décidément, pas un traitement très digne pour un être humain normalement civilisé. Mais à la guerre comme à la guerre : c’est lui qui a été agressé en premier, il n’a fait que riposter et se défendre, après tout.

 

Faut quand même rattraper la troisième qui en a profité pour prendre un peu d’avance en direction du bosquet le plus proche, sans doute pour se mettre à couvert.

Paul pique un sprint dans sa direction. Mais se laisse distancer.

Il revient s’occuper de ses victimes restées inertes.

Chercher et trouver de quoi les entraver. Les algues pourraient faire l’affaire, à condition de bien les entortiller, tout du long du corps.

Et de ne pas faire confiance dans ces liens-là.

Comme elles ne sont pas bien lourdes, il peut les jeter chacune sur une de ses épaules et se mettre en marche dans la direction prise par la troisième.

Sauf qu’il perd ses traces.

Et puis, à peine quelques minutes plus tard, en voilà une qui reprend ses esprits et s’énerve d’être ballotée la tête en bas.

On ne va pas pouvoir aller plus loin de cette façon-là : il faut la poser et … l’amadouer !

Or, elle n’est pas bien contente de son sort, alors que Paul lui fait signe qu’il a mal à sa « bosse sur la tête », qu’elles n’avaient qu’à pas commencer.

Mais comment se faire comprendre d’une fille qui ne parle que par onomatopées incompréhensibles ?

Il s’occupe de la « petite-chose » encore inerte, de type sri-lankais ou mélanésien, comme ses deux autres potes, sauf qu’elles sont vraiment très maigres : des vrais plat d’os !

La peau sur les os…

Manifestement, ce n’est pas sur cette île qu’il fera bombance. Si au moins il pouvait boire à sa soif…

 

Vu la grande attention qu’il porte à la gamine inanimée posée sur le sol, sa comparse se calme.

Paul dénoue ses liens déjà lâches en espérant qu’il ne va pas s’en prendre une par surprise.

Penser à retirer le chargeur de son arme : il ne va pas rester éveillé comme ça avec ces donzelles à proximité toute une éternité non plus…

L’autre finit par sourire. Ah que c’est beau un sourire de femme, même édentée !

Et tous les deux réaniment doucement la seconde des femmes.

Qui hurle en voyant Paul penché au-dessus d’elle.

Quelques « hohoho », « houhouhou » et « hihihi » plus tard, elle s’est calmée et sans sourire vraiment derrière ses cheveux et son regard noir, elle redevient enfin aimable.

La guerre des sexes n’aura pas lieu ce jour-là.

Au contraire, au bout d’un moment, Paul qui leur fait signe qu’il a soif se fait guider vers un autre ruisseau, qu’il n’avait pas encore découvert.

Vraiment un tout petit ruisseau, moins que ça d’ailleurs.

Au pied d’un petit monticule, probablement l’endroit le plus élevé de cette île, un mince filet d’eau claire surgit entre deux pierres recouvertes de mousse bien verte !

Pas grand-chose, mais suffisant pour calmer la soif de Paul qui y consacre plusieurs minutes.

Bon Dieu, que c’est bon !

Un vrai miracle.

Et ce n’est que le début de ses surprises…

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-vingt-cinquieme.html

 

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