Ultime récit : Chapitre trentième

04/09/2017 08:03

 

Évacuation d’urgence.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Le premier qui tire, il surprend définitivement tous les autres : facile pour Paul qui avait son M16 armé, prêt à faire feu et déjà calé au niveau du coude.

Juste une courte rafale et c’est réglé.

« Merde ! ». Ce n’est pas ce qu’il avait prévu de faire…

D’autant que là, ça affole les voisins qui après un petit temps de surprise, déclenchent l’alarme.

Un boucan d’enfer, justement ce qu’il ne fallait pas laisser faire.

Et maintenant, il fait quoi ?

Ce n’est pas avec un malheureux M16 – plus quelques chargeurs récupérés sur ses victimes – qu’il va pouvoir faire face tout seul : c’est sûr !

Et puis déjà trois personnes brutalement décédées : écœurant de stupidité !

Dont un qui ne sera jamais jugé et qui ne pourra plus jamais donner ni les détails de ses intentions ni les noms des personnes de ses réseaux de soutien. Les « mécènes », encore, on finira par trouver, même si ce n’est pas certain.

 

Le monte-charge se met en branle. Punaise ! Bloquer la machine, vite.

Et comment à part trouver un meuble assez costaud pour l’empêcher de monter ?

Une chaise ? Non une armoire.

Mais punaise, qu’elle est lourde à déplacer ! Et puis elle ne résistera pas, elle se pliera.

Il n’a plus qu’à piquer un sprint pour trouver l’escalier de secours. Celui qui s’enroule autour du monte-charge, il va certainement être investi sous peu. Même pas la peine d’essayer. Et puis on va l’attendre à la sortie…

Avant tout, espérer trouver de quoi accueillir l’équipe de surface qui rapplique. Il a quelques minutes devant lui. Mais l’accueillir avec quoi pour la neutraliser ?

Au niveau – 2, il y a des laboratoires, il doit bien y avoir des sources d’énergie à disposition.

Dans sa course pour trouver une solution, il finit par dégoter le fameux escalier de secours.

n fait, un puits encombré tuyaux et de câbles et une échelle à crinoline scellée au mur pour en permettre la visite et probablement l’entretien.

Allons-y : vingt à trente mètres de haut d’une course effrénée, toute en puissance.

Pour déboucher sur une première porte blindée qui s’ouvre avec une petite roue, comme dans les salles de coffres des banques les moins modernes : à l’ancienne.

Qu’il referme et « bloque » avec le manche d’une autre hache de pompier trouvée sur place.

Un étroit palier, une coursive et une seconde porte de même nature, même mécanisme d’ouverture, même manche de hache pour la bloquer : on ne sait jamais.

Et de nouveau une échelle à crinoline qu’il faut grimper et qui s’ouvre dans une casemate posée à l’écart de la maison de maître et de la caserne, près des engins de manutention et de chantier qu’il a remarqué avant sa descente.

Ah que c’est bon de revoir la lumière du soleil !

La cahute est encombrée de matériel de pompage et d’un gros groupe électrogène. Il doit bien y avoir quelques carburants à disposition, dans les parages pour fournir de l’électricité en cas de panne du générateur principal qui doit être posé ailleurs ?

 

En surface, assez peu d’animation. Le gros des troupes doit être descendu pour porter secours aux rescapés du sous-sol : les trois cadavres laissés dans le monte-charge les auront mis en alerte.

Forcément.

Ce qu’il ne peut pas savoir, c’est le « drame de conscience » qui se déroule sous terre.

Le professeur Phîu et ses laborantins ont immédiatement suspendu leurs travaux à la première alerte. Le temps de se décontaminer, de sortir du double sas, ils se sont retrouvés nez-à-nez avec l’escouade de gens d’arme venus à leur rencontre.

Une fouille des locaux plus tard, ils auront compris qu’il manque « l’invité » du patron et qu’il sera ressorti, non pas par l’escalier du monte-charge, ni par celui-ci, mais par l’escalier des colonnes de service dont la première porte est bloquée de l’extérieur.

La seule issue qui n’a pas été « gardée » : il est dans la nature et il manque au moins une arme et plusieurs chargeurs à l’inventaire.

Un type devenu dangereux.

Alors, soit on le retrouve et on l’élimine, soit on évacue le site.

Pas question pour le biologiste : les travaux en cours revêtent une importance capitale !

Ce dont ne sont pas vraiment convaincus la troupe d’hommes de main.

« Oui mais qui nous paye ? »

Milton a des associés, des commanditaires, des intendants, des régisseurs pour ces détails-là.

Ils seront payés dans tous les cas.

Sauf abandon de poste et « trahison ».

« Et qui pour nous dénoncer ? »

Boum, un pruneau dans le buffet !

Expéditif. « Il y a d’autres volontaires ? »

Les ambitions se sont tues instantanément.

« On évacue ! »

 

C’est comme ça que Paul qui se dissimule dans les environs immédiats voit sortir un quarteron de bonshommes du monte-charge qui s’éparpillent en de multiples directions.

Les uns filent vers leur caserne ramasser leurs effets personnels, les autres vers la maison de maître probablement pour la piller, un troisième groupe vers le débarcadère en trainant la silhouette d’Albin, entravé à son tour.

Il fait quoi, Paul ? Un carton pour les affoler un peu ou non ?

Parce que là, ils sont en train de tout saccager.

Ce serait bien inutile quand il s’aperçoit que la chaudière du petit-cargo se met à fumer : les rats quittent le navire. Ils ne le cherchent même pas. Idem pour le yacht.

Départ en catastrophe qui sera effectif en début de soirée.

Prudent, Paul ne s’approche qu’une fois la nuit tombée : ça peut être un piège, il peut y avoir des explosifs à retardement, ils peuvent revenir, avoir laissé une arrière-garde ou un type trop saoul pour ne pas s’être signalé et avoir été oublié…

On ne sait jamais.

Mais non, rien au petit matin : même les animaux semblent revenir investir les lieux désertés. Et comme Paul à faim et soif, en plus de la fatigue d’avoir veillé toute la nuit, il ne se fait pas prier pour aller butiner dans les cuisines les quelques restes qui s’y trouvent.

Incroyable : ils sont tous partis.

 

Le problème, c’est qu’ils n’ont rien laissé derrière eux : pas d’électricité, la salle de radio est complètement détruite, saccagée, pas de réseau, encore moins de wifi, pas un véhicule marin…

Enfin si, mais du côté de la plateforme de l’héliport, vide de tout appareil : il aura décollé pour une destination inconnue sans que Paul ne s’en rende compte, finalement. Plus exactement, il l’avait entendu et pensait qu’on pouvait le rechercher de la sorte. Dès lors il s’était tenu à couvert, mais l’avait oublié et il n’est manifestement pas revenu…

Reste qu’il faut prendre des mesures : il y a un virus « stérilisateur », là sous ses pieds. Quelle est la meilleure solution pour le détruire ?

Descendre et foutre le feu à tout le laboratoire ?

Peut-être pour être radical, mais si le feu fait exploser une machine ou autre chose, c’est prendre le risque de faire sortir ce virus à l’air libre et là… on ne sait plus ce qui peut se passer.

Alors noyer l’ensemble du dispositif souterrain comme le lui avait indiqué le « Gouverneur Stéphan ». Ce qui fait environ 4.000 tonnes de flotte.

Or, il y a la mer à proximité et s’il y a au moins quelques dix à vingt mètres de tuyaux, de pompier, par exemple et une pompe assez puissante, ça peut éventuellement le faire.

Justement, des tuyaux de pompier, il y en a assez dans la caserne.

Une pompe, il a le choix entre plusieurs. Reste à en mettre une en batterie et la faire tourner avec les fûts d’essence posés à proximité du local technique de surface, par où il était sorti la veille.

Quelques heures plus tard, ça se déverse dans la cage du monte-charge. À raison de 3.000 litres/heure, si c’est assez pour éteindre un incendie, ça va prendre presque deux mois.

Intenable !

La journée se passera à en mettre plusieurs en fonction…

Qui vont tourner durant quelques jours à jouer à refaire les pleins des générateurs à tour de rôle jusqu’à ce que ça « dégueule » enfin par tous les orifices.

 

Entre-temps, il aura récupéré son colt et ses cinq cartouches, une sorte de vaste hors-bord à coque semi-rigide et quelques instruments de navigation – carte, compas, sextant – pour fignoler une route vers la vraie civilisation, la sienne, celle où les gens ne pensent pas nécessairement à s’entre-tuer dès qu’ils se croisent.

Et puis, et puis… avec les matériels de chantier et de manutention, il en profite aussi pour faire un peu de béton : un tiers de sable, un tiers de gravier, un tiers de ciment et « un bol » d’eau-douce.

Enfin un bol… juste de quoi mouiller pour que la tour à béton veuille bien cracher un magma compact, gris, et assez fluide qu’il va déverser, toupie après toupie dans le trou de l’escalier de service.

Ça, juste entre la surface et le premier palier, plus quelques rochers un peu plus gros que les autres, sur le dessus, il ne devrait pas y avoir de problème de « fuite ».

D’ailleurs, une fois son bétonnage réalisé, il recommence la manœuvre les jours suivant dans l’escalier qui entoure le monte-charge.

L’idéal serait d’ailleurs de descendre ledit appareil de deux ou trois mètres, et d’obstruer son puits de la même façon.

Sauf qu’à un moment, l’eau de mer a fini par « dégueuler des orifices ». Et le béton, ça n’aime pas l’eau de mer.

Tel qu’il aura fallu « pomper à l’envers »…

Et que finalement, il n’y aura pas assez d’eau douce pour finir le travail correctement.

La galère que de remonter le monte-charge avec le bulldozer, chargé de tonnes et de tonnes de béton pas encore sec déversées à la va-vite !

Deux jours de boulot pour finaliser le travail.

Il peut se mettre en quête d’un port d’accueil.

 

Mais avant tout faire des provisions et penser à passer par l’île des « re-belles ». Ces filles-là, ce n’est pas qu’il ait une affection toute particulière pour leurs attraits physiques, loin de là, mais elles ne peuvent pas rester en mode « survie » éternellement.

Compte tenu de leur peur primaire de faire du feu pour se signaler, ce sont probablement des fugitives de l’île Milton. Des cobayes ou des esclaves sexuelles…

Vraisemblablement, la seconde des hypothèses, puisqu’à aucun moment il n’a été fait allusion à des essais cliniques sur des humains, des « humaines », que comme d’une prochaine étape envisagée seulement.

Et il avait vu quelques « demoiselles » sortir de la caserne assez brutalement : Albin devait être le seul inverti des populations de cette île, avec Caroll…

Une demi-journée de mer pour retrouver son atoll de départ, tellement il est bas sur l’horizon.

Même que Paul a cru s’être perdu : il a pourtant un bon sens de l’orientation et en trois dimensions pour avoir été pilote de guerre sur le porte-avions Charles-de-Gaulle…

Et là, autre obstacle : aucun signe de vie des trois donzelles.

Elles ont dû entendre son moteur et se seront cachées.

Les connes…

Il a beau hurlé ses « hoho », « houhou » et « hihi », rien à faire.

Quand même pas banal.

 

Il débarque par une passe et s’échoue sur une des plages qu’il a pu fréquenter il y a encore quelques jours, dans l’espoir de retrouver « des traces ».

Mais elles ont manifestement déménagé. Leur « jardin » est devenue une friche, leurs « sweet-home » est manifestement abandonné, leur « cacatier » n’est plus infesté de mouches, les insectes ayant laissé seulement des excréments secs.

Elles ne se sont quand même pas volatilisées.

Pas de trace non plus de cadavre en décomposition : ça fleure bon la nature dans toutes ses expressions olfactives.

Il décide alors de passer la nuit à « son bord », non sans avoir laissé un paquet de gâteaux secs et un autre de viande séchée, bien en évidence sur la plage.

Mais au lendemain, ce sont des traces de rongeurs qui entourent les paquets éventrés.

Pas de veine…

 

Il pourrait faire le tour de l’île avec son hors-bord, mais ça épuiserait ses réserves de carburant inutilement, parce que de toute façon, le bruit du moteur les ferait fuir.

Alors le lendemain il arpente la plage et les sous-bois à pied, avec de l’eau.

D’ailleurs, il commence par ça, la source. Une bonne idée, parce que dans le sol humide, il y a des traces de pas. Les siens – les grands pieds chaussés – mais également d’autres plus anciennes et encore d’autres encore plus fraîches, plus petites, de pieds dénudés.

Il se pourrait que…

Il s’est pu que justement, en remontant la piste, elle le mène de l’autre côté de l’île. Un long trajet.

Pour finir par débusquer « Houhou », encore plus efflanquée qu’il ne l’avait laissée et armée d’un bâton… Les autres ne doivent pas être loin, puisque celle-ci agit comme si elle était acculée.

Et miracle, elle reconnaît Paul.

« Hoho » est au pied de « Hihi », tellement épuisée et mal en point qu’elle ne bouge plus allongée par terre, la première chassant les « bestioles » qui viennent la croquer.

Il était urgent qu’il arrive et la porte au hors-bord. La faire boire, la nourrir de ce qu’elle peut avaler, enfin… grignoter, et ils « décollent », direction Diego Garcia.

 

Où ils finiront à la rame, réserve de carburant épuisée, sans eau et avec si peu de nourriture, pour être recueillis par un garde-côte américain de patrouille, en fait signalé par un pêcheur autochtone.

Une aventure épuisante.

Qui garde encore plein de mystères et de questions laissées sans réponse.

Mais c’est déjà une autre histoire.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/09/ultime-recit-chapitre-trentieme.html

 

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