Ultime récit : Chapitre douzième

17/08/2017 12:52

 

Le roman « Ultime récit » s’enrichit des 22 chapitres de « Paradoxes temporels » mystérieusement apparus sur le blog de l’Infreequentable en 2008.

 

Paradoxes temporels (22/21)

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

« Et maintenant ? »

C’est l’amiral Landditsy qui s’exprime. Lierreux vint de disparaître. Comme il était venu, sans prévenir, sans laisser de trace que ce message écrit, tracé directement avec son propre sang sur une pochette tirée de son pyjama.

Ce barbare, tout poilu…

« Michel. Tu nous dis la suite ? On ne va pas rester coincé là toute une éternité… »

Là, c’est Edgorkloonyx qui commence à trouver le temps long.

« L’éternité… Quelle drôle d’idée ! » lui répond Michel.

« – Edgorkloonyx, tu as reconnu Pierre, le messager ?

– Probablement. Mais j’ai surtout bien aimé son message.

– Landdisty, tu as compris ce qu’il t’a ordonné ?

– Oui, ça, ça va : pas les Krabitz. J’ai entendu. J’ai aussi entendu ton message. Mais j’ai des objections ?

– Ah non ! » intervient Edgorkloonyx.

– Ah si ! J’aime bien le côté « évacuation ». Le problème, c’est que je ne sais comment on va faire. Tes vaisseaux me semblent vachement trop rustiques pour envisager un long périple dans l’espace. Vous ne savez faire au mieux que des voyages de quelques dizaines de parsecs… » (1)

Ce qui n’est pas totalement faux. À chaque « migration », quand le biotope local est épuisé, les Krabitz disparaissent petit-à-petit avant d’envisager de déménager. Ils consacrent alors leurs dernières ressources pour construire quelques vaisseaux interplanétaires pour aller « plus loin », jusqu’à un endroit qui soit à leur portée et assez accueillant afin de s’y établir de façon provisoire.

Et ainsi de suite de génération en génération.

Beaucoup périssent ainsi par épuisement. Les survivants échouent souvent pour se perdre dans le cosmos, mais l’espèce survit toutefois depuis des temps immémoriaux pour avoir toujours pu retrouver un lieu d’accueil favorable.

Là, le problème posé par la présence des Homos, leur première rencontre semble-t-il, c’est que ne disposant pas d’une technologie comparable, les Krabitz sont dans l’incapacité de résister à une invasion.

 

L’espèce est un végétal qui ce sera libéré de son enracinement. Les végétaux se nourrissent de nutriments puisés dans leur environnement, en principe solide même si  certaines espèces trouvent ceux-ci dans des gaz ou des liquides, dès lors qu’il y a un ou des solvants disponibles à profusion, et du carbone, la matière-première indispensable, même sous forme de monoxyde ou dioxyde. Le reste est affaire de « chimie » en fonction des réactifs disponibles.

Et les Krabitz sont à l’origine lointaine des « plantes-marines » mais qui ont su développer une « micro-civilisation », puisqu’ils communiquent entre eux par échanges « chimio-électriques » comme n’importe quel végétal même ceux qui n’ont qu’une conscience diffuse de leur identité propre, partageant leur environnement avec d’autres espèces, notamment des « mobiles », bipèdes, quadrupèdes, volantes, nageantes ou non, les insectes et autres. Ils sont d’abord « enracinés », puis, au fil du temps, ils sont sortis de leur milieu liquide et ont acquis aussi la possibilité de se mouvoir « hors-sol » sur les parties émergée de leur planète d’origine.

Ce n’est que quand celle-ci a été mise en danger par son étoile qui se transformait en géante rouge au fil du temps, que les Krabitz, qui raffolent de philosophie et de mathématique, ce sont mis à chercher des moyens de migration.

L’espace immédiat a été identifié comme une bouée de secours provisoire et puis ils ont ensuite migré toujours plus loin dans l’espace.

Globalement, l’espèce est installée depuis pas mal de temps dans ce petit coin du ciel, autour de trois étoiles, un système binaire et une étoile proche, autour desquels orbitent, parmi d’autres, cinq planètes telluriques et deux gazeuses situées dans des zones de températures supportables.

À distance convenable desdites étoiles.

Le système binaire est un peu instable, mais les biotopes sont parfois riches et la bio-cinèse acceptable. Pas trop létale à condition de prendre des précautions d’usage.

Bref, pas le paradis, mais assez « confortable » pour avoir pu y regrouper une grande partie de la population de Krabitz pendant longtemps avant d’envisager une nouvelle migration.

 

Et l’arrivée des vaisseaux d’exploration scientifique des Homos, une espèce carnée, bipède et belliqueuse, aura été un bouleversement inattendu.

Alors qu’ils ne sont pas du tout adaptés pour vivre et partager le même milieu, puisque les Homos sont incapables de vivre dans une atmosphère trop chargée en dioxyde-de-carbone, alors que c’est l’essence même du gaz parfait qui favorise le développement des Krabitz et autres herbacés, ces gens-là se sont permis de les expulser de leurs endroits favoris pour creuser les sols, saccageant les autres espèces locales et les réalisations Krabitz.

Forcément, la révolte a grondé et a tourné en faveur des espèces autochtones qui se sont liguées contre les envahisseurs venu de l’espace.

S’en est suivi une courte période de calme, jusqu’à l’arrivée d’une flotte de vaisseaux armés qui, en représailles, ont réduit en cendre les habitats de la première planète envahie.

Quelques Krabitz ont pu s’en échapper pour rejoindre les colonies sises à proximité. Mais s’en est suivi alors une course-poursuite qui a permis de regrouper les Krabitz sur une seule des planètes, un peu hostile et à la gravitation insuffisante – il y a parfois des vents furieux qui balayent la surface de la planète et détruisent tout sur leur passage, jusqu’à propulser hors de l’atmosphère nombre d’objet « non-enracinés » –  qui est désormais entièrement mise sous blocus.

Tous les vaisseaux spatiaux ont été détruits. Il n’y a plus de moyen de fuite et la flotte humaine s’apprête à donner l’assaut final à coup de grands dégagements d’énergie ponctuels.

Alors l’épisode de suspension temporel est vécu par Edgorkloonyx, le Krabitz, comme inespéré. Puisque son espèce n’a plus les moyens de ne pas disparaître, pourquoi ne pas accepter de migrer là où elle sera le plus utile ?

Même si l’apparition d’un curieux « humanoïde » reste suspecte dans cet épisode.

Mais Edgorkloonyx n’en est plus à sa première « rencontre » aliène : il a vécu longtemps sur ce qui s’apparentait à une sorte de barge en suspension autour d’une planète inconnue où il avait déjà rencontré un humanoïde.

C’était d’ailleurs juste avant l’arrivée des « sans-âmes », cette poussière noire qui se mange si facilement et qui envahissait tout.

Il en garde le souvenir d’un « paradis » à retrouver et à partager avec le plus grand nombre de ses congénères, avant d’avoir eu l’idée de retrouver la barge de l’humanoïde qui les avait visité et que tous les deux disparaissent dans un « puits-du-temps » improbable.

Pierre était manifestement revenu à son époque et sur son monde d’origine, Edgor également, alors que la population des autres Krabitz s’en donnait probablement encore à cœur-joie de bouffer du « sans-âme » et à en prospérer de façon soutenue.

Certes, il était passé pour un hurluberlu sur sa planète, quand il avait raconté son histoire, alors même que tous les Krabitz envisageaient déjà une migration.

L’arrivée des vaisseaux de la Légion donnait sens à tout cela.

 

« La solution va arriver incessamment. » C’est Michel qui l’affirme.

« Ta parole d’officier général que tu ne vas pas t’y opposer ? »

Quelle question…

En fait ce qui taraude l’amiral, c’est la réaction de ses troupes : tous ses officiers sont prêts à en découdre. Ils ont redoublé d’efforts pour éradiquer toutes traces de vie sur trois des planètes rocheuses. Manifestement, les humains veulent des territoires vierges pour mieux les exploiter, en extraire des minéraux qui semblaient si précieux à leur expédition d’étude scientifique.

Il en reste deux.

Sur les planètes gazeuses, ils ont lâché des quantités prodigieuses de cyanobactérie non-symbiotique (2) donc capables d’une vie indépendante, parfois « aérobiques »,  qui réduisent en un temps record le taux de gaz carbonique du milieu naturel, le rendant impropre à la vie des Krabitz.

Et avec le blocus orbital, toute échappatoire devient très difficile : les vaisseaux humains et leurs machines de guerre sont sans pitié. Ils détruiraient tout ce qui tente de passer.

Ce sont en fait des robots qui veillent et appliquent sans aucune empathie les consignes des officiers de la Légion.

Du coup, les Krabitz survivants se sont regroupés sur les deux planètes rocheuses et inconfortables, qui orbitent l’une autour de l’autre, en vue de produire des vaisseaux assez rapidement dans des cavernes parsemées dans les profondeurs de la plus petite des planétoïdes qui reste « creuse » : de vastes galeries générées par des « macro-biotiques-mange-pierre », qui se nourrissent de silicate mais restent heureusement hydrophobiques.

Cette espèce a déserté ses galeries, qui sont restées, au contact des nappes phréatiques profondes.

Sans grand espoir : même si les humains peuvent éventuellement les laisser faire un temps, il faudrait mettre au point une tactique de leurre des drones qui interdisent tout trafic spatial autour de ces deux planètes.

Et là, les intentions de l’amiral Landditsy sont claires : il va passer à l’offensive, au moins sur la plus grosse des planètes-refuges.

Alors évidemment, changer du tout au tout tous ses plans de de bataille jusque-là élaborés, même parce qu’il aurait vu et dialogué avec un « ancêtre », même celui de la légende des officiers généraux, ça n’a rien d’évident.

 

« Tu vas le faire. De toute façon, je t’ai dit que je ne te laisserai pas saccager « mon jardin » et détruire jusqu’au dernier des Krabitz comme tu en as reçu la mission. Tu vas laisser faire leur prochaine migration et celle-ci sera définitive.

Je t’envoie aide et assistance. Une flottille de vaisseaux cargos devrait convenir. »

Et elle va sortir d’où, cette flottille ? Les moyens de la Légion ne sont pas illimités et ça va demander des années et années.

« – Ne t’inquiète pas. Elle va arriver. Tu laisseras les Krabitz embarquer et ils fileront là où ils sont attendus pour te laisser place nette… Ta mission sera couronnée de succès.

– Et où donc ? » demande Edgorkloonyx, un peu angoissé. « Là où nous migrerons, ils vont bien tenter de nous poursuivre.

– Tu as raison sur leurs intentions Edgor. Mais là où vous allez, ils ne peuvent pas vous pourchasser. C’est bien trop loin pour leurs vaisseaux et ils n’ont aucune idée de la façon de faire.

– Ils pourront nous pister.

– Bien sûr, mais pas longtemps. D’une part, la route sera fermée à jamais après votre arrivée sur place et puis, va couvrir votre départ un vaisseau doté d’armes contre lequel ceux de la légion ne peuvent encore rien. »

Landditsy voudrait bien voir ça, tiens donc…

La légion est équipée des engins de destruction et de mort les plus élaborés de l’univers à base de matière et antimatière. Et, en tout cas dans l’amas local de galaxies, il n’y a rien de plus puissant.

De plus, si la majeure partie des moyens de la légion est actuellement mobilisée pour mater les rebelles de Qarassa qui piratent les lignes commerciales entre les diverses civilisations d’un coin de la galaxie pas trop éloigné, là où d’ailleurs on attend sa flottille une fois sa mission commandée par la « Haute autorité » intergalactique contre les Krabitz terminée, elle pourrait être rapidement mobilisée pour repousser n’importe quelle agression.

 

« – Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’une technologie qui dépasse la vôtre, Amiral.

– Celle de la Garde ?

– Effectivement. Que fait-on de mieux à ton époque…

– Là encore, c’est une légende ! Une de plus.

– Si tu en es certain, qu’as-tu à redouter à tenir ta parole ?

– J’ai surtout les moyens de détecter tous mouvements suspects d’ici jusqu’à quelques 24 à 48 heures-lumières (3)

– Je te laisse avec tes certitudes. Rentre chez toi, rends compte à tes autorités et laisse venir et faire. Toi, Edgor, tiens les tiens près à un départ massif. Entendu ? »

Et que bien sûr ! Même s’il reste à convaincre les siens de laisser tomber les solutions jusque-là envisagées pour se tirer d’affaire et échapper à un génocide.

Pas certain qu’il y parvienne…

D’autant qu’il se retrouve, sitôt la suspension temporelle de « Michel » terminée, dans la même situation qu’avant son « échappée » chez « Michel », dans le bruissement général qui l’empêche dans premier temps de se faire entendre. De là à se faire comprendre…

Heureusement que les événements se précipitent à l’extérieur.

 

Tout comme pour l’amiral de la légion spatiale…

Lui aussi se retrouve l’instant d’après dans son poste de commandement, entouré de ses officiers là où il les avait laissés, finissant leurs mouvements entamés au moment de la « suspension » qu’il a vécu avec une troupe improbable dans un endroit encore plus improbable, les rapports de position des diverses machines déployées dans le système Boomerkar où sa flottille s’apprête à livrer une bataille facile continuant à être égrainés par un droïde de liaison.

« – Amiral ? Oh, Amiral !

– Quoi ?

– Quels sont vos ordres ?

– Mes ordres ?

– L’ordre du feu.

– L’ordre du feu ?... Euh, non… On suspend l’offensive.

– Pardon ?

– On suspend. Il va se passer un événement nouveau.

– Comment ça, amiral ?

– En attendant, prenez ceci (il tend le message remis sur un bout de chiffon par Lierreux), analysez-le moi de toute urgence et préparez immédiatement une sonde de liaison avec l’état-major ! »

L’officier d’ordonnance semble interdit.

« Exécution ! »

 

(1) Un parsec est égal à environ 3,2616 années-lumière. Historiquement, le parsec est défini comme la distance à laquelle une unité astronomique sous-tend un angle d’une seconde d'arc. Autrement dit, la distance à partir de laquelle on verrait la distance terre-soleil, sous un angle d’une seconde d’arc.

Mais là, comme il s’agit d’autres mesures du temps et des distances – seul ne nom est resté – la distance n’est pas la même.

(2) Sur terre, elles ont été responsables de la « grande oxygénation » de la planète peu après sa formation et elles survivent sous forme d’algues « bleues vertes » qui prolifèrent dans les océans à la faveur des changements climatiques en cours au XXIème siècle.

(3) Là encore, la référence n’est pas comparable, puisque décimale, avec celles de leur passé : seul les noms sont restés dans la mémoire collective.

 

Quelques explications.

Ce chapitre est ajouté soudainement à la suite des 21 chapitres du roman « Paradoxes temporels » mis en ligne en 2008 sur le site de « l’Infreequentable » : http://flibustier20260.blogspot.fr/search/label/Paradoxes%20temporels

 

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-douzieme.html

 

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