Ultime récit : Chapitre dix-septième

22/08/2017 18:16

 

Ces interminables étapes

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Finalement, Paul fait la visite complète du vaisseau qui est, grand, mais grand, immense.

Probablement de plusieurs kilomètres.

Qu’il faut se déplacer sur de petits véhicules individuels, probablement électromagnétiques autonomes, qui se commandent avec un joystick en trois dimensions dans les coursives et autres entrelacs de cheminements faiblement éclairés, en état d’apesanteur, peuplées d’innombrables machines, câblages, droïdes et autres cyborgs…

Parfois c’est sportif quand on n’a pas l’habitude, car il s’agit surtout de contrôler son inertie !

C’est l’occasion de se rapprocher d’Axel qui, pour en rajouter, ne sent décidément pas bon. Et c’est une sensation probablement réciproque et partagée…

Il s’agit de savoir comment ce foutu vaisseau fonctionne et de quoi il est fait.

En notant que c’est plus facile avec un plan en main. Et des plans, il y en a partout accrochés aux cloisons, avec derrière chaque cloison amovible, des détails sur le compartiment qui s’ouvre à sa visite.

 

Globalement, le vaisseau aurait la forme d’une lentille elliptique. Devant et derrière sont regroupés deux groupes de trois moteurs. De gros accélérateurs de particules dans lesquels de la matière et de l’antimatière s’annihilent mutuellement à très haute température dans une chambre au très fort gradient électromagnétique, pour s’évacuer par une tuyère d’une taille ridicule par rapport à l’engin lui-même : ça doit « pulser » !

Paul tente de calculer de tête que l’éjection de quelques kilogrammes de matière et antimatière par seconde qui s’échappent à la vitesse de la lumière, ça doit forcément dégager des poussées invraisemblables, mais il se perd dans les zéros, ceux avant la virgule !

Sur place, les tuyères auraient presque la dimension d’une dizaine de mètres.

Les trois sorties de tuyères sont prolongées entre elles par un cône de fuselage tronqué qui peut lui-même s’ouvrir comme une tulipe pour embarquer de gros chargements, et le tout, invisible de l’intérieur et recouvert, non pas d’une peinture noire, mais de neutronium, à l’état de repos pour le moment, d’un noir absolu : même pas la trace d’une ombre à sa surface !

Quand il est « spiné », il ferme le champ des tuyères et ne sont actives que des sondes qui émergent à travers et vers le milieu extérieur.

De ce que Paul comprend des explications fournies par Axel et le cyborg Alpha, la manœuvre de déplacement dans l’espace infini consiste à accélérer dans une direction, droit devant après avoir positionné le vaisseau entier dans la bonne direction grâce aux moteurs tournant à faible régime et pivotant sur trois axes, et de fermer le champ du temps qui s’écoule en spinant le neutronium de l’enveloppe extérieur.

À charge pour les détecteurs et sondes de détecter les obstacles situés en aval et de déclencher le despinage, soit de façon programmée soit automatiquement en cas de « d’alerte-panne » ou pour éviter une éventuelle « collision ».

Le vaisseau entier avance donc à son allure première dans l’espace, mais comme le temps est suspendu à l’extérieur, quelle que soit la vitesse initiale, le déplacement atteint une vitesse infinie.

 

À l’intérieur, il s’agit de contrebalancer les effets de la suspension du flux du temps qui s’écoule du fait du spinage de la coque extérieure en neutronium, car les machines doivent « vivre » pour fournir l’énergie nécessaire à ce spinage.

Il s’agit d’énormes boîtes à « énergie quantique » qui tournent sans arrêt. Même s’il paraît que ça se déphase et tombe en panne de temps-à-autre, chose que les cyborgs spécialisés sont sensés réparer jusqu’à la… limite d’usure.

L’énergie primaire ainsi pompée dans le vide quantique de l’endroit est stockée dans des accélérateurs de particules après avoir été transformées en matière et antimatière, qui s’enroulent autour de tout le fuselage.

Une partie est prélevée pour les moteurs à l’avancement, une autre est récupérée dans un générateur nucléaire de fusion, pour produire l’électricité nécessaire au « spinage » de la coque extérieur, mais également d’une sphère inversement spinée qui contient l’ensemble des espaces de vie des équipages.

En effet si le temps ne s’écoule plus dans le monde extérieur pendant le déplacement du vaisseau, il s’écoule à l’intérieur soumettant les équipages au vieillissement au même titre que les machines et sources d’énergie.

Pour protéger l’équipage des effets de ce vieillissement, la sphère est elle-même spinée de la même façon. Et s’il s’agit bien d’une sphère, c’est qu’une partie de l’énergie stockée dans les anneaux des accélérateurs de particules, sert de « masse » pour créer un champ de gravitation différentiel et artificiel interne à ladite sphère de vie, compensant les effets des accélérations éventuelles à subir par des tressautements ou autres accidents de l’ensemble dudit vaisseau.

C’est la circulation de cette matière relativiste qui a été, non pas coupée, mais « équilibrée » de telle sorte que tout-à-l’heure, lors de la prise du bâtiment par Paul, en son centre, là où se trouve le poste de commandement et les espaces de vie de l’équipage, se sont retrouvés en apesanteur relative…

Ils auraient pu tout aussi bien être écrasés par une pesanteur artificiellement provoquée de la même façon…

 

La « sphère de vie » possède en son centre le poste de commandement lui-même, au plancher légèrement courbe, comme un couvercle, recouvert d’écrans qui restitue dans différentes longueurs d’ondes l’environnement naturel à la demande. Sans pivoter, on peut faire pivoter la vue restituée sur un angle d’environ 30° avec des repères gradués en radian qui permettent de s’orienter.

Et devant, tout un tas de compteurs divers qui rapportent l’essentiel du fonctionnement des machines.

Autour du poste de commandement, relativement étroit, il y a les « locaux techniques », au-dessous les locaux de vie de l’équipage, sur deux niveaux, par lesquels on accède par une échelle de coupée, et l’ensemble est protégé par des cloisons manifestement étanches.

Et au-dessus, des issues qui permettent d’accéder, en champ gravitationnel inversé ou neutre, vers d’autres équipements et compartiments.

Ce qui reste le plus impressionnant, ce sont les tubulures qui enferment de la matière accélérée dans ses entrelacs qui « tressent » l’environnement gravitationnel autour du poste de commandement. Où on règle la pesanteur relative en fonction des besoins en déplaçant ces masses.

Vers le centre du poste de pilotage pendant les manœuvres, plutôt vers les étages de vie dans les moments de repos. On peut ainsi avoir une « pesanteur-zéro » ou au contraire des pics tels qu’ils écrasent, contrebalancent l’inertie des accélérations du vaisseau.

« Jusqu’à un niveau 500… »

C’est tellement bien fait qu’il s’agit de se regrouper au centre de la sphère surtout de ne pas se déplacer au moment d’une manœuvre, pour que « l’ajustement » se traduise par un simple petit-choc quasiment imperceptible.

En revanche, par effet de marée, sortir de son fauteuil pourrait disloquer des matières molles composant le corps des Homos du bord.

Les cyborgs, les droïdes, les machines, les placards et les appareils sont fixés et conçus pour supporter ces différentiels.

 

Paul a pris campement dans la vaste cabine de l’amirale, bien équipée. Chose assez étonnante, c’est que le décor est « au choix ». Il peut ainsi recréer les perspectives d’un paysage de plaine, de plage, de mer, de montagne de son choix et même faire circuler du vent, du doux zéphyr à la tempête – avec ou non des embruns – maîtriser la température, l’hygrométrie et quelques autres paramètres.

Une de ses réalisations restera de restituer le pont d’Eurydice, depuis la plage arrière, depuis le carré, depuis le poste de barre, depuis la plage avant : assez extraordinaire !

Comme ça, il n’est pas trop perdu.

Mais il refera aussi sa vue depuis sa chambre des « Collines de Cabourg », la salle à manger du restaurant « Cuisine de filles », la vue qu’il a sur Notre-Dame-de-Paris depuis la fenêtre de son loft, celle de Paris depuis le toit des bureaux du Kremlin-Bicêtre et encore quantité de lieu qu’il a autrefois visité.

La pièce est finalement relativement petite, mais ça donne une impression vertigineuse d’immensité, surtout quand on laisse tout bonnement les cloisons se remplir des lumières des étoiles qui entourent le vaisseau.

Prodigieux.

Mais dès confirmation parvenue que les chaloupes de secours sont parvenues au vaisseau « bis », le temps que Paul se familiarise avec les commandes du bord, ce sera le premier saut.

 

Comme prévu, on vise une des « zone de froid », toute petite il faut bien le dire, dans le rayonnement fossile. Axel aidée des calculateurs du bord précise alors les zones de « crêtes » gravitationnelles, comme Paul le lui explique après avoir rapporté l’essentiel de sa conversation d’avec « Stéphane » sur le sujet.

Le tout afin de déterminer l’accès le plus proche d’une « sortie » de la galaxie, pas trop encombré.

Une opération qui demandera effectivement 5 arrêts pour corriger la route.

C’est que les cartes en quatre dimensions restent peut-être suffisamment précises, elles ne sont pas parfaites : on vise et s’aligne « là », pensant que la route est libre, et le « là » est en fait ailleurs et on aura croisé un obstacle non-inventorié !

On se sangle, on attend que tous les voyants soient au vert, les indicateurs et sondes à leur niveau optimal, les pleins d’énergie partiellement refaits à un niveau suffisant, et on appuie sur un bouton qui démarre la poussée des réacteurs : une toute petite partie des considérables réserves d’énergie contenu dans les anneaux des accélérateurs de particules est dérivée vers les trois chambres de fusion qui expulse l’énergie dégagée dans leurs tuyères à confinement électromagnétique.

L’engin tressaute quasi-imperceptiblement, pour une accélération de niveau deux qui écrase un court instant la colonne vertébrale sur le dossier, puis un voyant s’allume.

On appuie alors sur un second bouton, celui qui démarre le « spinage » du neutronium des deux coques, l’interne et l’externe, gros moment de consommation d’énergie, le ciel s’illumine de tous ces feux, transformant chaque point lumineux traduisant la présence d’une étoile en de vastes traits de lumière à travers la restitution qu’en font les écrans panoramiques situés devant eux et immédiatement après, les traits disparaissent pour un ciel qui redevient noir d’encre, parsemé d’un autre champ d’étoiles dont aucune n’a la même place, la même couleur, la même taille que l’instant d’avant…

Déroutant.

 

On n’est pas là où l’on croyait être arrivé : un planétoïde, une masse noire, un gradient d’énergie noire aura été détecté par les sondes restées en fonctionnement durant tout le parcours. Ou bien les machines ont besoin de souffler un peu et d’être ravaudées, rééquilibrées, réparées.

Les horloges du poste de commandement n’ont même pas avancé dans l’intervalle.

Étonnant.

Il faut alors se positionner dans ce nouvel environnement, le temps que les calculateurs s’y retrouvent assez précisément, enregistrer la position, la transmettre à la balise qui va être larguée et dont une partie va faire rapidement le chemin inverse, tant que la « route » ainsi tracée n’est pas perturbée par un élément nouveau pas croisé à l’aller.

C’est que tout bouge dans le cosmos : il n’est jamais identique d’un moment à un autre. Et si les « plus gros » morceaux ont des trajectoires qui se calculent, parce que très prévisibles en application des lois de la mécanique céleste, les plus petits peuvent échapper à l’observation, donc à la détection et à la prévision.

Ça dure un peu. Paul a eu une journée pour le moins très chargée : il y a encore peu, il était dans un avion volant vers le nouveau continent.

Sa montre bracelet annonce un peu plus de 26 heures depuis son décollage de Roissy-Charles-de-Gaulle !

Et il est là, perdu au milieu de rien, quelle que part au milieu de n’importe où ailleurs !

Qu’il laisse donc Axel manipuler les calculateurs sous la surveillance de Bêta et va piquer un petit roupillon à l’étage inférieur et à la pesanteur un peu supérieure.

Pas longtemps : il est informé qu’un second saut se prépare.

Il y en aura encore quatre autres pour atteindre un endroit sur le bord de la galaxie où l’essentiel des lumières des étoiles se trouvent derrière eux. Et devant, immensément plus de « lucioles », toujours de façon aussi dense peut-être, mais dont l’éclat apparent est beaucoup plus faible et tire vers le rouge.

D’ailleurs la vue est meilleure dans l’infrarouge profond…

 

Là, il faut beaucoup plus de temps pour préparer le saut suivant : d’abord recharger les réserves d’énergie, ensuite repérer les fameuses « crêtes » qui s’alignent vers le « point-froid » visé.

Ce qui demande des temps de détection des quelques photons venus mourir de parfois si loin dans le fond des instruments de détection qui s’allonge parce que la lumière n’est pas si dense que ça.

Là, coincés à faire l’inventaire de ce qu’il y a autour, ils vont devoir patienter une petite semaine qui s’écoule avec lenteur.

Paul se fait l’effet de ces navigateurs au long-cours sur leurs porte-containers. Autant sur un voilier, il se passe toujours quelque chose, autant sur un pétrolier ou un cargo, il ne se passe jamais rien : la machine se pilote elle-même et toute seule jusqu’au port et la seule distraction reste… « les exercices ».

On en fait un peu n’importe comment, n’importe quand, pour ponctuer et réduire la routine.

Le seul qui a un peu d’activité, c’est le cuistot. Même si les tâches qu’il a à fournir sont toujours les mêmes, il est là pour varier l’ordinaire en fonction de son inspiration du moment, des réserves et des restes à accommoder !

Eh bien à bord de cet engin de la Légion, c’est pareil.

Et Paul, s’il n’avait pas ses trois cyborgs « à géométrie variable », il deviendrait vite neurasthénique.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-dix-septieme.html

 

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