Ultime récit : Chapitre dix-neuvième

24/08/2017 10:36

 

La bataille de la « côte 95 ».

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Comme Axel n’a pas de meilleure idée sur le moment, Paul s’équipe pour aller chevaucher une des barges du bord.

L’accès à celles-ci n’est pas simple. Il faut d’abord sortir de la sphère de vie et sa douce gravité artificielle. Il y a huit passages possibles à travers l’entrelacs des circuits de matière accélérée qui crée par sa masse les effets de la gravitation et il ne les connaît pas tous.

Il faut ensuite sortir par les étroits orifices de la sphère revêtu de neutronium en l’occurrence « déspiné ». Dans le cas contraire, ce n’est pas possible.

Ce sont des ouvertures avec deux sas. Un d’ultime protection de la sphère de vie et de son environnement, et deux autres vers l’extérieur qui sont là assurer la continuité de la couche de protection du neutronium.

Celui-ci étant constitué de neutrons liés les uns aux autres par la force-forte, il faut fournir beaucoup d’énergie mécanique pour forcer le passage par déchirement.

Mais pas autant que pour libérer les orifices des tuyères des réacteurs qui sont quand même plus gros.

Le principe, pour limiter les efforts, est de faire circuler des protons animés par une vive tension d’électrons. Ça crée une « faiblesse », certes éphémère, qui est concentrée sur la circonférence d’un orifice assez grand, qui libère un passage dans le premier sas.

Une opération impossible à faire quand le neutronium est spiné : il absorbe alors toutes formes d’énergie, tel qu’il en suspend même l’écoulement du temps, vers l’intérieur quand tous les spins sont orientés vers un seul point à l’intérieur d’une sphère, vers l’extérieur quand ils sont orientés parallèlement à la plus grande longueur d’un tube.

Ou d’une ogive en l’occurrence pour la forme du vaisseau de la légion.

Par précaution, il est refermé pour assurer la continuité de la couche de neutronium, pendant qu’un autre est ouvert de l’autre côté du sas, de la même façon.

Puis refermé pour donner accès à tous les appareils qui assurent l’intendance du vaisseau et sa propulsion.

 

Les barges sont regroupées sur les flancs, entre les énormes « réservoirs » qui s’enroulent couche sur couche, sur toute la longueur et le pourtour du vaisseau, contenant la matière et l’antimatière qui circule à vitesse relativiste depuis les générateurs pour aller se perdre dans les moteurs de propulsion, ou pour un autre usage.

Entre, il y a des passages de services, en état d’apesanteur. Mais là on franchit de nouveau une série de sas, car on est déjà dans le vide : un scaphandre est obligatoire, ainsi que l’usage d’un des véhicules utilisés par les cyborgs pour se déplacer le long pour arriver au plus près par les corridors de service.

Les barges sont juste derrière, stockées dans des excroissances du vaisseau. Pas très pratique en cas d’évacuation d’urgence.

Les autres excroissances que Paul a pu identifier à l’occasion de ses sorties, ce sont les tourelles pilotées par des droïdes – qui ne craignent pas le vide intersidéral – et commandés depuis le poste central par l’officier artificier.

Là, ce jour-là, c’est Axel dont ce n’est pas la formation, qui va devoir s’en charger.

Paul s’arrime sur son siège après avoir refermé l’étroite porte d’accès et déverrouille les amarres.

La barge flotte à côté de l’immense vaisseau de la légion. Elle a une taille ridicule, tel un puceron devant une grosse meule de foin, alors que Paul sait qu’il y a le volume d’un vaste appartement de fonction assez grand pour accueillir une dizaine de membres d’équipage dans des conditions de relatif confort.

 

Puis elle est expulsée par la mise en route simultanée du champ de protection du vaisseau alors que Paul fait de même pour le sien.

Une barge est équipée en standard des équipements de survie et de navigation, d’un réacteur à fusion matière/antimatière, de deux gros réservoirs pour sa propulsion, d’un petit générateur quantique de secours pour ses besoins en énergie et entretenir les réservoirs de matière/antimatière, d’un canon d’autodéfense planté dans le nez, de deux tourelles d’autodéfense qui circulent sur des rails au-dessus et en-dessous, pivotantes sur 180° assurant ainsi une sphère de protection légère en complément du champ sur 360°, mais pas de dispositif antigravitationnel, ni d’aucun en neutronium.

Paul une fois éloigné suffisamment, met en marche le réacteur pour dépasser le vaisseau.

Une trajectoire tout d’abord tangentielle, pour éviter d’abimer le vaisseau qui coure sur son aire avec les jets d’énergie à ultra-haute température de sa tuyère.

Accélération d’un G. Normale. Puis il stoppe le moteur, fait pivoter sa machine avec les petits réacteurs de positionnement et d’attitude et accélère ensuite vivement vers les « agresseurs » préalablement verrouillés pendant la phase d’écartement du vaisseau.

Les plus proches sont à 8 minutes-lumière. La seconde vague est à 22 minutes dans une autre direction. La troisième est à à peu près une heure. Et une quatrième se profile à l’horizon de 12 heures, encore dans un autre azimut.

Ça va être coton…

 

L’idée première de Paul est de faire une reconnaissance « rapprochée » pour évaluer la menace. Puis de s’interposer entre les premiers « agresseurs » et le vaisseau de la Légion, afin de retarder comme il peut le moment du contact.

Il sera toujours temps de rejoindre le vaisseau, et pour celui-ci d’en profiter pour refaire un peu d’énergie avec ses générateurs quantiques, au moins assez pour un « petit-saut » et s’éloigner de la menace.

C’est qu’en approchant de la cible la plus grosse, il s’aperçoit au fil de sa progression qu’elle est entourée d’une myriade de « pierres » plus petites qui virevoltent autour, comme en orbite. Même matière apparemment rocheuse, gris-sombre, en forme de courgette irrégulière. Pas d’activité électromagnétique, mais un taux d’émission de radiation ionisante, dans la gamme des rayons X et gamma typique d’une activité radioactive.

Ces trucs-là sont soit des blocs de transuraniens, soit dotés de réacteurs nucléaires…

Pas foncièrement dangereux, mais tout de même incompatible avec la forme de vie de Paul et des « Homo-Plus ». Probablement aussi pour les Krabitz.

Il met presque trois heures pour parcourir les 8 minutes lumières, en économisant l’énergie du bord. En revanche, les « agresseurs » n’accélèrent pas, ne ralentissent pas, ne changent pas de cap, mais tournent sur eux-mêmes à un rythme assez lent.

Pas très véloce, même s’il ne faut pas se fier aux apparences.

Peut-être qu’il s’agit seulement de blocs de matière inertes qui suivent leur cheminement dans l’espace, tout simplement, comme de vulgaires astéroïdes, sauf que les trajectoires sont convergentes vers le vaisseau : pas l’effet du hasard.

 

À moins d’une minute-lumière de distance, il s’agit de les « tester ». Paul arme un tir de semonce. Le canon est un bitube. Le premier éjecte à une vitesse relativiste un jet d’antimatière et l’autre un jet de matière qui se focalisent tous les deux à une distance donnée. Normalement, au moment du « mélange », les deux jets s’annihilent et dégagent une formidable énergie, celle qui sert dans les réacteurs du vaisseau et de sa barge. Sauf que si dans les réacteurs l’énergie dégagée est canalisée par un puissant champ électromagnétique pour transformer cette énergie en poussée dans la tuyère, là, la désintégration se fait sans être canalisée, tous azimuts. Provoquant non pas une onde de choc, mais un plasma exothermique de plusieurs millions de degré. De quoi disloquer toute forme de matière.

Hors le neutronium spiné…

Pas de réaction visible.

Juste quelques « pierres » parmi les plus petites qui changent de trajectoire et accélèrent dans la direction de Paul : il y a donc un mécanisme « intelligent » qui vient en reconnaissance.

Se sentant menacé, Paul réitère sa manœuvre, mais avec les tourelles qui sont programmées pour les viser directement afin de provoquer leur destruction. Les morceaux seront en principe arrêtés ou déviés par le champ de protection de la barge pour éviter tout impact destructeur.

 

La plus grosse pierre précédemment visée par le coup de semonce se met à émettre un puissant rayon dans la gamme des gammas, depuis une ouverture qui s’agrandit, telle une immense gueule ouverte au sommet avant de la « courgette », dans sa direction que ça secoue la machine via son champ de protection. Là, il s’agit de déguerpir rapidement : l’énergie nécessaire à la génération du champ de protection pourrait vite être épuisée.

Paul manœuvre. Il fait face à une réelle menace. S’il est capable d’envoyer une slave plus puissante et plus longue, la barge pourrait ne pas y résister.

Le prochain coup est pour l’ouverture gigantesque qui se rapproche mollement. Le canon l’explose littéralement.

Dans un grand dégagement de gaz chauds qui illuminent cette portion du ciel d’un éclat invraisemblable.

Et il s’agit de ne pas attendre la suite. Paul persiste à manœuvrer en tous sens pour ajuster et tirer sur le caillou suivant avant que celui-ci n’ouvre lui aussi son orifice et crache son rayonnement mortel.

On n’est pas au contact et la lumière, qui renseigne sur l’environnement, met un peu de temps à parcourir les distances : il faut donc impérativement anticiper !

Deux minutes-lumière et il prend le risque de se faire désagréger par le flux d’énergie que les « courgettes » sont capables d’envoyer pour lui barrer la route.

Le champ de protection de la barge réagit très bien, sauf que ça perturbe complètement sa trajectoire, avec parfois de violentes accélérations à subir.

À plus de 5 minutes-lumière, ce sont les anticipations de Paul et des calculateurs du bord qui foirent leur propre tir au canon…

La bonne distance, c’est donc 3-4 minutes-lumières. À la fois beaucoup et assez peu.

Car à part ce détail, c’est relativement facile pour Paul, face à des objets qui voyagent relativement lentement et c’est manifestement plus difficile pour elles face à la barge de Paul nettement plus véloce et agile, d’autant que son pilote manque de s’envoyer dans les pommes à plusieurs reprises avec ses propres accélérations de 3 à 5 G, toujours d’arrière en avant, alors que la trajectoire de sa barge fait des arabesques dans les trois dimension de l’espace en accélérant à chaque fois puisqu’il change d’axe de poussée…

 

Qu’il s’agit d’ailleurs un moment de ralentir en retournant l’appareil, dans la mesure où les calculateurs du bord se mettent à moins bien anticiper les mouvements des cibles qui se présentent : on n’est plus très loin de la saturation et le tir du canon semble avoir loupé sa dernière cible… La distance, la vitesse, les changements de cap…

Mais au fil de la bataille, il s’agit toujours de repousser plus en aval la proximité des « courgettes » de leur axe de progression vers le vaisseau.

Sauf qu’à un moment, manifestement, il n’y a plus un axe convergeant, mais plusieurs.

Les cargos des Krabitz seraient-ils déjà en approche ?

C’est possible mais compte tenu de la distance, le renseignement n’arrive pas à Paul à temps pour confirmer ou infirmer.

Il se passe autre chose : Paul en a la confirmation quand il reprend les cartes des déplacements. Les « agresseurs » se dispersent au fil de ses tirs. Notamment ceux dont il est le plus proche.

Certes, eux aussi dégagent de l’énergie ionisante en quantité dans sa direction, qu’il persiste à éviter en anticipant, mais désormais, il fait mouche à chaque coup et l’escadron de courgettes la plus proche s’éparpille.

Celle qui était à 22 minutes-lumière semble s’éloigner. Il n’y a d’ailleurs plus de trace sur les détecteurs des deux plus lointaines.

Par quel mystère ?

 

Plus grave, alors que les réserves d’énergie commencent à indiquer un niveau assez faible tel qu’il faille envisager de faire le plein sur le vaisseau ou changer de barge, Paul se rend compte que celui-ci a disparu des écrans de contrôle…

L’effroi quand il se rend compte que son vaisseau est introuvable !

Alors même qu’il n’a pas pu être détruit ou avalé par les « agresseurs » de la « côte 95 ».

Ce n’est pas possible, s’interroge-t-il. Il y aurait eu des traces résiduelles.

Et ses appels en direction d’Axel restent vains. Ce qui est logique compte tenu des distances.

Mais pas durant plusieurs heures. Or, la bataille n’a pas duré plus d’une demi-journée terrestre. Il n’a pas pu s’éloigner du vaisseau au plus de 12 heures-lumière. Même pas la moitié, même pas le quart…

Bref, il est perdu. Axel a disparu et avec elle le vaisseau. Elle l’aura déplacé « hors-champs » pour le récupérer et rejoindre un port d’attache quelconque de la Légion.

« Salope ! » peste Paul enragé par la perspective.

Il s’est fait rouler comme un bleu !

Diantre : il a combien de réserve pour finir de divaguer dans l’espace infini avant de mourir de faim, d’épuisement ou de désespoir ?

Un rapide calcul permet d’affirmer que c’est de froid ou d’intoxication au gaz carbonique, faute d’énergie si par hasard le générateur quantique se met en carafe – il ne sait pas le relancer – et qu’il n’y aura plus moyen de chauffer ou de régénérer l’air ambiant.

Quant à la bouffe, ça peut être plus rapide, tellement il allait s’intoxiquer avec des nourritures « difficiles » pour son métabolisme. Et puis combien de temps d’abstinence d’alcools forts et autres vins argentins tiendra-t-il sans devenir fou ?

Les paris sont ouverts…

Et alors, la mission confiée par le Gouverneur ? Un échec total !

Et son retour sur Terre à son époque à lui, pour la seconde mission promise, un leurre ?

Le Nivelle 003 ne verra donc jamais le jour…

Lui et ses certitudes !

 

C’est con de se faire rouler de façon aussi sotte. Vraiment, quel con !

Il désespère ainsi une cinquantaine d’heures, se satisfaisant seulement de constater que le ciel scruté sans discontinuer est désormais vide. Totalement vide. Pas de vaisseau, c’est certain, même les « pierres » agressives se sont éloignées : personne ne saura jamais de quoi elles étaient faites, comment elles fonctionnaient, d’où elles venaient, quelle technologie mystérieuse elles utilisaient.

Décidément frustrant.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/08/ultime-recit-chapitre-dix-neuvieme.html

 

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