Troubles de Stress Post-Traumatique de guerre (II)

04/11/2014 11:50

 

Une thérapie par la navigation en haute mer à bord de grands voiliers-écoles ?...

 

Les troubles de stress post traumatique (PTSD) font des ravages dans les armées lors des périodes de combat où les soldats sont confrontés à la violence, au danger immédiat, aux risques de blessures et de mutilations ainsi que de mort violente.

Depuis quelques années, le PTSD est pris très au sérieux dans les armées tant au niveau des Opérations Extérieures (OPEX) qu’au sein des hôpitaux, notamment à l’Hôpital militaire de Percy.

Les moyens mis en œuvre sont encore modestes.

De plus, l’hospitalisation et le classement en « malade » fait fuir bon nombre de soldats qui n’osent pas signaler leur détresse psychique.

Pourquoi ne pas développer des thérapies éprouvées, déculpabilisantes et même gratifiantes ?...

Bien sûr, le passage par un hôtel de luxe pendant quelques jours est un « sas » agréable avant le retour au foyer mais on pourrait peut-être faire mieux, et plus long, et même avec la famille si besoin.

Il y a plusieurs années, je me suis penché sur la restructuration mentale des jeunes marginalisés par la navigation océanique à bord de grands voiliers-écoles.

 

C’est une thérapie qui a été mise au point notamment par le Docteur Pierre PENNEC fondateur du Centre de Soins en Milieu Maritime des Sables d’Olonne (CSMM).

Vous trouverez ci-dessous un exposé de cette thérapie qui a fait ses preuves :

 « …la déstructuration du processus pathologique dont il s'agit ici, est une constante fondamentale de presque toutes les thérapies, aussi bien biologiques et organicistes que psychothérapiques, qu'elle qu'en soit la profondeur. On peut donc placer en hypothèse, que plus on élimine de facteurs environnementaux ayant participé à l'élaboration morbide, ou en ayant seulement témoigné, plus importante est la déstructuration.

Sur ces bases, il a été établi depuis 1962 en Vendée, que les régions naturelles les plus élémentaires étaient la haute mer, le désert, la haute montagne. L'expérimentation s'y est faite depuis cette date, en Mer. On trouve en ce milieu avec le maximum de prégnance, de spécificité, et de pureté, l'Air, l'Eau, le Temps et l'Espace. Tout s'y déroule en outre, au sein d'un groupe restreint permanent.

Les exigences, voire les contraintes de la vie à bord, sollicitent obligatoirement toutes les fonctions psychiques et physiques de la Vie de Relation. Elles nécessitent leur réorganisation, harmonieuse, dans toutes les dimensions de l'Être intégré (psychique, corporel, social, cosmique).

Ce sont peut-être ces caractéristiques dynamiques mais plus sûrement encore l'environnement qui font que le marin se distingue assez nettement du terrien. A cet égard, pour ce qui nous concerne, on insiste généralement sur la présence constante de l'autre dans les activités coopératives indispensables, qui stimulent grandement la socialité inhibée ou négativée du patient.

Une différence est à faire entre la simplicité extrême de la structure de l'environnement en haute mer et la proximité persistante des éléments de la vie habituelle dans la navigation côtière, en se souvenant que le maximum de dépouillement environnemental sollicite en réaction un maximum de fonctions physiologiques fondamentales.

La relativité du temps devient aussi très vite dans ce contexte, une évidence pour tous. Le cosmos s'impose comme seul recours pour l'évaluation de la durée. Mais outre cette temporalité sidérale, il faut intégrer aussi celle du bord, rythmée par les impératifs de la navigation (quarts) et de l'inévitable vie du groupe (repas, sommeil).

La durée optimale de l'épreuve thérapeutique interroge inévitablement dès les premières étapes de l'expérience. Plusieurs années de réflexion nous amènent à penser que l'unité utile de temps thérapeutique est le mois. Si l'on dispose de moins de temps tout reste possible cependant, il suffit alors d'adapter, peut être de répéter les croisières ou de prolonger le "rêve du voyage".

La temporalité maritime, marquée de ses particularités, n'est pas un temps suspendu dans le cours de la vie. La croisière nécessite une préparation avant l'embarquement, dans un sas institutionnel, à terre si possible, où se retrouvent tous les participants, soignants et soignés.

Au retour on ménage symétriquement un temps de restitution pour l'évaluation, les bilans individuels et collectifs, les projets, les suites du programme collectif, et de chaque programme individuel.

Nous avons pu noter, sans équivoque possible, que même après vingt ans, le groupe marin ainsi formé, perdure et se reconstitue spontanément. Chaque patient reste en effet très marqué par l'expérience vécue et parle à son propos de "bout du tunnel", de "temps de normalité", de "ciel bleu dans l'enfer". "Quand repartons-nous ?" devient un leitmotiv.

Il est souhaitable qu'il s'agisse toujours d'un "voyage de rêve", qui remplit spontanément l'imaginaire pendant le temps de préparation (images, sons, lectures, récits) et qui se retrouve à l'identique, ensuite, dans la réalité du concret.

Cette expérience, d'une grande intensité vécue, appelle la critique, voire l'autocritique de l'imaginaire délirant. Il y a là un support psychothérapique utilement exploitable pendant de nombreuses années.

A travers leurs multiples expériences, les équipes soignantes insistent toujours sur l'importance de points particuliers, notablement répétitifs, sinon constants :

- La responsabilisation : l'homme de barre sent peser sur lui la charge de la vie de tous les passagers, et retrouve un niveau de vigilance et d'attention depuis longtemps oublié.

A l'inverse de la situation thérapeutique habituelle, c'est, ici, le patient qui contrôle : le pouvoir change de camp.

On a même pu dire que dans les cas les plus remarquables d'implication du sujet dans la situation de navigation, la folie l'avait déshabité. Sans doute parce qu'elle n'a plus de sens alors, ni plus de place dans cette nouvelle économie existentielle. Le choix est clair dit-on souvent avec insistance : vivre, ou parler son délire…, ou barrer!!

- Le plaisir, en contrepoint de l'angoisse ou de la peur, se décline sous toutes ses formes pendant le voyage et surtout après. Il constitue un des piliers de la thérapeutique de restructuration. Nul ne le conteste dans le milieu maritime des soins qui rejette massivement le dolorisme comme philosophie fondatrice du soin et de la santé.

La mer et le bateau suscitent des déferlements fantasmatiques universels. Leur puissance, que vérifient les investissements démesurés, imaginatifs ou tangibles, ne peut laisser insensible le thérapeute toujours à la recherche d'une plus grande efficacité. En ces lieux sont accumulés les énergies des origines, archaïques, qui fondent le vivant tout entier et l'humain notamment.

« Cette puissance, ainsi mobilisée, n'a guère d'équivalent pour se mesurer, s'opposer, se substituer aux monstruosités envahissantes de l'univers intérieur dans les déviations pathologiques de la réalité objectale… »

Extrait de "VOILE EN TÊTE VI", présenté lors des régates de La Rochelle le 24 octobre 1997.

 

La navigation à bord de grands voiliers-écoles fait rêver, surtout aux Antilles, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, qui sont des endroits idéaux pour des navigations destinées à se reposer.

D’ailleurs, nos départements et territoires d’Outre-mer sont des régions privilégiées pour les plaisanciers de toute la planète.

Alors pourquoi ne pas lancer un projet national de grand voilier-école qui naviguerait prioritairement en Outre-mer ?...

Si les médecins des armées retiennent l’idée, et afin d’en savoir plus sur les coûts et la réalisation de ce type de projet, il leur suffit de contacter l’amiral Pierre-François FORRISSIER (ancien chef d’Etat-major de la Marine) qui a créé « l’association du Grand voilier-école » :

http://www.asso-gve.fr/-Journal-de-bord-.html

 

VIDEO : http://youtu.be/PGpIDh4va9g

 

Pour ma part, en tant que modeste citoyen, j’ai toujours considéré que la Marine Nationale devait avoir deux grands voiliers-écoles à sa disposition pour former les équipages comme c’est le cas dans bon nombre de marines de la planète.

J’ai même présenté le projet à l’Ecole Navale en avril 2009.

C’est à découvrir sur le blog Euroclippers :

http://euroclippers.typepad.fr/

J’avoue que je tiens beaucoup à ce projet tant au point de vue militaire que civil.

En effet, j’ai créé en 1993 un laboratoire d’idées, les « Clippers de Normandie », avec d’éminentes personnalités du monde maritime, afin d’essayer de convaincre les dirigeants politiques de construire des grands voiliers pour les jeunes.

Peine perdue !...

Pourtant, dans le domaine médical, j’avais réussi à intéresser le médecin général de l’Armée de l’Air Robert AUFFRET, président de l’Académie internationale de médecine aéronautique et spatiale, qui avait rejoint l’association.

Bien sûr, tout le monde va me dire « Mais ça coûte cher ?... » !...

Effectivement, cela coûte cher mais la défense de la Liberté a un coût et quand nos soldats reviennent « cassés » d’Afghanistan ou d’ailleurs et bien il faut se donner les moyens de les soutenir psychologiquement !...

Tout a un coût !...

Et puis, de l’argent, il y en a !...

Il suffit d’aller voir où se trouvent les « milliards de la Division Daguet » versés à la France par le Koweït, l’Arabie Saoudite et les Emirats en 1991.

Où est passé l’argent ?...

Parce que sur 7 milliards 600 millions d’euros, il y a de quoi financer sans problème deux voiliers-écoles de 85 mètres au pont !...

Et si on commençait à chercher sérieusement ces fonds ?...

 

Jean-Charles DUBOC

 

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