Thierry Breton : “Mes idées pour sortir de l’impasse”

13/02/2017 12:29

 

Entretien. 

Désendettement de l’État, création d’un fonds de sécurité et de défense, développement de l’ordinateur quantique : le président d’Atos et ancien ministre dévoile les leviers nécessaires pour créer une nouvelle Europe et une France guérie de ses blessures.

 

Thierry Breton a un rapport extraordinaire avec le temps… Et s’il rêvait au plus profond de lui de pouvoir le dompter ? L’ancien ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie n’a-t-il pas le même physique, la même mine réjouie, les mêmes yeux malicieux qu’il y a quelques années ? Pendant près d’un mois, Atos, le groupe qu’il préside, a diffusé aux médias du monde entier les résultats des jeux Olympiques et Paralympiques avec une précision inégalée : là où une course contre le temps s’engage face aux millièmes de seconde qui défilent. Il se passionne aussi pour nous expliquer comment fonctionnera l’ordinateur de demain, l’ordinateur quantique, capable d’effectuer des centaines de millions d’opérations par seconde.

Mais rien ne fait aussi plus plaisir à Thierry Breton que de compter en millions d’années, voire en milliards, et ainsi remonter le temps. Les étagères de son bureau très design, situé sur le (très américain) campus Atos à Bezons, devant la Seine, regorgent de fossiles. « Là, c’est un trilobite de 480 millions d’années », nous indique-t-il en nous montrant un animal pétrifié aux formes étranges. À l’entrée de son bureau, près d’une console où sont placées une vingtaine de photos où il pose avec les personnes qui ont compté dans sa vie professionnelle (Jacques Chirac, René Monory…), se dresse une énorme ammonite polie, provenant de Madagascar, datant d’une centaine de millions d’années… Puis il sort de sa poche un iPhone et nous montre la photo d’une de ses récentes acquisitions : une météorite Gibeon (en fer) de 7 kilos. « Elle date de 4,7 milliards d’années… de la création du Système solaire », nous explique-t-il.

Puis il revient vers l’étagère — côté salon de son bureau — et nous confie quelques minutes un oeuf de dinosaure. Thierry Breton est propriétaire d’une des plus importantes nichées d’oeufs de dinosaure (18 au total) au monde. Il l’a prêtée au musée de Villerville. « Je devrais demander à Siemens de voir, avec leurs appareils, s’il y a des squelettes de dinosaures », songe-t-il avant de nous parler d’art moderne et de l’un de ses récents coups de coeur, un artiste d’Erevan, dont il a une sculpture près de la baie vitrée qui donne sur une terrasse avec vue sur La Défense. Et si Thierry Breton était avant tout un homme passionné ?

Chez Atos, chez France Telecom ou à Bercy quand vous étiez ministre, vous vous êtes à chaque fois efforcé de faire baisser la dette...

A mon arrivée au gouvernement en 2005, la France était en déficit excessif. Nous en étions à -3,7 % et à plus de 66 % d’endettement. Deux axes ont alors guidé mon action. Le premier, c’est le respect des Traités, notamment de Maastricht, qui - par définition et quelles que soient les échéances électorales - engagent la France et au premier chef son ministre des Finances. La parole de la France lui permet de se faire entendre et respecter en Europe et dans le monde. Le second, c’est que seule une gestion rigoureuse est à même de libérer l’économie. Pour la première fois en quinze ans, la France a pu ainsi afficher un excédent primaire en 2006 et 2007, tandis que le chômage, à mon départ de Bercy, était réduit à 7,4%, contre 9,2% en Allemagne. Pour obtenir de tels résultats, il fallait, avec Jean François Copé au Budget et Jean-Louis Borloo au Travail, tenir fermement les rênes aussi bien à Paris qu’à Bruxelles. Pour cela, à Bercy, j’avais en charge le portefeuille de l’Economie, des Finances et du Budget, et celui du Commerce extérieur et de l’Industrie. C’est un triptyque essentiel pour conduire les réformes permettant de renouer avec la croissance et l’emploi. Hélas, voilà huit ans qu’il n’y a plus eu de ministère de l’Economie et des Finances de plein exercice: Nicolas Sarkozy n’en voulait pas parce qu’il craignait un Bercy trop puissant ; François Hollande, parce qu’il voulait faire plaisir à trop de monde. 

Lors de ma première conférence de presse, j’avais dit que la France vivait au-dessus de ses moyens. Nous payions alors pratiquement 45 milliards d’euros de charge d’intérêt de la dette, c’est-à-dire plus que l’impôt sur le revenu. Ce poste était déjà plus lourd que celui de l’éducation nationale et l’impôt sur le revenu  ne couvrait même pas la charge de la dette du passé ! Il y avait urgence à réduire notre endettement. J'avais ouvert une boîte de Pandore : les critiques ont fusé de toutes parts, à gauche comme à droite.

Comment avez-vous calmé les esprits ?

J’ai chargé Michel Pébereau de diriger une commission indépendante sur l’évolution de la dette publique. Pluri-partisane, comptant des personnalités de gauche, de droite, des syndicalistes, des chefs d’entreprises, des journalistes, cette commission a fait de la pédagogie sur l’impératif de la réduction du déficit et du désendettement. Avec mes trois ministres délégués, nous avons tenu bon et, fin 2005, nous étions repassés sous la barre des 3 %, à 2,89 %. Je m'étais fixé  de faire toujours un peu mieux que l’Allemagne de manière à maintenir le poids de la France dans une Europe construite autour de sa crédibilité au sein de la zone euro. Pour la première fois en 30 ans, à la fin de la présidence de Jacques Chirac, nous avions ramené la dette de 66 à 63 points de PIB alors que l'Allemagne en était à 67 %.

Puis, l’endettement est reparti de plus belle… 

Le drame, c’est que notre endettement a explosé entre 2007 et 2012 : + 617 milliards d’euros, dont 200 milliards dus à la crise de 2008 certes, mais 417 milliards découlant de choix budgétaires hasardeux sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et depuis 2012, 350 à 400 milliards se sont ajoutés sous les gouvernements socialistes. Bilan, nous sommes passés de 1 100 milliards à 2 100 milliards en moins de neuf ans ! Il se trouve que la BCE ayant drastiquement abaissé les taux d'intérêt, nous payons toujours aujourd’hui 45 milliards d’euros de charge d’intérêt de la dette. Et que nous n'avons toujours pas réalisé que cette bombe à retardement, enclenchée en 2007, pourra exploser à tout moment  lors du prochain quinquennat à la faveur d'une remontée des taux.

Quel regard portez-vous sur le quinquennat de François Hollande ? 
François Hollande a pris trop tardivement conscience de la situation gravissime de la France en 2012. Les deux premières années de Nicolas Sarkozy avaient été économiquement désastreuses. La loi TEPA a été menée à contretemps, à contre-courant, à contresens. Et surtout, elle a rompu la convergence avec l’Allemagne avant même que d’entrer dans la crise. Outre de réelles avancées telle la loi sur les universités et la création du statut d’autoentrepreneur, force est de constater que le quinquennat de Sarkozy aura été, hélas, un quinquennat de perdu. La fin de son mandat a été marquée par l’explosion de la dette publique et celle des impôts : ceux-ci ont augmenté de 30,8 Mds d’euros en moins de deux ans.  Et, malheureusement, François Hollande a poursuivi sur la lancée de son prédécesseur avec une pression fiscale accrue d'un même ordre de grandeur, mais sans s'attaquer, lui non plus, aux réformes structurelles qui s’imposaient. Avec 2 100 milliards de dettes, un chômage massif et une économie à bout de souffle, comment s’étonner aujourd'hui de l’exaspération des Français !

Les programmes présentés par les candidats à la primaire à Droite pourraient-ils permettre à la France de sortir la tête hors de l’eau ? 
Les deux anciens Premiers ministres ont des programmes de qualité : celui de François Fillon, d’inspiration libérale, est très articulé. Celui d’Alain Juppé, plus équilibré, ne l'est pas moins. Tous deux ont la volonté de mener les réformes nécessaires. Mais en politique, ma proximité avec Jacques Chirac est connue et c’est naturellement que je soutiens Alain Juppé. C’est l’homme d’Etat dont la France a besoin.

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?
Je le connais bien, c’est un de mes anciens collaborateurs.  J’ai de l’amitié pour lui. Il a toujours soutenu l’initiative et les entrepreneurs. Avec son propre mouvement, il s'efforce à présent de créer un rapport de force, mais il le fait à l’extérieur du gouvernement. Or je pense que la démarche est plus efficace quand on le fait de l’intérieur. Il le sait, je le lui ai dit.

Pourriez-vous revenir en politique après Atos ?
Mon engagement, c’est Atos. C’est une évidence. Il est vrai que j’ai  toujours cet intérêt pour la chose publique. Lorsque l’on a eu le privilège d’être Ministre, cela vous engage, et pas uniquement pendant l’exercice de vos fonctions. Je connais bien les mécanismes des finances publiques, tout comme ceux de l’euro que j'ai enseignés à Harvard. Aussi, j'estime simplement avoir un devoir de pédagogie sur ces sujets cruciaux pour notre avenir commun. Ils sont trop souvent présentés à nos compatriotes de façon caricaturale ou simpliste, et donc artificiellement clivante.

Auriez-vous envie de faire partie du prochain gouvernement ?
J’ai passé l’âge des envies. Quand on a eu la chance d’être à la confluence de plusieurs mondes, politique, économique, académique et industriel, on a le devoir  de réfléchir, sinon de contribuer, de là où on est. C'est un devoir d'homme et de citoyen.

Quel est- il ? 
Ma priorité, c’est de faire réussir et développer notre communauté de 100.000 ingénieurs, femmes et hommes, qu’est devenue Atos. Et, à la place qui est la mienne, d'alerter sur la nécessaire convergence entre la France et l’Allemagne. Pour la première fois depuis l’après-guerre, les deux grandes puissances qui ont mandat d'œuvrer main dans la main, de façon parallèle, à la construction de l’Europe, empruntent des chemins diamétralement opposés. Cette divergence apparue en 2007 est mortifère pour l’euro et  l’Europe. C’est  un élément essentiel. 

Aujourd’hui, l'endettement de la France est égal à 95 % de son PIB. Ce ratio est de 72 % en Allemagne. Et pourtant nous avons vécu la même crise des deux côtés du Rhin. J'ajoute que ce différentiel, rendu aujourd'hui indolore par l'extrême faiblesse des taux d’intérêt, deviendra vite intenable, tant pour la France que pour l’Allemagne.

Pourquoi donc ? 
Les taux d’intérêt nuls et à fortiori négatifs inquiètent vivement les épargnants allemands, surtout les retraités, moins protégés qu’en France car nombre d'entre eux ont souscrit des assurances à titre personnel. Ils craignent pour la ruine de leur épargne.  Wolfgang Schäuble, le ministre fédéral des finances, m'a confié que cette situation ne pourra politiquement pas durer longtemps. 

Côté français, nous nous réjouissons des taux d’intérêt négatifs pour la raison que j'ai rappelée plus haut. Mais si les taux revenaient au niveau qui était le leur lorsque j’ai quitté Bercy, la charge des intérêts de la dette passerait de 45 milliards à 90 milliards. Il nous faudrait alors quasiment doubler l’impôt sur le revenu des Français. C’est inimaginable !

Si vous étiez à Bercy, que feriez-vous ?
Je ne le suis pas et je sais combien l’action publique est difficile. Mais je crois qu’il faut tout faire pour retrouver, comme en 2007, une France et une Allemagne en situation d’endettement peu ou prou comparable. L'Allemagne s'approche de  60 %. La France s'envole vers les 100 %. Gardons ceci à l'esprit : à supposer que notre pays soit en excédent primaire année après année, il faudrait 22 ans pour que la France revienne au niveau d’endettement de l’Allemagne ! On le voit bien, la solution ne peut donc plus être que politique. Aujourd’hui, il importe de retrouver les leviers qui redonneront un sens et une envie d’Europe pour  sortir de l’impasse.

Quels sont ces leviers ?
Quels sont aujourd'hui  les principaux sujets de préoccupation des Européens ? La sécurité et la défense, avant le chômage et l’emploi. Cela s’explique notamment par les vagues d’attentats, mais aussi, sur le terrain géopolitique, par le retrait progressif des Etats-Unis du théâtre européen, laissant les Européens seuls face à leur destin. L'idée même de mutualiser le financement d’une partie de nos dépenses de défense – cela ne veut pas dire renoncer à  notre souveraineté – apparaît de plus en plus plébiscitée afin de mieux protéger l'Europe. Or, sachez que depuis dix ans les dépenses militaires européennes ont baissé de 10 % alors que dans le même temps elles se sont fortement accrues partout : + 167 % en Chine, + 97 % en Russie, + 112 % en Arabie saoudite, + 39 % en Inde… Le moment est venu pour l'Europe de reprendre l'initiative. D'où l'idée de création d’un Fonds de sécurité et de défense.

Comment fonctionnerait-il ?
Comme un instrument financier incitant les Etats à engager des dépenses mutualisables et inter-opérables au plan européen : protection des frontières,  cybersécurité, projections inter-européennes, accueil de migrants, aides au retour…  J’ai calculé que depuis l'avènement de l'euro, la France avait consacré 720 milliards d’euros à la défense et à la sécurité. L’Allemagne 560 milliards… Dans l’ensemble de la zone euro, nous arrivons à 2 300 milliards. Profitant d'’une période exceptionnelle de taux d’intérêt négatifs, le Fonds que je propose émettrait des obligations autour de 50 ans, à des taux d’intérêt extrêmement bas (entre 0 et 0,3 %). Son montant serait précisément de 2 300 milliards d’euros et il serait abondé annuellement, de façon pérenne et certaine, à hauteur de 1,2 points de PIB par les Etats fondateurs et gestionnaires. Les obligations émises sur le marché seraient achetées en partie par la BCE et d’autres institutionnels publics ou privés en quête de titres « AAA ». L’argent  obtenu permettrait au Fonds de racheter les dettes des Etats membres, au prorata de leurs investissements de défense depuis la création de l'euro. J'insiste sur le fait que seule la mutualisation des signatures et la pérennité de l'abondement peuvent permettre de retrouver une notation « AAA » autorisant à emprunter à des taux quasiment nuls sur des durées pouvant aller de 30 à 50 ans. 

Ça, c'est pour le passé ...
Pour le futur, le Fonds rembourserait chaque année jusqu’à la moitié des dépenses de défense de tout Etat membre du Fonds pour peu, là encore, qu’elles contribuent à la défense et à la sécurité de la zone euro et soient potentiellement mutualisables et inter-opérables. Concrètement, le Fonds ne rembourserait réellement que la moitié des dépenses des Etats car il existe un socle de dépenses incompressibles qui n’ont pas vocation à être partagées. Je songe bien évidemment à celles garantissant notre propre souveraineté : services de renseignement, arme nucléaire... J'ajoute que le mécanisme du Fonds nous permettrait aussi de remonter nos dépenses de défense annuelles à 2 % du PIB, en ligne avec l’engagement souscrit par tous les Etats membres de l’OTAN. 

Quel effet le Fonds aurait-il sur les finances françaises ? 
La dette de la France passerait de 95 % à 61 %. Celle de l’Allemagne, de 72 % à 56%. C'est alors que l'improbable convergence qui m'est chère redeviendrait possible et avec elle notre avenir commun au sein de la zone euro. Nos dépenses militaires sont de 38 milliards. Nous pouvons  espérer en récupérer jusqu'à 19 milliards, ce qui, après versements annuels au Fonds et économies de la charge d’intérêt issue de l'allègement d'un tiers de la dette, ferait ressortir un solde positif de 10 milliards d’euros! La vérité, c'est que tous les Etats membres y trouveraient leur compte. Je me suis donc ouvert personnellement de ce projet à François Hollande, Angela Merkel, Mario Draghi, Jean-Claude Juncker, notamment… Tous ont marqué un intérêt prononcé pour cet instrument conciliant nécessité politique et intérêt économique. Reste à le mettre en place.

Vous présidez Atos depuis maintenant 8 ans… Quel bilan tirez-vous de votre action ? 
A mon arrivée chez Atos, le chiffre d’affaires était inférieur à 5 milliards d'euros. Il devrait avoisiner cette année 12 milliards. Nous avons aussi plus que multiplié par deux le nombre de nos salariés, passé de 48 000, à plus de 100 000, essentiellement des ingénieurs, présents dans 72 pays. Nous nous sommes également totalement désendettés et disposons même d’un milliard de liquidités. Ne pas avoir de dette, ce n'est pas une lubie. Quand on le peut, c'est, selon moi, l'une des meilleures manières de garantir sa liberté. Côté résultat, notre marge opérationnelle est passée de 4,8 % à plus de 9 %. Et l’action Atos de 17 à 95 euros. La valeur de l’entreprise est ainsi passée de 1 milliard à plus de 10 milliards d'euros aujourd'hui.

Lors de la présentation de vos résultats semestriels, vous avez relevé vos objectifs… Qu’est-ce qui vous donne tant confiance ?
Il y a déjà la croissance inhérente du marché sur lequel nous sommes, avec l’explosion du Big Data. Notre offre de services, en effet, est axée autour du traitement, de l’analyse, du stockage mais aussi de la protection des données. C’est notre capacité d’exploiter pleinement les données qui crée de la valeur pour nos clients, notamment industriels. Nous sommes déjà entrés dans  l'ère de ce qu’on appelle l’industrie 4.0, dont Atos, avec notre partenaire Siemens, est le leader européen. 

Notre confiance repose aussi sur la récurrence d’une part importante de nos activités : nos contrats pluriannuels de gestion des données s’étalent souvent sur 3 à 7 ans, ce qui nous donne plus de visibilité que d'autres, à l’activité souvent plus cyclique.

Vous réalisez 15 % de votre chiffre d’affaires et 20 % de votre marge opérationnelle en Grande Bretagne. Le Brexit vous inquiète-t-il ?
Le Brexit nous a tous surpris, mais nous avions en réalité pris depuis longtemps des mesures conservatoires pour nous couvrir sur la livre sterling. Nous sommes par ailleurs relativement peu exposés au secteur de la finance, potentiellement le plus impacté. Nous sommes donc confiants sur notre capacité à maintenir notre marge en Grande Bretagne au second semestre et au-delà.

Atos est un partenaire clé des Jeux Olympiques depuis quinze ans. Quel bilan tirez-vous de ceux de cette année ? 
Nous sommes très satisfaits car, techniquement, les Jeux se sont parfaitement déroulés dans un environnement difficile. Bien qu’invisible du grand public, notre rôle est central : nous transmettons en temps réel – en moins de 200 millisecondes ! – l’ensemble des résultats aux diffuseurs du monde entier. Nous gérons et sécurisons par ailleurs des données sensibles, dont les accréditations des athlètes, journalistes et bénévoles. Quatre ans de travail pour 15 jours de réalisation, les JO constituent à chaque fois un nouveau défi. La technologie pour les Jeux mobilise 3500 spécialistes dirigés par une femme, une ingénieure d'Atos exceptionnelle, chef de projet, Michèle Hyron.

Quels moyens financiers et humains déployez-vous aux Jeux Olympiques ? 
Nos équipes s’installent dans la ville hôte quatre ans avant l’événement. Elles seront d'ailleurs bientôt à Tokyo pour les préparatifs de l’Olympiade 2020. Nous mettons en œuvre des moyens très importants pour les Jeux, pour les résultats en temps réels, l’information des médias, la cyber-sécurité. Cette année à Rio, nous avons dû parfois maîtriser jusqu'à 400 attaques ou incidents par seconde. Un record. 

Comment voyez-vous l’ordinateur du futur ?
La loi de Moore, qui se vérifie depuis 25 ans, démontre que tous les 18 mois, il est possible de doubler la puissance  de calcul. Nous sommes prêts d'avoir poussé à l'extrême la logique de miniaturisation des transistors, et sommes désormais arrivés quasiment aux limites de la physique. Parallèlement, et tous les 18 mois là encore, l’activité humaine génère plus d’informations que toute l’humanité depuis la nuit des temps ! Il s'agit de données dupliquées pour un très grand nombre d’entre elles et stockées de manière indélébile. Pour traiter ces masses d'informations, il faut donc de plus en plus de puissance de calcul, ce qui risque de nous conduire à une situation limite aux environs de 2025.

Dès lors, la prochaine révolution informatique sera celle de l’ordinateur quantique. Contrairement à l’informatique classique où l’élément de base, le bit, peut avoir 0 ou 1 comme valeur, ce même élément, dénommé qubit, pourra à la fois valoir 0 et 1 dans la technologie de superposition quantique. De quoi multiplier de manière exponentielle la puissance de calcul, avec les enjeux de sécurité que cela suppose: un ordinateur quantique pourrait en effet casser n’importe quel code du monde classique. A l'inverse, par la technique d'intrication quantique, il pourra garantir l'inviolabilité de tous les échanges d'information. Il s'agit pour nous d'un nouveau paradigme. Il est intéressant de rappeler qu’à l’origine de tout cela,  il y a la physique quantique théorisée au début du 20ème siècle, notamment par Einstein, Schrödinger, Pauli, de Broglie, Heisenberg, etc., tous jeunes Européens à peine trentenaires. Il faudra certes encore du temps pour aboutir à la production d’ordinateurs quantiques qui auront  un impact majeur. Chez Atos, nous avons d'ores et déjà constitué une équipe pour y travailler.

Preuve de l’importance de cette révolution en devenir : la Commission européenne a annoncé qu’elle allait débloquer une enveloppe d’un milliard d’euros pour développer des applications quantiques, ce qui est capital pour l’avenir (cyber sécurité, cryptologie, vitesse de calcul, programmation quantique…) et pour garantir la souveraineté de l'Europe.

 

Source : Valeurs actuelles : Marie de Greef-Madelin, Agnès Pinard Legry, Frédéric Paya

 Lundi 10 octobre 2016

http://www.valeursactuelles.com/thierry-breton-mes-idees-pour-sortir-de-limpasse-65566

 

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