Taxer les robots

30/03/2017 20:54

 

La vie dure des utopies…

 

L’autre fois, à propos de monnaie, je tentais d’expliquer que la première qualité de cette « unité de compte » dans tous les échanges entre hommes, devait être sa durabilité.

Et que ça lui a toujours été absolument indispensable, pour traverser le temps…

Quelle que soit la monnaie utilisée et quelle que soit le pays et l’époque concernée.

Parce que seule la monnaie permettait de « capitaliser » et du coup d’emprunter/rembourser, de prêter/se faire rembourser sans perdre trop de valeur en vieillissant.

On peut être contre le « système capitaliste » ou de « capitalisation », nous en avons la preuve tous les jours et les plus braillards sur le sujet sont ceux qui sont les plus ignorants…

Car sans « capitalisation », plus personne ne peut investir dans des choses « qui durent », plus rien ne peut durer vraiment.

Et pourquoi est-ce si important « d’investir » dans des choses « qui durent » ?

 

Eh bien c’est tout simple, mais si ce jour-là, personne parmi « mes » commentateurs ou contradicteurs habituels n’a posé la question…

Je l’attendais pour « rebondir » et elle n’est pas venue.

Déçu.

On « investit » pour produire. Mieux ou plus, ou les deux…

On produit pour satisfaire des besoins, des attentes.

Sans production, idoine et calibrée, il y aurait pénurie de biens et de services.

Qui dit « pénurie » dit rareté d’une part et donc « inflation » qui ruine la valeur d’une monnaie, quelle qu’elle soit et, d’autre part, dit « disette ».

La disette se transforme rapidement en famine, ce qui provoque des conflits, des guerres pour se nourrir, pour boire, pour vivre.

Qui dit guerre dit destructions, de vies d’abord, d’investissements ensuite, donc de monnaie qu’il faut alors recréer une fois la paix retrouvée…

C’est immanquable et vous pouvez refaire toute l’Histoire de l’humanité depuis l’homme de Cro-Magnon sans vous tromper avec ce filtre-là de lecture !

 

Autrement dit, en caricaturant à peine, toute personne qui s’oppose à ce « système » devient finalement faiseur de misère et, au stade ultime, de guerre et de destruction.

Mais en passant par toutes les étapes de l’appauvrissement des masses qui n’ont rien demandé…

C’est vous dire si je ne suis logiquement pas vraiment un « collectiviste » qui, arbitrairement spolie « les autres » de leurs avoirs pour leur plus grand bonheur.

De toute façon, le collectivisme, ce n’est jamais qu’une forme de « capitalisme » d’autorité : Il ne sort pas du « système », il devient seulement « étatique ».

Et de toute façon, même quand il ne s’agit pas de spolier, de nationaliser, de réquisitionner, les formes « violentes », tout impôt, toute taxe participe de près ou de loin à la même forme de « tuerie ».

C’est plus « soft », j’en conviens, c’est moins évident, c’est parfois consenti, c’est très souvent fait pour des tas de bonnes raisons qu’on met des plombes et des plombes à vous expliquer, mais c’est exactement le même mécanisme.

Rien de plus rien de moins.

Et tous les débats tournent seulement autour des « dosages » et des raisons dans nos sociétés-post-modernes.

 

Ceci étant acté et pour en revenir au fond du sujet que nous avons déjà abordé à plusieurs reprises et autres aspects, notez que la révolution informatique a le même effet que celui qu’a pu avoir en son temps la révolution industrielle. Dans le secteur agricole, la mécanisation a eu partout un effet spectaculaire sur l’emploi, sans que l’on ne songe jamais à mettre en œuvre une taxe spéciale pour pénaliser l’usage des moissonneuses-batteuses ou des machines à traire !

À l’heure actuelle, le prix d’une Dacia est inférieur à un salaire égal au smic mensuel. Il y a un demi-siècle, il fallait plusieurs salaires mensuels pour pouvoir acheter une 4 CV ou une Renault Dauphine – et le smic n’existait pas ! Sans compter que la Dacia moderne est infiniment plus sûre, confortable et performante. Baisse spectaculaire des prix (ou augmentation du pouvoir d’achat) et amélioration conjointe du produit sont tous les deux à mettre au crédit du progrès technique et maintenant de la robotisation (dans les usines japonaises d’automobiles particulièrement, l’emploi a massivement diminué).

 

Il en résulte que, contrairement à ce qu’une pensée naïvement simpliste voudrait faire croire, la robotisation, même si elle se traduit directement par des pertes d’emploi n’a pas pour finalité de permettre aux patrons ou aux actionnaires de « s’en mettre plein les poches » mais bien de fournir à tout moment des produits moins chers et plus performants, et d’améliorer leur compétitivité dans un contexte de concurrence mondiale dont il serait vain de prétendre se dégager.

À moins de construire une vaste enceinte infranchissable le long des frontières, creuser de large fossé derrière, fermer ports et aéroports et encore, ça n’empêcherait pas les ondes, les oiseaux et les polluants de passer…

Il en résulte donc aussi qu’augmenter le coût de production en instituant une taxe robot ne serait envisageable que si le consommateur acceptait d’en payer le prix du fait de la moindre productivité qui s’ensuivrait. Autrement dit, cette taxe aboutirait seulement à transférer au consommateur les conséquences des pertes d’emploi et à retarder la réalisation des améliorations techniques.

Est-ce vraiment cela que vous voulez ?

 

D’autant qu’il est finalement impossible de distinguer significativement entre les investissements robotiques censés être vertueux et ceux qui ne le seraient pas, et de faire dépendre la fiscalité de cette distinction.

Instituer une taxe robot indifférenciée serait revenir à l’ancienne taxe professionnelle, qualifiée d’impôt idiot déjà par « Mythe-errant » et supprimée par « Bling-bling » au motif qu’elle pénalisait l’emploi pour la partie assise sur les salaires et l’investissement pour la partie assise sur les immobilisations.

Les données économiques n’ont pas changé depuis, surtout dans un pays dont les entreprises souffrent particulièrement de la surcharge d’impôts sur la production, en comparaison de la structure de la fiscalité existant dans les autres pays.

S’il fallait imposer davantage les entreprises, ce serait au niveau de ses résultats. Mais l’imposition est déjà si forte …

Ainsi « Deux-Noix-Âme-mont » a fait part dans le cadre de son programme de l’intention de taxer les robots, rendus responsables de la chute des emplois. Plus précisément, à l’heure où les charges sociales pèsent essentiellement sur les revenus du travail, il n’estime pas juste que l’usage des robots, qui ont pour résultat de remplacer l’emploi en créant du chômage, ne participe pas à la couverture des dépenses engendrées par cette diminution de l’emploi. Toutefois, bien conscient de la nécessité pour les entreprises de ne pas entraver la modernisation de l’outil de production, il veut comme par hasard introduire une distinction entre les investissements vertueux et ceux qui ne le seraient pas…

Vaste fumisterie.

 

Outre la difficulté « technique », cette distinction n’a pas de sens économique. De plus elle aboutirait à tenter de définir une règle « molle » en matière de fiscalité, ce qui serait radicalement contraire aux principes constitutionnels les plus élémentaires. Enfin, le raisonnement du candidat repose sur une incompréhension sur l’effet macroéconomique de la robotisation, comme celui en général de la mécanisation : Ce n’est pas par l’augmentation des bénéfices qu’elles se traduisent, mais, comme toute l’histoire économique l’a montré, par la baisse des prix de production dans un contexte général de recherche de la compétitivité. En conséquence, vouloir taxer les investissements au titre d’une prétendue prédation des bénéfices par les actionnaires est dès lors dépourvu de sens et terriblement contre-productif.

Par conséquent, il ne voudrait donc faire payer la taxe qu’aux entreprises dont l’utilisation des robots entraîne des réductions d’emploi. « L’idée c’est de faire en sorte qu’on ne pénalise pas les entreprises dont l’équipement robotique ou en intelligence artificielle augmente la production globale, l’emploi et la capacité de redistribution aux salariés », précise un député européen en charge de la coordination du projet de l’équipe du candidat « soce ».

Erreur fondamentale : Croire possible de distinguer entre les recours vertueux à la robotisation et ceux qui ne le sont pas ! 

 

Si l’on reprend les critères retenus ci-dessus, tous les équipements en robotique et intelligence artificielle tendent à augmenter la production globale et la productivité (autrement ils ne seraient pas réalisés), et aucun ne saurait être dépourvu d’effet sur l’emploi dans l’entreprise où ils sont installés. Ce qui ne veut pas dire que ces investissements se révèlent nécessairement être une réussite, c’est le risque que prend l’entrepreneur, notion que la gôche a toujours beaucoup de difficulté à intégrer.

Mais il faut du temps pour juger, ce qui signifie qu’au moment où les équipements sont acquis, il est impossible d’en déterminer l’effet économique et de les qualifier de « vertueux » ou non.

Ce qui ne veut pas dire non plus que l’effet sur l’emploi global soit déterminable, parce qu’il est impossible de savoir dans quelle mesure les emplois détruits ne sont pas remplacés par les nouveaux emplois induits par le phénomène schumpétérien de « destruction créatrice » dont on n’a encore jamais établi l’inexistence malgré les critiques qu’il suscite à l’heure actuelle.

Enfin, quant à la « redistribution aux salariés », il faut reconnaître que plus les salariés seront qualifiés, mieux ils seront rémunérés, même si leur nombre diminue…

De toute façon, la part de la valeur ajoutée revenant aux salariés est parfaitement constante en « Gauloisie-du-progrès » depuis trente ans (autour de 67 %).

Parler de redistribution devrait-il évoquer une notion autre comme la participation dans les bénéfices (ce qui existe déjà depuis De Gaulle dans la plupart des grandes entreprises et jusqu’aux ETI) ?

Dans ce cas il s’agit de l’utilisation de la valeur ajoutée restant après celle revenant aux salariés, charges comprises, et les bénéfices entrent en concurrence avec la formation de capital fixe (les investissements), et plus l’entreprise investit moins l’entreprise peut distribuer de bénéfices…

Là encore c’est une notion dépourvue de sens économique. 

Quant à chercher à tracer les emplois perdus – ou gagnés – avec l’investissement dans l’automatisation, c’est peine perdue.

L’autiste européen explique pourtant vouloir se reposer sur une concertation avec les partenaires sociaux au niveau des branches, voire avec les collectivités locales, pour évaluer les répercussions sur l’emploi et donc de déterminer quels sont les investissements taxables et ceux qui ne le sont pas…

Et c’est une « règle molle » introduite dans la fiscalité, dans le sens où la taxe s’appliquerait au cas par cas « évaluée » coup par coup par consensus politique local. D’autant que les branches n’auraient aucune compétence, au sens pratique au sens juridique, pour déterminer a priori si une entreprise relevant de son secteur réalise des investissements taxables ou non selon leur caractère vertueux ou non.

Au contraire, ce serait un « barrage » de plus aux « entrants » sur un marché qui, n’ayant pas les moyens de s’adapter, taxeraient celui qui les a et leur fait concurrence…

 

Pourtant, une telle taxe aurait son utilité, d’après Robert Shiller, prix Nobel d'économie, professeur à Yale !

Soulignant que les robots pourraient accroître les inégalités, il y a lieu « d’envisager la nécessité de définir des exigences de notification de la part des entreprises sur l’étendue et la part de la contribution de la robotique et de l’intelligence artificielle à leurs résultats financiers, à des fins de fiscalité et de calcul des cotisations de sécurité sociale ».

Même Bill Gates soutient cette position, lui qui a fait sa fortune personnelle sur l’évolution informatique des logiciels, l’IA.

L’année dernière nous avons assisté à la prolifération d’appareils comme les assistants vocaux Google Home ou Amazon Echo Dot (Alexa) qui remplissent de multiples fonctions et peuvent gérer l’électronique domestique, se substituant ainsi à une intervention humaine.

De la même manière, à Singapour les services de taxi sans chauffeur Delphi et nuTonomy commencent à remplacer les chauffeurs de taxi. Et la société de livraison de repas à domicile Doordash teste des robots autonomes à six roues de Starship Technologies qui pourraient remplacer les coursiers.

Quant à Elon Musk, il envisage de greffer directement dans le cerveau des humains un implant qui permettrait d’accélérer le transfert de données avec une machine, un robot…

Un impôt sur les robots, espèrent ses partisans, pourrait ralentir au moins momentanément le processus et apporter le financement nécessaire à l’adaptation à la nouvelle situation, par exemple la reconversion professionnelle des travailleurs qui perdent leur emploi.

Edmund S. Phelps insiste sur toute l’importance d’avoir une « place dans la société – un métier ». Quand beaucoup de gens ne peuvent plus trouver un emploi pour nourrir leur famille, les conséquences sont graves : « C’est le fonctionnement de toute la société qui peut en pâtir. Autrement dit, il y a des facteurs externes à la robotisation qui peuvent justifier l’intervention de l'État. »

 

Il faut comprendre que tous les impôts, sauf une taxe forfaitaire identique pour tous, créent une distorsion dans l’économie. Mais un impôt qui ne tienne pas compte des revenus et des dépenses de chaque contribuable serait quasiment impossible à mettre en œuvre parce qu’il pèserait beaucoup plus lourdement sur les petits revenus et écraserait les pauvres dans l’incapacité de le payer. On a compris depuis le moyen-âge que l’impôt doit donc être lié à une activité ou une autre qui indique notre capacité à payer un impôt.

Frank Ramsey en 1927 défendait l’idée que pour limiter les distorsions introduites par la fiscalité, il faut taxer toutes les activités et tous les biens de consommation et il proposait une manière de fixer les taux de prélèvements. Sa théorie n’est pas une recette pratique pour fixer ces taux, mais elle constitue un argument de poids contre l’idée qu'il ne faudrait taxer que quelques activités et quelques biens, ou alors que le même taux devrait s’appliquer à tout.

Ainsi, les produits susceptibles d’avoir des effets négatifs pourraient être imposés plus lourdement. Par exemple les taxes sur les boissons alcoolisées sont très répandues. Entre 1920 et 1930 les USA ont tenté d’intervenir plus brutalement sur le marché de l’alcool par sa prohibition. Mais il s’est avéré impossible de supprimer la consommation d’alcool. La taxe sur l’alcool qui a accompagné la fin de la prohibition était une incitation plus douce à moins consommer.

Notez que dès le Consulat, les « Gauloisiens » avaient déjà rétabli les taxes sur les alcools, vins, spiritueux, poirés, pommés, vins et tabacs.

Depuis, on fume surtout des taxes enroulées dans un peu de papier qui contient quelques traces de tabac…

Idem pour les alcools et le carburant de vos « tas-de-boue-à-roulettes ».

Rappelons que quand on augmente l’impôt sur les hauts revenus, en général en temps de guerre, ce n’est que temporaire. La plupart des gens estiment que taxer ceux qui réussissent au bénéfice de ceux qui pataugent est dégradant pour ces derniers. Les dirigeants politiques le savent et logiquement, ils ne font pas campagne sur la proposition de prendre aux hauts revenus pour aider les petits revenus, sauf en « Gauloisie-ruinée ».

Mais c’est une exception culturelle que le monde entier vous envie…

 

En réalité, il faudrait repenser la fiscalité pour combattre les inégalités de revenus liées à la robotisation. Sur le plan politique il est peut-être plus acceptable et donc plus facilement réalisable à long terme de taxer les robots plutôt que les hauts revenus en disent ses concepteurs. Et contrairement à l’impôt sur le revenu, il ne s’agirait pas d'un impôt sur le « succès humain ».

Or, quoiqu’on en dise, il conduirait pourtant d’une manière ou d’une autre à augmenter les impôts des hauts revenus dans la mesure où ils proviennent d’activités dans lesquels les robots remplacent les hommes.

Dès lors, un impôt modéré sur les robots, même une taxe temporaire pour ralentir l’adoption de technologies susceptibles d’entraîner des troubles sociaux, paraît un élément naturel dans une politique qui vise à combattre la hausse des inégalités.

Les sommes récoltées pourraient servir à garantir un revenu minimum aux personnes qui ont perdu leur emploi en raison de la robotisation et se trouvent en reconversion professionnelle. Ce qui serait « conforme » à notre sens de la justice et du coup pourrait être une solution durable.

 

C’est en tout cas et de très loin le concept le plus intelligent que j’ai trouvé sur le sujet, très loin des braillards, autistes-trisomiques et dogmatiques, qui pullulent depuis peu dans le paysage politique du pays.

Pour ma part, je pense que s’il s’agit de réformer la fiscalité (le vieux serpent-des-mers du pays), il s’agirait de simplifier, d’innover à la marge quand c’est possible, de rééquilibrer entre impôts directs et taxes indirectes (ces dernières étant actuellement les plus lourdes parce que les plus « invisibles ») et de « libérer » les initiatives économiques (autre monstre du Loch-Ness de la politique).

L’initiative économique est à la source des créations de richesses, des richesses qui se redistribuent par diverses voies, et notamment la création de nouveaux emplois.

Rappelons qu’un chômeur de moins, c’est un allocataire de moins à financer et, cerise sur le gâteau, c’est un cotisant de plus.

Mais en « Gauloisie-frénétique », il semble qu’on préfère taxer toujours plus, quitte à créer des pôvres, pour mieux pouvoir les subventionner.

Si encore les recettes accrues équilibraient les dépenses accrues, mais même pas…

C’est là qu’est la trisomie-politique dont il faudra bien se défaire un jour où l’autre.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/03/taxer-les-robots.html

 

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