Quand les « Maîtres du monde » font de la finance…

29/01/2015 12:33

 

Nous, Terriens, avons énormément de mal à contrôler nos dirigeants qui, bien souvent, peuvent tout se permettre car les contre-pouvoirs se sont effacés, comme on l’a vu avec le détournement par Mitterrand des indemnités de la guerre du Golfe de 1991.

Dans le domaine de la finance international, il faut se pencher sur les actions récentes de la BCE pour réaliser que nos « Maîtres » ont une curieuse conception de l’intérêt général.

Je reprends, à titre de démonstration, un billet de « I-Cube » intitulé « Magie de la poudre aux yeux ».

Bonne lecture !...

Jean-Charles DUBOC

 

La grosse rigolade du QE de la BCE… 

 

Présenté comme d’une nécessité pour éviter la déflation de la zone euro (après toutes les peurs d’une inflation incontrôlée) et d’un outil efficace de relance de la croissance de l’Euroland, le QE de la BCE doit être « décodé » car il n'est en fait même pas « un coup de pouce » aux pays en difficultés de la Zone euro… 

Non, ce QE, c'est un QE allemand qui profitera d’abord à l’Allemagne et peut-être un peu à l’Espagne et à l’Italie qui ne cracheront pas dans la soupe. 

On a déjà abordé le sujet lundi, pour expliquer que le QE ne relancera rien du tout dans l’économie réelle, mais ruinera les « sans-dents ».

En fait, c’est pire que ça, finalement : Il provoquera de la croissance dans la seule industrie financière, vous savez, « cet ennemi qui ne vote pas » ! 

 

Qu'il nous faut donc y revenir : Qu’a donc annoncé la BCE ?

Outre le maintien de son taux directeur (à 0,05 %) et la baisse du taux de ces opérations de refinancement (TLTRO), la grande nouvelle, celle qui était tant espérée et attendue, c'était le quantitative easing européen… à l’américaine : Une pluie de dollars, comme avaient pu l’imaginer la Banque d’Angleterre qui a été la première à mettre en œuvre le procédé dans le sillage de la Banque du Japon (ou inversement, je ne me souviens plus).

Après moult rumeurs, fuites, scénarios et anticipations, nous savons enfin : Elle va racheter pour 60 milliards d'euros par mois, et ce de mars 2015 jusqu'à fin septembre 2016, voire même plus si la situation l'exige, de la dette publique ou privée.

Et comme souvent le diable se cache dans les détails, en la matière, la Grèce, les pays périphériques de la Zone euro – et même la « Gauloisie-ruinée » – n'ont peut-être pas tant de quoi se réjouir. 

 

Car, à part le montant inattendu de ce QE, tout y est fait pour calmer l'ire germanique.

Et tout d'abord la question de la mutualisation des risques, point sur lequel l'Allemagne était particulièrement sourcilleuse, ne voulant pas supporter le risque de défaut de, par exemple, la Grèce…

Elle peut être (presque) rassurée car il a été décidé que la BCE n'achèterait que 20 % des obligations concernées par ce QE.

Les 80 % restants étant à la charge des banques centrales nationales.

Autant dire que la mutualisation est très réduite, à 1/5ème pour tout dire.

Autrement dit aussi, chaque banque nationale va racheter ses propres obligations d’État et la BCE en elle-même ne portera que 20 % du risque, c’est-à-dire au mieux et au bout du compte, 228 milliards sur les plus de 1.140 qui devraient être injectés !

 

En clair, chaque banque centrale nationale vient d’obtenir le droit de battre monnaie pour des montants différents et à sa convenance ou presque.

Comment peut-on avoir une monnaie unique avec des banques centrales monétisant de façon hétérogène, SVP ?

Comment voulez-vous parler « d’union » alors que chaque banque centrale nationale reprend sa capacité à monétiser librement pour soi-même ?

 

Autre point épineux qui aurait pu déclencher les foudres de l'Allemagne : La répartition des achats entre les pays. Et là « ceux-ci se feront en fonction de la contribution de chaque pays au capital de la BCE ».

Vous reprenez votre calculette-Windows (merci infiniment à Bill Gates…) vous comptez que l'Allemagne est le plus grand contributeur de la BCE, avec 25,7 % de son capital. En toute logique, la BCE va donc racheter de la dette allemande.

Qui se porte déjà très bien et qui n'a pas forcément besoin de cela...

Vous savourez l'ironie de la chose, là maintenant : 60 Md€ x 27,5 % x 19 mois x 20 % = 62,7 Md€ sur les 313,5 Md€ « de ligne » rien que pour l’Allemagne, à peine moins que l’ensemble de la dette grecque qui ne détient que 2,9 % du capital social de la BCE, soit presque 10 fois moins.

Fabuleux, n’est-ce pas ?

 

La Grèce et le Portugal y contribuent respectivement à hauteur de 2,9 % et 2,5 %. Avec la « calculette-Windows », j'arrive donc à des rachats de dettes grecques pour 6,38 Md€ sur les 31,9 milliards d'euros de « droit de tirage » d'ici septembre 2016 et de 20 % de 27,5 milliards de dettes portugaises. 

 

Et mon pays (celui que j’aime tant…) dans tout cela ?

Sur le papier, c'est pas mal, l'Hexagone étant le second contributeur de la BCE, avec 20,3 % de son capital. Calculette-Windows (celle qui connaît tous les résultats de toutes les opérations possibles et imaginables) en main, ça donne des rachats pour 20 % de 231,4 milliards d'OAT.

Oui mais, mais, mais… « Mariole Drague-hi » a bien précisé que ces rachats seraient soumis à certaines conditions pour les pays sous surveillance.

Dont la « Gauloisie-éternelle », comme par hasard.

Pour l’heure, on ne connaît pas encore tout de ces conditions, mais a priori cela devrait limiter les possibilités de rachats de toutes les dettes grecques, gauloises, espagnoles, italiennes, portugaises, etc. etc. etc.

 

Conclusion, la BCE pourra seulement acheter de la dette allemande et varier un peu en s'offrant, de temps en temps, des obligations de tous les pays qui vont bien (ou mieux) de la Zone euro : Pays-Bas, Autriche, Irlande…

Globalement le patron de la BCE est admirablement parvenu à mettre en place un QE qui va favoriser son plus farouche opposant.

Fastueux !

Au fond, si vous n’en étiez pas convaincus, la BCE ne cherche pas particulièrement à aider les pays faibles de la zone euro.

En mettant en place ce QE très spécial, elle affirme haut et fort que son principal objectif est de lutter contre le risque de déflation et n’a pensé ce QE que dans ce but.

Quant à savoir s'il fonctionnera, ça… il nous faudra patienter.

 

En revanche, « les marchés » ont apprécié l'annonce et se sont offert une magnifique progression. Le CAC a dépassé les 4.600 points, pour la première fois depuis juin 2008 alors que l’objectif était de 4.500 points à fin décembre 2015. 

Alors, à quoi joue-t-on avec de l’argent qui n’existe pas et que nos gosses devront rembourser tôt ou tard ?

En théorie, cette annonce a pour effet de faire baisser les taux des obligations souveraines et par conséquent de soulager les pays endettés (et de reporter l’épargne sur le marché des actions qui… grimpe, grimpe, grimpe à en faire des bulles).

Les investisseurs à la recherche de rendements supérieurs se détournent aussi de l'Euroland, ce qui provoque la baisse de l'euro et par voie de conséquence le renchérissement des produits importés et, donc, une hausse de l'inflation.

Mais comme l’Allemagne exporte plus qu’elle n’importe, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible d’outre-Rhin !

D’ailleurs le DAX allemand progresse, progresse.

Ça c’est pour la théorie, une de plus… 

 

« Mariole-Drague-hi » a insisté sur le fait que dès que l'inflation atteindrait un niveau proche et inférieur à 2 %, les rachats cesseraient.

Il n'a échappé à personne que les Allemands sont réticents à ce QE, qui consiste pour eux à prêter aux autres membres de la zone euro. Autrement dit, si les Allemands veulent que ces rachats cessent au plus vite, ils ont intérêt à augmenter les salaires, ce qui aurait un effet inflationniste immédiat (même s’ils restent réticents sur la question).

Cette politique aurait aussi pour avantage de profiter aux autres pays de l'Euroland qui ont encore une industrie capable d'exporter, à savoir l'Italie et l'Espagne.

Mon pays n'ayant pas fait de réformes structurelles suffisantes, n'en profiterait que très faiblement. Ce QE, tel qu'il est élaboré, a pour seul mérite d'inciter les Allemands à se comporter de façon moins vertueuse, c'est-à-dire à dépenser plus, sous peine de se voir obligés de payer la dette des autres pays membres. C'est bien le résultat d'une habileté politique indéniable de la part de la BCE.

Mais ce n’est qu’une hypothèse parmi d’autres.

 

En réalité, pour que le cycle infernal de la déflation soit évité, il faudrait que les acteurs économiques aient suffisamment confiance pour consommer plus et épargner moins. Or, une population vieillissante n'est pas encline à le faire.

Nous sommes dans une situation de paupérisation telle qu'une partie non négligeable de la population est exclue de la consommation.

À ce constat s'ajoute l'élaboration calamiteuse de la monnaie unique, l'entrée rocambolesque de la Grèce dans l'Euroland et enfin la gestion lamentable de la crise de la dette grecque (nous reviendrons sur ce dernier point, pas piqué des hannetons).

Cette cacophonie politique n'incite guère à la confiance.

 

En bref, ce QE accélère la dépréciation de l'euro par rapport aux autres monnaies. S'il est vrai que l'on ne doit pas plaisanter avec la déflation, il n'en demeure pas moins vrai que l'on ne doit pas non plus jouer avec la monnaie, alors même que la guerre des devises est déclarée depuis si longtemps.

Prenons l'exemple du Japon, pays comparable, où les différents assouplissements quantitatifs conjugués à des dévaluations du yen ont échoué : La déflation est toujours là et il n'y a aucune reprise économique.

Les dévaluations du yen n'ont pas permis à l'industrie japonaise d'exporter davantage. Elles n'ont abouti qu'à un appauvrissement général, sans relance de l'activité. 

 

En provoquant la baisse des taux des obligations souveraines, la BCE incite l'épargnant à chercher des placements avec un meilleur rendement, par exemple sur le marché actions, devenu plus attractif.

Aux États-Unis, les entreprises se financent d’ailleurs davantage sur le marché boursier qu'auprès des banques. Si bien qu'avec un marché boursier à la hausse, le financement est plus facile à obtenir. Et malgré ce système plus favorable, les QE américains n'ont eu qu'un effet très limité sur l'économie réelle.

Les créations d'emplois (statistiquement surévaluées) ne donnent pas lieu à des augmentations de salaire.

Où est l'effet inflationniste ? Où est la relance économique ?

 

En Europe, les entreprises se financent principalement auprès des banques. La question est de savoir si elles vont « jouer le jeu ». Tant que les demandes de crédit sont rares, les banques ne pourront pas changer la donne.

Les PME exportatrices n'ont pas besoin des banques et ne font pas de demandes de crédit.

Quant aux autres, le crédit leur est refusé la plupart du temps.

En « Gauloisie de la rente » tout particulièrement, le système bancaire n'apporte aucun effet de levier, les banques de détail se contentant d'engranger des frais et des commissions pour assurer leurs marges.

En fait, les QE permettent d'assainir le bilan des institutions financières privées qui détiennent de la dette souveraine, de faire monter le marché actions et d'autres bulles spéculatives. Ils abreuvent l'économie financière de liquidités dont l'économie réelle ne voit pas la couleur.

C'est comme une perfusion donnée à un grand malade devenu dépendant, sans cure de désintoxication. La distribution de liquidités vers le monde financier constitue une perte de valeur considérable, comme le regrettent d’ailleurs des partisans de Milton Friedman qui ont appelé à la distribution directe d'argent aux ménages pour relancer l'économie réelle.

 

Restons concret : La « Gauloisie-pernicieuse » pourra de toute façon continuer à subventionner stupidement des canards boiteux et des industries du passé.

Rappelons que le premier bénéficiaire du CICE payé avec du bon endettement public et un peu de vos impôts, n'est autre que La Poste…

Qui en a profité pour augmenter le tarif de ses timbres, tellement l’industrie postale se vend mal !

D’autant qu’elle a de la dette (privée) à rembourser aussi…

Et pour tous ceux que le terme « réforme » effraie, précisons qu'une véritable réforme structurelle n'a pas pour but d'imposer des cures d'austérité pour appauvrir les pauvres.

Les politiques d'austérité créent des récessions et donc une diminution des rentrées fiscales des États endettés, ce qui ne fait pas l'affaire de leurs créanciers, comme nous vous l’avons expliqué précédemment.

Une réforme structurelle a pour but d'augmenter le potentiel de croissance de l'écosystème productif, de le muscler et d'améliorer sa capacité à répondre aux défis économiques.

Nous sommes donc très loin du compte. Malheureusement, mon pays est dirigé par une élite-autiste et ignorante, profitant du système de reproduction sociale gaulois. Son pouvoir est proportionnel aux prérogatives de l'État qu'elle s'efforce constamment d'accroître, même lorsque celui-ci est incompétent.

Elle n'a aucune vision stratégique ou entrepreneuriale, aucune notion de ce qu'est une stratégie industrielle digne du XXIème siècle. 

 

Alors, avec un peu de poudre aux yeux, la BCE sort de son chapeau un joli lapin tout blanc comme par magie, qui n’est en fait que la mort annoncée des « sans-dents ».

C’est ça l’effet « trisomique » de nos « sachants ».

 

Bienvenue à bord de nos futures galères de galériens, nés pour ramer, trimer, suer et être rackettés.

Pour être complet, il n’y a plus qu’à leur dire « merci » et les renouveler dans leurs mandats démocratiques !

On vous l’avait prédit : « Vous remercierez les maîtres du monde, quand ils vous auront tout pris ».

S’ils vous laissent en vie pour mieux vous dominer, parce que dominer un cadavre qui n’obéit plus, ça n’a rien d’évident.

 

En bref, ce matin, je suis « colère » contre la « pensée-unique » et tout ce « bon peuple » qui a du goudron dans les yeux : Bien entubé, pour rester poli, par « Mariole-Drague-hi » que de toute façon attend déjà son fauteuil promis de président italien en juin prochain…

Va falloir que j’envisage de déménager une nouvelle fois, finalement…

 

Source :

http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/01/magie-de-la-poudre-aux-yeux.html

 

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