Passer de l’euro au franc, pas si simple

22/03/2017 09:56

 

On s’y intéresse enfin !

 

Il était temps : On se penche enfin sur les effets économiques et financiers sur un des « points-forts » du programme de « Marinella-tchi-tchi » : Sortir de la zone euro…

Personnellement, ça me fait marrer, tellement c’est déjà manifestement complexe pour nos voisins d’Outre-Manche qui pourtant n’étaient pas dans l’Eurozone pour avoir gardé depuis toujours leur Livre-Sterling à l’effigie de leur royale et très gracieuse Majesté. Pour eux, il s’agit seulement de sortir de l’Europe, de ses institutions, de ses règlements, de ses traités commerciaux, douaniers, etc. et de revoir l’ensemble de ses relations internationales avec ses voisins immédiats.

C’est simple, ils ne sont pas encore sortis, vont seulement faire jouer la clause de l’article 50, des mois et des mois après le « Brexit », pour seulement entamer une période transitoire de 24 mois au terme de laquelle ils sortiront réellement et définitivement.

Et « Marinella-tchi-tchi » veut claquer la porte en claquant dans les doigts ?

Hérétique !

 

D’autant qu’elle conditionne désormais cette sortie, non pas par la voie parlementaire – qu’elle n’aura pas, puisqu’elle est bien consciente qu’elle n’aura pas de majorité parlementaire, ni à l’Assemblée nationale, ni au Sénat – mais par la voie référendaire.

Plus simple, plus court, plus facile, à condition d’avoir l’autorisation parlementaire de pouvoir organiser ce référendum qui modifierait la constitution et quelques traités, ce qui n’est pas joué d’avance…

De toute façon, le peuple qui l’aurait élue ne veut pas sortir, à presque 4 personnes sur 5 (en fait plus de 7 sur 10).

Mais admettons qu’après une vaste et bonne campagne qui vanterait les mérites d’un retour au Franc (Poincaré, Pinay ou Thermidor, on ne sait pas encore), elle obtienne une majorité pour ce faire, encore faudrait-il entrer dans le processus dudit article 50, passer par la caisse effacer les ardoises du pays – probablement avec des impôts nouveaux et exceptionnels, et vous savez que le provisoire a tendance à durer outre-mesure en « Gauloisie-hexagonale » – ce n’est jamais qu’une étape vers un retour effectif à une monnaie nationale « autonome » qui peut durer elle aussi, des mois et des mois.

En un mot comme en cent, un long travail stressant de préparation.

D’autant quand on songe au « boulot » qu’il a fallu fournir pour qualifier et entrer le pays dans l’Euro.

 

Il a fallu un traité après un référendum qui a clivé le pays en mode « transversal-des-partis », inventer le passage de l’ECU vers l’Euro, puis basculer vers la disparition du « franc-gauloisien » et en assumer les conséquences qui se sont étalées sur plusieurs années : Quoiqu’en disent tous les « sachants », l’opération a généré une perte de pouvoir d’achat du citoyen lambda, qu’il se refusent à qualifier d’inflation, mais qui était bien réel.

Logique en plus : Une étiquette de prix affiché à 10 balles, ça donne 1,52449 euros. Personnellement, je suis commerçant-détaillant, je passe immédiatement à 1,53 euros, et puis comme j’en ai ma claque de rendre la monnaie de 2 centimes d’euro, je vais dans une seconde étape à 1,55 €.

Soit « mécaniquement » un prix de 1,67 % supérieur du jour au lendemain, et tout le monde n’y voit que du feu…

Et c’est autant de moins dans les portemonnaies du Smicard.

Imaginez donc un peu l’opération inverse, d’autant mieux qu’elle s’étalera sur plusieurs années au fil de la dévaluation de la nouvelle monnaie…

 

Un débat doit donc s’ouvrir entre les partisans de la sortie de l’euro et ses opposants sur les conséquences d’une telle décision. Un débat déjà obscurci par le recours à des arguments spécieux et des affirmations inexactes. Alors qu’on devrait demander à ce que les problèmes juridiques et financiers que soulèverait cette sortie de l’euro soient clairement analysés.

On rappelle donc que le passage du franc à l’euro en janvier 2002 et le retour éventuel de l’euro au franc, proposé par plusieurs candidats à la présidentielle, parce qu’ils viennent peut-être d’horizon différents, mais ils sont nombreux sur la ligne de départ (« As-linoléum », « Dupont-Gnangnan » et « Mes-Luches » dans son plan « B »), ne sont pas des opérations exactement symétriques en dépit des apparences.

Revenons au 1er janvier 2002. La « Gauloisie-ambitieuse » abandonne sa monnaie nationale et choisit l’euro. À cette date, le franc a juridiquement disparu. Les billets en circulation libellés en francs ont été échangés contre des billets libellés en euro, au taux de change de 1 euro pour 6,55957 francs.

Les billets et pièces en francs ont pu être utilisés pendant une période de transition de deux mois (jusqu’au 17 février 2002). Ils étaient échangeables à un guichet de la Banque de France jusqu’au 7 février 2005 pour les pièces, et jusqu’au 17 février 2012 pour les billets. 

 

En revanche, tous les comptes en monnaie scripturale (comptes de dépôt et d’épargne…), toutes les écritures comptables, toutes les cotations boursières à Paris-sur-plage, toutes les créances et les dettes ont été, à la date du 1er janvier 2002 – automatiquement et sans que l’on puisse s’y opposer – transformées en écritures en euros, au même taux de change.

Je vais vous dire : En 1999, j’ai même monté une société au capital social directement libellé en euros. C’était légal, alors pourquoi me gêner ?

En revanche, si j’ai tenu la compta en euros, mes déclarations fiscales et sociales étaient libellées en franc…

Pas grave : Les télé-déclarations n’existaient pas, on se tamponnait le tout à la mimine et au « blanc-couvrant ».

 

Dans le cas envisagé d’un retour au franc comme monnaie légale et abandon par la France de l’euro, la situation serait bien différente. Si le franc a disparu le 1er janvier 2002, l’euro, lui, continuera d’être utilisé par plusieurs pays, au moins quelques années. Pour les gauloisiens-nationalistes (et les autres patriotiques et Gaullistes), il deviendra une devise étrangère.

Les conséquences, forcément, en sont donc différentes, l’Euro n’étant alors rien d’autres que le Dollar européen, la Livre anglaise ou le Forint hongrois.

Très probablement, et par mesure de simplification, il serait convenu que le franc (nouveau) serait égal, à la date de la décision, à un euro.

Supposons, pour fixer les idées, que l’opération d’abandon de l’euro intervienne au 1erjanvier 2018. À cette date, les billets libellés en euros commenceraient à être retirés de la circulation et seraient progressivement échangés contre des billets en francs (1 euro =1 franc), probablement imprimé à l’effigie de la famille « La-Peine » (mais ce n’est qu’une hypothèse de ma part, parce que c’est un « truc » qui me brulerait les doigts.

Notez que personnellement, redevenu « touriste-ritalien » ou monégasque en mon pays, j’aurai une carte Visa en Euro et une MasterCard en dollar. J’aime bien le dollar américain, il est accepté partout au monde, même en URSS qui s’en gavait…

La monnaie scripturale suivrait le même schéma au 1er janvier 2018 : Les comptes de dépôts et d’épargne, les écritures comptables, les cotations boursières à Paris-sur-plage seraient libellés en Francs sur la base de 1 franc =1 euro, donc sans modification de la valeur faciale. 

 

Qu’en serait-il des créances et dettes non échues ? Le fait que le franc devienne la monnaie légale en France ne change pas la dénomination des créances et des dettes non échues : Il n’est pas interdit de détenir des actifs en devises étrangères.

Dans ces conditions, si les titulaires d’une créance en euros choisissent de conserver cette devise, seul le franc ayant cours légal, le remboursement de la dette, au moment contractuellement prévu, devra se faire par la contrepartie en francs du montant en euros.

À cette date contractuelle, le taux de change du franc ne sera pas nécessairement de un franc pour un euro…

Et affirmer le contraire reste une hérésie.

Le pays s’est endetté en euro à hauteur de 2.000 milliards et de l’ordre de 60 % auprès de prêteurs étrangers. Il remboursera donc en euro ces 1.200 milliards.

S’il avait emprunté en dollars, pareil : Le Trésor-pue-blique aurait remboursé en dollars ; en barriques de vin, pour un retour en barriques de vin ; en Yuan, pour un retour en Yuan, etc.

Il n’y a que les comptes nationaux, ceux des résidents, libellés automatiquement en franc, qui seront remboursés en franc.

 

Pour tout vous dire, la masse monétaire libellée en franc-gauloisien serait notablement inférieure à celle de l’euro. C’est donc un marché (de change) nettement plus « spéculable » qu’avec la masse monétaire d’un continent entier (qui plus est représentant 30 % des masses de change dans le monde qui changent de main tous les jours).

La gauloisie-monétaire, c’est à peine quelques pourcents de la masse des échanges quotidiens mondiaux, moins que la Livre-Sterling.

Une solution, pour paraître plus gros et maîtriser la valeur de la monnaie, pourrait être de mettre en place un substitue à l’euro avec une nouvelle monnaie commune (à partager par exemple avec les principautés d’Andorre, de Monaco, je ne sais pas…).

Notez que nous avons aussi « un empire » avec le franc-CFA et le franc-CFP qui ont toujours cours : Le soleil ne se couche jamais sur ceux-là réunis…

Mais pour mettre en place une monnaie commune, faut-il d’abord quitter l’euro (monnaie unique) et accessoirement trouver des partenaires avec lesquels créer cette monnaie commune !

À partir de cette analyse théorique, il faut alors distinguer deux hypothèses très différentes de sortie de l’euro. 

 

Dans le premier cas, la « Gauloisie-hexagonale » renonce à l’euro, revient à une monnaie nationale, le franc, mais respecte ses engagements à l’égard des prêteurs nationaux et internationaux.

Nul ne doute qu’une décision de sortie de l’euro et le retour au franc se traduirait par une dévaluation de fait de la monnaie nationale. Ce point n’est contesté par personne, et c’est même l’objectif affiché des partisans de la sortie de l’euro.

Ce qui reste sujet à débat est le montant de la dévaluation : 10 % sont certainement un minimum ; le maximum dépend de la confiance qu’inspirera le nouveau gouvernement aux marchés financiers.

Pour tout vous dire, il n’inspire déjà aucune confiance…

Dans un tel cas, la dette publique, exprimée en francs, serait donc facialement et automatiquement augmentée d’au moins 10 %, tant en stock (soit 2.200 milliards de francs au lieu de 2.000 milliards d’euros) qu’en coût annuel (intérêts), soit 50 milliards de francs au lieu de 45 milliards d’euros.

Pour un PIB au mieux similaire, identique à ce qu’il serait sans sortie de l’euro.

Simultanément, la charge annuelle d’intérêts (en euros ou en francs) serait accrue, car le rendement demandé par les investisseurs est plus important pour une dette libellée en devise nationale qu’en devise stable. Le gouverneur de la Banque de France avance ainsi une augmentation de la charge d’intérêts de 30 milliards d’euros… à rajouter, pour un total de 80 milliards d’euros, soit 88 milliards de « franc-dévalué » !

Une explosion qu’on retrouvera instantanément dans les comptes publics et donc sur votre feuille d’impôt.

 

Dans la deuxième hypothèse, la plus fréquemment avancée tant à gôche qu’à l’extrême droâte, la sortie de l’euro s’accompagnerait de la décision de rembourser en francs la dette de l’État (le cas de la dette des collectivités locales et autres institutions publiques n’est pas tranché, mais elle suivra probablement le même cheminement). Les entreprises, pour leur part, continueront à honorer leur dette dans la devise initiale pour ne pas perturber leur image sur le marché et ça va leur coûter « chaud ».

Quand on dit « rembourser en francs sa dette en euro », on veut dire qu’une dette de 100 euros serait remboursée 100 francs (alors même que, sur le marché des changes, le cours du franc ne serait plus de 1 euro, mais de 0,90 ou 0,80 euros).

Ce qui revient à dire, si c’était possible sur les marchés internationaux, que le pays « fait défaut » sur la différence.

Une hypothèse déjà avancée, puis reculée, par « Deux-noix-Âme-mont », qualifiée de parfaitement et totalement irresponsable par toute la classe politique et nombre de « spécialistes » unanimes.

 

Dans une telle hypothèse, pour y voir clair, il faudra répondre avec précision à quatre questions : 

 

– Le Trésor peut-il aujourd’hui décider de rembourser en francs sa dette en euro (ou en n’importe quelle monnaie : dollar américain, yen, livre sterling…) ?

La réponse est oui pour les résidents (votre épargne, vos assurances-vie qui seraient ruinées), elle est négative pour les créanciers étrangers… 

 

– Le vote d’une loi par le Parlement Gauloisien donnerait-il le droit au Trésor de rembourser en francs sa dette en euros ?

Probablement. Mais en pratique, on se heurterait au même problème de droit international.

Voyez donc ce qu’il en coûte à « Chavez-bien-le-dire », à l’Argentine, au Brésil.

Et encore, le premier et le dernier des pays cités vendent du pétrole, libellé… en dollars américains…

Les partisans de cette solution vous citeront le cas islandais, candidat repenti à l’intégration de l’euro, qui a fait défaut. Et s’en sort aujourd’hui plutôt bien.

À deux remarques de taille près : Le défaut était « bancaire » et pas étatique ; et l’Islande pèse 300.000 habitants, par 66 millions.

 

– Quelle serait la conséquence d’un remboursement en francs d’une dette en euros ?

Là, on entre dans le domaine de l’imaginaire (racine carrée de – 1, les nombres irrationnels)…

Personne ne connaît la réponse puisque ça n’a jamais été fait. Mais dans le meilleur des cas ça conduit à une dévaluation dramatique de nos créances, puisque c’est l’effet recherché paradoxalement par les tenants de cette solution.

Je dis « paradoxalement », parce qu’ils veulent dévaluation pour « mieux exporter » devenir enfin compétitifs, mais c’est sans compter que si « la machine » irait mieux (ce qui reste à démontrer), du même coup on dévalue sur les marchés internationaux les créances détenues sur le « Trésor-gauloisien » : Comme il vient d’être dit, un « défaut partiel ».

Or, qu’on compte bien : Entre la Grèce qui pourrait faire défaut sur 200 milliards d’euros, ce qui a des conséquences dramatiques autour d’Athènes et la mer Égée pour les populations autochtones (– 7 % de croissance… négative au total, creusant encore plus le ratio dette/PIB) et un pays comme la « Gauloisie-failliteuse » et ses 2.000 milliards de dettes publiques, vous imaginez bien que les dégâts sur la finance mondiale n’ont pas du tout la même envergure, ni même les mêmes conséquences ; 

 

– Le financement de l’État par la Banque de France serait-il une solution ?

Cela revient à se demander si la sortie de l’euro est une solution à la dette publique. Mais là, on connaît la réponse : Bien sûr que la BdF peut demain imprimer autant de monnaie scripturale ou fiduciaire que le gouvernement le veut bien.

Elle l’a fait jusqu’en 1976. Elle peut le refaire, d’autant que c’était sa mission première (et même essentielle) quand elle a été créée par le « Cousin-Napoléon » (celui qui a réussi et repose aux Invalides dans son septuple cercueil entouré de ses maréchaux).

Mais à l’origine, les armées impériales portaient des valeurs de la République partout en Europe et depuis bien longtemps, ce n’est plus le cas.

Si la BdF se remet à le faire, ce sera entourée d’un « mur de la honte » pour protéger notre patrie affamée.

Affamée, parce que plus rien n’y entrera, et en conséquence, plus rien ne pourra en sortir aisément.

Autrement dit, les exportations, loin d’être boostées pourraient bien ne pas profiter de l’aubaine d’une « dévaluation-compétitive » et forcée.

 

Alors donc, réfléchissons-y avant de voter.

Certes, l’euro est inadapté pour les pays du « Club-Med » (Gauloisie, Hispanie, Lusitanie, Ritalie, Hellénie) et l’Helvétie (et quelques autres) se portent pas si mal face à l’Euro, sans y être jamais entré : C’est un constat.

Et au sein de la zone euro, c’est l’Allemagne et quelques-uns de ses partenaires directs qui s’en portent le mieux, puisqu’elle a détruit le tissu industriel de ses concurrents de l’eurozone grâce à ses réformes passées, celles que personne n’a eu le courage de faire en « Gauloisie-universelle ».

En témoignent à la fois ses excédents publics, mais tout autant les excédents indécents de sa balance commerciale, en rappelant que 60 % de son commerce extérieur se fait avec ses 26 autres partenaires européens.

 

C’est donc la Teutonie qui doit sortir de l’euro (et l’ancienne zone du mark), pas les autres (même si ce pays n’y a aucun intérêt).

Et là, ça change tout (ou presque).

Mais on n’en est pas là et on prend une fois de plus le problème à l’envers à l’occasion de la débauche de démagogie propre à nos campagnes électorales, puisque ce n’est plus un problème d’Europe, mais un problème proprement teuton : Ils s’enrichissent sur le dos de tous les autres (grand bien leur en fasse), mais sans aucune contrepartie.

Dommage, une fois de plus, de mal poser le problème : Cela mène immanquablement à des solutions catastrophiques.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/03/on-sy-interesse-enfin.html

 

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