Moi, si j’avais été fonctionnaire…

09/02/2016 13:14

 

Je vous aurai écrit une belle bafouille ! 

 

Rassurez-vous, si j’ai été admissible à plusieurs concours de la haute fonction-publique dans mes jeunes années – il y a longtemps, quoi – j’ai (presque) toujours boycotté les épreuves d’admission : Les filles étaient vraiment trop moches !

Alors j’ai suivi deux superbes blondes (c’était ma période blonde), une en fiscalité chez Cozian, mon pape-à-moi, une réfugiée politique d’Allemagne de l’est : Elle a décroché avant la fin d’année et j’ai persisté ; l’autre en expertise-comptable (une fille de réfugié d’Allemagne de l’est également : C’était ma période teutonne, mais juste après-guerre)…

Et puis je suis passé à autre chose.

 

Notamment, je bossais déjà, à temps-partiel, pour une agence publique qui faisait dans le droit-pointu, où j’ai découvert l’univers des énarques et où il y avait une rousse du meilleur effet, avec des taches de rousseur tout partout qui rigolait quand elle se laissait toucher.

C’était avant l’ère « Mythe-errant ».

Après, je me suis éclaté dans « le privé » à la plus grande-joie des clients de mes boss successifs et des tendres portions de celle qui allait devenir la mère de « ma nichée ».

C’est un résumé, bien-sûr…

Il vaut ce qu’il vaut, pas plus, pas mieux.

 

Donc :

« 

Moi, fonctionnaire assermenté,

Et fier de l’être, je vous emmerde et j'ai fait grève le 26 janvier dernier !

 

 

 

Je fais un métier de con après avoir passé de durs concours d’admission, où il a fallu que je fasse la preuve de ma maîtrise de la langue de Molière, de quelques notions d’Histoire et des opérations arithmétiques, là où n’importe quelle calculette fait mieux que moi et ne se trompe jamais.

 

 

 

Mon principal boulot consiste à remplir des « fiches de synthèse », pour avis, de dossiers qu’on me soumet le matin et qui s’empilent au fil des semaines et saisons.

J’en ai d’autres, mais plus accessoires, comme veiller sur le paquet de café du service, éplucher la presse et les notes de services pour tenir informer nos chefs qui n’ont pas le temps, papoter avec ceux du service voisin pour récolter quelques informations sur leurs « performances » et humeurs, aller fumer avec les collègues dans la cour, se restaurer à la cantine, faire des permanences téléphoniques quand l’informatique veut bien fonctionner.

 

 

 

Globalement, je coche des cases : Le dossier est-il complet ? Les pièces justificatives sont-elles présentes ? Leur analyse correspond-elle aux demandes de la candidature ? L’impétrant a-t-il un casier judiciaire vierge ? Ses diplômes sont-ils suffisants ? Ses certificats sont-ils valides ?

Le plus difficile, c’est quand même de repérer dans ce fouillis la présence des clauses obligatoires dans tel ou tel document.

Notez que je m’en balance : Parfois je coche la case de présence, parfois non.

Je pourrai toujours dire que c’est une erreur, que je n’avais pas vu.

Mais je reste plutôt consciencieux, préférant prendre tout mon temps que de bâcler. 

 

 

 

Si c’est un peu trop le foutoir dans le dossier, je fais une fiche de rappel à l’ordre – en cochant les cases prévues à cet effet – affirmant qu’il manque le modèle Cerfa n° x.

S’il y est, je le perds dans la corbeille où affirme que j’ai besoin d’un original ou d’une copie certifiée conforme par un agent-public, mais ça, c’est quand je suis de mauvaise humeur.

Si je veux être vraiment méchant, au retour du document signé et tamponné, j’affirme que le dossier est perdu et qu’il faut le reconstituer pour l'instruire.

En fait il est en-dessous de la pile, mais j’ai la flemme de me noyer sous le déluge de poussière à prévoir.



Je vous le dis, un métier de con, contrôlé par un chef encore plus con que ça, qui de toute façon a des boutons insupportables sur la tronche, sent pas bon et est toujours de mauvaise humeur quand il fait les statistiques du service, parce qu’il sait qu’il va rendre de mauvaise humeur sa cheffe à lui (celle qui signe notre travail), qu’est moche comme une vache affublée de bretelles, mais qu’il se verrait bien la niquer hors les heures de service … Ce qui reste dans l'ordre de l'impossible : Il risquerait de mourir étouffé et de toute façon, elle paye déjà de sa personne quand le directeur du service lui remonte les dites bretelles à l'occasion d'un coup de téléphone du ministère qui s'impatiente qu'un citoyen n'ait toujours pas vu son dossier être accepté !

 

 

 

Ceci dit, c’est un enfer sans perspective, sans sortie permise, hors une mutation qui n’est jamais celle à laquelle vous aspirez, même légitimement, mais qui est compensé, au moins un peu et à la marge par une série d’avantages que tout le monde nous envie :

 

 

 

– Emploi à vie : Pour 80 % des 6 millions d’agents publics, ou alors il faut vraiment défénestrer un agent supérieur !

Un « administré », on peut encore faire passer ça pour de la légitime défense…

On peut compter sur les témoignages des collègues pour ce genre de situation : Après tout, nous sommes assermentés, pas le citoyen d'usager ordinaire !

 

 

 

– Rémunération moyenne : Le salaire moyen dans l’administration est de 2.153 euros net par mois dans le public (2.434 euros dans la fonction publique de l’État) contre 2.130 euros net dans le privé, en comptant une ou plusieurs des 262 types de primes.

Mais dedans, il n’y a aucun patron du Cac40, juste des « hors-cadres »…

 

 

 

– Jours de congés : Les fonctionnaires sont crédités de 45 jours de congés par an avec les « journées enfants-malades » et « de convenances », alors que la moyenne est de 36 jours dans le privé.

En fait, on peut aussi rajouter 2 à 4 jours de « délais de route » pour les îliens…

 

 

 

– Jours de carence : En cas de maladie, les fonctionnaires sont indemnisés dès le premier jour, tandis que les salariés du privé sont soumis à trois jours de carence.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous sommes plus souvent malades, toujours au bord du « burn-out » (avec nos chefs débiles, il faut bien ça !) même si finalement il y a moins de suicide chez nous que partout ailleurs (même chez les flics).

 

 

 

– Absentéisme : Un agent du secteur public prend d’ailleurs en moyenne 27,7 jours de congés maladie (hors maternité/paternité), tandis qu’un salarié du privé en prend 15,5 jours.

Nous, si on se détache à d’autres tâches, on peut revenir quand on veut sans repasser les concours d’entrée. Dans le privé, ils refont le parcours du « outsider » quand l'absence est trop longue, dépassé par les évolutions de poste.

 

 

 

– Retraite : En 2014, l’âge moyen des départs en retraite était de 60 ans et 10 mois en moyenne dans la fonction publique, de 62 ans et 4 mois en moyenne dans le secteur privé. Les fonctionnaires cotisent moins longtemps, avec un système de calcul plus avantageux.

Notez que nos retraites sont meilleures (de 75 à 80 % du traitement indiciaire après 150 trimestres de présence aux effectifs), mais hors nos différentes primes, alors que dans le privé, il s’agit de 50 % des 25 meilleures années, plafonnées, plus les complémentaires au-delà du plafond de la SS…

 

– Pension de réversion : Veufs et veuves du public peuvent obtenir la pension de réversion du régime de base sans condition d’âge ou de ressources, tandis que dans le privé, veufs et veuves n’ont droit à rien en dessous de 55 ans quand ils disposent de revenus annuels supérieurs à 20.000 euros par an : Z'ont qu'à crever! 

 

– Prestations familiales : En 2014, le gouvernement a taillé dans les allocations familiales, tandis que pour nous, les fonctionnaires, quel que soit notre traitement, nous percevons en parallèle un supplément familial de traitement (SFT) qui n’est pas modulé selon le revenu. 

 

– Logement social : Afin de loger les fonctionnaires de l’État (agents civils et militaires), le préfet peut réserver 5 % des logements dont la construction ou la réhabilitation ont été subventionnées par les contribuables.

Moi, je dispose ainsi d’une GLM, une garçonnière à loyer modéré à proximité du lieu de mon travail. Et comme mon lieu de travail est en centre-ville, je loge au cœur de ma ville, dans les meilleurs quartiers.

Ce qui me permet de disposer de plus de temps en soirée pour mes loisirs, me détresser et revenir le lendemain en plein forme, ainsi que de m’occuper pendant mes week-ends et ponts de ma résidence principale, sise à la campagne.

Mais pour en profiter pleinement et éviter les embouteillages sur les routes, je dois partir en début d’après-midi du vendredi et rentrer en milieu de matinée, le lundi.

Notez que mes chefs en font autant, alors pourquoi se gêner puisqu’ils ne contrôlent rien ?

 

– Bien sûr, il y en a bien d'autres, les tarifs réduits, l'équivalent du comité d'entreprise, les voyages à prix cassés, les plans de formation-bidons qui ne servent à rien sinon à se la couler douce, les villages-vacances pour les mômes, et j'en passe tellement je ne lis pas tout, faute de temps et d'intérêt des notes internes traitant de ces sujets…

 

Et c’est finalement bien peu pour ce qu’on a à supporter, même si ça aide.

Parce que, que croyez-vous ?

Nous sommes les garants du « service publique ». Et dans la loi, que dis-je, la constitution de ce pays, tous les citoyens (et résidents) doivent tous être traités de façon « égale ».

Et pas seulement dans leur contribution à la finance publique, mais dans tous les aspects de la loi et des règlements.

C’est d’ailleurs pour cette unique raison que vos élus – et les miens aussi – nos chefs et toute forme d’autorité étatique, encadre si étroitement mon activité et celle de tous mes petits camarades, chacun avec les formulaires idoines, avec des normes toujours plus nombreuses et complexes et tout plein de cerfa aux multiples entrées : Je suis chargé, à mon petit niveau, d’en vérifier la bonne application par le citoyen qui demande une permission de faire, ni plus ni moins.

Du contrôle a priori alors que d’autres de mes collègues sont chargés du contrôle a posteriori.

En bref, nous sommes les garants de la conformité à la loi et de l’égalité de tous !

Sans nous, ce serait la jungle qui menacerait vos libertés et vous nous payez, lourdement d’ailleurs, pour vous garantir tout ça.

 

Or, ma situation n’évolue plus : Hors le jeu de l’ancienneté, en termes de pouvoir d'achat ma situation est absolument inédite avec un point d'indice gelé depuis près de six ans ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant.

La valeur de notre point a ainsi décroché de plus de 7 % de l'indice des prix à la consommation alors que parallèlement, nos cotisations progressent.

Les cotisations retraite ont ainsi augmenté d'un peu plus de 2 % depuis 2010 dans le but de les aligner sur celles du privé.

Soit en tout une baisse de 9 % à 10 % en moyenne du pouvoir d'achat pour nous, les fonctionnaires.

 

Êtes-vous sûrs d’en vouloir encore autant alors que le déluge de normes nouvelles s’abat sur nous tous les ans, ralentissant notre travail, sans que nous soyons secondés utilement par des effectifs nouveaux ?

Quel intérêt aurai-je d’en faire plus pour un traitement identique, voire déprécié ?

Expliquez-moi un peu, svp !

 

Après tout, c’est de votre faute si je croule sous les normes et le travail : Vous n’aviez qu’à pas être aussi exigeants jusque dans les menus détails de votre vie-citoyenne de « con-somma-tueur » et interdire à vos députés et sénateurs d’en rajouter jusqu’à 1.800 lois nouvelles par an pour corriger les effets des précédentes, mal conçues, mal écrites, mal-votées.

 

Aussi, ne comptez pas sur moi pour rattraper ma journée de grève : Les dossiers à traiter ont attendu jusque-là, ils attendront bien une journée de plus.

Et si demain mon syndicat appelle à une autre grève, j’en serai : Au moins, hors les plus farfelus d’entre nous qui vont défiler sous la pluie, pour moi, c’est « journée-libre » : Que du bonheur, pensez bien !

» 

 

Mais bon, je ne suis pas fonctionnaire, alors je ne vous ai rien écrit : Au contraire, je me bidonne de l’immense fatuité de tous ceux-là !

Les uns se considèrent indispensables, les autres trouvent utile d’en rajouter pour mieux réglementer les activités des troisièmes qui en plus payent pour subir tout ça !

C’est vous dire si on marche sur la tête dans ce pays qui est le mien (et que j'aime tant) !…

 

« I-Cube »

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/02/moi-si-javais-ete-fonctionnaire.html

 

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