Mains invisibles II : Chapitre XXI : Vol 9525 de la Germanwings

22/08/2015 11:04

 

Chapitre XXI : Vol 9525 de la Germanwings

 

Saut de puce à Barcelone… 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle, sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Comme convenu avec Birgit, Paul fait un atterrissage sur la piste en service ce jour-là, la piste 25 L, longue de 2.660 m (8.727 ft), asphaltée, posée le long de la mer, sur l’aéroport international de « Barcelone-El Prat », code BCN.

Il est presque 9 h 00 et le soleil a pris de la hauteur depuis son départ, il y a moins de  deux heures de ça. Il aurait alors même pu se poser au large de la berge et finir à pied depuis la plage, mais ça aurait fait désordre.

Et puis même si son hydravion doit avoir assez de carburant pour faire le chemin inverse sans refaire les niveaux, par précaution, il fera remettre un petit-quart de capacité en plus dans les réservoirs pour le retour vers Aubenas, sa prochaine étape avant de retourner sur Paris demain.

Même si soulever autant de masse, ça coûte en terme de consommation.

C’est que depuis ses appontages dans l’océan Indien sur la CDG à bord de son Super-Étendard, dans une autre vie, la peur du manque de carburant en fin de vol taraude toujours les tripes de Paul.

En mer, malgré la précision des navigations, on ne peut apercevoir le « timbre-poste » sur lequel se poser, que dans les 5 dernières minutes.

Alors quand les jauges flirtent avec le niveau zéro et qu’il n’y a rien à l’horizon, c’est l’angoisse : Aura-t-on assez de carburant pour ramener « son piège » en un seul morceau surtout si on rate sa première approche ou le brin d’arrêt ?

Voire deux ? Ça arrive parfois…

D’où un emplacement parking proche des camions-pompes et non pas en mer ou au port. 

 

L'aéroport international de Barcelone-El Prat est justement situé à environ 12 km au sud-est de Barcelone en pays Catalan, en Espagne, trop loin pour accéder à du carburant « qualité aviation ».

Avec 35,5 millions de passagers en 2014, c’est le deuxième aéroport en Espagne après celui de Madrid et le 31ème aéroport le plus fréquenté au monde.

C’est la base principale et le hub la compagnie aérienne locale « Vueling » et une base majeure pour Iberia, Ryanair et Air Europa.

 

Le premier aérodrome de Barcelone était situé à El Remolar et a commencé ses opérations en 1916.

Cependant, par manque d'une prévision d’une « bonne » expansion possible du trafic, un nouvel aéroport est inauguré à El Prat en 1918.

Le premier avion à y atterrir est un Latécoère Salmson 300 qui arrive de Toulouse en escale technique, avec pour destination ultime Casablanca, de l’autre côté de la mer.

L'aéroport est utilisé dès l’origine comme siège de l'Aéro-club de Catalogne puis comme base de la flotte Zeppelin de la Marine espagnole.

Le trafic commercial régulier ne commence qu’en 1927 avec un vol d'Iberia vers l'aéroport de Madrid-Cuatro Vientos.

Celle-ci fut la première route de la compagnie aérienne espagnole… 

 

En 1948, une piste est construite en dur, aujourd'hui la 07-25, et cette même année, le premier service transocéanique est assuré par Pan American World Airways vers New-York, avec un Lockheed Constellation.

Entre 1948 et 1952, une deuxième piste est construite (piste 16-34), sécante à la précédente, mais aussi des voies de circulation et un terminal pour accueillir les passagers.

En 1963, l'aéroport atteint le premier million de passagers par an.

Une nouvelle tour de contrôle est construite en 1965, le terminal est réaménagé en 1968 (aujourd'hui la zone la plus ancienne du terminal 2B) et une seconde piste 07-25 « gros porteurs » est ouverte.

Le 3 août 1970, Pan American World Airways inaugure le service régulier entre Barcelone, Lisbonne et New York avec un Boeing 747.

Le 4 novembre de la même année, Iberia commence le service de navette entre Barcelone et Madrid-Barajas. Quelques années plus tard, en 1976, un terminal est construit spécifiquement pour la navette d'Iberia et un autre exclusivement pour le trafic cargo et un service de courrier annexe.

En 1977, plus de 5 millions de passagers annuels circulent déjà dans l'aéroport. 

 

Le terminal 2 est gigantesque. Il s’agit d’une immense voûte ajourée, aux lignes arrondies sur toute sa longueur.

Un tapis-mécanique coupe ce vaste espace en deux dans le sens de la longueur sur une première partie et le sol, cristallisé est tellement magnifique qu’on pourrait y manger par terre…

Des boutiques parsèment l’avant salle d’embarquement, puis derrière les équipements de sécurité que franchissent pour contrôle les voyageurs, il y a de nouveau des boutiques « free-tax », bars, salons, sièges d’attente devant chaque embarcadère. 

 

Paul n’a pas le temps de remonter du tarmac pour investir cet immense hall afin d’y faire quelques achats de souvenirs au fond du terminal, que Birgit le rattrape de ses assiduités.

Toujours aussi particulière, la brune.

Et Paul s’en méfie depuis leur dernière rencontre, ayant encore le souvenir cuisant de sa force herculéenne dans ses propres fibres musculaires.

Même si maintenant, il sait de quelle pharmacopée elle était issue.

« Vous savez que je ne sais toujours pas où vous joindre, jeune-fille ! »

Pour rappel, le jour où elle l’avait abordé, il y a six mois de ça, une éternité, sur les trottoirs du quai de Seine, et dans des circonstances si particulières, elle s’était présentée comme l’assistante d’un chercheur suisse travaillant en Helvétie dans un laboratoire de l’école polytechnique de Lausanne.

Bien sûr, Paul avait fait vérifier : si l’un était connu, elle, elle ne l’était pas.

« Pourquoi me joindre ? Vous auriez eu des démangeaisons impérieuses à l’entre-jambe à satisfaire ? Je croyais que vous aviez récupéré l’usage de votre femme pour vous soulager… »

Curieux comme réflexion en pensera Paul plus tard, quand il en aura assez appris à l’occasion de leur troisième rencontre à venir.

Sur l’heure, c’est plutôt « Salope, oui » qui lui vient à l’esprit : elle l’avait violé pour finir par lui fournir les renseignements qui lui manquaient pour récupérer Florence, justement…

Et puis il s’était passé tellement de choses depuis, que Paul s’était fait une raison : cette femme-là, c’était au minimum une fée, qui apparaît et disparaît sans laisser de trace, à sa seule convenance.

 

Alors évidemment, quand il avait reconnu sa voix un peu gutturale et son débit si particulier, un peu haché, dimanche dernier sur son portable qui annonçait un numéro masqué, il a répondu sans hésiter à son rendez-vous ce mardi matin à Barcelone, écourtant son séjour à Aubenas.

Barcelone, une ville fantastique, mais où il avait gardé un assez mauvais souvenir de l’agression dont il avait été victime du côté de las Ramblas, il y a de ça plus de deux ans, quand tout le monde pourchassait « Ahmed-le-Diabolique » et sa bombe atomique à destination de Londres pour le soir de l’ouverture des jeux Olympiques de 2012 (cf. « Parcours olympiques » aux éditions « I-Cube »).

« Vous étiez sûre que j’allais venir… »

À la minute près… « J’ai vu votre hydravion arriver. »

Bon et alors, maintenant ils font quoi ? Un petit-don de sperme dans les toilettes ?

« Ne soyez donc pas si trivial, s’il vous plaît, mon colonel. Chaque chose en son temps. »

Et elle enchaîne.

« La dernière fois, c’est moi qui vous étais utile. Depuis, vous vous en êtes bien sorti en Algérie, puis en Corée et maintenant en Chine. Je tiens absolument en retour à ce que vous fassiez le vol extra-atmosphérique prévu sur la Nivelle 002, et ne me demandez pas pourquoi.

En revanche, je vous sais anxieux quant à sa réussite, puisqu’il vous semble tellement périlleux… »

Comment savait-elle pour la Corée ? Bien des gens se doutaient de quelle que chose, mais aucune information n’avait filtré hors des palais gouvernementaux et quelques chancelleries.

Il faut dire que le jeune dictateur avait été particulièrement… chahuté dans ses convictions profondes et personnelles, qu’il doit en garder un assez mauvais souvenir pour n’en rien dire !

Même Pékin ne savait pas vraiment tout, sauf à chercher les causes d’un « refroidissement » des relations avec Kim-Jong-Un et son rapprochement avec Moscou… 

 

Comment sait-elle pour ses « angoisses » relatives à ses calculs quant à la résistance putative de ses céramiques affrontant le mur de la chaleur depuis les altitudes orbitales ?

« Je sais beaucoup de choses. D’ailleurs, vous devriez tester cette formule de céramique-là pour une surcouche de votre prototype. Je suis persuadée que vous améliorerez encore le procédé. Ce n’est pas indispensable, mais ça vous évitera d’avoir à refaire votre bouclier thermique après chaque vol, sur les parties endommagées par les effets ionisant des hautes couches de l’atmosphère…  »

Et elle lui glisse un petit rouleau de papier que Paul déroule pour y découvrir quelques formules chimiques d’une sorte de résine, un croquis de frittage par cuisson avec des temps, des pressions et des températures et quelques schémas.

Entendu, il étudiera ça. « Je peux repartir, maintenant ? On m’attend à Aubenas et j’ai un avion à prendre demain soir pour la Chine. »

La dernière fois, elle lui avait remis des photos-satellites datées de quelques jours plus tard.

Sur place, « on » lui avait remis des ampoules de ce qui se révélera être des amphétamines de guerre particulièrement « dopées », qui lui avait permis de se tirer d’affaire sans dégâts à Pyongyang.

Des rencontres utiles, finalement… 

 

Non, elle veut lui faire une démonstration de … ses connaissances !

« Au point où nous en sommes, il est temps de vous préparer à passer, que vous le vouliez ou non, à une autre étape.

Je sais que vous étiez incrédule pour votre raid en Algérie. Et pourtant, vous aviez eu raison de me faire confiance.

Là, il s’agit encore de vérifier une… « prémonition ». »

De quoi que quoi ?

« Un avion va avoir du retard, parce qu’un message que je vais envoyer dans quelques secondes, va alerter les autorités que le vol 9525 n’arrivera pas à destination.

Ce qui va déclencher un contrôle des embarquements plus strict et des bagages en soute… d’où le retard ! »

Elle ne va quand même pas envoyer une fausse alerte avec son portable à numéro masqué ?

Vraiment cinglée cette fille-là ! C’est un délit grave, une fausse alerte.

Encore plus grave si c’est une vraie tentative d’attentat !

Ce qu’elle fait sur-le-champ sans laisser le temps à Paul de l’en empêcher…

« Voilà, on a le temps d’aller prendre un verre là-bas ! »

Décidément n’importe quoi ! D’une débilité profonde, à moins que… 

 

« J’aurai pu vous laisser envoyer ce texto, et vous auriez fini par le faire pour ne prendre aucun risque, mais ce n’était pas comme ça que c’est écrit. »

Quoi, écrit ?

« Vous avez un excellent biographe. Qui nous livre des détails hallucinants sur votre vie ! »

Encore ce « I-Cube » qui publie en douce sur son blog tous ses « petits-secrets » et parfois de bien plus importants encore…

L’année dernière, il avait fait très fort et annonçait son exil, en passant justement par cette ville si proche d’où ils sont en ce moment.

Paul se fait servir un grand café quand elle sirote un chocolat brûlant et épais avec précaution.

« Comment pouvez-vous boire ça ?

Puisque je suis là, quel est votre plan pour cette fin de matinée ? »

Ils vont assister au décollage de l’A 320 allemand, elle va partir et lui va rentrer.

« Et quelle est notre prochaine rencontre ? Quand ? »

Elle n’a pas à lui le dire.

Une tombe…

 

« Tant que vous n’aurez pas franchi diverses étapes de votre formation, vous n’en saurez pas plus, de façon à ce que vous naviguiez entre doute et certitude. »

Quelle formation ?

« Il y a des degrés. Pour l’heure, on boit et on attend. »

Pénible la gonzesse : « Je peux aller faire mes achats de souvenirs ? »

Il a 22 minutes. « On se retrouve devant cette baie vitrée là-bas. Soyez précis. »

Paul mâte l’endroit en maugréant et déclenche son chronomètre en se levant pour aller vers les boutiques.

Dans quelle galère il se retrouve ? Tout cela est bien intrigant.

Une fois arrivé, après avoir marché tout droit, il se retourne : Birgit a disparu en ayant laissé un billet de 10 euros à leur table…

 

Vingt minutes plus tard, il est à l’endroit prévu, mais pas elle.

Elle arrive par surprise, par le côté : Paul ne l’a pas vue venir.

« Voilà, c’est celui-là. Il a 40 minutes de retard pour cause de fouille, ce qui a rendu très mécontents certains de ses passagers.

Il y a 150 personnes à bord. »

L’avion passe devant eux en accélération, un peu cabré, mais les roues du train principal encore au sol, en direction du bout de la piste 25 L.

« Il va virer par le sud pour aller en direction de la vallée du Rhône après un petit détour en direction de Milan pendant sa phase de montée.

Avant d’arriver au-dessus de Marseille, dans 20 minutes environ, il aura atteint son altitude de croisière. 35.000 pieds en dit-on. »

Bon et alors ?

« Une fois tous les paramètres du vol seront stables, le commandant de bord va sortir du cockpit pour soulager sa vessie. Et il va se retrouver « enfermé dehors ». Dans 40 minutes environ, après 8 minutes de descente, le co-pilote va planter sa machine sur un contrefort des alpes, tuant tout le monde à bord ! »

Et elle va laisser faire ça ?

« J’ai envoyé un texto d’avertissement, vous en avez même été témoin ! »

Mais ce n’était pas suffisant : il fallait enfermer et appréhender le co-pilote coûte que coûte !

« Et vous croyez qu’ils m’auraient laissé faire ? Mais vous rêver mon colonel ! »

L’absurdité de la situation…

Que faire maintenant pour éviter la catastrophe ?

« Mais rien. Il n’y a rien à faire. Vous préféreriez que ce co-pilote-là précipite son avion sur la centrale de Fessenheim qui est sur sa route ? En revanche, après ça, tout  le monde reverra les mesures de sécurité à bord des appareils, ce qui évitera bien des drames ! »

Comment sait-elle tout ça ?

N’est-ce pas du roman, complétement délirant ?

Mais déjà, elle a disparu mystérieusement à l’occasion d’un léger moment d’inattention quand Paul a tourné son regard à droite vers le petit point au-dessus de l’horizon qu’était devenu l’avion dans sa manœuvre de prise de cap et d’altitude : Paul a de si bons yeux ! 

 

Deux hommes à la démarche légèrement mal-assurée s’approchent de lui alors qu’il cherche Birgit du regard aux alentours.

Habillés de noir, taille moyenne, lunettes noires, chaussures noires, teint pâle, le même débit de parole haché, le ton monocorde, l’air menaçant : « Maintenant, mon colonel, vous devriez repartir. Et ne parlez à personne de cet … incident ! Au mieux, on vous prendrait pour un fou… Il n’a jamais existé. Vous m’avez compris ? »

Que faire ?

Et si tout cela n’était qu’une pitrerie sans queue ni tête ?

Là encore, le temps d’un détour du regard et les deux hommes qui étaient là, en face de lui, à moins d’un mètre, avaient disparu de son horizon visuel !

Une histoire de fou, de timbré ultime, effectivement… 

 

Et il a consenti à faire un détour de trois heures pour entendre de pareilles sornettes hallucinantes.

Il enrage de s’être laissé piéger de la sorte aussi facilement.

Même si le petit rouleau de papier froissé au fond de sa poche témoigne qu’il n’a pas rêvé…

Ce n’est qu’en fin de matinée, quand il apprend comme tout le monde que le vol de l’A320 de la Germanwings est allé se planter tout droit dans la montagne avec ses passagers et tout son équipage, qu’il réalise qu’il a vécu un moment exceptionnel de sa vie.

Une fois de plus.

Et ce n’était ni le premier et sans doute pas le dernier.

Ce qui le plonge dans un état d’hébétude mentale insondable jusqu’au-delà de son retour à Pékin…

 

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