Mains invisibles II : Chapitre XIX : 11 janvier 2015…

20/08/2015 11:00

 

Chapitre XIX : 11 janvier 2015…

 

Vu de Chengdu

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Pourtant avant même le début de l'organisation de ces manifestations, plusieurs voix s'élèvent contre des formes « d'union sacrée » et les « récupérations » et risques de dérives que celles-ci annonceraient. Le dessinateur Luz trouve « formidable » l'ampleur du soutien envers Charlie Hebdo, mais se dit étranger au ton des hommages comme à l'usage de La Marseillaise lors des manifestations, qui lui paraissent en contradiction avec l'esprit du journal. Il souligne à ce titre le danger de transformer en « symbole » un journal qui n'a jamais eu cette vocation, et le profit que peuvent tirer les politiques de l'« union nationale » : pour lui, « Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi ».

Une controverse naît également concernant l'éventuelle participation d'élus Front national à la marche parisienne : une majorité des dirigeants des partis de gauche est hostile à la présence des « Bleu-blanc-rouge », tandis que l'UMP ne s'y oppose pas, au nom de l'union nationale. Le PS est lui-même divisé : son premier secrétaire, « Jean-Christophe Combat-des-lys », contredit ainsi l'avis de la majorité des cadres du parti en déclarant que « vient qui veut et qui se sent concerné ».

Certains responsables socialistes ne redoutent que l’exclusion du parti « Bleu-blanc-rouge » donne à ce parti l'occasion de se poser en victime. Le président de la République Landau déclare que « Tous les citoyens peuvent venir (...), il n'y a pas de contrôles ».

« Marre-zinne Lapeine » appelle ses partisans à manifester en province mais pas à Paris, dénonçant « les partis politiques sectaires » qui ont exclu son parti « Bleu-blanc-rouge »  de la marche parisienne, et opposant « le peuple français » à la classe politique qui a « récupéré » le cortège parisien.

Elle-même manifeste le 11 janvier à Beaucaire, l'une des mairies prise par son parti.

De son côté, son père, président d'honneur parti, juge la manifestation « orchestrée par les médias» et dénonce les responsables politiques présents lors de la manifestation comme des « charlots qui sont responsables de la décadence » du pays, semant l'embarras au sein de la direction du parti.

 

Le parti anticapitaliste, de son côté, dénonce l'« instrumentalisation politique » des attentats et annonce que son parti ne participera pas aux manifestations aux côtés des partis de gouvernement, de même que Lutte ouvrière, qui refuse de participer à l'union nationale.

L'attitude des formations membres du Front de gauche est plus contrastée : « Jean-Luc Met-Lâchons » et son parti, le Parti de gauche participent aux manifestations du 11 janvier, mais se tiennent à l'écart des cortèges des autres formations politiques, dont ils dénoncent les manœuvres de récupération.

Le PCF, dont le secrétaire national avait dans un premier temps appelé à l'unité nationale, appelle lui aussi à la méfiance face aux instrumentalisations.

Une autre des composantes du Front de gauche, le mouvement « Ensemble » dirigé par « Clé-clé-dentine Haut-teint » refuse quant à lui de signer l'appel commun à manifester, en arguant que «l'union sacrée vise à brouiller les repères pour mieux récupérer politiquement ».

 

Parmi les dizaines et des dizaines de dirigeants ou représentants de chef d'État étrangers présents à la « marche républicaine » de Paris, certains ont été présentés comme étant peu sensibles aux libertés individuelles et au droit de la presse dans leur pays.

Ainsi, les noms d'Ali Bongo, Viktor Orban, Sergueï Lavrov (ministre des Affaires étrangères russe), Ahmet Davutoğlu (premier ministre turc), Ramtane Lamamra (ministre des Affaires étrangères algérien), Sameh Choukry (ministre des Affaires étrangères égyptien), Boni Yayi ou encore Abdallah II (roi de Jordanie) ont été cités.

 

Et des voix s'élèvent en France et en particulier aux États-Unis sur le fait qu'aucun haut responsable du gouvernement américain n'a participé à la manifestation.

De nombreux médias américains fustigent cette absence alors même que ces attentats ont eu un fort retentissement populaire aux États-Unis, de nombreuses personnalités apportant leur soutien aux manifestants.

Si le secrétaire d'État des États-Unis, n'était pas présent, il s'est rendu en France la semaine suivante pour « faire part à tout Paris et à toute la France de (son) émotion ». Il a également salué l'engagement du pays pour la liberté d'expression, qu'il considère comme « une inspiration pour le monde entier ».

 

Au soir, pendant la fin du déroulé des « officiels » ayant fait l’effort de venir et « participer », de nombreux chinois stationnaient la nuit arrivée sous les fenêtres de la délégation des « français » qui bossaient avec Paul.

Le reste de la communauté française de Chengdu, qui travaille habituellement sur les chantiers de construction de la ville, est restée « muette » ce soir-là, réunie chez quelques-uns d’entre eux, comme tétanisée par la portée de l’événement.

Les chinois de Paul étaient là, avec chacun un écriteau où était inscrit, parfois maladroitement, parfois en Mandarin, « #Je suis Charlie » !

À pleurer.

Paul s’est saisi d’un clairon, accroché au mur d’une pièce et a entonné, une lente, très lente, jusqu’à bout de souffle, sonnerie aux morts, interminablement répétée jusqu’au cœur de la nuit.

 

Un choc mondial : des français tuent des français, sans état d’âme, dans les rues de la capitale, pour une cause vague et floue, située à des milliers de kilomètres de là, actes revendiqués par un État autoproclamé qui n’existait pas un an auparavant, à l’autorité également floue, étendu sur plusieurs territoires d’États différents préexistants.

Ce qui déclenchera la mobilisation de plus de 10.000 militaires en vue de protéger les sites sensible et une énième loi « sécuritaire », celle relative à la surveillance et au renseignement, de juillet 2015, étendant une toile, un filet invisible, draguant « large » en espérant « prévenir ».

Prévention bien vaine : débarquent sur les côtes européennes des milliers de clandestins qui fuient les menaces des Boko Aram, Aqmi, Daech et autres sis dans leur propre pays !

Et dans le tas, tous ne sont pas que des réfugiés « politiques » mais bien plus des migrants « économiques » et quelques-uns auront combattu les autorités constituées de leur patrie d’origine, même si parfois il s’agit de vraie dictature.

La gangrène dictatoriale s’installe sur l’Europe, souvent seulement en réplique au terrorisme… 

 

D’ailleurs, plus tard, le 18 mars suivant, d’autres attaqueront le musée du Bardo dans un attentat terroriste qui a lieu vers 12 h 30, près de Tunis, la capitale de la Tunisie.

Des tunisiens tuent des tunisiens. Une attaque revendiquée le lendemain par l'État islamique.

À la mi-journée, deux terroristes armés de fusils d'assaut Kalachnikov et de grenades, et portant des ceintures explosives remplies de Semtex tentent de s'introduire dans le Parlement tunisien, où ont lieu des auditions sur la loi anti-terroriste.

Les assaillants sont repoussés et les députés évacués.

Ils se dirigent alors vers le musée national du Bardo, voisin du Parlement. Ils ouvrent le feu sur des touristes qui descendaient d'un bus avant de les pourchasser à l'intérieur du bâtiment, où se trouvait une centaine de visiteurs.

Ils s'y retranchent en retenant plusieurs otages.

Aux alentours de 15 h 30, les forces de l'ordre tunisiennes donnent l'assaut du musée.

Les deux terroristes sont tués pendant l'opération et les otages libérés. Malgré la fin de l'opération, deux touristes espagnoles et un guide passent la nuit cachés dans le musée et sont retrouvés le lendemain.

On dénombre 24 morts, soit 21 touristes étrangers, un agent de la Brigade antiterrorisme et deux terroristes et 45 blessés.

Parmi les victimes, plusieurs proviennent de deux navires de croisière en escale à La Goulette, le Costa Fascinosa et le MSC Splendida, ce qui conduit les compagnies propriétaires à suspendre leurs escales à Tunis.

 

Une marche est organisée le 29 mars 2015 et réunit une foule importante, rejointe par une délégation de dirigeants étrangers, réunis autour du président tunisien Béji Caïd Essebsi. Le président Francis Landau fait le déplacement à Tunis, alors que la Tunisie n’avait envoyé que son premier ministre deux mois plus tôt à Paris, tout comme les présidents gabonais et palestinien Mahmoud Abbas, ainsi que par les chefs des gouvernements italien et algérien.

Ce défilé officiel longe l'enceinte où se trouvent le Parlement et le musée du Bardo en scandant le slogan « #Le monde est Bardo » en référence à « #Je suis Charlie ». Les dignitaires inaugurent ensuite une stèle portant les noms des victimes.

 

Selon le vice-président du Parlement tunisien, trois gardes devant assurer la sécurité du Parlement étaient absents au moment de l'attentat.

Le 23 mars, le chef de la police de Tunis est limogé ainsi que le responsable de la sécurité du musée du Bardo, après avoir admis que des défaillances graves dans la sécurité avaient été constatées.

À la suite de cet attentat, le Syndicat national des agents de voyages en France, qui constitue le premier marché pour la Tunisie, enregistre une chute de 60 % des réservations, alors que le tourisme est déjà en difficulté et qu’il fait vivre une bonne partie de l’économie tunisienne.

Pour y remédier, le gouvernement renforce la sécurité dans les lieux fréquentés par les touristes.

Après l'attaque, le secteur du tourisme tunisien, considéré comme stratégique car il représente environ 7 % du PIB, enregistre en avril une baisse de 25,7 % sur un an du nombre de touristes.

Fin mai, les réservations estivales par les Français sont en baisse de 37,7 % par rapport à mai 2014.

 

Et puis de nouveau l’attentat à Sousse, le 26 juin 2015 dans la station balnéaire de Port El-Kantaoui, en Tunisie, et fait 39 morts et 39 blessés.

Il est également revendiqué par l’organisation État islamique.

Trois jours auparavant, l'État islamique avait appelé ses partisans à commettre des attaques lors du ramadan. Selon un chercheur « le ramadan est considéré par les djihadistes comme le mois du djihad ».

Le deuxième vendredi du mois de ramadan, 26 juin, plusieurs attentats sont ainsi commis dans le monde par des djihadistes, notamment dans une mosquée chiite au Koweït et à Saint-Quentin-Fallavier en France.

Cette dernière attaque terroriste islamiste, perpétrée par Yassin Salhi ce 26 juin 2015, l’est dans une usine de production de gaz industriels, implantée sur un site de type Seveso.

Les locaux appartiennent à la société Air Products et sont situés dans une zone industrielle de la commune de Saint-Quentin-Fallavier dans l'Isère en région Rhône-Alpes.

Le bilan est d'un mort, assassiné avant l’attaque proprement dite, décapité, et de deux employés blessés lors de l'explosion ; Yassin Salhi est arrêté sur place. Le parquet antiterroriste est chargé de l’enquête tandis que le Plan Vigipirate est relevé au niveau alerte attentat dans toute la région.

En Syrie, l'État islamique mène un raid au cœur de Kobané et massacre au moins 164 civils kurdes.

De leur côté, les djihadistes d'Al-Shabbaab, liés à al-Qaïda, prennent d'assaut un camp de la mission de l'Union africaine en Somalie, tuant des dizaines de soldats burundais. 

 

L’attentat de Sousse a lieu sur une plage devant l’hôtel Imperial Marhaba de la chaîne RIU Hotels, situé dans la station de Port El-Kantaoui, à Hammam Sousse, au nord-ouest de Sousse.

Le terroriste arrive sur la plage avec la tenue d'un vacancier, son arme étant dissimulée dans un parasol. Il tue d'abord des touristes sur la plage avec une Kalachnikov, puis autour de la piscine où il utilise une grenade.

D'après un témoin tunisien, il cible les touristes de l'établissement et épargne les Tunisiens parce qu’ils sont musulmans.

Le terroriste, issu d'une mouvance salafiste, est abattu.

Dans la nuit du 26 au 27 juin, l’organisation État islamique revendique cet attentat à l’aide d’un communiqué diffusé via l'un de ses comptes Twitter officiels, et indique que l’assaillant connu sous le nom d'Abou Yahya Al Kairaouani, a mené une attaque contre un « bordel » et qu’il « a atteint sa cible, l’hôtel Imperial, en dépit des mesures de sécurité ».

 

Abou Yahya Al Kairaouani, de son vrai nom Seifeddine Rezgui, est un jeune Tunisien de 23 ans originaire de Gaâfour, une petite ville du gouvernorat de Siliana (nord-ouest de la Tunisie). Suite à l’autopsie du corps de l'assaillant, les médecins légistes confirment qu'il était probablement sous l'emprise d'une drogue lors de l'attaque, probablement du captagon, utilisée par l'État Islamique.

Il s'avèrera que Seifeddine Rezgui s’est rendu de manière illégale à Sabratha (Libye), fief d’Ansar al-Charia, en janvier 2015. Il y a été formé au maniement des armes et aurait pu côtoyer les deux auteurs de l'attaque du musée du Bardo.

Les autorités tunisiennes annoncent par ailleurs que de nombreux suspects ont été arrêtés dont une fille qui s’avère être la petite amie de Seifeddine Rezgui et dont la police suspecte qu’ils ont passé la nuit ensemble, à Kairouan, la veille de l’attaque.

Le terroriste a jeté son téléphone dans la mer après avoir passé un dernier coup de fil suite à l’attaque. Ce téléphone, qui a été repêché par les forces de l’ordre, aurait révélé que des appels ont été émis vers un chauffeur de taxi qui l'a transporté sur place. Un autre appel d’une durée de onze secondes a été également émis quelques instants avant l’attaque vers un supposé djihadiste vivant à Tunis.

 

Un monde de terreur et de contre-terreur.

Une guerre civile télécommandée par d’obscurs illuminés en lutte contre tous les impérialismes, qui prennent en otage des populations innocentes.

Telle est l’avenir qui se dessine : on est très loin de l’assassinat, peut-être aussi fondé sur des motifs politiques, de Boris Nemtsov, un 27 février 2015, après être intervenu sur les ondes de la « radio Echo de Moscou », appelant les Russes à manifester le dimanche suivant dans la capitale contre les autorités, qu'il accusait d'envahir l'Ukraine. « Cette marche demande l'arrêt immédiat de la guerre avec l'Ukraine, elle exige que Poutine cesse son agression ».

Un meurtre « minutieusement planifié » a expliqué le Comité d'enquête. Selon la porte-parole du ministère de l'Intérieur, « vers 23 h 15, une voiture s'est approchée d'eux, quelqu'un a tiré des coups de feu, dont quatre l'ont touché dans le dos, causant sa mort ».

Il y a décidément une multitude de façons de mourir.

 

Et Paul suit tout ça, de loin écœuré, impuissant, entre ses séjours à Chengdu et la Normandie.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/08/chapitre-xix-11-janvier-2015.html

 

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