Lettre du général Henri Poncet, au Capitaine Djamel

19/02/2015 20:15

 

Je reprends la lettre du général Henri Poncet, ancien commandant des Opérations spéciales, au capitaine Djamel.

 

Mon  capitaine, cher  Djamel,

Rentrant des Etats-Unis quelques jours après les actions terroristes qui ont frappé la France, j’ai pris connaissance de ta longue lettre. Avant tout, merci pour tes vœux, mais aussi pour ta fidélité qui ne se dément pas. Accepte à ton tour tous mes vœux à partager avec ta petite famille et aussi toutes mes félicitations pour ta troisième citation au feu que tu m’avais cachée selon ta discrétion habituelle. Mais, que veux-tu,  j’ai encore quelques « informateurs ».

Tu me dis ton malaise ressenti depuis ces tragiques attentats alors que tu viens de rentrer d’une mission de plusieurs mois particulièrement éprouvante dans le Sahel. Tu as suffisamment d’expérience pour savoir qu’on s’interroge toujours sur le décalage qui peut exister entre la réalité et le vécu d’une mission et les discours et déclarations péremptoires que l’on peut tenir dans les médias ou en battant le pavé. Tu sais très bien que dans quelques jours des millions de Français se précipiteront dans les bouchons qui mènent aux stations de ski, alors qu’à lire les unes des journaux « Nous sommes en guerre ». On l’est sans doute au Sahel ou dans le ciel irakien, mais certainement pas en France. Ou alors, quand des Français tuent des Français, il faut appeler cela une guerre civile. Et, s’ils sont passés dans le camp adverse comme en Syrie, il faut les appeler des traîtres.

Je m’étonne par ailleurs que personne n’ait évoqué la possibilité de proclamer l’état d’urgence prévu par la loi, cadre juridique qui simplifierait la mise en œuvre d’un certain nombre de mesures. Pour mémoire, il a été proclamé en 2005 dans certaines banlieues.

Je comprends ton malaise, car je me rappelle ton regard inquiet alors que, jeune sous-officier tu venais d’être affecté à mon état-major et que, dans le cadre du petit tour que j’aimais faire régulièrement, j’étais entré à l’improviste dans ton bureau. Tu avais tout de suite vu que j’avais remarqué ton tapis de prière plié dans un coin.  « Pratiquant ? »,  t’avais-je demandé. Tu m’avais répondu par l’affirmative et j’avais vu ton soulagement quand j’avais ajouté : « Soldat français et musulman, pas de problème ».

Tu me dis également que tu t’es refusé de participer à un quelconque rassemblement. Je le comprends. L’élan émotionnel et spontané a été récupéré pour initier une opération de manipulation des foules qui a engendré ces manifestations de très grande ampleur. Je te rassure, si j’avais été en France, je m’en serais également abstenu. La liberté d’expression n’excuse pas tout et ne justifie en rien le droit à la caricature outrancière que j’assimile à  l’insulte la plus méprisable. D’ailleurs, j’ai un peu de mal à comprendre comment l’on peut emboucher les trompettes du  vivre ensemble sans un minimum de respect de l’autre en particulier vis-à-vis de tout ce qui touche à son espace symbolique ou sacré, qu’il soit profane ou religieux. J’ai un peu de mal à comprendre comment on peut brandir l’étendard d’une laïcité dévoyée en insultant l’autre, et tu sais que, chrétien, je suis attaché à une laïcité bien comprise qui rassemble autour de valeurs communes, une laïcité dont la signification doit être repensée. Il faut regarder la réalité en face. La France d’aujourd’hui est faite de communautés.  Gageons qu’avoir porté ces caricatures en valeur républicaine et en symbole de liberté, d’avoir voulu leur donner une caution nationale, va nous entraîner à chercher à marier la carpe et le lapin. Je peux plus sérieusement rappeler ce qu’a écrit Albert Camus dans  L’Homme révolté: « La liberté absolue raille la justice. La justice absolue nie la liberté. Pour être fécondes, les deux notions doivent trouver l’une dans l’autre leurs limites ». Et toujours dans L’Homme révolté,  il évoque cette limite en se référant aux Grecs et à « Némésis, déesse de la mesure, fatale aux démesurés ». Il s’interdit de transgresser la limite pour rester à « hauteur d’homme ».  C’est cela le respect de l’autre, ce message que Lyautey nous a laissé pour conquérir les cœurs.

J’ajoute enfin que je comprends ton inquiétude pour la suite de nos engagements militaires au Sahel où il va falloir continuer à combattre un ennemi agressif et manœuvrier tout en sachant qu’il va lui être plus facile de trouver le soutien d’une partie importante de la population.  C’est tout un pan de nos opérations d’action psychologique qui vient de s’écrouler. J’espère que nos autorités ne vont pas oublier que la liberté d’expression se décline aussi avec la responsabilité.

Mais la classe politique, toute catégorie confondue, a voulu cacher son incurie et son incapacité à exercer les fonctions régaliennes de l’Etat depuis près de vingt ans. Alors, se serrant les coudes, elle a joué à fond sur l’émotionnel pour ne pas se retrouver en position d’accusé par le peuple. Tu connais bien cela. On avait travaillé là-dessus pour les actions d’environnement et de déception. C’est la sixième stratégie  de manipulation des foules parmi la liste des « Dix stratégies de manipulations » à travers les médias élaborée par le linguiste américain Noam Chomsky.

On feint de découvrir que les zones de non droit se sont multipliées en France, que tout ou presque est permis dans les prisons, que l’exercice de l’autorité est devenu un souci majeur dans les établissements scolaires, que le courant le plus rétrograde de l’islam, le wahhabisme financé par des théocraties  arabes, a pénétré nos banlieues. Je pourrais continuer à égrainer ces multiples problèmes de la société française connus depuis des années, mais évacués à coup de rodomontades ou de subventions pour acheter la paix sociale. Tu sais tout cela, toi qui as passé  ta jeunesse dans une de ces banlieues en crise. En fait, je crains que ce ne soit qu’une perception simpliste de nos problèmes. Malheureusement, les faits nous montrent que nous sommes certes confrontés à une internationale ou communauté djihadiste, la plus facile à désigner, mais aussi à une communauté mafieuse, celle de la drogue et du trafic d’armes. Enfin, en raison de notre endettement qui continue de croître, il faut faire face à une communauté financière, celle des paradis fiscaux et de certaines multinationales, la plus difficile à cerner, la plus puissante face aux Etats. Certaines monarchies du Moyen-Orient y occupent une place de choix. Les trois s’imbriquent et affaiblissent notre modèle républicain très mal en point et qu’il faut repenser.

Ceci écrit, à toute chose malheur est bon. Nos armées devraient enfin cesser d’être la variable d’ajustement du budget et il semblerait que la déflation des effectifs devrait être plus mesurée. J’emploie le conditionnel à dessein, car il faut attendre de voir si après les mots viennent effectivement les actes.

 De ton armée, Djamel, tu as le droit d’être fier, fier de toi-même, de tes frères d’armes. Tu peux regarder le drapeau de ton régiment sans baisser les yeux. Tu as droit au respect de tes concitoyens, de ton pays, de ton commandant en chef, parce que tu te bats pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

                               Mes respects, mon capitaine.

Auteur: Henri PONCET
Officier général (2S)

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-la-lettre-du-general-henri-poncet-ancien-commandant-des-operations-speciales-au-capitaine-djamel.html

 

Une lettre humaine qui rompt avec tous les discours haineux que l’on peut entendre envers nos populations émigrées de religion musulmane.

Tout le monde a sa place dans notre démocratie à la condition d’en respecter les règles.

 

Mais c’est aussi à ceux qui sont au pouvoir de montrer l’exemple, d’être une référence.

Et là, il faut avouer que nos dirigeants politiques qui ont, TOUS, couvert le détournement des « Milliards de la Division Daguet », sont indignes d’être des représentants du peuple, indignes de leurs fonctions.

Car c’est la quasi-totalité de la classe politique qui a transformé notre démocratie en « totalitarisme mafieux » !...

 

Bien sûr, on pourra objecter : « Mais qu’ont fait les militaires pour résoudre cette affaire ?... Ce sont quand même eux les premiers concernés !... ».

Eh bien, lorsque ce scandale éclatera, il sera temps de dire : « Mais le dossier a été transmis au ministère des Finances en janvier 1998 par un de nos agents !... ».

Eh oui… La bombe est depuis le début 1998 dans un tiroir du ministère des Finances !... Qui n’a rien fait, tout du moins officiellement.

 

Toujours est-il que cette affaire est connu de "tout le monde", enfin tous ceux qui nous dirigent et nous informent, y compris du général Henri PONCET !...

En 2005, il dirigeait l’Opération Licorne en Côte d’Ivoire et avait été mis en cause dans une affaire trouble. La Presse et les Médias l’avaient jeté en pâture au public avec le général Renaud de MALLAUSENE, un général trois étoiles des chasseurs alpins.

Une infâme mise à mort médiatique comme les journaux savent le faire, où l’ignominie ne le cède qu’à la mauvaise foi.
Je connais : les pilotes de ligne y ont droit régulièrement, comme pendant la grève de juin 1998.

Je me suis dit que je devais intervenir car il n’y a rien de plus difficile que de diriger une troupe de maintien de l’ordre lorsque l’on peut de faire tirer dessus à tout moment.
La "boucherie médiatique" n’allait pas s’arrêter et était assez catastrophique pour la Défense.

 

Aussi, j’ai pris ma plus belle plume Word pour écrire à Michèle ALLIOT-MARIE et lui rappeler le détournement des indemnités de la guerre du Golfe en mettant en copie les généraux Poncet et de Mallaussene !...

Il y avait de quoi mordre très cruellement le pouvoir politique.
Le message a été compris immédiatement et la campagne de presse nauséabonde s’est arrêtée tout aussi rapidement.

J’ai eu la surprise de recevoir un courrier du général de MALLAUSENE qui me remerciait de mon action !...
J’ai été très agréablement stupéfait…

J’ai gardé ces courriers dans mes archives, mais c’est trop personnel pour être mis en ligne.

Par la suite, le général PONCET a été chargé de mission à la Direction du Renseignement Militaire ; il était en place pour avoir bien plus d’informations que je n’en ai eues sur le dossier des "frais de guerre disparus" de la Division Daguet.

Le général PONCET occupe sa retraite à
enseigner la philosophie à des ingénieurs.
Une "pointure" exceptionnelle !...


J’ai pris la plume pour signaler cette agréable et stupéfiante histoire qui date déjà d’une dizaine d’années.

 

Enfin, maintenant que le dossier du détournement des indemnités de la guerre du Golfe devrait être rendu public, il est temps que les militaires, y compris, et surtout, les « étoilés », se mettent à « gueuler », et même à « gueuler très fort », mais avec philosophie !...

 

Il n’est jamais trop tard pour bien faire !...

 

Jean-Charles DUBOC

 

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