Le « pompier » de la guerre du Golfe réclame ses milliards

27/01/2016 21:17

 

OU SONT PASSES les milliards de l'or noir ?

 

Dix ans après la guerre du Golfe, Joseph Ferrayé, qui se dit l'inventeur du système d'extinction des puits de pétrole incendiés au Koweït, n'a toujours pas reçu un centime.

Première victoire pour ce Franco-Libanais de 55 ans : l'ordonnance en référé, la semaine dernière, du tribunal de grande instance de Paris exige que le Koweït produise les contrats et conventions ayant trait à l'extinction des 1 164 puits de pétrole.

En cas de refus, l'Emirat arabe sera astreint à verser 10 000 F par jour à Joseph Ferrayé à compter du 91 e jour après la notification de l'ordonnance.

Le Koweït se pliera-t-il aux injonctions de la justice française ? Rien n'est moins sûr. L'appel d'offres pour l'extinction des puits de pétrole avait à l'époque suscité l'appétit d'émirs, de politiciens et d'intermédiaires en tous genres.

 
La « découverte du siècle »

 
Pour mieux comprendre cette nébuleuse d'intérêts, il faut revenir au printemps 1991. L'opération Tempête du désert a repoussé les forces irakiennes.

Le Koweït affronte pourtant un nouvel ennemi, le feu qui entame les réserves de pétrole et menace le monde d'une catastrophe écologique majeure. Le célèbre « pompier volant », l'Américain Red Adair, estime qu'il faudra cinq ans pour circonscrire tous les foyers.

Le ministre des Finances du Koweït débloque un peu plus 30 milliards de dollars en urgence. Mais dans le midi de la France, un ingénieur pense avoir trouvé la solution miracle. Joseph Ferrayé met au point un procédé qui peut éteindre le brasier sans utiliser d'explosifs et en quelques mois.

Le concepteur s'empresse de déposer ses brevets à l'Institut national de la propriété industrielle. Il sera pourtant très vite dépassé par le génie de son invention considérée par certains experts comme la découverte du siècle. Il fonde une société, la Conira, dans le but de commercialiser son procédé. Quelques-uns de ses associés disposant d'un copieux carnet d'adresses se déplacent à Koweït City pour décrocher un éventuel contrat.

Curieusement, l'inventeur n'est pas convié. Le temps passe et les premières images d'extinction des puits apparaissent sur toutes les télévisions du monde qui font état d'une nouvelle technologie miraculeuse, qui a permis d'économiser des milliards de dollars. Le Koweït n'a pourtant pas fait appel à Joseph Ferrayé mais à plusieurs compagnies étrangères dont deux sociétés françaises, filiales de l'Institut français de pétrole.

Les firmes spécialisées ont-elles eu la même intuition que l'ingénieur franco-libanais ? Difficile à croire pour ce dernier, qui pense s'être fait voler son idée par certains de ses associés. « Ils ont négocié derrière mon dos avec les autorités françaises », s'insurge-t-il. Ce que rejettent en bloc les mis en cause.

Le Franco-Libanais a déposé plainte pour escroquerie auprès du tribunal de Genève. C'est dans une étude de notaire de cette ville que des conventions ont été signées en 1995 entre Joseph Ferrayé et les autres membres de la Conira.

Entendu par la juge d'instruction suisse en charge de l'affaire depuis cinq ans, Pierre Mottu, le notaire, a affirmé que le brevet de Ferrayé avait été utilisé abusivement au Koweït. Celui-ci a ajouté que 34 milliards de dollars seraient partis du Koweït et que la moitié de cette somme serait retournée dans les poches des familles dirigeantes de l'émirat. Le notaire ignorait où se trouvait le reste des fonds.

 

Le Parisien

François Vignolle et William Abenhaïm 

 

 

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