Le monde fantastique du « Brexit »

11/09/2017 22:56

Londres

 

En réalité, je suis arrivé en Angleterre en fin de semaine avant-dernière, envoyé en mission par « mon boss-à-moi » pour monter une « antenne-sous-marine » à lui au cœur de la capitale de l’empire britannique.

J’estime ne pas être le mieux placé dans « la boutique » pour le faire – mon anglais des affaires est bien trop exécrable, voire totalement nul ; ils conduisent « à l’envers » et même si les trottoirs sont bien balisés, j’ai du mal à m’y faire ; les steaks de vache grillés ne sont pas leur tasse de thé ; mais ils ont amélioré leur façon de faire des expresso – et puis je me plaisais bien en « vénitie » et son doux-climat.

Ceci dit, je n’avais plus rien à y faire non plus : Je ne suis pas né « banquier » ou « gestionnaire de fortune ». Je reste seulement « juriste-fiscaliste » et « analyste » de situations fiscales, financières et économiques compliquées.

Rien de plus actuellement, même si je ne dédaigne pas « redresser » et réorganiser une activité entrepreneuriale, loin de là.

 

Mais tous les autres « boys-du-boss » sont connus à la « City & environ », parce qu’ils y ont des « correspondants » de longue date et quotidiens et pas moi : À la limite, je peux passer de façon très crédible pour le « puni de service » placé dans un placard doré sur tranche, pas bien dangereux.

Or, « la mission » consiste avant tout à être « discret » pour mieux observer et « renifler » les « coups-à-faire ».

C’est en tout cas le « pari odieux » que fait mon « boss-à-moi » et je présume comme lui qu’il n’a pas totalement tort.

Parce que les britanniques sont tout de même assez spéciaux : Certes, ils conduisent « à l’envers », à contre-sens, du mauvais côté de la chaussée ; certes ils parlent un anglais où tu n’identifies pas le quart des mots qu’ils emploient, à croire qu’ils en inventent rien qu’exprès pour te faire caguer ; mais ils ont fait des pieds et des mains pour rentrer dans l’Europe et ces andouilles-là, ils ne savent même pas comment en sortir correctement !

C’est probablement ça les effets d’avoir bouffé de la vache enragée…

 

Ça fait plus d’un an que contre toutes attentes, le peuple bêtement consulté, a dit « dehors ». Ce qui est quand même dommage, parce que quelques eurodéputés et quelques euro-fonctionnaires vont perdre leur raison d’être, mais qu’en plus le gouvernement britannique ne pourra plus « peser » sur les « décisions-communautaires ».

Notez, que ça va permettre d’avancer peut-être plus vite et de façon plus cohérente dans la construction d’une Europe enfin unie, entre « continentaux ». Toutefois, le « Brexit » pose quantité de questions restant à régler et on n’avance pas bien vite jusqu’à présent.

Les jeunes, quand on vote pour une monnaie unique, il faut de façon impérative « unifier » l’environnement légal et c’est comme ça depuis une éternité.

Z’aviez qu’à pas voter pour Maastricht sur le continent, car tout le reste en découle et je me suis bien plié à la loi de la majorité à ce moment-là, alors maintenant, il s’agit d’aller au bout…

 

D’après ce que j’ai compris de la situation, la classe politique britannique ne sait même plus sur quel pied danser : Quelle sortie, avec quelles options ?

Entre « hard » et « soft » Brexit, les nuances sont nombreuses, d’autant qu’il y a consensus à Bruxelles pour qu’il y ait le minimum de concessions consenties.

Logique : Il s’agit de bien montrer que rien n’est gratuit, que tout a un coût et qu’on ne se dégage pas comme ça d’un écheveau de règles à valeur de traité comme on change de chemise. Les britanniques n’étaient qu’à « demi-entrés », pour en sortir totalement, ça va devoir leur être « compliqué » histoire de faire peur aux candidats entrants quant au niveau d’exigence réclamé, et de bien expliquer, jusqu’à Athènes qu’une sortie, ce n’est pas la solution la plus économique.

Pas de chance pour les britanniques, c’est eux qui se sont portés volontaires pour recevoir en avant-première la piqûre à donner à tous les autres « au cas où » !

 

Je résume : Partisans et opposants à l’UE s’affrontent depuis plus d’un an pour imposer dans les médias leur interprétation des conséquences politiques et économiques du Brexit.

Au Royaume-Uni, les partisans de Bruxelles avertissent que l’incapacité du gouvernement de « Théière-Mai » à sécuriser des liens étroits avec l’UE aboutirait à une catastrophe. Ces derniers espèrent secrètement susciter suffisamment de craintes et de regrets chez les électeurs pour déclencher un nouveau référendum. D’ailleurs, les débats de la loi d’habilitation ont commencé jeudi dernier au Parlement et elle devrait être rejetée en l’état ce soir pour forcer le gouvernement à revoir sa copie dans la journée. Pendant ce temps-là, les manifestations se succèdent dans les rue de Londres, encore samedi dernier, la troisième, en faveur du « Remain ».

Les sécessionnistes cherchent de leur côté à dissimuler l’asymétrie qui caractérise les négociations en cours ainsi que l’absence de stratégie cohérente du côté britannique tout en promettant que la sortie de l’Union européenne ne peut déboucher que sur des résultats positifs quoi qu’il arrive.

Le combat est sensiblement différent sur le continent : Les partisans de l’intégration politique du continent européen se plaisent à déceler partout des signes de ralentissement de l’économie britannique. Qu’importe d’ailleurs si celle-ci est en meilleure santé que la plupart des économies continentales.

Leur but, comme on vient de le dire, est de faire du Royaume-Uni un exemple, et de convaincre les électeurs européens que les Britanniques sont en train de payer un lourd tribut afin d’éviter tout risque de « contagion ».

Les mouvements eurosceptiques encouragent quant à eux leur pays à s’inspirer du Royaume-Uni et ont donc tout intérêt à embellir la situation alors que rien n’est encore joué.

 

Des postures contradictoires ont le défaut commun d’accorder à l’Union européenne une influence trop importante sur la santé d’un pays : Les eurosceptiques imputent à Bruxelles la quasi-totalité des problèmes nationaux tandis que leurs adversaires clament au contraire que l’appartenance à l’Union européenne est une condition indispensable à la prospérité d’un pays.

Des konneries en barre, car la question de la bonne ou de la mauvaise santé économique d’un pays ne dépend pas de son appartenance à l’Union européenne.

L’État-nation reste – qu’on le veuille ou non – l’acteur principal de l’économie. C’est lui qui détient principalement le pouvoir de réglementer et de taxer. C’est donc lui qui détermine si une économie croît ou décline selon la qualité de ses politiques publiques.

C’est pourquoi il existe, dans la Zone euro, des économies en bonne santé (Allemagne, Luxembourg) et en mauvaise santé (Grèce) tout comme il existe à l’extérieur de l’Union européenne des économies performantes (Suisse) ou déclinantes (Russie).

Simple constat.

 

La sortie du Royaume-Uni ne signifie donc pas grand-chose pour la santé de l’économie britannique. Tout dépend en réalité de la future stratégie du gouvernement et de la façon dont elle sera financée à travers la politique monétaire de sa banque centrale.

La question est de savoir si les britanniques vont profiter de la sortie de l’UE pour embrasser une politique économique plus libérale et ouverte aux échanges internationaux, ou au contraire, multiplier les concessions à la frange xénophobe de l’électorat anti-européen, en émettant davantage de restrictions commerciales contre les travailleurs et les opérateurs étrangers.

Le premier scénario serait économiquement favorable tandis que le second précipiterait le Royaume-Uni vers le déclin.

 

Le Royaume-Uni se dirige-t-il vraiment vers le protectionnisme ? Rien n’est encore certain. Beaucoup de commentateurs assimilent la sortie de l’Union européenne à la volonté de se couper des échanges internationaux. Cette interprétation est probablement erronée.

Au Royaume-Uni, les bénéfices du libre-échange et de la mondialisation sont généralement admis. Les principales formations politiques que sont le parti travailliste et le parti conservateur ont déjà fait savoir qu’ils ne souhaitaient pas réintroduire de nouvelles barrières commerciales.

Il en va presque de même pour le parti UKIP si l’on fait abstraction des politiques migratoires.

« Théière-Mai » semble en effet vouloir conditionner une politique libre-échangiste à la conclusion d’accords commerciaux au lieu de mettre en œuvre une stratégie d’ouverture unilatérale. Compte tenu de la volonté d’un certain nombre d’États de rendre le divorce coûteux sur le plan politique et commercial, de la lenteur habituelle des négociations commerciales, ce n’est probablement pas certain.

 

En attendant, ce qui me frappe sur place, c’est la volonté du maire-local, Sadiq Khan qui ne ménage pas sa peine pour convaincre de l’attrait des bords de la Tamise : Ces gars-là vont se battre pour ne pas disparaître et en fait, il s’agit une fois de plus de financer de façon millimétrique l’accompagnement monétaire de ce rebond « à venir ».

Ce maire-là veut par exemple porter le nombre de visiteurs dans sa capitale de 31,2 millions en 2016 à plus de 40 millions en 2025, soit une hausse de 30 %. Il a aussi pour ambition de faire grimper la dépense de ces visiteurs de 14,9 milliards de livres en 2016 à 22 milliards en 2025. Pour cela, il compte sur le soutient de l’agence de promotion de la ville, London & Partners, et d’une centaine d’entreprises (aéroports, hôtels, association des attractions majeures…).

« Sœur-Âne » la parigote-sur-Seine peut se tenir à carreau avec ses empêchements à la circulation routière et autres difficultés « Mak-Roniennes », même si elle tient un atout avec les JO de 2024.

Mais saura-t-elle en tirer le meilleur parti ? De toute façon, elle ne sera plus là pour les inaugurer…

 

« Pour l’instant, l'état des réservations est bon car la baisse de la livre sterling a engendré un taux de change favorable pour les touristes depuis l’annonce du Brexit ».

C’est exact, mais il a tendance à remonter et atteint probablement et provisoirement son étiage : L’inconnue, je le répète, c’est de savoir quel cap politique va être privilégié et quel soutien va-t-il recevoir de la Banque d’Angleterre.

Rappelons qu’elle a été la première à inventer les QE pour créer de la monnaie ex-nihilo en pagaille en 2008. Et elle reste désormais capable de maîtriser ses taux d’inflation.

Mais que se passera-t-il si les cours glissent sans butoir ?

C’est le pari de mon boss-à-moi… Certes, ça va attirer le touriste, ça va faciliter les exportations mais aussi « durcir » les importations : À un moment ou à un autre, ils en viendront à vendre des pans entiers de leur patrimoine dévalué pour faire les échéances.

Il parie aussi sur la peur des « possédants » acteurs sur les marchés des changes, frileux de garder des disponibilités au frais. Mais là, à mon sens, il se met le doigt dans l’œil, parce que la City, que je découvre, a quelques décennies d’avance en la matière, même si l’exode des « compétences » a déjà largement commencé et n’est pas prêt de se tarir.

Pour l’heure, je prospecte plutôt les actifs les moins liquides, à savoir des terrains agricoles – qui pourraient devenir une mine d’or si la limite nord de la culture de la vigne est repoussée à ce qu’elle était du temps des romains…

 

L’autre « attractivité », c’est justement le « bed & breakfast ». Le tourisme représente 11,6 % du PIB de Londres, contre 9 % pour l’ensemble du Royaume-Uni, et le secteur fait travailler 700.000 personnes dans la capitale, soit 1 emploi sur 7.

Les marchés les plus prometteurs devraient être ceux des touristes chinois – attendu en progression de 103 % d’ici à 2025 –, indiens (90 %), états-uniens et émiratis (43 % de croissance chacun).

En Europe, la « Gauloisie-anglophile » reste le premier pourvoyeur de touristes (près de 2 millions par an) et Sadiq Khan en espère 2,8 millions à cette même échéance.

Et afin d’absorber dans de bonnes conditions ces nouveaux flux attendus, Sadiq Khan veut « étaler les arrivées », en multipliant les événements hors saison, comme cet automne le Design London Festival, le Jazz Festival, ou encore l’exposition Harry Potter à la British Library, et « entraîner les visiteurs en dehors des sentiers battus à la découverte de perles méconnues ».

À l’instar de la Wellcome Collection, musée privé et cabinet de curiosités autour de l’homme et de la médecine, pourtant située à deux pas de la gare de Saint-Pancras, la porte d’arrivée du TGV continental, fréquentée par des millions de voyageurs. 

 

L’hébergement hôtelier doit aussi être renforcé : Aux 146.000 chambres actuellement disponibles, 23.000 supplémentaires devraient s’ajouter d’ici à 2025 (+ 15 %, rien de moins). Côté transports, le métro va bénéficier d’une nouvelle liaison en construction, l’« Elisabeth Line ». Et parmi les chantiers de nature à séduire les touristes dans l’avenir, on peut déjà citer le nouveau quartier sur le Queen Elizabeth Olympic Park, le développement d’un parc à thème par Paramount à Ebbsfleet, et la transformation du Musée de Londres.

Des efforts financiers pour avancer malgré l’inconnue de l’impact du Brexit sur le tourisme d’affaires : « Il n’y a pas de diminution observée à ce jour. Il faudra voir en fonction des mesures précises qui seront adoptées » en disent les analystes.

 

Il faut dire que j’arrive. Mais je ne remplis pas à moi tout seul les « flux du tourisme des affaires », il ne faut pas exagérer non plus l’importance de mon nombril-personnel.

Pour l’heure, je m’informe, collecte et rapporte les rumeurs de marché, j’essaye d’écouter, de comprendre et de lire et je découvre sur Coventry Street, à deux pas de Piccadilly Circus, l’étonnant « M&M’s World » : Imaginez-vous, sur trois niveaux des colonnes transparentes aussi volumineuses que celles de Beaubourg, remplis de bombecs multicolores de ces pustules dragéifiées de chocolat merdique !

Du « poison-violent-pour-diabétique-type-2 » par centaines de tonnes…

Soufflé que j’en fus tellement c’est attractif.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/09/le-monde-fantastique-du-brexit.html

 

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