Le Califat de l’EI (3/3).

26/11/2015 10:50

 

Un projet politique basé exclusivement sur le Coran

 

Les États-Unis et leurs alliés ont réagi contre l’EI et le Califat tardivement et avec stupéfaction.

Les ambitions de l’organisation et les grandes lignes de sa stratégie étaient manifestes dans ses déclarations et sur les réseaux sociaux dès 2011, quand l’EI n’était qu’un mouvement parmi les nombreux groupes terroristes présents en Syrie et en Irak. 

 

En 2011, Abou Bakr Al-Baghdadi s’était déjà qualifié de « commandeur des croyants », un titre habituellement réservé aux califes.

Si nous avions identifié les intentions de l’EI plus tôt et compris que le vide politique en Syrie et en Irak lui donnerait tout l’espace nécessaire pour les mettre en œuvre, nous aurions au minimum poussé l’Irak à renforcer sa frontière avec la Syrie et à négocier des accords avec sa population sunnite. Et pourtant, début 2014, « Baraque Au-Bas-Mât » a déclaré au New-Yorker qu’il voyait l’EI comme un partenaire plus faible d’Al-Qaïda. « Si une équipe de basketteurs junior enfile des maillots de la NBA, ça ne fait pas d’eux Kobe Bryant », a-t-il ironisé.

Une erreur stratégique qu’on paye désormais cash en Europe et en Afrique.

 

Punis de notre indifférence initiale, nous attaquons maintenant l’EI sur le champ de bataille en soutenant Kurdes et Irakiens, ainsi qu’au moyen de frappes aériennes régulières, y compris en Syrie. Certains observateurs ont appelé à une intensification de la riposte, parmi lesquels plusieurs porte-la-parole de la droite interventionniste américaine et bientôt européenne qui se sont exprimés en faveur du déploiement de dizaines de milliers de soldats américains, anglais, français, allemands et autres.

 

Ces appels ne doivent pas être rejetés précipitamment : Une organisation qui ne cache pas ses intentions génocidaires se trouve à deux pas de ses victimes potentielles et commet quotidiennement des atrocités sur le territoire qui est déjà sous son contrôle, jusqu’à pousser à l’exil des centaines de milliers de ressortissants, déjà au Liban, en Turquie et dans le reste de l’Europe.

En outre, si l’EI perd son emprise sur les territoires syrien et irakien, il cessera d’être un califat.

Celui-ci ne pourra plus être au cœur de sa propagande, ce qui fera disparaître le supposé devoir religieux d’émigrer pour le servir. 

 

Et pourtant, les risques d’une escalade de la violence sont considérables. Une invasion représenterait une grande victoire pour la propagande des djihadistes du monde entier, qui pensent tous que les États-Unis veulent s’embarquer dans une croisade des temps modernes pour tuer les musulmans.

À quoi s’ajoute notre maladresse lors de nos précédentes tentatives d’occupation.

La montée de l’EI, après tout, n’a été possible que parce que notre occupation de l’Irak a ouvert un espace pour Zarqaoui et ses successeurs.

 

Étant donné tout ce que nous savons sur l’EI, continuer de le saigner peu à peu au moyen de frappes aériennes et de batailles par alliés interposés semble la moins mauvaise solution.

Le coût humanitaire de l’EI est élevé, mais la menace qu’il représente pour les États-Unis et l’occident est ainsi limitée, hors les attentats commis par quelques-uns.

Le noyau d’Al-Qaida fait figure d’exception parmi les organisations djihadistes en raison de son intérêt pour « l’ennemi lointain » (l’Occident).

Les principales préoccupations de la majorité des organisations djihadistes concernent des questions plus proches de chez eux. C’est particulièrement vrai pour l’EI. Abou Bakr Al-Baghdadi a demandé à ses agents saoudiens de « régler la question des rafida (chiites) d’abord, puis des Al-Sulul (sympathisants sunnites de la monarchie saoudienne), avant de s’attaquer aux croisés et à leurs bases ».

 

Les combattants étrangers (ainsi que leurs femmes et leurs enfants) se rendent dans le califat avec un aller simple : Ils veulent vivre selon la véritable charia et nombre d’entre eux cherchent à devenir des martyrs.

Quelques « loups solitaires » soutenant l’EI ont attaqué des cibles occidentales et d’autres attentats se produiront.

Toutefois, malgré le climat de terreur indéniablement instillé par ceux-là, la plupart des agresseurs se sont avérés être des amateurs frustrés, incapables d’émigrer vers le califat.

Même si l’EI se réjouit de ces attentats, notamment dans sa propagande, il n’a planifié ni financé aucun d’entre eux.

On rappelle que l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris était principalement une opération d’Al-Qaïda.

 

S’il est contenu, il est probable que l’EI causera lui-même sa propre chute. Il n’est allié à aucun autre pays et son idéologie garantit que cela ne changera pas.

Les terres qu’il contrôle, certes vastes, sont pour l’essentiel inhabitées et arides.

À mesure qu’il stagnera ou que son territoire rétrécira lentement, sa prétention d’être le moteur de la volonté de Dieu et l’agent de l’apocalypse perdra de sa valeur.

À mesure qu’augmenteront les informations sur la misère qui y règne, les autres mouvements islamistes radicaux seront discrédités : Personne n’a jamais cherché à ce point à appliquer strictement la charia en faisant appel à la violence. 

 

Il serait facile d’évoquer, concernant l’EI, un « problème avec l’islam ».

La religion autorise de nombreuses interprétations et les sympathisants de l’EI sont moralement responsables de celle qu’ils ont choisie. Et pourtant, en faire une institution contraire à l’islam peut être contreproductif, notamment si ceux qui entendent ce message ont lu les textes sacrés et vu que de nombreuses pratiques du califat y sont clairement décrites.

 

Les musulmans peuvent affirmer que l’esclavage n’est plus légitime aujourd’hui, et que la crucifixion est condamnable à ce stade de l’Histoire.

Et nombre d’entre eux tiennent précisément ce discours. En revanche, ils ne peuvent condamner l’esclavage et la crucifixion dans l’absolu sans contredire le Coran et l’exemple donné par le Prophète.

 

L’idéologie de l’EI exerce un attrait puissant sur une certaine population. Les hypocrisies et les incohérences de la vie s’évanouissent face à elle. Les « salafistes » sont incollables sur les textes sacrés. Volubiles, ils exposent leurs idées – et même de manière convaincante si l’on accepte leurs postulats.

Juger celles-ci contraires à l’islam revient à les inviter à un débat qu’ils gagneraient.

Les non-musulmans ne peuvent pas plus dicter aux musulmans la manière correcte de pratiquer leur religion.

Et les musulmans ont lancé ce débat depuis longtemps dans leurs rangs. Il existe une autre branche de l’islam qui offre une solution radicale à l’EI. Elle est tout aussi intransigeante, mais aboutit à des conclusions opposées.

 

Abou Bakr Al-Baghdadi est « salafiste ». Le terme « salafiste » est devenu péjoratif, notamment parce que de véritables criminels ont lancé des batailles au nom de cette école de pensée.

Mais la plupart de ses partisans ne sont pas djihadistes et ils adhèrent généralement à des mouvances religieuses qui rejettent l’EI.

Ils sont déterminés à agrandir le « Dar Al-Islam », la terre de l’Islam, y compris au moyen de pratiques monstrueuses comme l’esclavage et l’amputation – mais pas tout de suite.

Leur priorité est la purification personnelle et l’observance religieuse. Pour eux, tout ce qui menace ces objectifs est interdit, comme provoquer une guerre ou des troubles risquant de perturber les vies, la prière et les études.

 

Lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a fait son apparition, certains imam ont adopté le slogan « Ce n’est pas mon califat ».

« L’époque du Prophète était baignée de sang et chacun sait que les pires conditions de vie pour n’importe quel peuple étaient le chaos, notamment pour l’umma (communauté musulmane). »

Pour cette raison le bon choix pour les « salafistes » n’est pas de semer la discorde en créant des factions et en réduisant les autres musulmans à des apostats.

Au contraire, une majorité de « salafistes » pense que les musulmans devraient se retirer de la vie politique.

Ces « salafistes-quiétistes », comme ils sont qualifiés, sont d’accord avec l’EI pour affirmer que la loi de Dieu est la seule valable.

Ils rejettent aussi les pratiques comme les élections et la création de partis politiques.

Toutefois, la haine du Coran pour la discorde et le chaos signifie pour eux qu’ils doivent se soumettre à quasiment n’importe quel dirigeant, même si certains sont manifestement pécheurs.

« Le Prophète a dit : Tant que le dirigeant ne s’abandonne pas clairement au kufr (mécréance), obéissez-lui ».

« Rendez à César ce qui appartient à César » en a dit le Christ.

 

Et tous les « livres de principes » classiques mettent en garde contre les troubles sociaux.

Vivre sans prêter serment rend effectivement ignorant ou ignare.

Mais la « bay’a » n’implique pourtant pas de faire allégeance à un calife, et certainement pas à Abou Bakr Al-Baghdadi.

Cela signifie, dans une perspective plus large, adhérer à un contrat social religieux et s’engager pour une société de musulmans, qu’elle soit dirigée ou non par un calife.

Pourtant le « salafisme-quiétiste » est un antidote islamique au djihadisme selon la méthode d’Abou Bakr Al-Baghdadi.

 

Les dirigeants occidentaux devraient sans doute s’abstenir de donner leur avis sur les débats théologiques islamiques. Le président US lui-même a presque tenu les propos d’un mécréant lorsqu’il a affirmé l’an dernier que l’EI n’(était) « pas islamique » : Il n’y connaît rien !

La plupart des musulmans ont apprécié l’intention du président américain : Il était à leurs côtés contre Abou Bakr Al-Baghdadi et les chauvins non-musulmans qui cherchent à les impliquer dans les crimes de l’EI.

La majorité des musulmans ne sont toutefois pas susceptibles de rejoindre le djihad. Ceux qui le sont auront vu leurs suspicions confirmées : Les États-Unis mentent sur la religion pour servir leurs intérêts, selon leur sentiment général.

 

Dans le cadre limité de sa théologie, l’EI bourdonne d’énergie et même de créativité. En dehors de ce cadre, il pourrait difficilement être plus austère et silencieux : Sa vision de la vie est faite d’obéissance, d’ordre et de soumission au destin.

Lorsqu’il a fait la critique de Mein Kampf, en mars 1940, George Orwell a confessé qu’il n’avait « jamais été capable de détester Hitler ». Quelque chose chez lui percevait l’image d’un outsider, même si ses objectifs étaient lâches ou détestables.

Le fascisme, poursuivait George Orwell, est « psychologiquement bien plus solide que n’importe quelle conception hédoniste de la vie. (…) Le socialisme et même le capitalisme, à contrecœur, ont affirmé au peuple : ‘‘Je peux vous offrir du bon temps.’’ De son côté, Hitler a déclaré : ‘‘Je vous propose la lutte, le danger et la mort’’, à la suite de quoi une nation toute entière s’est jetée à ses pieds. (…) Nous ne devons pas sous-estimer son attrait émotionnel. »

 

Dans le cas de l’EI, il ne faut pas non plus sous-estimer son attrait religieux ou intellectuel. Le fait que l’EI tienne pour un dogme la réalisation imminente d’une prophétie nous indique au moins la trempe de notre ennemi.

Les outils idéologiques peuvent convaincre certains candidats à la conversion que son message est erroné.

Les outils militaires peuvent limiter les horreurs que l’EI commet.

Mais sur une organisation aussi imperméable à la persuasion, il n’y a pas d’autres mesures susceptibles d’avoir un impact. Même si elle ne dure pas jusqu’à la fin des temps, la guerre risque d’être longue.

 

Conclusions personnelles :

 

– Ce n’est pas une guerre de civilisation, mais bien plus celle d’un dogme ultra-minoritaire d’origine religieuse.

 

– Or, non seulement on ne peut pas contrer, discuter, avec un dogmatique – même un communiste-stalinien, même après la chute du régime soviétique – mais on ne peut pas plus convertir un religieux dans sa foi…

C’est une des limites de la Raison.

 

– Dès lors, la seule réponse pragmatique me semble de rester faire face au combat qu’on nous impose, même si ce n’est pas le nôtre, et d’affaiblir l’ennemi.

La moins mauvaise démarche, même si elle a été entamée pour d’autres raisons et en vue d’autres objectifs, c’est de détruire l’intendance du Califat.

Toute l’intendance sur laquelle il se repose, ses financements, ses trafics, ses approvisionnements, ses voies de communication, ses forces et son environnement.

L’heure est aux armes sur ce terrain-là et c’est tant mieux.

 

Après que le canon se sera tu, il sera toujours temps de laisser la place à la diplomatie et « aux politiques » : À eux d’élaborer des solutions pérennes dans une région en feu depuis tant de décennies, afin que les réfugiés puissent rentrer chez eux et reprendre goût à l’avenir.

 

Peut-être qu’un jour, les menaces d’attentats pervers, terroristes et aveugles auront alors disparu.

Et dans l’idéal, les suppôts, tous les suppôts des théories millénaristes et apocalyptiques devront être jugés impitoyablement au tribunal des hommes.

Au nom de toutes leurs victimes.

Femmes, enfants et vieillards inclus…

 

Mais là, je rêve peut-être, les yeux grands-ouverts.

Car les théories apocalyptiques sont nombreuses. De mémoire on peut citer Saint-Jean l’évangéliste lui-même (qui visait Rome et dont on attend toujours le commencement), d’une autre envergure que les tenants de du calendrier maya, de Paco Rabane soi-même, de ce du temple solaire, de Jim Jones en Guyane et de son temple du peuple, de la secte Aum, de Malachie et sa liste des papes désormais achevée.

Et cætera…

Force est de reconnaître qu’aucune de leur prophétie ne s’est réalisée !

Même celle des marxistes-léninistes et son « genre humain » de demain… 

 

Après tout, nous vivons depuis près de 70 ans, deux générations complètes, sous le règne de « l’équilibre de la terreur » nucléaire où soi-disant tout pouvait (et peut encore) arriver.

La troisième génération arrive et les chercheurs découvrent que le lagon de Mururoa retrouve un foisonnement de vie extraordinaire après plusieurs saisons d’essais nucléaires qui y ont « tout cassé ».

Et pour mieux vous préparer au pire, l’ONU et son GIEC surfent sur les peurs relatives au réchauffement global : Magnifique comme ils peuvent nous tenir en haleine avec leurs prévisions tout autant apocalyptiques que les toutes « écritures saintes ».

Notamment une « montée des eaux catastrophique » de … moins d’une dizaine de centimètres à la fin du siècle !

C’est dire s’ils ont tous tout faux…

Il faudra bien, un jour ou l’autre, en tirer les conclusions qui s’imposent.

 

Merci à vous toutes et tous de m’avoir lu jusque-là !

Et bien à vous.

 

I3

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/11/le-califat-de-lei-33.html

 

 

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