Le Califat de l’EI (1/3).

24/11/2015 14:09

 

Un projet politique basé exclusivement sur le Coran

 

En 2012, je commençais l’écriture d’une fiction en vue de la mettre en ligne l’été suivant sur le précédent blog : « Parcours Olympiques ».

Le scénario imaginé prévoyait une attaque terroriste nucléaire sur Londres à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des JO de la fin juillet.

Naturellement et comme d’habitude, les événements de l’année alors en cours, me donnaient quantité de « matière » à traiter.

 

C’est ainsi que je mis en scène, dès le post du 4 août 2013 une séquence que vous pourrez retrouver ici [Cliquez ->], où le pape d’alors, « JP II » a un dialogue avec son successeur, pas encore « B 16 ».

Je n’avais évidemment pas imaginé que ces informations séculaires relatives aux apocalypses vues par les différentes religions « révélées et monothéistes » auraient pu servir à un projet politique qui ensanglanterait les trottoirs de ma capitale à moi-même, celle de mon pays, celui que j’aime tant, les 7 & 9 janvier et 13 novembre 2015 !

Et pourtant, qu’on en juge :

 

« 

Les Israélites attendent le retour du prophète Élie. Prophète du IXème siècle avant notre ère, qui réalise de nombreux prodiges avant de s'envoler aux cieux dans un tourbillon.

Il est aussi, selon les prophètes bibliques, l'annonciateur du Messie à la fin des temps qui précède l’arrivée du Messie, l’envoyé qui restaurera Israël et restituera la Terre promise au peuple élu.

« D'après le Livre de Malachie, Élie reviendra avant le jugement dernier : « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l'Éternel arrive. » La tradition juive attend donc le retour d'Élie.

Je vous rappelle également le Livre de Malachie 3:23 : « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l'Éternel arrive, ce jour grand et redoutable » ! »

Il lui remémore qu’Élie, alors qu'il est en compagnie d'Élisée, est enlevé au ciel dans un tourbillon. Après sa disparition, Élisée lui succédera.

« Selon la sainte Évangile de Jean, on rapporte que les pharisiens demandent à Jean le Baptiste ceci : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es pas le Christ ni Élie, ni le prophète ? ». »

Les deux hommes savent que les évangiles soulèvent la difficile question de l'identité Jean le Baptiste/Élie.

Affirmée par Jésus : « Et lui, si vous voulez bien le comprendre, il est cet Élie qui doit venir», cette identité est déniée par Jean le Baptiste lui-même : « Qu'es-tu donc ? Lui demandèrent-ils. Es-tu Élie ? Il dit : Je ne le suis pas. ».

« Pour nous chrétiens, Jean le Baptiste désigne Jésus comme le messie et lui fait offrande de ses disciples. »

 

La fin des temps était proche et Jésus, fils du Créateur de l’univers, s’incarne en homme pour répandre la bonne nouvelle, celle que tous les hommes, et pas seulement ceux du peuple élu, sont appelés au royaume des cieux !

C’est le fondement de l’universalisme de la Parole du Christ.

 

« Chez les musulmans, ils attendent l'avènement du Mahdi, annoncé par le même prophète et comme dans nos traditions apocalyptiques issues notamment des évangélistes Jean mais aussi de Matthieu, le retour du Christ est précédée de celle de l’Antéchrist.

Elle apparaît dans les épîtres de Jean – d'abord essentiellement sous une forme plurielle – mais puise ses origines dans la notion d'antimessie déjà présente dans le judaïsme. »

Encore que, on peut lister divers signes qui précéderont ces temps :

L'esclave enfantera sa maîtresse ;

Les bergers construiront des gratte-ciel (hadith n° 102 du sahih muslim) ;

Les distances seront courtes ;

Les hommes iront sur des selles qui ne sont pas des selles ;

Les responsabilités seront accordées aux incompétents ;

La sexualité sortira du cercle de la famille ;

L'usure se propagera ;

Les croyants boiront de l'alcool ;

Les hommes s'habilleront avec de la soie ;

Les langages odieux – orduriers – seront répandus ;

Les liens familiaux seront rompus ;

Les séismes seront fréquents ;

L'acharnement des nations à l'encontre des musulmans sera constant ;

Les objets et les animaux parleront ;

Les imbéciles prendront la parole en public.

 

« Et c’est bien tout ce qu’on peut dire de notre monde très contemporain, finalement. Quoiqu’on puisse poursuivre et citer le développement du commerce, la coloration des cheveux pour apparaître jeune, le non-respect des commandements religieux, l’avarice. Les hommes obéiront aux femmes et désobéiront à leur mère. L'homme éloignera son père et favorisera son ami, le commandement des nations sera le fait des plus vils, les forces de police seront démultipliées, la corruption sera omniprésente, le sang humain sera déconsidéré, et la femme partagera avec l'homme le travail et le commerce.

Une description parfaite de nos sociétés contemporaines qui date pourtant de plusieurs siècles… »

 

« Mon cher Joseph, vous me faites penser à la prophétie de Jean de Jérusalem, écrite il y a bientôt dix siècles ! ».

Ne serait-ce pas un canular monté de toute pièce par des ex-agents du KGB ou d’une autre secte ?

« Pas du tout. Je vous ferai porter l’unique des trois manuscrits originels encore en notre possession, dans les archives de la cité vaticane… Un second est sous la garde de l’Ordre de Malte. Quant au troisième, on en avait justement perdu la trace…

Il a pu être retrouvé, traduit et diffusé par ceux que vous dites. »

 

Joseph Ratzinger poursuit : « Il ne s’agit-là que des signes mineurs signalé par le Coran de la venue de la fin des temps, très Saint-Père. »

Ah oui, les « signes majeurs » : L’agression de Gog et Magog ravageant une bonne partie du Proche-Orient. Il s’agit du mythe biblique, qui se voit aussi repris dans le Coran.

Les hadiths en donnent des descriptions de parfaits sauvages, à mi-chemin entre humains et animaux.

« Le soleil se lèvera de l'ouest. La Bête arrivera : Et quand la Parole tombera sur eux, nous leur ferons sortir de terre une bête qui leur parlera ».

 

Abdullah ibn 'Amr aura rapporté que : « Je me suis engagé à mémoriser un hadith du messager de Dieu et je ne l'ai pas oublié après l'avoir entendu dire : "Le premier signe(annonciateur de l'apparition du Dajjal – l'Antéchrist) sera l'apparition du soleil à l'Ouest, et dans la matinée l'apparition de la Bête Ad Dābba, parfois dénommée comme l’espionne. Et lorsque le premier des deux (signes) arrivera, le second le suivra immédiatement après", rapporte par Muslim (n° 7025).

« Ad Dābba » sera en mesure de parler et marquera les visages des gens, mettant sur le front des croyants une lumière qui illuminera leurs visages, et mettant sur le nez des non-croyants une marque qui assombrira leurs visages. » »

 

Enfin la fumée (ou le Doukhane) : « Après la mort d'Issa qui régnera de longues années sur la Terre après avoir vaincu le faux messie, un gaz (ou fumée) envahira l'intégralité de la surface de la planète et emportera dans la mort sans les faire souffrir les derniers croyants. Seuls les gens n'ayant pas la moindre particule de foi en Dieu dans leur cœur ne seront épargnés. Ils vivront alors la fin des hommes, survivant nus, se dévorant entre eux, se comportant comme des bêtes, copulant en pleine rue sans distinguer leur mère de leur sœur ou de leur fils. L'air sera irrespirable et la planète inhabitable et hostile. »

Les experts du GIEC ne disent pas autre chose…

 

Et toujours de mémoire, il poursuit : « Viendra alors le temps du son de cor qui aplatira les montagnes et froissera la Terre. Alors sera venue l'heure du jugement dernier, où toutes les créatures d'Allah seront jugées et destinées au Paradis infini ou à l'enfer éternel. »

« Vous me faites frémir, Cardinal. A-t-on une description de leur antéchrist ? » demande le Saint-Père pensant à toutes ces horreurs que prédisent justement les experts du GIEC, de façon très actuelle…

Oui : « L'Antéchrist est borgne de l'œil droit, aux cheveux crépu et présentera aux gens un Paradis et un Enfer : Son Enfer sera un Paradis et son Paradis un Enfer ».

»

 

Une fois le croyant convaincu de la portée et de la signification des textes sacrés de l’Islam, faisant les mêmes constats que nous-mêmes sur nous-mêmes que nous pouvons faire, il n’est dès lors pas bien difficile de faire des rapprochements significatifs : Oui, pour l’esprit sommaire et embrigadé, la fin des temps approche, le règne d’Allah va arriver incessamment sous peu sur la terre entière et il convient de le précipiter !

 

Car qu’est-ce que l’État islamique (EI, Daech en arabe) ?

D’où vient cette organisation et quelles sont ses intentions ?

La simplicité de ces questions peut être trompeuse, et rares sont les dirigeants occidentaux qui connaissent les réponses.

En décembre 2014, alors que mes « posts » avaient 16 mois, le New York Times publiait encore des remarques confidentielles du général Michael K. Nagata, commandant des opérations spéciales pour les États-Unis au Moyen-Orient, qui admettait être encore très loin de comprendre l’attrait exercé par l’État islamique.

« Nous ne comprenons pas cette idéologie. »

Elle est pourtant si simple que j’ai pu, à partir d’elle, mettre en scène « Ahmed-le-Diabolique » qui ira convoyer une charge nucléaire artisanale jusqu’au-dessus de la Manche en juillet 2012, après mille tribulations où il croise notamment Mohamed Merah qu’il va transformer en « plastron » pour brouiller sa piste.

Souvenez-vous, Montauban déjà, puis de Toulouse comme autant de faux-nez de son djihad à lui…

À lire et relire ici et les 3 chapitres suivants.

 

Daech c’est l’organisation qui s’est emparée de Mossoul, en Irak, en juin 2014 et règne déjà sur une zone plus vaste que le Royaume-Uni. À sa tête depuis mai 2010, Abou Bakr Al-Baghdadi, qui est monté le 5 juillet 2014 à la chaire de la Grande Mosquée Al-Nour, à Mossoul, en se présentant comme le premier « vrai » calife depuis des générations.

Il s’en est suivi un afflux mondial de djihadistes, d’une rapidité et dans des proportions sans précédent.

Et pour cause, sachant ce que nous venons de dire !

 

Et nos lacunes sur le Califat sont d’une certaine façon compréhensibles : L’organisation a fondé un royaume isolé et peu de gens en sont revenus. Abou Bakr Al-Baghdadi ne s’est exprimé qu’une seule fois devant une caméra.

Mais son discours ainsi que d’innombrables vidéos et brochures de propagande de l’EI sont accessibles sur Internet et les sympathisants du califat se sont donnés beaucoup de mal pour faire connaître leur projet.

 

Nous avons mal compris la nature de l’EI pour deux raisons.

Tout d’abord, nous avons tendance à appliquer la logique d’Al-Qaïda, dont je me suis inspiré pour le roman de l’été 2013 (« Parcours Olympiques ») à une organisation qui l’a clairement éclipsé.

Al-Qaïda avait et a toujours un projet millénariste, se fondant sur une lecture authentique du Coran et de quelques autres textes, comme la Prophétie de Jean de Jérusalem (dont vous trouverez reprise -> ici et les deux chapitres suivants) datant de 1099, qui donne la même description de notre monde contemporain de « l’an mil qui vient après l’an mil ».

Et le troisième millénaire a commencé par le 11 septembre 2001 et ses attentats monstrueux : Pas que l’effet du simple hasard, n’est-ce pas !

 

Mais le djihadisme a évolué depuis l’âge d’or d’Al-Qaida (de 1998 à 2003) et nombreux sont les djihadistes qui méprisent les priorités et les dirigeants actuels de l’organisation.

Oussama Ben Laden considérait d’ailleurs le terrorisme comme un prologue au califat, qu’il ne pensait pas connaître de son vivant.

Alors que son organisation était informelle, constituée d’un réseau diffus de cellules autonomes, le Califat, au contraire, a besoin d’un territoire pour asseoir sa légitimité, ainsi que d’une structure hiérarchisée pour y régner.

Désormais, il bat monnaie, lève l'impôt, s'appuie sur une administration et applique sa loi et celle de ses ministères exactement comme n’importe quel autre pays, sur son territoire, à l’image même du Vatican, autre théocratie-vivante du monde moderne.

Sauf que le Vatican use de l’Euro, récolte le denier de Saint-Pierre, mais bat des médailles commémoratives et émet ses timbres-postaux.

 

En second lieu, nous avons été induits en erreur à cause d’une campagne bien intentionnée mais de mauvaise foi visant à nier la nature religieuse médiévale du Califat.

Et le leader d’Al-Qaïda était un produit du monde laïc moderne, musulman sunnite, mais laïc.

Ben Laden a organisé la terreur sous la forme d’une entreprise comptant des franchises toujours actives.

Il exigeait des concessions politiques précises, comme le retrait des troupes américaines d’Arabie Saoudite arrivées avec l’opération « Bouclier du désert » en 1990 et les prémisses de la première guerre d’Irak, à l’appel justement de la monarchie saoudienne, qui aurait trahi les « lieux-saints » dont il était citoyen.

Souvenons-nous que le dernier jour de sa vie, Mohamed Atta, l’un des responsables des attentats du 11 septembre 2001, a fait des courses à Walmart et dîné à Pizza Hut… Pas du tout à prier ou en méditation dans une mosquée, ni même à se shooter au captagon.

 

Il serait même logique de reprendre ces observations – les djihadistes sont issus du monde laïc moderne, avec des préoccupations politiques de leur temps, mais déguisés avec des habits religieux – pour l’appliquer à l’EI.

Or, pas seulement et beaucoup de ses actions paraissent insensées si on ne les envisage pas à la lumière d’une détermination sincère à faire revenir la civilisation à un régime juridique du VIIème siècle et à la Charia d’origine, et à faire advenir, à terme, l’apocalypse, le moment de révélation divine portée par l’Islam.

C’est le seul lien rationnel possible pour expliquer ces actions et les événements générés depuis.

 

La vérité est que l’EI est islamique. Très islamique. Totalement islamique. D’un Islam originel.

Et jusqu’à l’hérésie en disent mes potes musulmans (moi qui, en bon papiste-natif, pensais que l’hérésie n’était que Cathare ou Huguenote…).

Certes, le mouvement a attiré des psychopathes et des gens en quête d’aventures, souvent issus des populations défavorisées du Moyen-Orient et d’Europe. Mais la religion que prêchent les plus fervents partisans de l’EI est issue d’interprétations cohérentes et même très instruites de l’islam vivant.

 

Presque chaque grande décision ou loi proclamée par le Califat obéit à ce qu’il appelle la « méthodologie prophétique » qui implique de suivre la prophétie et l’exemple de Mahomet à la lettre.

Les musulmans peuvent rejeter l’EI, comme le fait l’écrasante majorité d’entre eux, qui sont eux-mêmes menacés par le Califat jusque dans leur propre vie et qualité de musulman : C’est un ennemi, comme on va le voir.

Et prétendre que ce n’est pas une organisation religieuse millénariste dont la théologie doit être comprise pour être combattue a déjà conduit les États-Unis et l’occident à sous-estimer l’organisation et à soutenir des plans mal pensés pour la contrer.

Alors, nous devrions apprendre à mieux connaître la généalogie intellectuelle de l’EI si nous voulons réagir non pas de façon à le rendre plus fort, mais plutôt de façon à faire qu’il s’immole lui-même dans un excès de zèle.

 

Notez que je ne suis pas bien sûr d’être le mieux placé pour le dire, mais je vais quand même tenter de vous éclairer, au moins un petit peu, pour avoir eu un peu d’avance.

Nous allons donc y revenir, plusieurs jours, par petite touche, pour être le plus clair possible, afin de mieux comprendre…

 

À demain !

 

I3

 

Source :

http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/11/le-califat-de-lei-13.html

 

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