Laudato si… (XXII)

14/08/2016 11:58

 

Vingt-deuxième chapitre : Opération « Tempête du désert ».

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Le même jour, 23 septembre  1990, le porte-avions français Clemenceau, transformé en porte-hélicoptères, arrive à 60 km à peine des côtes saoudiennes. Vers 15 h 30, 5 Gazelle et un Puma du 5ème RHC décollent.

Après un survol des récifs coralliens de la Mer Rouge, ils atterrissent sur l'aéroport de Yanbu, en Arabie. Ils seront 48 à se poser dans les heures qui suivent.

Le port de Yanbu n'est qu'une étape pour les pilotes du colonel Ladevèze. Les hélicoptères français doivent être déployés dans le Nord-Est, près de la ville saoudienne de Haffar-al-Batin, à 50 km de la frontière irakienne.

 

À Doha (Qatar), le ministre français de la défense est reçu en audience par l’émir cheikh Khalifa. Il doit ensuite se rendre à Abou Dhabi (Émirats Arabes Unis) où la France a déployé un détachement de défense anti-aérienne Crotale et un escadron de reconnaissance du 1er RHP.

À cette occasion, il s’entretient à l’ambassade du sort du milliard de dollars extrait par GérardDupont du Koweït début août, un journaliste inconnu aux effectifs de l’AFP et qui s’est véritablement volatilisé dans la nature depuis.

« Cet argent appartient au peuple koweïtien. Leurs autorités nous ferons savoir ce qu’il convient d’en faire.

Votre excellence, vous le gardez là bien à l’abri et n’ébruitez pas l’existence de ce dépôt. »

 

Mercredi 3 octobre : les deux Allemagnes ont décidé de leur réunification. Le premier ministre créé la CSG.

Le 6 auront lieu les émeutes de Vaulx-en-Velin.

 

Jeudi 4 octobre : Le Président français accompagné d’Hubert Védrines en déplacement à Ryad, rencontre le cheikh Zayed à Abou Dabi, puis le roi Fahd à Djeddah durant plus de 2 heures. Pour lui, l'embargo est déterminant. Il reste « la politique de la France » et doit « être appliqué sans faille ».

Le souverain saoudien a pour sa part exprimé son scepticisme, doutant que « Saddam Hussein puisse entendre raison ».

À son interlocuteur qui le remercie de l’envoi de 4.000 soldats, il répond : « Nous sommes à vos côtés comme nous serons aux côtés de tout pays menacé ».

D’autant mieux que le Roi assure qu’il ne sera pas ingrat : il envisage de rembourser la France de ses efforts en promettant un prochain virement « sur un compte à déterminer, de préférence en Suisse à cette banque-là dans son agence de Luzerne » parce que la famille y a des intérêts qui y sont gérés, d’un premier virement de 3,5 milliards de dollars, suivi d’un second équivalent (qui sera de 3,39) à recevoir après de la libération du Koweït…

Devant cette montagne d’argent inespéré, le président français en exercice reste tétanisé : s’échafaude dans son esprit une multitude de « plans » politique à cette annonce.

L’administration française n’a pas eu de contact avec la famille royale du Koweït, exilée non loin de là, à Taëf, mais le Roi saoudien se porte garant pour l’Émir. 

On sait qu’elle avait plutôt mal pris l'allusion du président français devant l’ONU à la nécessité d’une « expression démocratique » du peuple koweïtien.

En guise de compensation, le quai d’Orsay annonce que Jean Bressot, qui fut ambassadeur au Koweït de 1982 à 1986, a été chargé d’une « mission de liaison » avec le gouvernement koweïtien en exil. 

 

L’avion présidentiel effectue ensuite un discret détour par Doha sur la route du retour en Europe.

Les 20 caisses de 50 kg de billets de banque sont extraites de la cave de l’ambassade à la faveur de la nuit tombante.

« J’en prends la responsabilité au nom du peuple français ! Nous allons les déposer en lieu sûr : ils seront bien plus utiles aux koweïtiens plutôt que de dormir dans nos sous-sols. »

Ce qui n’est pas faux.

« On ne sait jamais : Hussein a bien pillé notre ambassade à Koweït-City à leur recherche » explique-t-il aux conseillers médusés qui l’accompagnent…

Les 20 caisses sont réparties dans l’allée centrale du Falcon 50 du GLAM. Ça représente plus d’une tonne de fret, un bon mètre-cube…

Autre surprise, au lieu de voler directement vers Paris dans la nuit, l’équipage reçoit l’ordre d’atterrir à Zurich où attendaient un conseiller fédéral (équivalent d’un ministre) et un banquier accompagnés d’un camion militaire suisse.

C’est l’occasion d’ouvrir un compte numéroté en Suisse et d’y déposer les caisses de billets évacuées du Koweït, à Luzerne, l’agence indiquée par le roi qui ouvre avant l’heure habituelle à cet effet.

Finalement de retour au palais de l’Élysée, le président français lâche à son entourage : « Désormais, on ne peut plus reculer. Il faut libérer le Koweït et y prendre toute notre part ! »

 

17 octobre 1990 : à la demande du Qatar, la France lancera l'opération « Métaye ». 8 Mirage F1-C quittent leur base de Cambrai pour Doha. Au total, ce sont 60 hommes, dont 12 pilotes, qui seront chargés d'assurer la protection du Qatar et de ses plateformes pétrolières.

Pendant les dernières semaines du mois d’octobre, les otages occidentaux sont libérés au compte-gouttes. Des otages italiens se sentant un peu oubliés, entament une grève de la faim. Pour accélérer les libérations, les personnalités européennes et japonaises se bousculent à Bagdad.

Puis, coup de théâtre dans la crise des otages : Bagdad annonce la libération de tous les otages français au nom de « l'amitié franco-irakienne ». Quant au sort des autres otages, l'inquiétude demeure...

En novembre, alors que les préparatifs de guerre se précisent du côté de la coalition, des soldats français qui circulaient en territoire irakien sont faits prisonniers par des soldats irakiens.

Les contingents sont stationnés au nord de l’Arabie Saoudite, d’où ils s’élanceront un peu plus tard en territoire irakien pour couper la route de Bagdad. La couper à l’arrivée de renforts venus des confins du Kurdistan au nord, mais aussi empêcher le repli des troupes irakiennes depuis Bassora ainsi pris en tenaille.

Pour tout dire, Washington craint un éclatement de la coalition.

 

La semaine suivante, les États-Unis mettent sur orbite plusieurs satellites militaires pour surveiller le Golfe alors que Bagdad annonce la libération de tous les otages allemands, et la libération prochaine de tous les autres otages.

Fin novembre, le leader frontiste français revient de Bagdad avec 55 otages !

Parallèlement, George Bush rencontre Hafez El-Assad et Mikhaïl Gorbatchev annonce qu'il soutient la coalition internationale.

L'ONU vote une résolution historique : le Conseil de sécurité adresse un ultimatum à l'Irak. Saddam Hussein doit rappeler ses troupes du Koweït avant le 15 janvier 1991 minuit...

 

Début décembre, selon l'ONU, l'Irak violerait les Droits de l'Homme au Koweït. L'Irak répond que l'embargo tue des centaines d'enfants.

De faux témoignages tournent en boucle expliquant les atrocités commises par l’occupant au Koweït.

Si le monde entier s’inquiétait du sort des « otages », ils sont tous libérés avant Noël. Ils n'étaient finalement plus que 6.500, répartis sur des sites stratégiques en Irak et au Koweït. Saddam Hussein leur présente même ses excuses.

George Bush et Saddam Hussein se querellent sur la date de la tenue d'une rencontre Aziz-Baker la semaine suivante alors que les coalisés intensifient leurs préparatifs pour la date butoir de l’ultimatum onusien.

À l'occasion des fêtes de Noël, les artistes occidentaux débarquent en Arabie Saoudite pour remonter le moral des troupes. Les autorités saoudiennes sont peu conciliantes : Brooke Shields rebrousse chemin, et le concert d'Eddy Mitchell est interdit.

En guise de cadeau, l'Irak menace Israël. Tsahal se prépare donc à la guerre.

La marine américaine se renforce et les soldats britanniques se vaccinent contre la Peste.

Partout on souhaite la paix pour la nouvelle année...

 

Début janvier, les places financières s'effondrent, l'inquiétude des populations et le prix de l'essence augmentent. L'Occident redoute des attaques terroristes en cas de conflit. Le tourisme international est paralysé, les compagnies aériennes en pâtissent.

La diplomatie s'accélère. À  Genève a lieu la rencontre de la dernière chance entre Tarek Aziz et James Baker. C'est l'échec : l'Irak menace Israël, l'Amérique menace l'Irak...

La semaine suivante, les « pacifistes » du monde entier se mobilisent, pendant qu’à Bagdad, les ambassades ferment les unes après les autres.

Les Israéliens s'équipent en masques à gaz, les Saoudiens scrutent le ciel, les Britanniques tremblent pour leurs Boys, les Américains craignent des attentats et les Français dévalisent les magasins, faisant des stocks de nourriture...

Sur toutes les télévisions du monde, le compte à rebours est enclenché. Et l'ultimatum de l'ONU expire...

Le Parlement français vote pour la guerre. Les journalistes venus du monde entier s'entassent dans les hôtels de Riyad où les exercices d'alerte s'enchaînent.

 

Mercredi 16 janvier 1991 à 23 h 36 (GMT), deux jours après l’expiration de l’ultimatum, un avion furtif F-117A de l'US Air Force largue la première bombe sur un bâtiment des télécommunications de Bagdad, il est à 2 h 36, heure locale, le jeudi 17 sur place.

Il est 18 h 30 sur la côte Est, CNN termine une émission boursière. Le journal du soir s'ouvre sur une certaine agitation dans le ciel du Golfe. John Holliman, correspondant de la chaîne américaine à Bagdad, ne remarque pas de « signe visible » d'un raid depuis sa chambre de l'hôtel Al-Rashid. Tous ces décollages d'avions seraient-ils une fausse alerte ?

La chaîne reprend donc le fil de son journal, avec une interview de Caspar Weinberger (ancien secrétaire d'État américain à la Défense), quand, à 18 h 40, Bernard Shaw, correspondant de la chaîne à Bagdad, rappelle sa rédaction : « Je vois des zébrures dans le ciel de Bagdad ». Peter Arnett, autre correspondant, entend des bombes exploser. À 18 h 41, les sirènes retentissent à Bagdad, et la communication est coupée. À Washington, le présentateur reprend son journal. « Nous ne savons pas encore de quoi il s'agit », explique-t-il, « peut-être seulement des tirs aériens ».  À 18 h 44,  Holliman rappelle sa rédaction. Sa photo apparaît aussitôt à l'écran, sur une carte de Bagdad.  « Il se passe quelque chose ici à Bagdad », explique Holliman. « Le ciel de Bagdad est rempli de zébrures blanches, c'est beau comme un feu d'artifice ». De fortes explosions se font entendre. Arnett poursuit : « les tirs aériens se produisent » du côté de l'aéroport international Saddam (...). « C'est une attaque, c'est vraiment une attaque sur Bagdad. » Puis, à Bagdad, Bernard Shaw, Peter Arnett et John Holliman se relaient au micro dans la bonne humeur. Des rires se font entendre. Le présentateur de NBC (USA) prend l'antenne : « Nous ne savons pas ce qui arrive là-bas ».  Par téléphone, Holliman explique en direct sur CNN : « Écoutez ! Je vais tendre le micro vers ma fenêtre ». Des tirs de mitrailleuses se font entendre. Les correspondants de CBS (USA) annoncent que plusieurs missiles de croisière Tomahawk sont tirés à partir de navires dans le Golfe et en mer Rouge.

L'information fait aussitôt le tour du monde. Sur TF1 (France), Jean-Claude Narcy explique 15 minutes seulement après CNN que « nous vivons un moment exceptionnel, un moment historique : la guerre avec l'Irak a bien débuté... »

D'après ABC (USA), l'Ouest de l'Irak est le théâtre « d'un incroyable feu d'artifice de batteries anti-aériennes ». La capitale n'est pas épargnée : « Le ciel de Bagdad s'est soudainement embrasé, des tirs de DCA retentissent et des bombes semblent tomber sur la ville ».

Le monde entier a alors les yeux rivés sur CNN reprise par toutes les télévisions, alors qu'aucune image ne parvient de Bagdad. Le correspondant de CNN explique que « nous essaierons de vous décrire autant que possible (...). Une bombe est tombée près de l'hôtel... L'immeuble a été secoué. Tout autour de nous, nous entendons des explosions, de très fortes explosions. À l'instant on vient de nous dire de rejoindre les abris (...). Les avions défilent au-dessus de nous très rapidement. Il y a eu un éclair. Tout le monde s'est aplati au sol ».

Puis les communications téléphoniques sautent. Et toujours pas d'images.

NBC fait des pronostics hasardeux (« Toutes les cibles ont été détruites, chimiques et nucléaires ») et sur la BBC (Grande-Bretagne), John Simpson s'emporte : il vient de voir passer un missile Tomahawk à quelques mètres de hauteur pour suivre sa trajectoire entre les bâtiments. « Le missile a tourné au coin de la rue pour repasser derrière l'hôtel et frapper sa cible ! » explique-t-il avec enthousiasme.

Les envoyés spéciaux de CNN poursuivent : Les avions alliés « bombardent d'une altitude assez élevée (...). Ils ne descendent pas en piqué pour lâcher leurs bombes. Des nuages de fumée noire s'élèvent de la ville. Le ciel est illuminé par de grands éclairs ».

L'attaque semble importante : sur CBS, on annonce que des « vagues » de F-15 décollent « sans arrêt » des bases aériennes de l'est et du centre de l'Arabie Saoudite.

Puis, durant plusieurs heures, CNN fait le tour de ses correspondants.

Au Pentagone, l'optimisme est de rigueur : « Ce n'est encore qu'un raid aérien. Il a des résultats inespérés, aucune perte enregistrée ».

À la Maison Blanche, à défaut d'information, on annonce que Bush regarde CNN.

Puis, la photo de Holliman réapparaît sur un fond de carte. Les bombes tombent, les parasites brouillent les lignes téléphoniques qui sautent à nouveau...

La première guerre télévisée débute. Sans aucune image...

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/08/laudato-si-xxii.html

 

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