Laudato si… (X)

23/07/2016 17:27

 

Dixième chapitre : Voyage vers Koweït-city.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Une fois « en ville », Paul commence par acheter des vêtements et sous-vêtements, une paire de chaussure de sport et un sac à dos avant de se rendre dans une banque souscrire 68 titres de « BKR A » à 7.100 dollars le bouts de papier, au porteur, payés comptant et en cash.

Après « l’opération », il se sent plus léger : il lui reste un peu plus de 17.000 $, de quoi survivre correctement et personne n’a tiqué !

C’est pourtant une sacrée somme, là, « au porteur »…

Puis il file à l’adresse indiquée « avant qui est après », en taxi.

Il a un peu de mal à trouver son correspondant qui n’est autre qu’une officine de photographie dans un quartier d’afro-hispaniques plus ou moins « louches », même les gosses qui jouent dans la rue, où, pendant qu’ils bossent sur « ses papiers », il complète ses emplettes du  fameux Nikon, deux objectifs supplémentaires, dont un zoom, quelques boîtes de pellicule Kodak de sensibilités différentes et le sac qui va avec tout ça.

Les gars avaient oublié de viser le visa d’entrée aux USA sur le passeport : ça a duré plus longtemps que prévu, le temps d’une autre paire de bières.

Puis direction l’aéroport où Paul claque encore quelques billets pour acheter son fauteuil en direction de New-York, sur un Tristar.

Il arrive au petit-matin local, juste pour embarquer dans le « bel oiseau blanc » aux couleurs de British-Airways.

 

Le Concorde ! Depuis le 4 février 1976, date où le secrétaire américain aux transports William Coleman lève l’interdiction pour les vols supersoniques au-dessus des eaux territoriales et accorde les atterrissages à Washington et à New York, mais retardé jusqu’au 11 mars par les autorités portuaires new-yorkaises qui s’opposent pour six mois au survol local du Concorde, l’avion dessert plusieurs destinations transatlantiques.

Avec le peu de choix qu’elles avaient en destinations, Air France et British Airways ont commencé les transatlantiques avec Washington (District de Columbia) le 24 mai. Finalement, en 1977, les nuisances sonores que les New-Yorkais devaient subir ont été annulées par les avantages de Concorde et la liaison Paris et Londres vers l’aéroport new-yorkais John-F. Kennedy commence le 22 novembre 1977.

Jusqu’en 1983, les destinations pour Air France sont : Rio de Janeiro, Caracas, Dakar, Mexico, Washington, Dallas et New York.

À partir de 1983, pour rentabiliser au maximum son supersonique, la compagnie française réduit ses vols à la seule destination de New York, assurant cependant et en plus des vols spéciaux appelés charters, et des tours du monde.

Le temps de vol moyen sur l’un ou l’autre itinéraire est environ de trois heures et demie. D’ailleurs, jusqu’en 2003, Air France et British Airways ont continué à avoir des liaisons quotidiennes avec New York. En plus, Concorde a volé vers la Barbade pendant la saison de vacances d’hiver et, de temps en temps, aux destinations de Rovaniemi en Finlande.

Le 1er novembre 1986, un Concorde fait le tour du monde en trente-et-une heures et cinquante-et-une minutes.

Une vraie formule 1 : l’entretien du Concorde avec les contraintes exigées, sécurité des vols, ponctualité, régularité du passage en vol supersonique, peut être effectivement assimilé à l’entretien d’une Formule 1, donc gourmand en heures de main-d’œuvre et en pièces.

À titre de comparaison, la maintenance d’un Concorde est de 18 à 20 heures par heure de vol alors que celle d’un avion classique en 2015 est en moyenne de 2 heures.

Par ailleurs, le nombre réduit de vols entraîne des stationnements prolongés au sol.

D’autant que l’arrivée du Concorde entraîne une petite révolution en maintenance puisque les circuits étaient commandés en électrique et en hydraulique, avec pour certains, des tests embarqués pour faciliter le dépannage.

Il a fallu repenser les métiers des mécaniciens et électriciens pour entretenir les Concorde : l’électronique faisait son entrée dans tous les circuits en commande et en surveillance.

 

En effet, Concorde est le premier avion civil à disposer de commandes de vol entièrement électriques et analogiques (fly-by-wire) : en vol supersonique se produisait une augmentation importante de température sur la cellule, ce qui provoquait l'allongement du fuselage. Comme une transmission par câbles aurait été trop compliquée, on a opté pour des commandes entièrement électriques. Toujours pour la même raison, l'avion dispose de réacteurs reliés en thrust-by-wire, ancêtres des réacteurs actuels contrôlés par FADEC.

Le pilote automatique permet une gestion automatique de la puissance (ou encore « auto-manette »), autorisant un contrôle « mains libres » (ou hands off) de l’avion de la montée initiale à l’atterrissage. L'électricité à bord est générée par des IDG (Integrated Driving Generator), prédécesseurs et de même technologie que ceux montés sur les avions actuels (Airbus et Boeing).

Le Concorde dispose de trois circuits hydrauliques à haute pression de 28 MPa soit 4.000 PSI pour les composants légers à circuits hydrauliques utilisant un liquide hydraulique à huile synthétique (M2 V) résistant à haute température.

Pour le freinage, Concorde est équipé d'un système SPAD (système perfectionné antidérapant) de contrôle de glissement, c’est-à-dire de l’écart de vitesse entre roues freinées et roues non freinées, l’ancêtre de l’ABS.

Par rapport au principe de contrôle de la décélération angulaire des roues freinées, ce système permet de réduire les distances d’arrêt de 15 % sur sol sec et d’améliorer la sécurité sur sol mouillé. Ce système a été repris par Airbus et sur les avions militaires français à partir du Mirage F1.

Le système de freinage est contrôlé électriquement. Une commande agit sur une servovalve faisant interface entre la consigne électrique d'entrée et la grandeur hydraulique (débit ou pression) agissant sur les freins hydrauliques. Un système qui remplaçait les commandes classiques hydromécaniques plus lourdes et plus complexes à installer. Ce système a été complété sur les avions d'Airbus par l’orientation de la roue avant sur l’A320.

Des disques de freins en carbone ventilés offrent un gain de masse de 500 kg par rapport à des disques en acier, ainsi qu'une meilleure tenue à l’échauffement.

 

Le rééquilibrage des masses (gestion du centrage) permet une optimisation des performances. Pendant toutes les phases de vol, le carburant est déplacé afin de positionner au mieux le centre de gravité par rapport au centre de poussée dans la phase de vol concernée (centrage avant en subsonique, centrage arrière pour le vol supersonique), ce qui réduit la trainée en contrôlant l’assiette mise ainsi en équilibre permanent.

Des pièces sont usinées à partir d’une ébauche unique (et non issues d’un assemblage), ce qui permet de réduire la masse et la nomenclature des composants.

Les gouvernes de direction et élevons sont constitués de matériaux composites. Toutefois, il s'est révélé que le vieillissement du matériau entraînait des pertes partielles de gouvernes, particulièrement de direction.

 

Certaines de ces nouveautés technologiques avaient 20 ans d’avance. Si les coûts de conception ont été élevés, cela a permis aux constructeurs aéronautiques français et anglais de rester dans la course avec les États-Unis, puis de créer Airbus.

Nombre de ces améliorations sont maintenant des standards dans les avions de ligne actuels. Par ailleurs, la Snecma a commencé à construire des moteurs pour l’aviation civile avec le Concorde, et l’expérience qu’elle en tire lui donne l’expertise technique nécessaire à l’établissement du consortium CFM International avec General Electric, qui produit avec succès le moteur CFM56.

Un avion qui vole aux confins de la stratosphère : la vitesse de croisière du Concorde est de Mach 2,02 à une altitude variant de 16.000 à 18.000 mètres. De toute façon, malgré la puissance de ses quatre moteurs, à 10.000 mètres, l’altitude habituelle des vols commerciaux transatlantiques, il est à peine supersonique !

Il est doté d’une aile magnifique en delta spécifique, dite « gothique », et de moteurs à postcombustion développés d’abord pour le bombardier britannique Avro Vulcan.

 

S’il arrive en début d’après-midi à Heathrow, un aéroport qui n’avait rien à voir avec celui que Paul connaît des années 2000, puisque le principal terminal de la compagnie anglaise reste celui désormais attribué au fret, il arrive finalement trop tard pour emprunter le vol à destination de Bahreïn sur le même « joujou ».

Un bijou, mais assez semblable à une Caravelle en cabine, un peu plus longue peut-être, avec ses rangées de deux fauteuils coupés par une allée centrale unique : on est loin des « paquebots » aériens habituels !

La seule différence, c’est qu’il y a un machmètre qui affiche la vitesse sur la cloison du poste avant des hôtesses… en Mach, bien sûr et une secousse à peine perceptible au moment du passage du mur du son, tout en douceur.

On est nettement plus secoué, même si ça reste très léger aussi, au moment du basculement du contenu des réservoirs de l’avant vers l’arrière.

Le foyer de portance, du fait du dessein de l’air et du régime de vol, se déporte vers l’arrière, tel que pour équilibrer, les masses sont plantées à l’avant au décollage et à l’atterrissage, pour assurer le roulage, sans ça l’avion se basculerait sur sa roulette arrière, le nez bien dressé vers le ciel !

Et il repasse derrière le train principal en phase de vol.

C’était la seule solution aérodynamique ingénieuse pour éviter aux pilotes d’être aveuglés à l’approche des pistes et ne pas alourdir l’appareil. Et encore, il a fallu leur inventer le nez basculant vers le bas pour qu’ils puissent « voir devant », là où ils devaient atterrir !

 

Aussi Paul se remet du « jet-lag » au Hilton voisin, sauf qu’il faut sortir de l’enceinte de l’aérogare et traverser une autoroute : un trajet forcé en navette ou en taxi qui fait tout le tour de l’aéroport.

Le temps de changer quelques dollars contre des pounds-locales et d'annoncer son arrivée par télégramme à l'agence de l'AFP à Koweït-City .

C’est là qu’il se fait son « petit coup de madeleine proustienne »…

Juillet 1990… Incroyable ! Quelle histoire ces voyages dans le passé…

Il est là, derrière la Manche à aider Michel dans sa saison du « Newvox » jusqu’au 15 juillet, il passera 15 jours chez le grand-père paternel dans sa maison Normande dont il est aujourd’hui, enfin plus tard, propriétaire.

C’était sa dernière année sans examen, l’année suivante, il y aurait le bac en français et en histoire et les cours s’étaient arrêtés à Louis Le Grand depuis la mi-mai pour laisser la place aux concours des écoles supérieures et puis au bacheliers, les vrais.

Là, cette année-là ou une des suivantes,  il « butinait » les « trois cochonnettes », tour à tour, ses cousines germaines, les filles de l’oncle honteux, qui ne l’était pas encore, Arlette et ses « bagues aux dents », Huguette et sa poitrine enflammée, et Pierrette, « la mignonne », qui s’emmerdaient sévère en attendant Jacques, leur cousin, frère aîné de Paul, déjà à la fac de droit et titulaire d’une voiture offerte pas le grand-père en cadeau pour son bac, le seul moyen de s’échapper vers la côte et ses activités festives.

Parce que bon, en vélo c’est faisable, mais il faut revenir et même si la Normandie ce n’est pas de la « haute-montagne », ça grimpe quand même…

 

Paul jouait à « cache-cache » dans le parc : c’était histoire d’échapper à la surveillance de la tante et de passer quelques moments volés de tendresse.

Fin juillet, quand Jacques arrivait, il filait « dégourdir » les voisines de la ferme voisine : France et Lucia, déjà bien « délurées », avec leur physique de fermière normande en herbe, rondes sous tous rapports…

En août, il irait en Alsace animer sa mère et sa grand-mère, les « pharmaciennes » de la famille, et tenter sa chance auprès du cheptel local très surveillé par leurs « grand-frères », avant de rentrer à l’hôtel de tante Jacqueline, André et ses deux autres cousines Sylviane et Josiane, parfois très sensuelles quand elles étaient « chauffées » à point, retrouver Mylène, Michel et toute la clique pour une nouvelle saison parisienne, ses gardes de nuit, ses cours de jour, les repas du soir à servir et desservir, les week-ends parfois torrides au « Newvox » quand les deux tauliers et les gamines partaient dès la sortie des classes « à la campagne ».

Une drôle d’époque, mais tellement insouciante !

« Qu’est-ce que je suis devenu ? »

Pas tout-à-fait ce qu’il aurait pu imaginer, même si la vie ne l’a finalement pas déçu.

Fera-t-il un tour en France à son retour, histoire de de respirer l’air du pays à cette époque-là, revoir le Paris des années 90 qu’il avait tant aimé pour y vivre comme un poisson dans son bocal ?

 

Il est à l’heure le lendemain et reposé pour son second vol en Concorde, vers Manama capitale du royaume de Bahreïn. Où les transits sont assurés vers Ryad, Koweït-city et quelques capitales d’émirats voisins.

Une heure de vol supplémentaire qui le fait arriver à la nuit tombante à destination finale.

C’est là que les choses sérieuses commencent.

Durant ce vol (et les précédents), Paul tente de rassembler ses souvenirs de la guerre du golfe de 1990/91. Et il débarque sous sa nouvelle fausse identité à l’aéroport international de Koweït-city (Code KWI) par la piste 33L qui déroule ses 3.400 m de béton sous les roues du vol du soir arrivant de Bahreïn.

Ce qui est saisissant, ce sont les odeurs moites des effluves de pétrole sulfuré mélangé de loin en loin aux odeurs iodés de la mer toute proche et le ciel légèrement pollué des lumières des torchères d'une raffinerie située plus au sud.

Mais on s’y fait très vite jusqu’à les oublier.

En revanche, il fait chaud malgré la nuit dès que l’on sort des espaces clos sous « température dirigée ». Et du coup, on comprend mieux le port généralisé de la djellaba qui a la faculté de « voleter » au gré des déplacements, ce qui évite d’avoir trop chaud.

Son taxi, dont le chauffeur l’accueille d’un « salam aleykoum » qui signifie « que la paix soit sur vous », ils commencent toutes leurs conversations par cette formule, le dépose en moins d’une demi-heure au Carlton-Tower, son hôtel retenu depuis Londres, où il devra séjourner quelques jours.

 

Drôle d’idée ce nom que l’on retrouve un peu partout dans le monde quand il s’agit d’hôtel de luxe.

Étymologiquement, c’est un diminutif du prénom Carltet qui veut dire Charles. « Carl-Town » désignant la « Ville de Charles » en Anglais.

Rien de luxueux, pour un établissement qui est pourtant un quatre étoiles pas trop cher, propre et confortable, mais sans rien d’ostentatoire.

Trop tard pour un coup de fil à l’agence AFP locale où il est censé être employé, ou flâner jusqu’au port, d’autant que les températures fraîchissent et deviennent même agréables.

Il n’a plus qu’à se restaurer légèrement, boire du thé local, se doucher et récupérer du décalage horaire de son fantastique voyage… hors norme. 

 

C’est donc le lendemain qu’il croise le fameux « Johnny Walker », rencontré peu avant à San Francisco … enfin, des années plus tard !

C’est le même homme, en nettement plus jeune, sans ses rides profondes, plus svelte, mais armé de la même voix rocailleuse des plaines du middle-west.

Comme lui, il est affublé d’une casquette et d’un sac de photographe en bandoulière qui tangue et roule depuis l’épaule et comme lui, il « baguenaude ».

C’est effectivement à lui que Paul, qui l’a reconnu de loin, demande son chemin.

En fait, sur le coup et en se rapprochant, il a un doute, ne le reconnaît pas vraiment tellement il apparaît plus efflanqué qu’un quart de siècle plus tard.

Mais au son de sa voix, il n’y a plus de doute : c’est celui qu’il aura eu le malheur de croiser 25 ans plus tard à San Francisco, et à qui il doit ce voyage ahurissant dans son passé.

« L’AFP, je connais. Je suis photographe au « WP » (le Washington Post) Tu sais, le Watergate ! Tu as entendu parler, au moins ».

William River, alias « Johnny Walker », « presque que comme la marque de whisky, car moi j’ai un « y », pas « ie » », compte tenu de sa fabuleuse descente putative, telle une fougueuse « river » !

« – Mon nom est William. William sans « t ».

– Enchanté, moi c’est Gérard Dupont. William comment ?

– William, sans « t ».

– Mais, il n'y a pas de « t » à William !

– Je le sais ! Ça fait même deux fois que je te le dis ! »

Et le voilà parti dans un éclat de rire d'une de ses blagues qu’il est bien le seul à apprécier.

 

Ses bureaux ne sont pas loin et ils devisent de la situation politique actuelle.

« Oh, ici, ils sont tous en vacances. Il n’y a que les punis comme nous pour être consignés à la tâche. Moi, je pars faire des photos de la classe moyenne restée au turbin, dans le sud du pays, autour des raffineries. Et toi ! »

À lui, il n’allait pas lui dire tout de suite qu’il venait prendre des photos de l’invasion irakienne…

« – Je vais prendre des clichés des tours de la Liberté (les deux réservoirs d’eau douce qui dominent la ville) et faire du rab en prenant quelques shoots des lieux privilégiés du pays.

– Oh, ici, il n’y a rien. Même pas une montagne pour couper l’horizon. Mais si tu as le temps, va donc dans le désert te régaler des folies de l’émir… Il a fait peindre en vert des dunes le long de l’autoroute de l’aéroport !

– En vert ?

– Oui ! Une lubie. Ils ont tellement de pognon qu’ils ne savent plus comment le claquer ! »

Paul n’avait pas vu ça dans la nuit tombante d’hier.

 

« – Ah, méfie-toi de ta collègue Camille. Elle doit t’attendre.

– Et pour quelle raison je dois m’en méfier ?

– Elle a le feu aux miches. Pour le reste, elle n’est pas gâtée par la nature. Il ne faut donc jamais sortir sans être couvert !

De toute façon, elle n’a que quatre types d'orgasme !

– Ah oui, intéressant, et lesquels ? 

– L'orgasme positif, « oh oui, oh oui » … ;

L’orgasme négatif, « oh non, oh non » … ;

L’orgasme religieux, « oh mon Dieu ! Oh mon Dieu »… ;

Et l'orgasme simulé. Pour toi, ce sera : « oh, Gérard ! Oh Gérard ! »

Tu verras. »

Nouvel éclat de rire de « Johnny » !

Sympa, la présentation en pense Paul.

 

Camille, c’est effectivement tout un poème ! Elle t’accueille à l’étage des locaux de l’AFP en tchador et boubou en te faisant : « Oh ! Gérard Dupont ? » et elle se fige. « Je vous attendais : Excusez-moi de ma surprise, mais vous êtes exactement mon type d’homme ! C’est incroyable ! », fait-elle de sa voix nasillarde.

Gérard, enfin Paul, elle ne le sait pas, mais lui est père de famille, rangé des voitures et quasiment marié à la belle Florence et sa jambe toute neuve qui l’empêche encore de marcher…

Enfin quoique… en 1990, elle devait encore « faire bébé » dans les jupons de sa mère de la vie courante du moment.

Mais le pire, c’est quand elle retire son voile qui ne laisse que les yeux apparents et l’on comprend mieux l’avertissement de « Johnny Walker » de « ne jamais sortir sans être couvert », la locution anglaise de « never without being covered » ayant deux sens, masculin et féminin et il parlait « au féminin ». Une des carences de la langue de Shakespeare parmi d’autres.

Le tout sachant que l’épidémie de SIDA, démarrée au début des années 1970 aura pris un tour nouveau dans les années 90 avec les contaminations par transfusion sanguine, alors que jusque-là, elle était largement cantonnée aux milieux homosexuels, aux drogués et nettement moins largement aux actes hétérosexuels « non-protégés », un peu comme n’importe quelle MST.

Tout le drame de cette fille à l’allure pas très féminine, mais bon, et la voix nasillarde est qu’elle est affublée d’un « bec de lièvre » à peine réparé par la chirurgie corrective, tel qu’elle présente un nez écrasé et une absence curieuse, repoussante, de « marque des anges » sur la lèvre supérieure.

Un repoussoir, même dans le noir le plus profond… au toucher, quoi !

Et avec ça, elle ne zozote même pas mais nasillarde affreusement… 


« – Tu restes combien de temps avec nous Gérard ? » se reprend-elle en passant au tutoiement.
« – Le temps de quelques clichés et je rentre à Paris. Il faudrait entre-temps que je me familiarise un peu avec la ville et ses habitants et que je rencontre l’ambassadeur.
– L’ambassadeur, ça m’étonnerait, il est en vacances avec sa famille en métropole. Comme le chef d’antenne d’ici, notre boss direct. Nous, on assure la permanence.

Mais il faut que tu signales ton arrivée aux services de l’ambassade le plus tôt que tu pourras quand même.

Je te sers un thé ?

– Il n’y a rien de plus … fort dans ce pays ?

– Non, c’est interdit. Ici on applique la charia. Le coran « dur ». Les femmes sont voilées et ne sortent jamais seules sauf à être prise pour des putes. Si on te retrouve saoul sur la voie publique, t’es carrément mis au gnouf en vue de ta lapidation. On coupe la main des voleurs et on bastonne les femmes infidèles. »

Charmant pays que voilà : Heureusement qu’il ne compte pas s’attarder.

«  Quant aux gens, à cette époque, tu ne trouveras que des étrangers, ceux qui bossent. Des pakistanais, des palestiniens, des sri-lankais, des jordaniens. Y’en a même qui sont payés à balayer les autoroutes, c’est te dire.

Les koweïtiens, ils sont à l’abri dans leur air conditionné, au bureau, chez eux ou dans leur voiture et ne sortent que la nuit à pareille époque.

Ce sont des bédouins assis sur une éponge à pétrole que ça en pue toute la journée et quand il fait plus frais en hiver, ils n’ont qu’une hâte, c’est d’aller camper sous leur tente dans le désert avec leurs dromadaires.

– Et du café, c’est possible ? »

 

Paul apprend ainsi que tout ou presque est gratuit pour les citoyens koweïtiens : le téléphone, les études, même dans les universités étrangères, les soins. Il n’y a vraiment que l’eau qu’ils payent, la nourriture et parfois leur loyer, leur essence, mais ce n’est pas très cher.

« L’eau ! Il y a deux immenses citernes sur les tours de la liberté au nord de la ville. Elles ont été construites pour ça. Et deux usines de dessalement d’eau de mer au sud du pays. Et dire qu’il y a 30 ans, ils importaient encore leur eau douce depuis l’Irak par bateaux et camions citernes, paraît-il. Aujourd’hui, ils arrosent leurs jardins et même les pelouses des bas-côtés de leurs routes ! »

 

I3

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/07/laudato-si-x.html

 

—————

Précédent