Laudato si… (LXXV)

20/01/2017 23:39

 

Soixante-quinzième chapitre : Retour vers son destin.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

« Tous ces « dépôts » génèrent des profits qui sont rattachés à des « comptes fantômes » sis dans les paradis fiscaux visés par ces « Panama Papers ». Ainsi, les milliards de dollars d’intérêts gagnés sur les montants pillés sur les « Comptes de Garantie » et prêtés par la suite, ne sont pas crédités au titulaire légal du compte principal.

Le transfert de ces fonds se fait soit de Banque à Banque soit par le biais de mécanismes pervers et totalement étrangers au système Swift international, tels que celui connu sous le nom de « Server to Server ».

Nous sommes très au courant, naturellement.

Il s’agit d’un mécanisme illégal, mais bien connu de certaines banques internationales, qui permet à certains milieux « déviants » et avec la complaisance des spécialistes du blanchiment et/ou des banquiers corrompus, de « décharger » des fonds sans laisser de traces dans le système Swift.

C’est parfaitement illégal, bien entendu, et pourtant c’est ainsi que cela se passe encore aujourd’hui pour piller les fonds sur les « Comptes de Garantie » ou parfois, aussi, pour transférer de l’argent sale.

Avec ça, de nombreux politiciens dans le monde entier – suivant la stratégie de domination mondiale des occidentaux vainqueurs de la seconde guerre mondiale – sont achetés et contrôlés de cette façon.

Vous comprenez mieux, mon fils ? »

Pas du tout… Quel rapport avec les milliards du Koweït et les diamants restitués ?

 

« L’or koweïtien est en dépôt en Angleterre. Les palettes de dollars retirées des coffres de l’émir en août 1990 le sont aux USA, bien à l’abri, même si ce n’est que du papier.

Il leur manquait les diamants que vous avez restitués.

Ce qui vous honore à titre personnel, bien sûr, mais par-là même vous venez alimenter une source de financement occulte qui va de nouveau aviver les convoitises et corrompre des milliers de personnes influentes.

Vous nous les auriez remis, en dépôt naturellement, ils auraient été à l’abri et personne n’en aurait eu un usage illégal. »

Il aurait pu les laisser dans le coffre de la banque helvète…

De toute façon celle-là ne s’est même pas rendue compte du pillage de son client qui ne reviendra jamais pour se signaler…

À la limite, ils s’apercevront qu’il est vide quand ils forceront la serrure dès que la location ne sera plus payée.

À moins qu’ils ne modernisent leur salle des coffres entre-temps, ce qui obligera à déménager tous les coffres…

 

Oui, Paul commence à comprendre. Mais quel rapport avec les « Panama Papers » ?

« Un jour, il faudra que je vous l’explique dans le détail…

Globalement et probablement, pour à la fois salir les corrompus et réveiller la vigilance de l’opinion publique. Deux objectifs qui ont vraisemblablement lamentablement échoué. Au mieux, ça permettra aux divers services fiscaux nationaux concernés de faire des redressements sur ces fraudes.

Tenez, même dans votre pays, en France, votre ancien ministre délégué au Budget accusé de fraude fiscale est cité parmi ces détenteurs de comptes « off-shore », ainsi que votre maire de Levallois-Perret.

L’avocat associé de votre ancien président Krasoski, tout autant que l’associé du fond luxembourgeois LSK de votre ancien ministre de l’économie et des finances du président Thiersmirant, également.

L’homme d'affaires franco-israélien, patron d’Altice et propriétaire de SFR, de Libération et de L’Express, des médias influents, pareillement.

Le père de Manuella Lapeine, le fondateur de votre parti-populiste, le « F-Haine » et de plusieurs de ses proches sont également cités.

Le patron des éditions Glénat, deux banques francophones font partie des entreprises nommées.

Selon le journal belge « Le Soir », le président du FC Nantes serait lui aussi concerné.

L’ancien président de la fédération socialiste et sénateur des Bouches-du-Rhône, pareil. L’ex-épouse de l’ex-président Krasoski et son nouvel époux également…

La liste est longue, la corruption est large et cela ne vous a sans doute pas échappé… »

Si, mais Paul n’allait pas contrarier un pape en exercice jusque chez lui…

Et puis dans le tas, le pape en oublierait de « se moucher » : les institutions financières du Vatican n’ont pas toujours été d’une pureté et d’une probité irréprochable…

 

« Et pendant ce temps-là, mon fils, la planète, notre jardin d’Éden, est pillée, se meurent, devient étouffante, suffocante et est empoisonnée tous les jours…  »

Le pourquoi de l’encyclique « Laudato si… » en somme.

Paul l’avait lu, mais sans vraiment en comprendre tout le sel. Une connerie en avait-il conclu peut-être un peu vite, pour lui qui reste profondément positiviste, s’accrochant d’abord au « comment » plutôt qu’au « qui » des théologiens et au « pourquoi » des métaphysiciens…

« – Excusez-moi, votre Sainteté, mais n’y a-t-il rien de plus urgent sur cette planète que de se préoccuper de l’or, des diamants, des garanties des « puissants » ou de la santé de la planète alors même que l’humanité dépérirait de mille maux ?

– Mais si bien sûr et tout est lié, mon fils ! Si les uns accumulent des richesses inutiles et stériles, c’est justement parce qu’il y en a des milliards qui survivent vaille que vaille dans la misère parfois la plus noire, la plus profonde, bien pire que vous n’imaginez même…

– Au risque de vous paraître insolent, je vous coupe, votre Sainteté. Je connais le discours, la musique, les refrains et parfois même les « réalités-terrain ». Le progrès en viendra à bout comme il a réussi à sortir plus de la moitié de l’humanité d’une situation encore plus noire en quelques décennies. Alors certes, ça épuise peut-être la planète, mais en 50 ans, l’humanité a doublé de taille et l’espérance de vie globale s’est allongée de façon phénoménale, comme jamais en moins d’un siècle. Le problème n’est pas là. »

Et il serait où alors ?

« – Vous m’avez fait venir pour régler un problème de sécurité. On va le régler, dans la mesure de nos faibles moyens. C’est l’éternel jeu de l’épée et du bouclier qui franchit une nouvelle étape, tout simplement. Le problème plus global réside dans le fait qu’ils sont de plus en plus nombreux à penser que c’est l’homme lui-même qui est la cause de tout.

– Je ne prétends pas autre chose…

– … sauf que ceux-là, ne sachant pas modifier la profondeur des âmes auxquelles vous vous adressez, ils ont les moyens de financer en substitution des projets de réduction massive de la population mondiale. Un petit virus ici ou là, une bonne petite guerre religieuse bien dégueulasse entre sunnite/chiite, ou musulmans contre les bouddhistes ou les chrétiens pris dans leur totalité, et de s’en protéger eux-mêmes par avance. Il faut ouvrir les yeux, c’est le quotidien actuel, Votre Sainteté ! »

Le Pape observe un court silence, pendant que le cardinal cesse son mouvement perpétuel de la tête. 

 

Et il reprend :

« – Bien sûr, je suis parfaitement conscient que les faits vous donnent raison. Et, vous qui êtes… « inspiré », vous savez bien qu’il n’y a que deux solutions : lutter et prier. Mon métier c’est de prier…

– Là où vous êtes placé, et ce n’est pas un hasard, c’est aussi de lutter.

– Je le fais par la prière et le Verbe. Deux éléments dont vous semblez ignorer toute la puissance.

– Exact, Votre Sainteté. Votre prédécesseur me l’a déjà reproché. Je n’aurai pas la prétention de vous contredire sur ce point. Et c’est pour ça que je ne suis pas le Pape des catholiques non plus.

– Savez-vous que « Laudato si… » veut dire « Loué sois-tu… » dans un dialecte italien contemporain de Saint-François ? »

Bien sûr : on le lui avait déjà expliqué il y a quelques semaines : « C’est aussi le début d’une de ses belles prières. »

C’est au tour du Pape d’acquiescer d’un mouvement du menton…

« – Elle est aussi pour vous, mon fils.

– Merci infiniment, très Saint-Père. Sachez seulement que tout ce que je sais, c’est que l’avenir de l’humanité existe bel et bien : je l’ai croisé à quatre reprises sans rien en demander. Probablement par hasard, là encore. Alors à nous de le construire !

– Je sais cela aussi, mon fils. Merci.

On m’avait prévenu de quel bois vous étiez fait, mon fils. Je ne suis qu’agréablement surpris. J’ai été réellement ravi de faire votre connaissance et puissiez-vous être béni dans votre quête par le tout-puissant et notre Seigneur Jésus-Christ » fait-il en se levant mettant ainsi fin à leur entretien : « Vous pouvez aller et faire ce pour quoi vous êtes venu », fait-il comme d’une auguste permission.

« – Pouvez-vous m’accorder une ultime grâce ?

– Laquelle ?

– Prier ensemble ! »

Une scène parfaitement surréaliste : François, le Pape, un immense sourire illuminant son visage s’agenouille devant Paul qui en fait autant en lui faisant face, ainsi que son éminence, tout surpris et tous les trois déclament un Notre-Père et enchaînent, chacun dans sa langue un Je vous salue Marie, pleine de grâce …

« Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. »

Le Saint-Père termine par quelques formules latines marmonnées, se signe et se lève en serrant vivement la main de Paul prise dans l’étau de ses deux mains, le visage rayonnant : « À l’avenir, mon fils ! ».

Pffuit …

Épuisant !

 

« Alors ? Et cet entretien ? » demande Gustave dès qu’il croise « Charlie », l’actionnaire au mess des officiers de la Garde où ils sont conduits l’un et l’autre, accompagnés du batave, pour se restaurer.

Ils seront rejoints par le Padre Pedro et un officier supérieur des Gardes suisses qui leur avait réservé la table.

Décoiffant… « J’en ai encore mal au ventre, tout noué. On signe où ? »

« Le » papier n’est pas encore revenu à la Curie revêtu de la signature papale.

« Mais racontez, quoi ! Visiter le pape soi-même en audience privée, ça n’arrive pas tous les jours ! »

Non, mais à lui ce n’est que la deuxième fois en pas tout-à-fait trois ans.

« On a fini très fort. Un coup de bluff que j’en ai encore les jambes toute molles… »

Comment ça ? Ils deviennent tous très curieux, autour de la table.

« – Par une prière commune.

– Une prière de quoi ?

– Un pater et un ave !

– Un pater et un ave ? Vous voulez dire, deux… prières ? Des vraies ! »

Pourquoi ? Il y en des fausses ?

Rires général de ceux qui suivaient la conversation.

Qu’il a du mal à s’en remettre, l’amiral…

« – Et pour le reste ? Il ne vous a pas convoqué juste pour vous faire prier ?

– Non, bien sûr. D’autant que c’est moi qui ai eu cette initiative… Je ne pensais que j’aurai eu ce culot-là !

On a causé.

– De quoi ?

– Je crois que c’est surtout lui qui voulait m’initier à des accords internationaux secrets… Et à leurs implications.

– Qui sont … ?

– Secrètes, forcément ! Mais globalement, ça tourne autour des richesses matérielles de ce bas-monde. De sacrés enjeux que je ne suis pas bien sûr d’avoir tout bien compris.

– C’est en rapport avec les diamants koweïtiens ? Je vous avais dit que c’était une connerie.

– Non même pas… En fait, peu importe celui qui détient ce type de valeur.

– Bé alors ? Je ne comprends pas !

– Tant que ça ne revient pas sur le marché, ce ne sont que des garanties, de ce que j’en ai compris de mon côté. Et les grandes familles régnantes, dont le Vatican, ce sont entendues après-guerre, la première mondiale, pour stocker l’or divagant, les emprunts perpétuels, les diamants qui leur tombent dans l’escarcelle au fil du temps.

– Des garanties de quoi ?

– Contre la corruption active et pour les diverses reconstructions des dégâts des guerres. Vous savez, ceux que vous faites avec vos beaux outils de destruction sous l’uniforme.

Vous saviez, amiral, que sous les patriotismes exacerbés, toutes les guerres, toutes les invasions, les colonisations et les pillages, tous les conflits armés, au moins depuis l’antiquité, ont pour unique cause la « chasse au trésor » ? Et quel que soit le camp et le drapeau que vous servez ? »

Bien sûr ! Les richesses sous tous ses aspects. Et alors, il y a un problème ?

« Pour moi non, pas plus que ça. Je viens seulement d’apprendre quelle que chose aujourd’hui, c’est tout. Ainsi que le lien avec son encyclique « Laudato si… ». »

Et ça lui nouait l’estomac.

 

«  – Qui est ?

– Quoi donc ?

– Le lien avec l’encyclique ?

– Ah oui, excusez-moi… Qui est simple, de ce que j’en ai compris. Ou ce qu’il a bien voulu me faire comprendre. Les hommes passent leur temps à lutter pour s’enrichir, s’entretuent gaiement pour ça et du coup détruisent leur planète à petit feu. Ce qui ne sert strictement à rien puisque la plupart de ces richesses sont déjà « gelées » ad vitam æternam.

– Il ferait peut-être mieux de libérer ses stocks d’or pour soulager les misères de ce monde…

– Mais non, amiral ! Ce serait plonger la planète dans un état pire qu’actuellement, au contraire.

– Comment ça ?

– La fièvre de l’or, ça a déjà déclenché la disparition des civilisations d’Amérique latine. Le far-West et quantité de barbaries à travers la planète et son Histoire. Vous jetteriez l’or des garanties sur les marchés que ça n’enrichirait que les plus puissants qui pourraient alors mettre en coupe-réglée le reste de l’humanité. Tout deviendrait plus cher d’un coup et ça retomberait sur la gueule des plus miséreux !

– Parce que vous croyiez que le sort des loqueteux est enviable actuellement ?

– Bien sûr que non, amiral, mais ça ne ferait qu’en rajouter. Vous vous en doutez bien.

– Peut-être, mais ce n’est pas sûr.

– Soyez raisonnable amiral. Si demain tout le monde devient dix fois plus riches, je dis bien tout le monde, les plus pauvres comme les déjà plus riches, ça changera quoi sinon à payer dix fois plus cher ce que vous consommez ?

Et comme dans ce cadre-là, la « distribution » ne sera pas égale, tout ça finira rapidement par plus de pillages et de corruptions généralisées… »

Pas convaincu, son vis-à-vis.

« Réfléchissez donc une seconde, amiral. Quand les humanitaires distribuent du riz aux populations en état de famine avancée, aussi sec ça crée des tensions et des conflits là où les gens sont déjà en état de pauvreté absolue, telle qu’il faut encore plus d’autoritarisme, de police, de forces armées, de contraintes qui finalement empêchent les gens de se prendre en charge. C’est un cercle infernal qui les maintient en état de dépendance absolue. Alors pensez un peu aux effets de la distribution gratuite de lingots d’or ! »

Vu comme ça…

« Ça ne vous rend pas très optimiste, vous, de rencontrer le pape, vous. Vous devriez éviter à l’avenir. »

Il en convient : l’estomac noué, qu’il avait dit.

 

« – Non effectivement. Mais je comprends mieux ce plaidoyer pour la planète. Ceci dit, j’ai tenté d’attirer son attention sur les plans malthusiens des quelques « richissimes ». Mais pour lui, c’est lié. Tant qu’on pille la planète, l’humanité coure à sa perte.

– Et il n’a pas totalement tort, finalement.

– Bé moi, je suis peut-être né bête, mais je n’y crois pas : plus on progresse dans les sciences et les techniques, plus on avance vers des solutions viables, au contraire.

Mais bon, je n’ai pas voulu le contrarier jusque chez lui. Alors j’ai laissé pisser. De toute façon, je n’étais pas venu pour ça.

– Mais lui, pourquoi a-t-il voulu vous déniaiser de la sorte ?

– C’est un homme de foi et de conviction. Et probablement sait-il qu’il est aussi le dernier pape de la prophétie de Malachie. Tout comme il doit forcément connaître celle de Jean de Jérusalem (cf. l’épisode « Parcours olympiques » des enquêtes de Charlotte, chapitres 5 à 7, publié aux éditions I3), et toutes les autres…

– Quel rapport ?

– Tout simplement la préparation de l’avenir. Et lui et moi savons qu’il existe… malgré tout. »

Là, ça dépasse l’amiral. Comment un des anciens officiers supérieurs sait-il toutes ces choses qu’il ignore lui-même ?

Était-il bien à sa place dans un cockpit de Super-étendard de la flotte qu’il commandait à faire le coup de feu contre les Talibans d’Afghanistan à une époque révolue ?

C’est tout ce qui lui vient à l’esprit quand il conclue, débordé, d’un : « Vous me raconterez ça une autre fois ! »

 

Le repas terminé, on passe à la séance de signature vite expédiée et Paul salue ses hôtes et le Padre Pedro, ravi que l’entretien papal ce soit bien passé : il n’a plus rien à  faire à Rome et a hâte de rentrer à Paris et de là dans ses verts-pâturages normands.

Huyck, Gustave restent un peu, contrat en poche qu’il s’agit maintenant d’honorer.

Paul part ainsi et sans le savoir vers la funeste rencontre de « Requin ».

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/01/laudato-si-lxxv.html

 

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