Laudato si… (LXIV)

26/11/2016 11:07

 

Soixante-quatrième chapitre : Mise en place.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Fin janvier, la peinture est enfin sèche dans les nouveaux locaux semi-enterrés, dits « le bunker », du « petit-bois » en contre-pente de Cabourg et les matériels informatiques, terminaux et serveurs, sont livrés, montés, câblés et connectés à l’intranet de la CISA et à un réseau sécurisé via des « certificats », près pour devenir l’extranet des réseaux à venir des services « abonnés » pour l’heure inexistants.

Paul « tourne » entre le Kremlin-Bicêtre en semaine, ses voisines de volupté oubliée de Paris sur berges, et Cabourg en fin de semaine où il a la bonne idée de se présenter non pas en « boss » ni même en propriétaire du « Les collines de Cabourg », mais incognito sous l’identité de Sir Archibald Kingsland où il bluffe tout le monde avec son accent anglais sur-joué.

Un visiteur régulier qui intrigue le personnel sur place, qui arrive en moto immatriculée en France dont ne sait où, manifestement en couple avec « l’habituelle » du second étage, Matilda « la silencieuse » qui passe ses journées à dormir ou à se promener, empruntant quelques fois la petite Twingo décatie mise à sa disposition, avec qui il déjeune parfois et dîne le plus fréquemment.

Qui reçoit également un homme élégant, manifestement un « patron », lui, à l’autorité naturelle et plus âgé, où ils s’échangent des « Charlie » et des « Gustave » sur le ton aimable des « grand secrets », parfois en présence de Matilda et d’une blondasse « Espelette » assez moche, Nathalie la-rouquine, qu’on prend volontiers pour la maîtresse du type distingué…

 

C’est l’occasion pour Paul de suivre la fin des travaux d’aménagement du futur site technique de la CISA et surtout de faire connaissance du personnel qui travaille dans la résidence normande de son grand-père.

Il y a là Alexis, le directeur-concierge de l’activité hôtelière proprement dite. Un quinqua divorcé qui loge sur place au second étage sous comble, où niche toujours Matilda et deux des employées du restaurant. Une tête sympathique, bilingue, au trois-quarts chauve, portant beau le bouc, en recyclage professionnel après avoir été maître d’hôtel au pied du Mont-Saint-Michel pendant des décennies et responsable de l’accueil du « Musée Mémorial Bataille de Normandie » à Bayeux plus récemment : il connaît son métier et la région, alors qu’il est natif de Montauban et en a gardé les particularités de langage, comme la locution spéciale du « avec plaisir » après qu’on l’ait remercié pour un service rendu ou un renseignement donné, typique du sud-ouest.

C’est lui qui s’occupe aussi de l’entretien des abords et rend des comptes à Jean-Charles par téléphone et Gustave, l’intouchable, en direct quand il passe.

Paul découvrira un peu plus tard la femme de chambre et lingère. Dorothée. La bouche de travers, blonde, qui roule de la hanche, vraisemblablement quadra et ne manque pas l’occasion de rappeler qu’elle a été Miss de beauté dans sa jeunesse, en Galice, sa région d’origine.

Naturellement, elle ne concoure plus à rien pour avoir radicalement changé depuis bien longtemps, s’être largement empâtée, là, là et là, mais reste toujours souriante et serviable.

Elle loge à Trouville sur les bords de la Dives avec ses grands-enfants et son mari qui fait serveur dans un des restaurants de Deauville sur mer…

 

Quant au restaurant où il prend ses petits-déjeuners et parfois ses dîners quand il arrive sur le tard, c’est réellement un établissement de filles !

Mylène n’a pas menti, sauf sur la « qualité » du personnel qui ne vaut ni une Virginie, ni une Elsa…

Une salle coquette, bien entretenue, Mylène n’a pas lésinée, et une cuisine pleine de spécialités locales, fruits de mer, viandes bien saisies ou en sauce, poissons, légumes frais mitonnés ou cuits à la vapeur, plateau de fromages gigantesque où on trouve même quantité de chèvre et de brebis, desserts normands, souvent à la crème, délicieux.

Seule la cave à vin reste basique : deux ou trois blancs secs dont un d’Alsace, un liquoreux, deux bourgognes, un chablis, du vin de Loire, et quelques bordeaux.

Elle sera à améliorer via les conseils téléphoniques de Mylène et instructions de Jean-Charles.

La bière est presque meilleure, servie bien fraîche et sans trop de col…

Le bar est correctement fourni en apéritifs et digestifs, mais sans plus : d’une part, il ne faut pas demander une Chartreuse et savoir se contenter d’un Cointreau. Et puis, question cocktail, si les fondamentaux sont présents au bar, le livre des recettes est souvent utilisé dès que ça devient inhabituel.

Quant aux viennoiseries matinales, elles croustillent et sentent vraiment très bon : un bon point.

En revanche, si le capuccino ou les cacaos sont des réussites, le café laisse parfois à désirer : il y a pourtant un percolateur tout ce qu’il y a de moderne…

 

Au début, il ne les a pas toutes croisées, par exemple, Irène, qui œuvre en cuisine avec une stagiaire, Emmanuelle.

La première se révélera, blonde, « grassouillette » et « molle » de partout mais fort aimable, jamais un mot au-dessus de l’autre, même en cas de casse intempestive et la seconde ne sort heureusement pas de sa cuisine avec son large sourire et son tchador vissé sur le crâne…

Mais il y en aura d’autres, et pas que piquées des vers…

En salle, on retrouve la chef de rang qui prend souvent conseil auprès d’Alexis, Christelle et ses grands carreaux devant les yeux qui n’améliorent pas sa physionomie, une rousse sombre, longue et souple, qui fait aussi les courses avec Irène, et sommelière pas très avertie, charmante mais pas très « sexy ».

Elle loge à Hérouville-Saint-Clair, en banlieue de Caen, dans un HLM après avoir arrêté sa carrière de cascadeuse, s’être reconvertie en pizzaïola et essuyé un dépôt de bilan pour avoir été plaquée par son mec du moment…

Elle est assistée en salle par Nadia, une fausse blonde, algérienne de naissance, la Cotorep du lot, pas sans charme mais sans plus, et Rosetta une autre blonde, mais authentique celle-là, au nez busqué et à l’accent polonais qui persiste à apprendre le français directement sur place !

Un joli sourire, une fille aux gestes doux malgré sa carrure un peu masculine. Elles logent toutes les deux au second étage de la bâtisse principale.

Et Mylène, les a prévenues que « le patron » n’est personne d’autre que le « six-coups » de la rive gauche de la Seine : « Méfiez-vous, mesdames ! »

Ce qui les aurait toutes poussées à accepter leur poste…

Heureusement qu’il y a Sir Kingsland, parce que Paul n’a pas trop la tête à ça et aucune ne provoque vraiment des poussées irrésistibles de libido…

 

Et souvent, on promène Paul au premier, jamais dans sa chambre-bureau du second, ou dans les nouveaux bâtiments construits par Florence : de la sorte, il a l’occasion de visiter presque toutes les chambres.

Des pièces toutes confortables, fonctionnelles, décorées avec goût avec accès à internet où Paul peut travailler avec Huyck le hollandais, exceptionnellement jusqu’à l’aube.

Florence aura réussi le tour de force de les rendre invisibles depuis l’entrée du parc les nouveaux bâtiments où se situent les 16 chambres : le chemin qui mène à la terrasse d’accueil serpente en effet de face et ces nouveaux bâtiments sont implantés légèrement de biais, vers l’intérieur dans un vaste « U » qu’ils forment avec le bâtiment d’origine.

Et comme ils sont partiellement enterrés, au moins pour les plus éloignés du fait de la pente naturelle du terrain, il faut vraiment contourner le bâtiment pour les apercevoir, notamment pour rejoindre le parking arrière ou les entrées des locaux techniques et celui des « fournisseurs », près de la cuisine, à gauche.

Ils restent invisibles pour un visiteur passant seulement par la route, pour ne même pas être plus hauts que le faîte du toit du bâtiment originel, de type local qui est déjà lui-même en surplomb de la route.

Une belle réussite architecturale, d’autant qu’à l’intérieur du « U » se retrouve la piscine ouverte sur le restaurant qui est transversal, situé sur la droite de l’entrée centrale et son grand escalier de marbre du meilleur effet.

L’ensemble cache en revanche moins bien le terrain de tennis et plus tard le potager d’Irène, installé plus haut et plus loin.

De là part un petit chemin rectiligne se dirige vers le bois, qui se perd sur rien avant d’arriver sur le sommet de la colline en se heurtant à une clôture barbelée moyennant l’aménagement d’un portillon verrouillé et vidéo-surveillé…

Intrigant pour tout le monde, le « voisin du fond du jardin ».

C’est en fait le cheminement enterré des réseaux de câbles et d’eau courante vers le « bunker » qui se poursuit vers la gauche à travers les arbres de haute futaie et est desservi par un « trou d’homme » fermé par une trappe insignifiante mais blindée équipée de vérins électriques. Il faut avoir la télécommande pour l’ouvrir.

 

De là, on peut descendre une quinzaine de mètres à la verticale par des barreaux scellés dans un puisard bétonné ou circulent les câbles et tuyaux, pour aboutir à un couloir étroit qui part de biais en descendant légèrement jusqu’à arriver dans le petit bureau qui surplombe la vaste salle du « bunker » qui s’ouvre elle-même sur la large porte d’entrée et la route qui descend vers la départementale.

Une large porte non-blindée : si un jour du matériel entreposé explose, il faut au contraire que le blast s’évacue ainsi par le sortie offerte et ne cause pas trop de dégât au reste de la structure bétonnée…

Non-blindée, mais protégée, à l’extérieure par un décrochement aux abords vidéo-surveillés qui sert aussi de plateforme de manœuvre aux éventuels semi-remorques des fournisseurs, notamment ceux qui apporteront les machines de McShiant dans le courant de l’année, qui aboutissent à un quai de déchargement intérieur, lui-même cloisonné.

Ainsi, impossible de tirer dessus au bazooka, de loin et sans se faire repérer.

Et à l’intérieur, les accès sont aménagés par une série de cloisons légères, mais équipées d’alarmes anti-intrusion.

 

La salle principale elle-même est haute de 12 mètres sous ferme, équipé au plafond de poutrelles autoportées qui portent les éclairages, le tout est bétonné hors l’issue vers le quai de chargement, équipés d’un rack de trois plans de pose d’un côté et « mangé » par les locaux de service et bureaux installés en mezzanine vers le fond, le long de la montagne, de l’autre côté.

Elle est équipée d’un treuil lui-même autoporteur amovible de 13 tonnes de charge sur 4 roues : de quoi voir venir. On aurait presque pu y installer le « Lisbeth » si ce connard « d’Ahmed-le-diabolique » ne l’avait pas envoyé au fond de l’océan, au large du Tage (cf. l’épisode « Parcours Olympiques » in fine et les chapitres suivants, des enquêtes de Charlotte, publié aux éditions I3).

Eurydice, pas question…

Derrière le mur supportant la mezzanine, il y a des locaux techniques sur trois niveaux, les générateurs, la climatisation qui refoulent vers l’extérieur via des conduits dispersés en surface, les onduleurs et des issues qui débouchent d’un côté sur la « tour de contrôle », située au-dessus de la large porte d’accès, d’une part, avec vue circulaire sur les collines avoisinantes et la vallée, la route et la clôture en contrebas, et d’autre part, la coursive d’accès au puisard que Paul emprunte rarement, préférant venir en moto, pour investir le lieu et qui mène à l’hôtel à travers les bois.

Sous la dalle de béton de la grande salle et sur toute la surface, sont situés les locaux informatiques, avec au fond, une « panic-room », une armurerie sommaire et quelques pièces où sont installés des terminaux de gestion des serveurs. On y trouve aussi quelques lits de camps un peu sommaires : un endroit de vie, cuisine-frigo-cambuse, douches et commodités.

Des lieux à accès contrôlés et assez bien dissimulés derrière des racks à bouteille (il y en a partout dans les couloirs) et une porte coulissante formée très naturellement de parpaings montés sur rail, à télécommande électrique qui dissimule un escalier et un monte-charge suffisant pour y descendre l’informatique, notamment le gros onduleur.

Là où les personnes non autorisées ne peuvent même pas imaginer pouvoir y pénétrer, pour ignorer jusqu’à l’existence de ce lieu…

Un endroit reclus, à l’abri de l’extérieur et de la lumière naturelle.

Parfait pour travailler sans être dérangé, d’autant que tous les terminaux des alarmes et caméras de surveillance, installés par Charlotte, la vraie, celle dont le nez bouge quand elle parle, y sont dédoublés depuis le bureau de la « tour de contrôle », au-dessus.

Détail que la miss ignore, bien entendu…

Et encore plus loin mais en-dessous, le collecteur des eaux, de pluie, d’infiltration et usées qui sont pompées pour déboucher dans la fosse septique située en contre-bas qui ruisselle vers le cours d’eau au fond de la vallée non sans parcourir un bout de la route, selon la pente naturelle.

Très bien conçu, finalement.

 

Huyck Maartje y viendra d’ailleurs fignoler l’installation de ses logiciels aidé de Nathalie.

On y verra passer Matilda quand elle veut se rendre utile et bien sûr, Gustave qui lui passe par le puits d’approche du fond du bois, de derrière le parc de l’hôtel, pas rebuté par le petit côté « sportif » du parcours, même quand il pleut et vente.

Bien plus tard, Dimitri mais qui ignorera très longtemps l’existence de ce lieu… bien qu’il suppose qu’il existe.

Mais c’est tellement bien fait qu’il imaginera d’abord qu’il est situé dans les caves de l’hôtel. Il faut dire que sous ce bâtiment originel de celui-ci, sont situés les locaux techniques – laverie, lingerie, chaufferie, cave à vin, frigos, congélateurs, entrepôt de victuailles – et sous les nouveaux bâtiments formant les branches du « U » se trouvent de larges salles de conférence servant parfois de dépotoir à meubles, qui peuvent servir de salle de danse, de gymnase de musculation, ou de vastes tripots (c’est d’ailleurs là que Jean-Luc, le pornocrate établi à Caen voulait tourner ses clips « à décor », quand ce n’étaient pas des « extérieurs » ou des séquences « en chambre »). Ou plus simplement être utilisées comme salle de réception, mariage, banquet, etc. puisque les unes et les autres débouchent aussi sur le niveau zéro, entre les branches du « U », sur la piscine centrale…

Qui reste sans eau durant la saison froide : un sacré turbin pour la garder propre et praticable, même en été. Alors à l’automne et au printemps, n’en parlons même pas…

 

Après avoir reçu les autorisations idoines, fin janvier, les fichiers d’identité sont chargés assez facilement : même pas quatre heures/machine tellement l’installation est puissante.

Reste que parfois, le réseau des communications filaires est pris en défaut lors des mises à jour quotidiennes : en Normandie, non seulement le courant délivré par le réseau laisse à désirer avec ses innombrables microcoupures qu’assument sans broncher les onduleurs installés, mais c’est parfois le réseau tout-court qui flanche en cas de tempête. Alors, les câbles aériens de télécom, n’en parlons même pas, même si c’est exceptionnel et seulement à la mauvaise saison, rien de plus.

Et puis le wifi peut prendre le relai avec le réseau de mobiles.

En revanche, si « la machine » a correctement mouliné ces données, l’équipe a eu du plus mal avec les fichiers de téléphonie, nettement plus gros, notamment durant les remises à niveau quotidienne à mâtine J + 1.

En France, on compte quatre opérateurs mobile de réseaux : Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR, mais aussi une quarantaine d'opérateurs de réseau mobile virtuels, dits MVNO, qui utilisent les réseaux de trois des quatre opérateurs disposant d'un réseau d'antennes.

Les plus importants sont Virgin Mobile, NRJ Mobile et La Poste Mobile.

Il faut compter sur plus 74 millions de cartes SIM en service et souscrites auprès d'opérateurs de réseaux, contre 7,5 millions auprès des MVNO.

Et on dénombre 15,5 millions de clients de cartes prépayées pour 68,5 millions de clients ayant souscrit un abonnement.

À titre de comparaison, fin décembre 2008 il y avait 39,3 millions de clients ayant souscrit un abonnement et 18,8 millions de client ayant souscrit une offre prépayée.

Le cumul des temps de communication en téléphonie mobile (appels émis) était d’environ 43 milliards de minutes, soit plus que le temps des appels en téléphonie fixe, pour environ 2 h 40 d’appels émis par mois et par abonné.

Quant au nombre de SMS émis et acheminés, il faut compter avec plus de 60 milliards de messages chaque trimestre, soit environ 350 SMS par mois et par abonné !

Là, c’est inchargeable sur un seul site : les routines de Huyck passent leur temps à écrémer les IP classés « non-suspectés » après avoir cherché des flots de fortes-eaux de mots-clés et se contentent d’enregistrer « la crème » où, provisoirement, les nouvelles adresses…

Ce n’est plus un raz-de-marée, mais un tsunami de données permanent qu’il faut actualiser tous les jours et ça prend une machine tous les jours qui mouline une bonne partie de la journée.

 

Rappelons que les prestations de téléphonie mobile sont soumises aux mêmes lois que les autres prestations de services (code de la consommation, code des postes et télécommunications, etc.) auxquelles s’ajoutent des règlements spécifiques, tels que l’arrêté du 1er février 2002 relatif aux factures des services téléphoniques.

L’autorité indépendante chargée de la réglementation et du règlement des conflits s’appelle l’ARCEP, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Elle a plusieurs missions, dont la réglementation des conditions d’accès pour les nouveaux opérateurs mobiles et le suivi de la couverture et de qualité de service.

Tous ces opérateurs ont l’obligation de garder la trace de tous les trafics à travers le fichier « Préventel » des opérateurs mobiles, l’enregistrement ou le script (la durée de conservation des enregistrements est cependant limité) pendant 10 ans dans la base « archives » de votre opérateur à des fins de recherche.

Dans la réalité, et depuis 2002, une seule année est disponible et ça représente déjà des centaines de téraoctets de données…

Huyck a failli en devenir fou, tel qu’à un moment, il a envisagé de renoncer avant qu’il n’accepte d’écrire ses routines de filtrage.

« Mais à quoi ça sert, mon ami ? On s’en fout des archives… Ce qu’on cherche, ce sont des activités suspectes, des échanges cryptés, des accès au blacknet, des entrées venant hors d’Europe, une toute petite, minuscule proportion de tout ce trafic ! Non mais tu te rends compte quand il faudra étendre notre bidule à toute l’Europe ? Moi, je renonce, là… »

Non, en aucun cas maintenant que c’est parti.

« Tu n’as pas pigé Huyck. On cherche quelques minuscules aiguilles dans des meules de foin entassées en montagne, juste des « anomalies ». Et si tu veux devenir l’expert de ces « anomalies » recherchées, il faut que tu balayes le passé, puisque ça s’est passé et qu’on peut donc en faire des corrélations non-hasardeuses et vérifiables : il nous faut remonter tous les « antécédents » disponibles pour mettre au jour les points qui sont pertinents et ceux qui ne le sont pas. En pariant que « la machine » saura faire à travers tes logiciels une fois correctement calibrée.

Je ne vois pas comment on peut faire autrement, désolé. »

Oui, mais l’extension des activités de la machine ?

« Pas notre problème l’ami : il nous suffira de faire tourner ton logiciel sur des bases de données stockées, mises en forme à ton format et financées par les États participant au programme.

Moyennant licence et un accès, mutualisé et payant, aux requêtes de tout le monde.

Mais pour ça, il nous faut un système-expert soit capable d’être prédictif à haute résolution, quitte à moduler les niveaux d’alerte, de rien à alerte noire et géolocalisée, même globalement, je veux dire sans être précis. Ce sont les IP qui nous intéressent. Ceux qu’on corrèle avec les ID et nos numéros d’identification des quidams, eux étant déjà géolocalisés.

Si on ne fait qu’une seule alerte, une seule seulement, même approximative, ils y viendront tous et on aura réussi. »

 

Gustave en dira qu’à 12 K€/an l’abonnement et un centime la requête, on n’est pas prêt de rentabiliser tout ce travail.

« – Gustave, vous avez déjà oublié ?

– Quoi donc, Charlie ?

– On travaille à titre expérimental et provisoire, enfin voyons…

– Et alors ? Si on se plante, on aura jeté l’argent par les fenêtres. Je ne vois pas l’intérêt ! Et si on réussit, je ne vois pas non plus comment on peut rentabiliser…

– Dans la première hypothèse, c’est mon argent. Dans la seconde, très simplement : en décuplant les prix !

– Décupler ? » s’exclame-t-il ! « Mais ils ne vont jamais suivre !

« Vous plaisantez ! » lui rétorque Paul. « Ce n’est même pas le coût d’un seul fonctionnaire dédié. On multiplierait nos prix par cent qu’ils ne pourraient même plus imaginer de s’en passer dès lors qu’on aura fait la preuve de la pertinence du bidule ! »

Il hoche la tête et laisse tomber : « Pas faux. La sécurité publique n’est même pas politiquement un coût déterminant ! Pas encore… »

Et puis il reprend : 

« – Mais ils pourraient développer leurs propres logiciels. On dit que les gendarmes s’y essayent.

– Ça existe déjà effectivement, avec plus ou moins de réussite. Les américains exploitent « Prepol », un programme issu de « Promap ». On dit que les anglais s’y collent aussi, mais ça vise la délinquance classique et n’apporte rien de nouveau. Et puis, pour l’action anti-terroriste, sans le fichier d’état-civil et des entrées et sorties de territoire, ça ne vaut rien.

Leur problème sera comme le nôtre actuellement : reconstituer un « big-data » et les logiciels d’analyse.

– Si nous, on peut le faire, n’importe qui peut le refaire !

– Naturellement, amiral, mais… vous vous souvenez de Louvois, le logiciel de paye des militaires ?

– Oui… un désastre !

– Et portant, tous les logiciels privés du pays savent faire. Et ils ont mis combien de temps avant de le jeter le leur à la mer ? Pensez-vous qu’ils sont capables de se passer autant de temps d’un truc qui marche en pleine guerre anti-terroriste qui de toute façon va durer des décennies ? Soyez sérieux !

D’autant que nous on va avoir le temps d’affiner notre bidule, de le rendre encore plus performant, plus réactif, plus complet : on va prendre une avance technologique qu’il ne s’agira pas de perdre mais d’entretenir ! Et là, plus personne ne pourra plus suivre.

Un peu comme Bill Gates et son MS-Dos… »

Il y a eu l’Ios en contre-point.

« Surtout Android de Google. Là, les équipes de Microsoft se sont laissées dépasser pour partir en retard. Comme nos futurs et éventuels concurrents.

Vous vous rendez-compte, Gustave, même le Mossad ou le Sin-Beth, voire le FSB n’ont pas encore ça : quand ils deviendront nos clients, on aura définitivement gagné la partie contre toute autre concurrence possible ! »

Jusqu’à l’émergence d’une rupture technologique… mais inenvisageable avant une bonne décennie.

Vu comme ça…

 

« Et puis réfléchissez, si on compte 10 administrations publiques à 120 K€/an l’abonnement nouveau tarif, on peut compter au minimum 2 à 2.500 requêtes/an par pays, à 10 centimes soit plus de 10 à 50.000 requêtes/an au total, c’est un budget minimum d’1,4 millions…

Là, on équilibre. »

Tout cela sans compter les agences privées. « Là, en doublant, même sans décupler le tarif, on multiplie par 5 ou 6 notre budget. De quoi financer les mises à jour et les versions plus performantes… »

Et si on nous vole le logiciel ? Ou seulement la base de données ?

« La base de données est déjà fragmentée. C’est son architecture elle-même. Le point-clé étant le logiciel de numérotation des identifiants. On nous vole celui-là, il ne sert à rien sans les autres. On nous en vole plusieurs dont le premier, jamais la mise à jour ne sera complète puisqu’on bloquera l’accès aux logiciels et à tous les fragments du data. Simple !

Les mecs qui feraient ça se grilleraient définitivement, comme s’ils se tireraient une balle dans le pied… Même pas envisageable ! »

C’est une des raisons pour rester provisoirement « soft » au niveau des prix et conditions d’accès, notamment pour faire vivre les mises-à-jour et que le coût reste largement marginal par rapport à une recréation complète… qui elle aussi sera limitée par les autorisations à requérir et donc limitée à un seul pays à chaque fois.

« Notre force, c’est de dépasser les frontières et de mutualiser les informations avant tout le monde. »

Reste l’étape indispensable : réussir au moins un coup, pour se rendre indispensable…

« Là, il faut compter sur les djihadistes ! Sans eux, le projet serait déjà mort. Souvenez-vous : servir ! »

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/11/laudato-si-lxiv.html

 

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