Laudato si… (LIV)

22/10/2016 13:22

 

Cinquante-quatrième chapitre : La CISA.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Tout d’abord quelques têtes reconnues de la rencontre dans le ranch des Harrison.

« Votre opération, « assurance-vie » a déjà fait deux victimes : l’agent du FBI et  Harry ! Vous êtes le suivant », laisse tomber l’un, tel un reproche à peine voilé.

En espérant, mais il ne le dit pas, qu’il ne fait pas partie d’une liste complémentaire…

« Je suis au courant. On s’active pour mettre fin à l’hécatombe. »

Une tâche qui ressemble de plus en plus à « mission impossible »…

Puis encore un autre qui rejoindra le premier.

Le temps s’éternise, d’autant que Paul et le père José sont rejoints par un binôme entouré de leurs propres g-men sur le chemin qui mène à leur véhicule : Paul Allen et Bill Gates !

« On est au courant des menaces qui planent sur toi » commence Paul. « Si tu as besoin de quelque chose, fais-le-moi savoir. »

C’est gentil : « Je n’y manquerai pas. Mais je compte y faire face avec succès, ne t’en fais pas. »

Et leurs projets ? Paul sait que Bill l’a rencontré à son précédant départ de San Francisco.

« – Ce n’est pas l’urgence. Je rentre en France pour y monter un dispositif de sécurité idoine. Du coup, je pense réorganiser mon patrimoine et mes activités autour de ces priorités.

Et dans ce cadre le prochain déplacement est prévu pour les caraïbes où je vais mettre à l’abri mon voilier. Après, on verra. Je reprendrai mes travaux sur une source d’énergie à développer, soit autour des réacteurs de Bill, soit autour de la fusion-froide, soit encore autre chose dès que je disposerai de locaux sécurisés.

– Viens aux states, tu auras tout ça pour toi !

– Probablement, mais je te rappelle que je n’ai pas toutes les autorisations administratives nécessaires…

– … un détail !

– Oui, sans doute, mais je peux aussi aller bosser en Chine…

– … tu ne vas faire ça ?

– … Ou encore ailleurs. Je vous rappelle que celui qui semble me vouloir bien du mal, reste un citoyen américain, alors hein. 

– On en viendra à bout tôt ou tard. Et ici, tu auras tous les financements nécessaires et toutes les compétences techniques possibles. Pas forcément en Europe.

– Mais si, même en Europe ! Et en Europe, je reste maître de ma sécurité, alors qu’ici, je vais dépendre davantage d’autrui, ce qui n’est pas pour m’emballer… »

Là, ils comprennent.

« Enfin, avant de repartir en Chine, pense d’abord à nous ! »

Pas de problème.

Sur ce, leur groupe – avec les G-men - s’éloigne pour faire de la place à celui d’Elon Musk, même pas le temps de quelques pas vers la voiture.

 

Il se présente et attaque dare-dare : « J’ai entendu parler de vous en terme élogieux. Pourrait-on s’entretenir dans les jours qui viennent ? »

Paul reprend un avion…

« – Mais on peut se voir ultérieurement. De quoi s’agit-il, cher Monsieur ?

– De conquête spatiale. Votre gel-Birgit et vos céramiques intriguent, vous le savez sans doute…

– Ce n’est rien d’autre qu’une application spécifique de technologies parfaitement maîtrisées depuis de longues années : je n’ai rien inventé !

– Est-ce que nous pouvons en parler ?

– Pour un pillage en règle ?

– Non bien sûr ! Plutôt une association.

– Entendu : on en reparlera, alors ! Mais là, ma sécurité n’est pas vraiment assurée, il faut que je reparte rapidement.

– Autour de ma personne, elle l’est ! »

Prétentieux, va !

« Sans doute. Il faut que j’atteigne ce niveau-là et comme je viens de le dire à Gates et Allen, pour ne pas laisser à d’autres cette charge-là. Question de pérennité. »

Lui aussi peut comprendre.

« Je passerai par Paris dans les semaines qui viennent. On peut essayer de se voir à ce moment-là ? »

C’est un peu court : « Je vais prendre la mer à la fin du mois pour quelques semaines. Après, je ne sais pas, je n’ai pas d’obligation particulière. À voir avec plaisir » et il lui laisse une carte avant de parcourir les derniers mètres qui le séparent de leur voiture : Padre Gabriel s’impatiente.

 

C’est là que les trois femmes qui encadraient n° 5, dont les deux blondes et les mouflettes le rejoignent.

« – J’ai deux mots à vous dire, vous. Vous êtes bien Paul de Bréveuil, je suppose vues toutes vos décorations ?

– Moi, oui, lui, non ! » fait Paul, tout ravi par le spectacle qui s’offre à ses pupilles, en désignant le curé qui le précède de près…

« – Vous êtes invités, tous les deux, à déjeuner chez ma belle-mère qui reçoit tout le monde pour un verre de l’amitié. C’est à deux pas.

– Volontiers, on peut retarder notre départ, mais à part vous présenter nos condoléances les plus attristées, en quoi pourrions-nous vous être utiles… d’autant que je constate que vous êtes bien entourées ?

– Il s’agit de votre épouse…

– Je ne suis pas marié. Ou alors il y a bien longtemps, avec une de vos compatriotes d’ailleurs, la chanteuse Emily Lison. Mais j’en ai divorcé depuis de nombreuses années…

– Emily ? » fait étonnée la plus jeune…

Bé oui, quoi ?

« C’est vous le « beau-capitaine » ? Le six-coups de Paris-rive-gauche ? » fait-elle les yeux grand-ouverts et pétillants, la bouche déjà presque baveuse…

« J’ai tellement rêvé de vous croiser… enfin, je veux dire avant mon mariage d’avec Harry naturellement… Mon pauvre Harry ! »

Le curé a le neurone paralysé quelques instants, puis, le temps de se traduire le propos, peut-être en latin, il éclate d’un rire énorme et sonore qui fait se retourner la moitié du voisinage !

Paul ne voit d’abord pas le rapport, puis se rend compte qu’il est en mauvaise posture : soit ils prennent tous les deux leurs jambes à leur cou, là dans la seconde et disparaissent plus vite que la lumière, ce qui ne semble pas physiquement possible compte-tenu de l’hilarité du cureton qui se plie en deux et tape la pelouse du pied … un jour d’enterrement, ça fait sérieux pour un curé en uniforme…

Soit il va falloir assumer !

« – Well, ce n’était pas prévu, mais on peut repousser notre retour en Europe, d’autant que j’ai quelques reproches à vous faire.

– C’est moi qui vous en fait » fait la première. « J’aimerai bien savoir quels « trucs » vous avez appris à faire à votre épouse, enfin … à la mère de vos enfants, je présume, pour que la tête de mon mari soit toute tourneboulée au point qu’il veut désormais le divorce…

– Oh bé s’il n’y a que ça, je peux vous montrer à titre de compensation ce soir. Mais il n’y a rien d’extraordinaire : la preuve, c’était à vous de « tenir » votre mari, ne serait-ce que pour vos fillettes…

– Oh oui, c’est une excellente idée que de nous montrer ce soir ! » la ramène la jeune veuve.

Elle a dit « nous » et pas « moi »…

– Vanessa, enfin : je vous en prie ! » lui renvoie dans les orifices la première épouse de n° 4, dont Paul apprendra plus tard qu’elle s’appelle Alexandra.

« Pas de problème ! Donnez-moi une adresse et dans ces conditions, je suis à vous tout-à-l’heure », conclut Paul ravi d’accrocher deux veuves et une cocufiée à son palmarès de… cocu lui-même…

Mais lui, il en avait pris son parti depuis fort longtemps et avait rendu la pareille à toutes ses conquêtes.

Et chacune leur laisse, par secrétaire-garde-du-corps interposé, leurs coordonnées.

« On compte absolument sur vous… »

 

En fait, ça se traduira par un « triple-lapin », dès que la voiture aura démarré, sur l’insistance du Padre romain.

« Non mais, vous êtes incroyable vous ! Un adultère et deux veuves en une seule soirée ? Un soir d’enterrement ? Mais vous êtes totalement ignoble ! » s’enflamme-t-il, éructant presque.

Paul y a vu deux mères de famille désemparées, dont une « sexa » en déshérence, une « quadra » éconduite ainsi qu’une « trenta » déjà veuve-éplorée qui mérite quelques consolations pour leur permettre de reprendre le goût de vivre.

Une œuvre charitable, finalement…

« – Remarquez, vous pourriez participer. Si je me souviens bien, votre ordination dans la prêtrise vous interdit le mariage mais ne vous impose pas l’abstinence…

– Dans les deux cas, c’est péché de luxure ! Un des sept péchés capitaux qui me fermeraient à jamais les portes du paradis de Dieu.

– Oh vous savez, dans Son immense miséricorde, Il pourrait vous les pardonner, si on en croit la doctrine papale actuelle et officielle.

– Mais vous ?

– Oh, moi, on ne peut déjà probablement plus rien. C’est foutu depuis trop longtemps : je crois que je cultive tous les péchés capitaux depuis tout-jeune !

– Vous ne croyez pas en Dieu, vous, un chevalier de l’Ordre de notre Seigneur Jésus-Christ ? » fait-il l’air véritablement horrifié, les yeux presque sortis des orbites, ayant perdu sa bonne-humeur éclatante et réjouissive depuis peu.

« Je n’ai pas dit ça. L’existence de Dieu s’impose dès qu’on s’étonne de l’immense complexité de cet univers si riche, si divers et tellement immense jusqu’à l’infini… » Là, le père ne comprend plus.

« – Dieu est éternel : il existait avant Sa Création et existera après la destruction, l’anéantissement de toute Sa Création, avant tout début et après toute fin. Aucun doute là-dessus. En revanche tout le reste est « fini » puisque l’univers entier a eu un commencement et aura probablement une fin définitive. Alors nous, pauvres créatures mortelles, pensez bien qu’on n’est pas vraiment concerné par l’éternité ! Au moins depuis notre conception…

– Mais, mais… Et l’immortalité de l’âme ?

– Dans le strict cadre de l’éternité, ça ne concerne que Dieu, bien sûr. Mais pas forcément nous qui n’avions pas d’âme avant d’exister. Peut-être après notre décès, mais rien n’est moins sûr et c’est de tout façon réservé à quelques exceptions, sans ça je vous assure que mes ancêtres se montreraient un peu plus présents qu’ils ne le sont, ne serait-ce que comme d’une toute petite réplique de l’immense Amour divin… »

Ils ont donc repris l’avion, avec comme à l’aller les hommages de l’équipage (le prestige de l’uniforme, sans doute un « plus » indéniable notamment auprès des hôtesses…), comme prévu et Paul aura laissé un message : « Pour des raisons impérieuses de sécurité, le FBI me demande d’évacuer vers l’Europe de toute urgence. J’obtempère. En revanche, on peut toujours tenter une séance de rattrapage dès que la situation se sera « stabilisée ». »

Et il laisse ses coordonnées téléphoniques dans ses messages… à tout hasard.

 

Sitôt rentré, Paul s’active autour des travaux de réfection du bâtiment et lance le chantier, celui de l’autre côté de la colline et du « petit-bois », où il serait bien d’enterrer ses futures installations de sécurité.

Parce que l’idée de la « Charlotte Intelligence & Security Agency » se précise. Dans ce foutu pays en parfait désordre sécuritaire, elle fait manifestement défaut. Il en parle d’ailleurs longuement avec l’amiral Morthe-de-l’Argentière à chacune de leur rencontre, en buvant un bol d’armagnac et en fumant un des cigares que l’amiral emporte toujours avec lui, la plupart du temps autour d’un échiquier.

Une partie, plusieurs fois suspendue, maintes fois recommencée et qu’ils ne termineront finalement jamais.

D’autant que viennent s’y greffer et participer utilement et par intermittence, à la fois le Padre José et Shirley.

Sans omettre Matilda : le SIV et le SIS. Ça plus Nathalie-la-rouquine qui espionnerait bien tout le monde via l’électronique, on a effectivement un concentré de technicité, « d’intelligence » à haute densité, d’autant que Gustave lui-même a longtemps été le patron de la DRM en France.

Ils savent tout de ce qu’il y a à savoir pour recueillir du renseignement opérationnel et assurer un minimum de « security » des personnes…

 

Car pour l’heure, il semble que les moyens mis en place au pays, à travers les lois « sécurité & liberté », mais aussi l’état d’urgence n’ont pas donné les résultats attendus en terme de prévention après les attentats du 13 novembre.

On évoque d’ailleurs le dimanche 19 avril 2015, jour où Aurélie Châtelain a été tuée dans sa voiture. Sid Ahmed Ghlam, son assassin présumé, avait été retrouvé le même jour, avec une balle dans la cuisse, après avoir appelé lui-même le Samu.

L’algérien de 24 ans reconnaîtra plus tard qu'un attentat était bien prévu et qu'il devait tirer, avec l'aide d'un complice, sur l'assemblée de fidèles rassemblés dans une église pour la messe. Selon sa version des faits, tout aurait basculé lorsque son complice veut voler la voiture d'Aurélie Châtelain.

En fait de complices, quatre hommes seront interpelés plus tard et un « micro-réseau » aura été rattaché à d’autres personnes liées à la mouvance islamiste, jusqu’à Toulouse…

Un coup de feu serait parti accidentellement, tuant la jeune femme.

C'est la vision du cadavre de la victime qui aurait affolé Sid Ahmed Ghlam et l'aurait découragé de poursuivre son entreprise criminelle. Il aurait alors décidé de se tirer lui-même dessus, préférant se faire prendre par les autorités que de subir le courroux des réseaux islamistes…

C’est l’exemple typique où, à part l’effet du hasard, aucun signe avant-coureur d’un attentat n’avait été détecté, aucun signe de radicalisation notoire n’avait donné le moindre indice exploitable pour les forces de l’ordre dans cette partie-là de la banlieue-sud de la capitale…

Pas plus pour les « Charlie », ni aucun pour le 13 novembre !

En revanche, après coup, les enquêteurs savent remonter les pistes…

 

C’est le constat accablant d’aveuglement que fait Gustave Morthe-de-l’Argentière – et il a raison – alors même que se renforce les moyens d’écoute et d’espionnage électronique, puisque tous les réseaux sont étroitement surveillés et que des logiciels existent déjà pour prévenir les délits de vol et de cambriolage.

Et ils fonctionnent pourtant remarquablement bien aussi pour les violences en réunion, même si c’est un peu plus pointu à repérer.

Gustave et sa fille Nathalie en sont sûrs, il doit bien y avoir des signes avant-coureurs repérables, même si on ne sait pas espionner les échanges cryptés.

Le curé et l’anglaise sont souvent plus dubitatifs : certes, des « vrais attentats » doivent se préparer, donc génèrent leur flot d’échange d’informations interceptables. Mais c’est chercher une aiguille dans une botte de foin tellement les données à recueillir peuvent se compter par dizaines de million en une seule journée.

Le Padre fera aussi remarquer qu’entre l’intention, la préparation et le passage à l’acte, il y a une étape parfois infranchissable. L’un n’augure pas nécessairement l’autre d’autant qu’une attaque isolée, comme celle de Londres au couteau, ne nécessite aucune préparation, aucune logistique : c’est bien plus une tentative médiatique suicidaire qui relève de la psychiatrie.

Et puis il faut être hyper-réactif dans le cas de radicalisation expresse…

 

Pour l’amiral Gustave, c’est là qu’on doit pouvoir malgré tout aider les autorités si elles persistent à patauger. Les machines sont capables de collecter et d’analyser en temps réel des quantités invraisemblables de signaux.

Après, c’est juste le boulot des algorithmes, des logiciels que de faire le tri, quitte à « filtrer » entre faux-vrai et vrai-vrai grâce à l’intelligence humaine.

Il n’a peut-être pas totalement tort en pense Paul.

Participer à aider les autorités, mais à condition que ce ne soit pas « à fonds-perdus » et que ces procédés soient aussi destinés à protéger des cibles potentielles pré-identifiées, notamment ceux des futurs clients de la CISA quant à la sécurité de leur personne et entourage immédiat.

« C’est simple, je vois ça comme d’un service accessoire qui, s’il est performant, est à proposer à des VIP appelées à séjourner et se déplacer en Europe. Ce qui les rassurera d’une part et n’auront pas à déplacer, avec toutes les difficultés administratives que ça représente, leurs propres g-men.

On commencera par la France, d’ailleurs. Mais très vite il faudra étendre le procédé jusque dans les autres capitales européennes. Faut quand même se rendre compte que Londres a été incapable de prévoir et empêcher l’assassinat d’Harry Harrison, alors que le bonhomme prenait moult précautions.

On doit pouvoir faire mieux avec des logiciels adaptés… »

L’idée « commerciale » serait alors d’offrir une protection rapprochée, chauffeur, voiture sécurisé et garde-du-corps, moyennant finances, plus une veille et une étude avancée des risques sur les clients présumées devenir des cibles.

« À trois milles dollars  par  jour  – 2.990 pour faire « commercial » – et seulement quelques dizaines de « clients » par mois, on doit pouvoir rentrer dans nos frais en quelques nuitées.

Il nous faut pour ça, louer des limousines, embaucher 2 personnes pour 24 heures, soit un peu moins de 10 par semaine « vendue ». À 15 euros de l’heure, plus les frais et charges, c’est bien le diable si ça coûte plus de 1.200 à 1.500 euros/jour. Ce qui laisse de la marge pour payer le background et l’aspect « intelligence » du business qui est un coût fixe.

Dont on profitera peut-être pour annoncer attentats ou assassinats potentiels, quitte à convaincre les « cibles » à prendre plus de précautions ou à ne pas venir rouler leur bosse en Europe. Ça peut devenir le jackpot, si ça fonctionne bien ! »

Et améliorer la sécurité autour de Paul par la même occasion.

« – C’est jouable !

– De toute façon, on ne saura jamais si on n’essaye pas… »

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/10/laudato-si-liv.html

 

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