Laudato si… (LIII)

16/10/2016 12:08

 

 

Cinquante-troisième chapitre : Funérailles.

 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

 

Curieusement, ni au soir ni même le lendemain, la presse ne fera d’allusion à l’explosion dans le métro ni à l’alerte incendie du « Talkie-walkie » : absolument rien !

Nada ! Ensemble vide ! Black-out total !…

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir fait du bruit, ni d’avoir dérangé sinon traumatisé quelques vaillants citoyennes et citoyens de passage, c’est le moins qu’on puisse dire !

Les hélicoptères de la police à Londres ne sont pourtant pas équipés de silencieux au bout des turbines et de chacune de leurs pales !

Et la vie aura repris dans l’immeuble attaqué, qui est une vraie fourmilière et « les marchés » n’attendent pas,  au moins aussi vite que le trafic du métropolitain.

De toute façon, sitôt les quais inspectés par les spécialistes du déminage de Scotland Yard, la station et la ligne ont repris très normalement leur activité, les autres accès n’ayant jamais été fermés plus de quelques minutes, tout juste une poignée.

On ne parle que des inondations du nord du pays et le lendemain de l’attaque au couteau d’un taré d’islamiste se revendiquant de Daech qui aura fait plusieurs victimes avant d’être maîtrisé et arrêté.

Là, toute la presse européenne en sera plein les écrans et les pages des journaux dès le dimanche suivant : pensez, trois semaines après les attentats de Paris, ça valait la peine de mettre en exergue la menace islamiste en Une jusqu’à Londres !

Il faut dire aussi qu’on avait des images de vidéo-surveillance à montrer…

 

 

Il faudra en retenir que trois jours après le vote du Parlement britannique autorisant des frappes aériennes en Syrie et trois de semaines après les attentats à Paris et à Saint-Denis, la police a qualifié d’« acte terroriste » cette agression au couteau survenue le samedi 5 décembre, vers 19 heures dans la salle des billets de la station Leytonstone du métro de Londres, située sur la Central line, dans le nord-est de la capitale britannique.

On parle tout d’abord d’un homme de 56 ans grièvement blessé, même si ses jours ne seraient pas en danger.

Et de deux autres blessés légers.

Selon un témoin complaisamment interviewé, l’agresseur, un homme de 29 ans, aurait crié « C’est pour la Syrie ». Un autre passant dit l’avoir entendu crier « Voilà ce qui arrive quand vous baisez avec la mère Syrie, votre sang va couler ». Une vidéo postée sur Internet montre un homme apparemment menaçant des voyageurs, alors qu’une flaque de sang est visible sur le sol, non loin des portiques de contrôle.

« Lâche-le (couteau), imbécile ! », lui lance un homme alors que des voyageurs paniqués fuient la salle des billets de la station tandis que d’autres passent devant la scène comme si de rien n’était.

La police, qui loge juste à côté, est alertée à 19 h 06 et dit avoir interpellé l’agresseur huit minutes plus tard.

Sur une autre vidéo, on peut voir des policiers tenter de maîtriser l’agresseur à l’aide d’un pistolet à impulsion électrique de type Taser. Ils y échouent à plusieurs reprises avant d’y parvenir. Alors que l’homme est maintenu à terre, il continue à crier, ce qui conduit une personne, peut-être un policier, à répéter en criant : « Tu n’es pas un vrai musulman, mec ! »

« Nous traitons ceci comme un acte terroriste », a déclaré le commandant Richard Walton, chef de l’unité antiterroriste de la police de Londres. « J’appelle le public à rester calme mais en alerte et vigilant. Le niveau d’alerte terroriste reste au niveau « grave », ce qui signifie qu’un attentat terroriste est hautement probable », a-t-il ajouté avant de lancer un appel à témoins.

Des propos confirmés par la suite par le chef de la police de Londres, Sir Bernard Hogan-Howe.

Une première pour ce type d’agression depuis l’assassinat au couteau, le 22 mai 2013, du soldat Lee Rigby, par deux jeunes Londoniens convertis à l’islam radical…

Il y en aura d’autres plus tard, mais ce qui reste curieux, c’est que par la suite, le nombre des victimes pour ce samedi est porté à 5 dont un mort.

Qui se trouve être d’abord une américaine, puis un américain, tiens donc !

Paul se dit, en lisant tout cela, que le « compte est bon »…

« Caméléon » aura tout juste été oublié dans cet inventaire de bric et de broc, à moins que ce soit « Junior n°4 ».

 

Toutes ces péripéties font cogiter Paul sur son avenir.

Il ne peut toujours pas s’enfermer, ni disparaître de la surface de la planète, ni s’échapper au fond d’un trou, pour des tas de raisons.

Et il est impuissant à prévoir les attaques des triades ou d’un troisième assassin.

Il faut faire quelque chose…

De plus, est-ce que les « petiots » sont bien à l’abri en Californie ?

Il n’a pas l’occasion de le vérifier pour un « saut-de-puce » en Californie où se tiennent les obsèques de « n° 4 » : il va recroiser son fils, c’est une certitude qui le fâche, mais il ne peut pas ne pas y aller.

Florence ne s’y trouvera pas, paraît-il restée avec leurs enfants à Los Angeles, Paul ne saura pas où.

Pour le coup, Paul se fait accompagner par José Gabriel, le curé qui obtiendra in extremis un visa touristique, lui l’agent actif pas très discret du SIV, sa longue soutane, ses pompes et ses chaussettes noires repérables à des kilomètres.

Black sur black, sauf le col, les pupilles et les dents… blanc-immaculé.

C’est l’occasion pour lui de découvrir le nouveau continent et pour tous les deux le rituel maçonnique d’outre-Atlantique.

 

Les francs-maçons ne sont pas en principe dans l'obligation de tenir des funérailles maçonniques à leurs décès. Le but d'un enterrement maçonnique est seulement de permettre aux frères maçons de montrer leur respect et leur amour pour leur frère disparu ainsi que pour sa famille et ses proches, la « veuve et l’orphelin ». Bien que la plupart des funérailles maçonniques soient entièrement menées par les francs-maçons, le défunt franc-maçon peut aussi avoir droit à un service funèbre plus classique à l'extérieur de la loge.

Ce qui est le cas pour « Junior n°4 » : le rendez-vous est fixé dans le temple où il avait ses habitudes de chrétien, réformé certes, plus personne n’est « parfait » depuis la disparition des Cathares, trop petite pour accueillir tout le monde, car il y a un monde fou, puis au cimetière national ou presque tout le monde se retrouve, sur le boulevard Lincoln, planté face à la baie, côté Golden-Gate-Bridge, à environ un kilomètre du San Francis-Yacht-Club où reste amarré son yacht, pour porter la dépouille en terre.

 

Ils sont nombreux, des loges maçonniques, à venir rendre hommage au défunt et offrir son soutien à la famille. Paul reconnaît l’un des membres de la dernière réunion, dans le ranch de la famille. Il doit y en avoir d’autres. Comme de loin en loin il vise Bill Gates et Paul Allen, peut-être aussi ce qui ressemble à Elon Musk, et même Zuckerberg, mais il n’en est pas sûr.

Et le tout est mélangé entre civil, maçons et uniformes de l’armée : plein « d’étoilés » qu’il en fait presque « minable » avec son grand-uniforme de capitaine de frégate et ses 5 sardines or-&-argent, sa casquette ourlée et ornée des ailes entrelacées d’une ancre  surmontée d’une étoile des pilotes, le même insigne sur le veston surplombant ses barrettes d’engagement opérationnel, un emblème de parachutiste de l’autre sur le veston et « toutes ses médailles ».

Un véritable arbre de noël !

De toutes les façons, c’est fait pour ça : en jeter plein la vue…

Même que ça attire ostensiblement l’œil (c’est l’objectif), comme d’un ultime hommage : la légion d’honneur, naturellement, les médailles de la liberté et du Congrès américain, la CGVO britannique et ce qui étonne le plus, même si c’est déjà pas mal pour un seul et même poitrail, le médaillon de l’Ordre du Christ…

Les trois dernières font lever les sourcils, mais le dernier fait ouvrir les yeux d’étonnement, notamment de la part des militaires présents qui ne le connaissent pas.

Mais pas vraiment des francs-maçons, parfaitement au courant de ce que ça représente pour la plupart. Tout juste, quelques-uns viendront se présenter à Paul alors qu’il fera la queue pour présenter, en vain, ses condoléances à la famille.

 

Pendant ce service funèbre, les frères et sœurs enfilent tous des gants et des tabliers blancs. C’est comme ça qu’on les reconnaît et ils forment un bon tiers du plus du millier de personnes qui a fait le déplacement sous le soleil voilé d’hiver.

Chaque franc-maçon vous y parlera en principe des symboles de la maçonnerie, de l'importance de la branche d'acacia, symbole de la vie éternelle, qui y est fortement soulignée, le tablier blanc en cuir d'agneau dénotant quant à eux une âme pure.

Chaque maçon dit une prière pour son frère défunt et pour le bien-être de sa famille. Le Maître maçonnique lit des extraits du parchemin sacré des maçons pour rendre hommage au défunt. L'aumônier maçonnique dit une prière et les frères francs-maçons se joignent à la litanie.

La branche d'acacia, un arbre à épines persistantes, est tenue par le Maître maçon face à la congrégation. Elle symbolise la croyance maçonnique en l'âme éternelle ainsi que leur foi inébranlable : quelle que soit la saison, ces arbres ne perdent jamais leurs épines, ce qui symbolise le fait que les francs-maçons ne perdent jamais leur foi en l'âme impérissable.

En fait, il n’y a rien de particulier hors les « tenues ». Certes, l’équerre et le compas sont présents, mais au même titre que la croix. C’est surtout sur le cercueil qu’apparaît l’appartenance à la grande famille maçonnique : celui « d’Harry Junior n° 4 » est recouvert d’un drapeau américain, de celui de l’État de Californie sur lequel on a posé divers symboles de son appartenance – le tablier du défunt qui est à la fois un « décor », un symbole et un outil – le tout surmonté d’un coussin de velours rouge, brodé d’un liseré d’or où sont épinglées une dizaine de médailles, porté jusque-là par des militaires au crâne rasé et à l’uniforme d’apparat impeccablement repassé. Sans doute des Marines se dit Paul…

L’hommage de la Loge se fera plus tard, dans les ateliers d’une « Tenue funèbre » en l’absence du corps. La franc-maçonnerie est aussi une société « de mémoire ».

Dans toutes les Loges, il est fait régulièrement mémoire des frères ou des sœurs décédés.

Il y a un vrai devoir « de mémoire » : les cœurs ne doivent pas être le tombeau des frères. D’une certaine manière, les maçons survivent au travers de leurs frères.

L’Orient éternel évoqué lors de la lecture du parchemin sacré maçonnique n’est qu’une métaphore pour exprimer un au-delà de l’existence individuelle. La formule n’induit aucune croyance, ni aucune négation d’une quelconque croyance. Ce n’est pas cela qui est en cause dans la mort maçonnique. Ce dont il est question, c’est d’une chaîne d’union qui est brisée.

Or, à la fin de leurs travaux, pour exprimer leur solidarité et leur fraternité, les maçons forment une chaîne d’union en se donnant la main. Si un des leurs meurt, cette belle fraternité est en deuil, comme n’importe quelle famille. Le rituel veut qu’au décès d’un frère la chaîne d’union se fasse de manière ouverte, sans se donner la main.

Mieux : le plus jeune apprenti prend la place du frère disparu !

Ainsi, la vie continue, les maçons se remettent à l’ouvrage avec dans leur cœur le souvenir de ceux qui se trouvent à l’Orient éternel, en pleine lumière.

À une batterie de deuil (« Gémissons ! ») succède alors une batterie d’allégresse (« Espérons ! »). Car la maçonnerie cultive le bon vivre, qui est en définitive l’apprentissage du bien mourir. Et d’en conclure que peut-être la franc-maçonnerie propose une propédeutique de la mort.

Ainsi le maçon devrait-il, mieux que d’autres peut-être, être préparé à la mort.

La sienne s’entend…

 

La famille, qui a organisé cet éloge funèbre, laisse un « ami » le prononcer, mais c’est « n° 5 » qui achève cet hommage avant que le pasteur ne la clôt par un Notre-père (que le Padre Romain récite bruyamment en latin…) et une dernière prière des défunts avant que ne se forme le long cortège des condoléances à la famille : Paul repère « n° 5 », une blonde et deux fillettes à sa gauche, et ce qui doit être l’épouse de « n° 4 » à sa droite, une autre blonde presqu’aussi jeune que la première.

Et de l’autre côté de « n° 5 » se tient une femme plus âgée, au port du cou étonnant d’élégance, qui se révélera être la mère de n° 5…

Paul entraîne le curé vaticinais, qui espère pérorer en ce milieu protestant, vers la sortie, tellement ça promet d’être long : ils ont un avion à reprendre et finalement il n’a nullement envie d’aller saluer Junior ni s’éterniser au bord de l’océan, des fois qu’il recroise « par mégarde » Gorge, son MIB.

Les dégâts qu’il a causés sont déjà assez lourds à supporter comme ça…

Il suffit de laisser une griffure sur un des registres mis à la disposition des fidèles qui ont fait le déplacement.

 

Mais ils sont retenus par des agents du FBI qui convergent vers Paul à travers les allées et les pelouses.

« On voudrait vous entretenir de notre enquête… »

Qu’y-a-t-il à en savoir de plus : n° 4 a été abattu par « Caméléon », non ?

Bien sûr. « Mais il avait un complice, à Londres, celui qui a tiré une roquette contre ses locaux … »

C’est vrai ! Et alors ?

« Malgré vos indications ce jour-là, nos collègues britanniques n’ont pas été assez rapides pour lui mettre la main dessus. Il est dans la nature. Pis que ça, il n’a pas été possible de l’identifier. Pas une seule empreinte, pas une seule trace d’ADN exploitable. En revanche on sait que l’engin a été volé au Kosovo il y a quelques dizaines d’années et qu’il aurait transité par la Belgique. Mais au-delà, la piste s’épuise à être plus précise. »

Qu’est-ce qu’ils veulent savoir en plus qui n’a pas été déjà dit ?

Rien, « juste vous faire savoir que vous êtes sous notre protection tant que vous voyagerez sur le territoire de l’Union. Que ce serait bien, à cet effet, que nous soyons prévenus de vos séjours dans notre pays avec un peu d’avance… »

Et ses gosses ?

C’est là qu’il apprend qu’ils résident avec leur mère à Los Angeles, là encore sous protection policière : « Des instructions du juge Goldberg chargé de toute cette affaire. »

Bien : « Vous le remercierez de ma part. Mais je ne compte pas rester très longtemps ici. Je venais juste rendre un dernier hommage à mon ami Harry Harrison. Je repars par le premier avion. Mais si vous avez des questions à me poser, sur les événements de Londres ou tout autre aspect de cette enquête, n’hésitez pas à me téléphoner ou à venir me rendre visite », et il leur tend une carte de visite.

« – Je serai ravi de vous être utile.

– Et pour ce complice, auriez-vous par hasard quelques indications, même anodines, à nous proposer ?

– Désolé, mais là où il était vraisemblablement posté, je n’ai rien vu : j’ai une bonne vue, mais à plus d’un kilomètre, il ne faut pas me demander l’impossible sans jumelle. Et je n’en disposais pas. En revanche, vous pourriez réduire votre champ de recherche : c’est un excellent tireur, parce que pour faire mouche du premier coup, il faut de l’entraînement à cette distance. Moi-même qui suis pourtant classé « tireur d’élite », dans l’aviation française je précise, c’est-à-dire être capable de mettre au moins un obus sur un drap de 25 m² étalé au sol dans un passage à 300 km/h en rafalant au canon, je ne me sens pas capable d’en faire autant.– Intéressant, effectivement. Nous pensions déjà qu’ils sont deux. Je veux dire deux « Caméléon » qui opèrent de concert.

– Comment ça ?

– L’homme abattu par la police anglaise était connu de nos services. Il a été interpelé à deux reprises aux USA et au moins une fois en Birmanie et une autre fois en Roumanie. Mais il s’en est toujours sorti pour avoir un alibi irréfutable le situant parfois à des milliers kilomètres des attentats qu’on voulait lui imputer.

C’est un ancien Marines, spécialiste des explosifs. Il a été très valeureux en Afghanistan dans la section « déminage » de sa compagnie. Vous le savez peut-être, l’espérance de survie sur un théâtre d’opération y est parmi les plus faibles des troupes engagées…

En revanche, c’était un tireur très moyen, alors que « Caméléon » a signé des assassinats par des tirs longues-distances assez spectaculaires, parfois plus de 1.200 mètres…

– Je ne connais pas d’arme aussi précise que ça à une telle distance.

– C’est pour cette raison que c’est très spectaculaire. Ils sont donc au moins deux. Un a été éliminé, il en reste un autre dans la nature.

Et nous comptons bien lui mettre la main dessus. »

Encourageant !...

Ils se séparent juste pour faire quelques pas : d’autres arrivent, qui vont encore les retarder, pour saluer Paul.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/10/laudato-si-liii.html

 

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