La démocratie est le pire des systèmes…

13/03/2017 08:42

 

… à l'exclusion de tous les autres.

 

Signé Winston Churchill, cet aphorisme est un des plus inusables du débat politique. « Menuet-Valls », l’éliminé s’en est encore resservi, le 11 mai dernier, et moi j’en use et abuse à l’occasion.

 

Une petite histoire personnelle : Il y a quelques années, « on » me charge, en qualité de mandataire ad hoc, de valoriser une ruine-délabrée et cachée dans 3 hectares de terrains incultes planté de broussailles (seuls poussaient encore quelques oliviers souffreteux, signe d’une terre-agricole des plus pôvres), legs d’un farfelu qui a claqué la fortune familiale en œuvres d’art diverses tout au long de sa vie (qui a été longue…).

Même les héritiers putatifs ne voulaient pas en entendre parler, vue les dettes fiscales accumulées et les travaux à envisager…

De prime abord, je cherche alors un « opérateur » qui pourrait apurer le passif du bidule en transformant le tout en hostellerie de campagne et de charme, quitte à embellir le castel et céder un bout de terrain pour y faire une promotion immobilière.

Que nenni : Personne n’en veut dès qu’il s’agit d’aligner les zéros devant la virgule.

Derrière, encore… mais devant, niet !

 

Bon, je tourne, j’y retourne et me vient à l’idée d’aller piquer au ministère de la culture un peu de pognon pour ouvrir un musée en valorisant l’espace et les collections disparates restées sur place et pas encore pillées ni trop abîmées.

Bing ! Ça marche.

Je ne sais pas bien pourquoi, mais tout d’un coup, le conseil municipal y voit un grand intérêt, les commerces locaux aussi, les autorités ministérielles s’emballent avec quelques photos et, comme par miracle, des fonds se débloquent pour financer l’étude de faisabilité, payer mes honoraires et finalement le projet tout entier.

Que même les héritiers putatifs se réveillent !

 

Bon, je monte un « truc-compliqué » à souhait (ça, j’aime bien…) où l’héritage « culturel » fait l’objet d’une cession d’usufruit, l’héritage du bâtiment, d’un bail emphytéotique à réhabilitation, le tout au bénéfice d’une association à créer dans laquelle je répartis les sièges d’administrateurs entre les autorités locales, artistiques, la famille et un comité d’usagers, « les amis du Sieur-Untel » pour administrer le machin en toute démocratie appliquée et bien comprise.

Je mets en marche la machinerie, monte quelques événements de lancement et tire ma révérence une fois que ça a bien démarré.

Et pas plus tard que l’autre fois, je suis appelé à la rescousse, la « démocratie » en place vacille sous l’effet d’un directeur qui n’en faisait qu’à sa tête, le Président piquait dans la caisse, une partie des salariés étaient en grève, des administrateurs avaient démissionné avec fracas devant les difficultés, bref, le boxon, plus de sou et que des « immatures » qui se tiraient des bourres pas croyables, se balançaient à la tronche des noms d’oiseau aux coins des couloirs, des invectives, des dénonciations calomnieuses et j’en passe…

Toujours très démocratiquement, ils sont tous d’accord (enfin plutôt les « tutelles ») pour me refiler « tous les pouvoirs » avec mission de rétablir « le fonctionnement normal du musée ».

Vous ne savez pas, mais moi, les musées et les grands-magasins où l’on piétine, ça a tendance à me faire monter la tension – ce qui n’est pas bon pour ce que j’ai – et mon taux de sucre varie proportionnellement à mon énervement.

De plus, la culture, toujours pour moi, c’est un peu comme la confiture : On s’en met plein les doigts, ça colle, ça fait sale, et c’est du poison pour diabétique type II…

 

Ce en quoi, je sais faire, je veux dire, redresser à peu près n’importe quelle « chose » qui a une activité économique, quitte à l’inventer.

Pour ce qui est d’un musée, c’est comme de la vente de chaussette ou de lessive, il faut se mettre en ordre de marche et faire un peu de pub. La meilleure astuce n’est d’ailleurs pas de moi, car je l’ai apprise de chez le patron du Mémorial de Caen : Lui, il faisait distribuer des entrées gratuites au péage de sortie de l’A13 en venant de Paris.

Il s’en foutait : La billetterie, c’était un tiers des recettes. Les deux autres tiers, c’était la boutique et le restaurant. Alors quand il n’y a personne, c’est l’occasion de faire tourner les deux tiers restant en sacrifiant la billetterie.

Et puis c’était flatteur : Il pouvait annoncer un demi-million de visiteurs tous les ans, même ceux qui ne profitaient pas de leur billet gratos, considérés comme émis, donc vendus…

 

Ceci dit, la première chose qu’on me demande dans cette mission, c’est de virer les « tchétchènes » et de « verrouiller » la gouvernance.

Et tiens donc comme je sais y faire …

À la Corse que je leur ai fait ça !

À l’AG de confirmation de mon mandat, où je vous rappelle on ne prend que des résolutions, par oui ou par non, sur le seul ordre du jour que je décide, j’avais choisi mes administrateurs désignés volontaires, même pas obligés de se déplacer du moment qu’ils m’envoyaient leur pouvoir – le coup des urnes pleines – et tous ceux qui votaient contre se sont faits exclure par le Conseil d’administration (« à la main ») suivant…

Le soir même…

C’était d’ailleurs le lendemain de mon « attentat-vénitien » : C’est dire s’il ne fallait pas venir me chercher des poux dans la tête, je n’étais vraiment pas d’humeur.

 

Pas compliqué, la démocratie, finalement : Il suffit de respecter les formes !

Peu importe le fond : Franchement, j’adore !

Ne vous en faites pas, je ne compte pas rester indéfiniment. Juste le temps de faire le ménage, de faire quelques travaux importants, de remettre au boulot les salariés qui veulent encore bosser et de recruter des kons pas trop kons pour me remplacer.

 

Là, la démocratie, quand elle fait faillite, elle débouche tout naturellement sur du despotisme.

Éclairé, espère-je seulement, de ma part.
Ailleurs, hein, advienne ce que pourra.

Mais ça pourrait virer dictature, façon Ceausescu, dictature personnelle… sauf que je sais comment ça se termine : Devant un poteau !

Et que ma peau ne vaut pas grand-chose peut-être, mais c’est la mienne et j’y tiens encore un peu, en tout cas plus que les statuts de marbres et les toiles de maître qui décorent les salles dudit musée : Mourir pour de l’art, je n’ai pas encore le virus (et que Dieu m’en garde…), très peu pour moâ.

Des idées, à la rigueur, mais alors, comme disait le « Grand Georges », de « mort len-en-en-te ».

Dans les faits, la « démocratie », on peut finalement en faire n’importe quoi à la différence de tous les autres systèmes de gouvernement : C’est sa supériorité invraisemblable.

 

Tout ça pour vous expliquer que les tartuffes qui vous assiègent de leurs délires pour obtenir vos suffrages dans quelques semaines, connaissent parfaitement tous ces rouages.

Normal, ils en vivent (avec vos impôts).

Et qu’il faut rappeler le contexte dans lequel Winston Churchill a prononcé son célèbre aphorisme.

Ainsi de rappeler que ce grand connaisseur de la chose politique, n’était pas, comme on pourrait le croire, le dirigeant tout-puissant d’une démocratie britannique qui a gagné la Seconde Guerre mondiale face aux dictatures.

Mais un leader déchu ! 

 

Il lance sa phrase le 11 novembre 1947 à la Chambre des communes alors qu’il n’est plus « que » leader de l’opposition, après avoir été, à la surprise générale, largement battu lors des législatives de juillet 1945 par les travaillistes.

Il reproche alors à un gouvernement qui s’enfonce dans l’impopularité de chercher à diminuer les droits du Parlement en amenuisant le pouvoir de veto de la Chambre des Lords, la deuxième Chambre du Parlement.

« Comment l’honorable gentleman conçoit-il la démocratie ? Laissez-moi la lui expliquer, M. le président, ou au moins certain de ses éléments les plus basiques.

La démocratie n’est pas un lieu où ou obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu’on veut. Nous estimons qu’il devrait y avoir une relation constante entre les dirigeants et le peuple. ‘‘Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple’’, voilà qui reste la définition souveraine de la démocratie !

(…) Démocratie, dois-je expliquer au ministre, ne signifie pas ‘‘Nous avons notre majorité, peu importe comment, et nous avons notre bail pour cinq ans, qu’allons-nous donc en faire ?’’. Cela n’est pas la démocratie, c’est seulement du petit baratin partisan, qui ne va pas jusqu’à la masse des habitants de ce pays.

(…) Ce n’est pas le Parlement qui doit régner ; c’est le peuple qui doit régner à travers le Parlement.

(…) Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres. »

Là, j’adore…

 

Le maître n’est rien d’autre que l’humble serviteur.

Le serviteur de l’intérêt supérieur du peuple qu’il sert et représente.

Moâ, quand je joue au despote dans ma petite sphère de compétence avérée, c’est « l’esprit-boutique » que je sers…

Ses financeurs, ses ayants-droit, ses salariés, la communauté dans laquelle elle est installée.

Et quand on l’oublie pour servir son propre égo, même surdimensionné, on galope vers la catastrophe.

Les prétendants, tous les prétendants, les présents et les passés, tout comme les futurs, à toute « haute-fonction » ne devraient jamais l’oublier et ne servir que le peuple dans son entier et jamais aucunement leurs propres convictions…

 

« Un groupe d’hommes qui a le contrôle de la machine et une majorité parlementaire a sans aucun doute le pouvoir de proposer ce qu’il veut sans le moindre égard pour le fait que le peuple l’apprécie ou non, ou la moindre référence à sa présence dans son programme de campagne.

(…) Le parti adverse doit-il vraiment être autorisé à faire adopter des lois affectant le caractère même de ce pays dans les dernières années de ce Parlement sans aucun appel au droit de vote du peuple, qui l’a placé là où il est ?

Non, Monsieur, la démocratie dit : ‘‘Non, mille fois non. Vous n’avez pas le droit de faire passer, dans la dernière phase d’une législature, des lois qui ne sont pas acceptées ni désirées par la majorité populaire’’. (…) »

 

Auriez-vous mieux compris pourquoi « Tagada-à-la-fraise-des-bois » n’a pas à défendre un bilan ?

Dommage, parce qu’il paraît que même sur le front de l’emploi, tout le monde s’extasie…

Notez que 200.000 créations d’emploi après en avoir détruits 600.000, ce n’est pas vraiment la gloire.

Pareillement pourquoi « Menuet-Valse » n’a même pas passé le cap des primaires après sa loi « El-Konnerie » imposée aux forceps…

Et que son parti va en mourir aux prochaines législatives après avoir accouché d’un mutant qui reçoit l’appui d’un Bloomberg, ex-maire milliardaire de New-York dans la foulée de l’ex des parigots-bobos, et qui fait une OPA sur les militants-soces…

 

Bien sûr, le discours de Churchill, qui cherche ici à la fois à défendre les droits de la Chambre des lords (héréditaire) et du peuple britannique (pour qui il réclame des élections anticipées), n’était pas exempt d’opportunisme.

Bien sûr, tout cela ne nous dit pas ce qu’il penserait de l’article 49.3 de notre Constitution.

Mais cela nous rappelle en tout cas que le contexte des « grandes phrases » historiques est souvent plus compliqué que ce que laisse voir une simple formule frappante et qui sonne bien.

Ceci dit, l’homme-sage apprend du passé. Et c’est celui qui n’en fait qu’à sa tête que son destin abandonne en chemin.

À méditer.

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/03/la-democratie-est-le-pire-des-systemes.html

 

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