Inummérisme.

07/07/2016 12:00

 

Karla m’a surpris

 

 

Dans un canard de « nanas-sages » (mode, recette-minceur et bronzage) elle affirme : « Je ne sais pas faire une division ou une simple multiplication, je n'ai jamais su, je crois… »

Des gars qui ne savaient pas faire un nœud-cravate ou simplement écrire leur nom sur un formulaire, j’en avais croisé … à l’armée.

Un gros paquet même…

Qui ne savaient pas compter, un peu moins : En général les sous-offs’… ils nous obligeaient à nous compter nous-mêmes et à haute voix, alignés en rang d’oignons !

En soi, ce n’est pas bien grave : Je ne sais même pas moi-même, répète-je à qui veut l’entendre, puisque je suis un pur produit de « l’ékole-pue-blique » qui ne m’a jamais appris à lire, écrire ou compter.

En revanche, je sais tout de la lutte des classes et de l’oppresseur états-uniens…


Pas bien grave : J’ai des machines qui connaissent tous les résultats de toutes les opérations avec tous les chiffres imaginables possibles.

Merci infiniment à Bill Gates.

Idem pour les mots écrits ou lus : y’a internet et les dicos en lignes illustrés… et moi je sais lire une image ou un graphique.

Et pour mes cours de fiscalité-appliquée, j’utilisais les yeux de mes étudiants pour décrypter les « petites-lignes » : Ça les rendait indispensables !

 

Il n’empêche, ce n’est pas très drôle finalement. La proportion d'élèves en très grande difficulté en mathématique est très faible dans 11 pays seulement (moins de 4 % de l'effectif), faible dans 11 autres pays (entre 4 et 7 % de l'effectif) plus forte dans 28 pays (dont la « Gauloisie-des-vérités », plus de 7 % de l'effectif), en 2006 d’après PISA.

En 2009, sur 65 pays étudiés les proportions suivantes sont constatées comme très faible dans 11 pays (moins de 4 %) faible pour 14 autres pays (entre 4 et 7 %) plus forte dans 32 pays (dont la « Gauloisie-mathématique », au taux de 9,5 %) (taux supérieur à 7 %) en augmentation sur les deux rives de la Seine.

En additionnant les effectifs sur toutes classes d'âge, cette difficulté touche en donc au moins 7 millions de personnes, soit un taux de 9,5 % en progression constante depuis 2003 : Pire qu’une démonstration d’échec-scolaire…

De 2006 à 2009, le taux a progressé de 13,1 % ce qui place mon pays (celui que j’aime tant…) au 21ème rang (sur 25 pays européens), au 28ème rang de l'OCDE (34 pays étudiés), au 36ème rang (sur 65 pays représentant l'OCDE et les pays associés).

Là ça fait mal, mais expliquerait à la fois le cas de Karla et cette proportion à additionner des navets et des carottes, comme vient de le faire le « Capitaine-de-pédalo-à-la-fraise-des-bois » qui après avoir annoncé 600 millions de taxe nouvelle pour un budget 2017 qui n’atteindra pas ses objectifs de redressement, nous avoir bananer pour 50 milliards d’économies qui ne seront jamais faites, que décidément, il y aura baisse d’impôt quand il sera réélu…

« Et tu sais quoi ? Y’a encore des gogos qui avalent ça ! »

 

Selon une étude INSEE parue en décembre 2012, 30 % des gaulois sont à l'aise et 70 % (des 18 à 65 ans) ont des performances médiocres… en calcul : C’est dire s’ils sont nombreux à prendre des vessies pour des lanternes !

Ça me change que du temps où j’avais des « chefs », que quand tu leur énonçais deux chiffres, ils faisaient mentalement la règle de trois avant que tu ne finisses ta phrase…

 

« Par « innumérisme », (à ne pas assimiler à de la dyscalculie) il faut comprendre la situation provisoire d'un élève ou d'une personne, qui a bénéficié d'une éducation « normale », mais qui rencontre des difficultés dans la maîtrise de certains concepts mathématiques. On estime d'ailleurs que 47 % des élèves du collège ont des lacunes plus ou moins importantes en mathématiques.

Outre les difficultés rencontrées tout au long de la scolarité, l’innumérisme constitue unvéritable handicap social et professionnel.

De nombreux adultes évoquent leurs difficultés en mathématiques qui freinent leur insertion professionnelle en des termes qui démontrent un véritable « complexe mathématique » et ce, sur des usages les plus simples des mathématiques dans la vie quotidienne et dans la vie professionnelle. »

Ça n’a pas empêché Karla de « s’intégrer », notez bien…

Mais expliquerait le reste.

 

Ces personnes ont des soucis soit dans la numération, soit dans les opérations de division et de multiplication. L’addition et la soustraction sont moins touchées car ce sont des principes plus courants et spontanés.

Tous les gamins les ont intégrés et utilisés dans leurs jeux avant de rentrer à l’école.

Il n’en va pas de même pour les autres opérations.

« En mathématiques, le programme du cycle 3 est trop exigeant ; pour beaucoup « c’est plus qu’en 6ème ».

C’est majoritairement sur l’organisation et la gestion des données que se concentrent les critiques. Les pourcentages arrivent en tête des critiques avec la proportionnalité, suivis par l’échelle et la règle de 3.

On note, de façon générale, que les enseignants rencontrent des difficultés sur la division, la division décimale, le produit décimal, les fractions.

En géométrie, les volumes, l’aire du triangle et sa hauteur sont cités.

La longueur du cercle ressort comme étant difficile dans le champ des grandeurs et mesures (…). »

Le programme est trop chargé avec « des notions complexes qui ne sont que superficiellement étudiées et peu en cohérence avec les programmes  du  second  degré ». 

 

L’innumérisme trouverait son origine dans les cours de maths tels qu’ils sont donnés dans le primaire.

S’il persiste des lacunes en maths à 16 ans, c’est donc qu’il y a un problème quelque part. Et il se situe au niveau de l’enseignement.

Et si beaucoup d’élèves sont bloqués dans ce domaine, c’est parce qu’on ne ferait que de l’apprentissage verbal des mathématiques.

Les difficultés en maths seraient d’ailleurs bien souvent liées à des problèmes de lecture et d’écriture.

« Pour les personnes qui ont été scolarisées (…) et qui n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul des compétences de base pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante, on parle d’illettrisme. »

Pour lutter contre cela, il est préconisé un recours à des tableaux mathématiques simples pour bien inculquer les règles de proportionnalité. Voire même, utiliser un boulier. Un tableau, un boulier, ça ne dit rien, c’est juste de la logique.

« Les gamins fâchés avec le verbal peuvent s’en sortir plus facilement et se faire une représentation mentale des concepts évoqués en cours. » 

 

Le problème, c’est que l’innumérisme déborde sur l’économie et sa compréhension. Mon pays « est probablement le seul pays au monde où l'enseignement de la science économique, du lycée à l'université, fait polémique.
La rédaction des manuels d'économie fait l'objet de discussion au sens où ils présentent tous une vision largement orientée (je dirai « dogmatique ») de l'économie et de l'entreprise où la lutte des classes est omniprésente.

Dans cette vue, l'entreprise est plus un lieu d'exploitation du travail qu'un instrument de création de la richesse tandis que patrons et actionnaires sont présentés comme des profiteurs sans scrupule.

Comment s'étonner, dès lors, que la plupart des jeunes bacheliers deviennent fonctionnaires plutôt qu'entrepreneurs ?

L'enseignement officiel de l'économie nourrit et cautionne l'inculture économique gauloise. »

 

Inculte, c’est celui qui n’est pas cultivé mais reste « cultivable », une friche, une jachère à exploiter, à réduire.

C’est pour cette raison que je préfère, à titre personnel, parler « d’aculture économique », l’ablatif de « a » restant approprié, puisque la friche restera à jamais inculte, sans aucune culture…

Y renonçant pour toujours, ne voulant même pas faire le moindre effort si minime soit-il…

À ne pas confondre avec « acculturer » qui consiste justement à se cultiver…

 

Un trait dominant de cette « aculture » consiste à affirmer que l'accroissement des inégalités est le résultat du développement de l'économie libérale.

C'est au contraire le jeu de l'État-providence qui contribue à écraser les classes moyennes en faisant fuir les catégories les plus aisées, tandis qu'il se propose de prendre en charge la masse croissante des plus modestes, lesquels plongent ainsi dans une trappe à pauvreté, réduits au rang d’esclaves-assistés…

Par ailleurs, attribuer l'écart de richesses qui sépare les pays pauvres des pays riches au jeu pernicieux de la « mondialisation libérale », c'est encore une marque de cette « aculture » persistante : Les écarts entre riches et pauvres sont bien plus criants à l'intérieur des pays pauvres eux-mêmes, pourtant pas réputés pour être des modèles de pays libéraux…

 

C'est que la « Gauloisie-innumériste » a une lourde tradition centralisatrice doublée d'un passé catholique qui se traduit par une conception puritaine, mais dépassée, de l'économie, « contre-positive ».

Alors que plus de la moitié de la richesse nationale est redistribuée par les administrations de l'État, gôche et droâte se retrouvent autour d'une critique toujours plus acerbe de l'économie de marché.

Pourtant la compréhension des mécanismes économiques suppose justement d'échapper au clivage gôche/droâte et ses dogmes.

Par exemple, le marché implique la mobilité socioprofessionnelle qui peut voir un individu d'une classe modeste arriver à des postes de responsabilité ou, à l'inverse, un bourgeois d'une famille établie tomber dans la déchéance, autrement dit les effets de la « méritocratie » Révolutionnaire.

Et curieusement la droâte la plus réactionnaire a longtemps cautionné un ordre social fondé sur l'inégalité et la reproduction « héréditaire » de cette inégalité.

De ce point de vue, le principe de mobilité sociale des individus constitue un élément subversif pour cette droâte conservatrice.

De son côté, la gôche identifie le marché au principe marxiste de « l'exploitation de l'homme par l'homme », l'argent représentant le véhicule de cette exploitation.

L'État doit donc prendre en main les affaires économiques pour contrecarrer ce principe d'exploitation que porte en son sein tout projet capitaliste.

Résultat, le « socialisme », c’est « l’exploitation de l’homme par l’homme »… par puissance publique interposée.

 

La tradition catholique n'a pas non plus arrangé les choses : L'Église « papiste » a toujours été critique vis-à-vis de l'argent, du commerce et du travail.

Elle fut, d'un côté, la caution morale d'une droâte franchement hostile au progrès économique et, de l'autre côté, le vecteur de développement d'un courant social fondé sur la charité. C’est de l’Histoire.

Pourquoi vouloir changer sa condition terrestre alors que le bonheur éternel viendra récompenser les plus modestes ?

On retrouve cette idée dans les « castes-bouddhistes »…

D'autant que le travail des hommes allait nécessairement dépraver un « état naturel » vu comme l'expression de la volonté divine.

Ce fatalisme religieux ne convient guère à l'esprit entrepreneurial des économies de marché.

A contrario, dans la religion huguenote, le travail agit comme l'instrument de la révélation et la réussite personnelle est interprétée comme le signe tangible de la même prédestination : « Le travail sans relâche dans un métier est expressément recommandécomme le moyen le meilleur. Cela, et cela seul, dissipe le doute religieux et donne la certitude de la grâce. »

Des konneries, mais enfin bon : On retrouve la même chose chez les musulmans (en tout cas « les miens »). 

 

Comment systématiquement attaquer les privatisations, demander à l'État de combler les déficits des entreprises publiques et des régimes sociaux et refuser dans le même temps d'étendre l'assiette fiscale à une plus grande partie de la population, ou d'entreprendre toute réforme du secteur public ou de la sécurité sociale ?

Comment prétendre défendre le système de retraite par répartition, vouloir travailler moins et refuser toute forme de capitalisation des profits engendrés par l'activité laborieuse ?

Qui de toute façon se fait par voie autoritaire étatique quand il s’agit de sauvegarder des bassins d’emplois ou des assiettes de cotisations, voire au profit de quelques fleurons aux mains de la « technocratie », celle qui a appris à compter !

Vos gouvernants auraient trouvé la réponse miracle : Il y a de l'argent, il suffit de s'attaquer aux riches, ponctionner les marchés financiers et taxer la spéculation.



C’est de Zola je crois, peu soupçonnable de sympathie libérale, qui observe un jour : « Le monde a-t-il été rendu meilleur par notre grande Révolution ?

Les hommes sont-ils en quoi que ce soit en réalité plus égaux qu'ils ne l'étaient il y a cent ans ?

Pouvez-vous rendre tous les hommes également heureux ou également avisés ? Non ! »

Faire du « social », voilà la grande ambition moderne des politiciens de « droâte » comme de « gôche » qui se rendent compte au fil de leurs échecs de leur immense incapacité à contrôler l'économie.

L'exception gauloise se traduit fabuleusement par une dénonciation de l'argent et un rejet des riches. Ce rapport hypocrite à l'argent est la marque d'un discours fondamentalement antiéconomique.

Pourtant, les pays les plus avancés ont connu une croissance solide et durable à partir du moment où ils ont intégré le principe fondamental selon lequel l'économie a plus à voir avec la logique qu'avec l'idéologie et les dogmes.

 

Alors apprenons d’abord à nos gosses à compter, avec les doigts, des boules ou des billes et des allumettes s’il le faut.

Puis du « par cœur » les tables de multiplication, une fois acquis le principe qu’une multiplication n’est rien d’autre qu’une suite d’additions (c’est plus facile de les apprendre que de refaire à chaque fois la série d’additions durant toute une vie de labeur).

Ensuite seulement, on pourra passer à autre chose, même l’étude de celles qui n’existent pas.

Mais sans aller jusque-là, il est alors assez facile de comprendre que tu ne peux pas te saisir de plus de choses qu’il en est auparavant.

 

Je vous ai bassiné l’autre jour (http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/07/brexit-encore.html) avec les « destructions » de valeur à l’occasion du « vendredi noir » issu du « Brexit ».

Des fortunes englouties !

Ah bon ?

Vous vous êtes vraiment senti plus pôvre après ça ?

Pas moi.

Ceux qui se sont appauvris, les seuls, ce sont seulement ceux qui ont réalisé leurs pertes, parce qu’ils ont arbitré leurs « supports » (ou avait besoin de liquidités libellées en telle ou telle devise, là immédiatement et pas demain…).

Mais ils savaient, avant, qu’il prenait un risque à attendre.

Les autres : Rien, ils n’ont pas eu de flux. Ils peuvent attendre…

 

En revanche, quand la puissance publique (ou sociale) vous pique d’autorité votre stock, là il y a un flux et donc un réel appauvrissement.

Si encore vous le récupérez par un avantage équivalent, mais même pas : C’est pratiquement toujours définitivement perdu, au moins pour une large partie !

Peut-être arriverons-nous un jour à faire comprendre tout cela aux élites de demain.

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Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/07/inummerisme.html

 

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