Inquiétudes…

18/04/2017 12:38

 

Ce que nous apprend l’initiative de « MacDonald-Trompe »

 

Alors que j’étais coupé du monde, le 7 avril dernier, 2017, en représailles à une attaque chimique touchant des civils le 4 avril au sud d’Idlib, 59 missiles de croisière Tomahawk sont lancés dans la nuit par deux destroyers de la classe Arleigh Burke en Méditerranée orientale pour le bombardement de la base aérienne d’Al-Chaayrate et auraient tué moins d’une dizaine de soldats syriens.

En 2009, plus de 1.700 Tomahawks avaient été tirés dans des opérations de combat, avec un taux de réussite de 85 à 90 %.

Précédemment et plus précisément le 12 octobre 2016, le destroyer USS Nitze (DDG-94) lance des Tomahawks sur trois stations radar tenues par les Houthis, suite à des tirs de missiles sur des navires les jours précédents.

 

Je rappelle que la décision de fabriquer une version tactique du missile stratégique mer-mer SLCM fut prise en 1972. Deux prototypes pouvant être tirés par un tube lance-torpilles furent mis au point : Le General Dynamics ZBGM-109 et le LTV ZBGM-110. Après essais, le BGM-109 Tomahawk fut retenu, et les premiers modèles de présérie virent le jour en 1977, pour finalement entrer en service opérationnel en 1983.

Rappelez-vous qu’en 1991, il en avait été fait grand usage contre les installations de Bagdad et qu’en 2004 est entré en service le RGM-109E qui, malgré une portée réduite, dispose de la capacité de reprogrammer le missile durant son vol pour attaquer une autre cible et peut survoler une zone cible pendant un certain temps, permettant l’évaluation des dommages à travers une caméra de bord et dont les coûts de production sont moitié moindres que celui des Block III.

Fin 2010, 4.805 exemplaires avaient été commandés. Et en 2013, un système de navigation pouvant être reprogrammé par liaison satellite, couplé à un autodirecteur recherchant des sources électromagnétiques permettant d’engager des cibles mobiles, tels navires ou systèmes de défense antiaérienne, est testé sur le Tomahawk IV.

En 2015, un test démontre la capacité du Tomahawk à détruire une cible mouvante au sol, en utilisant les informations fournies par un réseau de plates-formes.

C’est une munition redoutable : Complètement autonome sur des cibles « fixes », précis au mètre près après un vol de plus de 2.000 km, soit environ 2 heures et quart d’autonomie totale, les versions modernisées sont même capables d’obéir à un changement de destination et de détruire des cibles « mouvantes ».

Ce qui n’a pas été le cas en ce mois d’avril, précisons-le tout de suite.

 

Un engin qui ne coûte pas 3 millions de dollars comme je l’ai faussement annoncé précédemment, mais environ 1 million.

La poussée initiale pour l’éjection hors du tube de lancement est fournie par un moteur-fusée à carburant solide, relayé ensuite par un turboréacteur Williams F107 pesant 66,2 kg. Le missile est équipé d’un système de guidage inertiel et/ou d’un système GPS qui lui peut-être brouillé par des contre-mesures, ainsi que d’un autodirecteur à infrarouges pour une frappe assez précise (de l’ordre de quelques mètres). Mais il est capable de se guider seul par voie de reconnaissance-terrain et peut emporter plusieurs charges utiles, le BGM-109D Tomahawk emportant 166 sous-munitions de type BLU-97. Il vole à une vitesse subsonique de 880 km/h (environ Mach 0,7) et sa portée maximale est de 2.500 km. Un système nommé TAINS (en anglais « Tercom Aided Inertial Navigation System ») guide le missile tiré sur des cibles terrestres volant à une altitude variant entre 20 et 100 m (pour éviter la détection radar).

Un second système, nommé DSMAC (pour l’anglais « Digital Scene-Mapping Area Correlator », se prononçant « dee-smack »), stocke une représentation graphique de la cible telle que le missile doit la voir en phase finale, pour s’assurer que les deux correspondent.

 

Je vous passe les analyses et opinions relatives aux conséquences diplomatiques et géostratégiques de cet épisode « Trompe-pour-rien ».

C’est indéniablement une opération qui change du tout au tout d’avec l’administration démocrate « d’Au-bas-mât ».

Mais il n’y a pas que ça.

Chez les Russes, on cache finalement assez mal une sorte de contentement dont nous devinons la nature et la cause. Ils venaient en effet de recevoir le plus beau cadeau que les États-Unis pouvaient leur faire : Un test grandeur nature et en temps réel qui leur a permis d’évaluer ce qu’il adviendrait en cas d’attaque avec les missiles de croisière Tomahawk. Au vu de leurs réactions, cette évaluation semble avoir été très positive.

 

Les Russes, contrairement à nous, prennent la guerre très au sérieux. Pendant deux siècles, ils ont sacrifié des millions de vies, vu leurs terres brûler et leurs villes détruites, et savent que la prochaine sera pire que les précédentes. Ils ne se contentent donc pas seulement d’armer leurs soldats pour aller combattre aux frontières et à l’extérieur pour les protéger d’un éventuel ennemi. Sachant qu’il ne peut y avoir de guerre sans morts malgré tous les systèmes de défense existant, ils ont mis en place, partout en Russie, des systèmes de protection des civils. L’attaque surprise de la Syrie par des missiles de croisière américains s’est déroulée contre un pays sans bouclier, avec une défense anti-aérienne minimale et dont l’espace aérien est ouvert.

De surcroît, cette attaque a eu lieu dans le contexte d’un accord de quasi non-agression signé entre la Russie et les États-Unis, ce qui signifie que la voie était libre pour les missiles américains, que la Russie, pour respecter ses engagements, ne pouvait pas attaquer les Américains et que, par conséquent, les bateaux pouvaient continuer à tirer, impunément et dans une sécurité maximale, autant de missiles qu’ils voulaient sans être coulés.

 

Malgré cela, les mesures prises a minima par la Syrie et la Russie ont transformé cette attaque en un véritable fiasco et c’est ce qui reste inquiétant : Plus de 60 % des Tomahawk aurait été annihilés et les dégâts causés par les tirs restants ont été très limités.

D’après un expert allemand, les russes se seraient contentés d’utiliser son nouveau système de brouillage, le Krasuha-5, capable d’agir sur le GPS du missile ennemi pour bloquer ou modifier sa trajectoire rendant obsolète les Tomahawks…

Un système capable de « faire tomber les Tomahawk comme des mouches » ajoute ledit « expert », lequel ajoute qu’un certain nombre de missiles seraient tombés en Méditerranée avant d’atteindre la côte.

Je n’y crois pas : Le GPS n’a pas été utilisé et une partie du vol des missiles s’est déroulé au-dessus du Liban, loin des dispositifs russes.

Mais il est aussi possible que l’armée syrienne ait pu utiliser son propre système de missiles antiaériens et, comme on le voit, la défense qui était en place n’était pas à la hauteur de l’ampleur de l’attaque.

Quelle part de propagande dans ce diagnostic ?

Probablement important, les missiles utilisés, comme je viens de le dire, n’ayant pas eu besoin d’utiliser leur liaison satellitaire GPS pour atteindre leur cible.

Quant à faire abattre un missile volant au ras du sol à Mach 0,7 par la DCA, là, il ne faut pas rêver : C’est coup de chance hasardeux.

 

En revanche, ce que l’on sait, c’est que ce sont 61 engins qui ont été tirés.

2 tirs auraient avorté…

Et que seulement 35 à 39 auraient atteints leur cible.

Les autres se seraient perdus, une bonne partie en mer, une petite proportion après avoir abordé les côtes…

Il faut dire que la « reconnaissance-cartographique » au-dessus d’un désert relativement plat n’est pas forcément facile pour un robot, même le plus intelligent qui soit.

Et la leçon à retenir c’est qu’il y a eu environ 40 % d’échec, là où jusqu’à présent la munition était créditée d’un taux de réussite de 80 %…

C’est aussi ce qui personnellement m’inquiète, au moment même où nos propres missiles de croisière, nettement moins performant – le SCALP, 400 km de portée, 1,3 tonne dont 400 kg de charge, 850 K€ l’unité, directement inspiré de l’EXOCET – est entré en service en 2002 et dépend pour une large partie du système de guidage GPS américain…

Y’aurait-il des faiblesses inavouées et nouvellement révélées dans les armes US ?

 

Les stratèges militaires américains, loin d’être dupes des réactions amusées des Russes, ont certainement dû prendre conscience de leur erreur et doivent s’en mordre les doigts aujourd’hui. Ce qui fait dire aux adversaires politiques de « MacDonald-Tompe » aux États-Unis, qui pourtant se réjouissent de cette opération, que leur président est finalement à la solde de Moscou.

Notez quand même que les marins US chargés de l’opération avaient pris quelques précautions : Les missiles ont été tirés par-dessus le Liban pour contourner le système S400 russe.

De plus, le nombre de tirs, 59, semble avoir été nécessaire pour « saturer » le système antiaérien russe, selon le nombre de lanceurs S300 et S400 et des autres systèmes capables d’abattre les missiles présents là-bas.

Et les Russes auraient paraît-il gardé le meilleur « sous le coude », au cas où les missiles de croisière serviraient à vider les tubes antiaériens pour permettre un éventuel raid de B52…

Ce qui signifie quand même que la DCA syrienne a intercepté et détruit environ 34 missiles avant qu’ils n’atteignent la base aérienne de Shayrat, ce qui est énorme pour un engin « furtif » ou alors que les « empêchements-techniques » rendent l’engin peu-fiable.

 

Et de noter le rôle des radars russes qui seraient entrés en fonctions immédiatement après le premier tir de missile.

Car on sait par la voix du porte-parole de la Maison Blanche que les USA ont annoncé ne pas avoir prévenu les Russes avant l’attaque qu’ils s’apprêtaient à lancer sur le territoire syrien : « Nous n’avons eu aucun contact avec les dirigeants politiques russes. » Cela signifie que les USA ont en réalité voulu prendre de court les Russes.

Mais la surprise semble ne pas avoir bien fonctionné !

Ou alors, les matériels installés en Syrie par son allié russe sont vraiment très performants…

Ce qui est contradictoire avec le shoot d’un Sukhoi le long de la frontière turque en novembre 2015.

 

Ceci dit, le locataire de la Maison Blanche se taille enfin un costume de président déterminé derrière lequel le peuple américain a toujours aimé se ranger.

Et en s’en prenant aux intérêts russes, le Président des États-Unis démontre qu’il n’est pas sous l’influence du Kremlin comme les médias américains l’ont souvent dépeint.

D’un seul coup, il prouve qu’il est bien indépendant. Et c’est même lui qui dicte les règles du jeu.

En revanche, les dommages causés aux infrastructures militaires syriennes sont «négligeables ». La base al-Chaayrate « abritait un centre pour la fabrication de barils explosifs et un site pour équiper les missiles en substances chimiques », a précisé le 7 avril l’opposant Ahmad Ramadan.

Mais sur le plan politique, en réalité l’intervention américaine pourrait arranger « Poux-Tine ». En levant les suspicions qui pèsent sur lui, le président américain va pouvoir négocier plus librement avec son homologue russe. Et il le fera en donnant le sentiment qu’il le fait dans l’intérêt des États-Unis et non pour satisfaire le Kremlin. 

De plus et à toutes fins utiles, l’administration américaine rappelle aux Iraniens et à leurs alliés que l’arme chimique doit sortir de l’équation. Pas question d’y recourir, par exemple dans une attaque contre Israël, quels qu’en soient les motifs. Les États-Unis réagiront sans qu’il puisse y avoir le moindre doute.

Et la justification sera évidemment d’ordre humanitaire, avec pour seul souci celui de protéger les populations civiles. L’opinion mondiale n’aura pas de raison d’en douter comme elle le fait souvent.

 

Vous aurez aussi noté que l’opération s’est faite alors qu’il recevait Xi Jinping, le président chinois, dans sa luxueuse résidence privée de Floride. Et qu’il a choisi de ne pas embarrasser son homologue comme il l’a fait de façon routinière pendant sa campagne électorale.

Moi, j’en traduis qu’il a choisi de s’en accommoder. Au contraire, les frappes contre un régime que les Chinois cherchent à protéger montrent que le président américain utilise désormais moins le verbe et plus l’action pour faire passer son message.

Si ces explications sont les bonnes, alors on peut parier que la position américaine n’a pas changé. En d’autres termes, il n’y aura pas d’escalade militaire en Syrie. Et les relations avec la Russie ne vont pas se tendre. Elles devraient au contraire se renforcer.

Et pour ce qui est de la Chine, la priorité reste à la réduction du déficit commercial américain et à la liberté de navigation en mer de Chine. Les États-Unis ont envoyé un signal que les diplomates chinois n’auront aucun mal à décrypter en, de plus, renforçant leur dispositif naval de la flotte du pacifique aux abords de la Corée…

Les USA, s’en redevenir le gendarme du monde à part entière, redeviennent un acteur et pas seulement un spectateur.

Le reste est à suivre…

Mais c’est aussi pour me rassurer que j’avance ce genre de chose, parce que mes inquiétudes sur la capacité militaire américaine, qui semble tout d’un coup et en une soirée avoir perdu de sa superbe, restent sérieuses…

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2017/04/inquietudes.html

 

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