Et demain en Europe ?

27/06/2016 16:00

 

Tout reste à faire…

 

Le résultat du vote britannique est enfin tombé jeudi soir, juste après que j'arrive à Monaco : Beau temps, ciel étoilé, chaudes températures, mer calme.

Surpris par les résultats ?

Pas vraiment : Il suffisait de suivre les cours des obligations et du marché des changes, un marché qui ne ferme jamais, sur les coups de 23 heures ou juste avant, quand les « robots » ce sont mis soudainement à « travailler » la Livre là où justement certains se sont pris d'énormes claques préfigurant la journée de bourse du vendredi : On y reviendra…

 

Vous croyez que ce sera désormais « plus simple » ?

Pas du tout, pas du tout !

Il reste tellement de choses à faire en Europe et notamment répondre « aux colères » des peuples, aux défis démocratiques que traduit ce scrutin, en plus de la prochaine crise systémique, à la « Balkanisation » et au retour des empires en Europe centrale et orientale, les vraies bombes de l’échec de l’intégration européenne, et de la crise euro-russe !

Et ça va être coton…

 

En 2014, nous avons assisté, impuissants au délitement du flanc oriental de l’UE suite au différend euro-russe. À peine deux ans plus tard, les dégâts deviennent visibles.

Si l’Europe et la Russie ne parviennent pas à renouer le dialogue, le pire est à attendre dans cette partie de l’Europe où les anciens démons sont en pleine résurrection (guerre froide, guerres européennes, balkanisation et logiques d’empire… et de glacis, où les avions de guerre se croisent et se recroisent au risque d’incidents graves), et où tous les échecs de la politique d’élargissement de l’UE commencent à se révéler.

 

Le plus grand échec de ces 30 dernières années de construction européenne est bien la politique d’élargissement aux pays de l’ex-bloc soviétique.

On a laissé s’installer une politique mue essentiellement par l’âpreté au gain des entreprises d’Europe de l’Ouest (et au-delà des USA et de son TAFTA) aux dépens de l’intégration politique du continent dans son ensemble et des populations de l’Est en particulier.

Il n’est que d’évoquer les faibles taux de participation aux élections européennes dans cette région qui était pourtant si avide de rentrer dans l’UE.

Et qui valent bien les nôtres en Europe occidentale et autres élections…

Le flanc oriental de l’UE est désormais un patchwork de pays mus par des motivations différentes, intégrés à des degrés divers et traversés par des intérêts de toutes natures. Les risques de délitement et de conflits sont désormais très importants et menacent le projet européen, bien plus qu’une sortie du Royaume-Uni.

C’était déjà « marqué » comme ça avant leur récent référendum.

 

Force est de constater que la crise euro-russe de 2014 a créé les conditions d’une dislocation de cette région, désormais tiraillée entre d’innombrables intérêts et avenirs possibles. La montée des extrêmes-droites dans les urnes, notamment, date de 2014, comme par hasard…

La conscience de ces dangers amène à anticiper que les Européens doivent et parviendront à mettre fin aux sanctions contre la Russie à la fin de l’année.

Je ne suis pourtant pas à proprement parlé un « pro-russe » : Pour moi, ils sont bien là où ils gîtent, du moment qu’ils ne se mêlent pas des affaires ne les concernant pas.

Même si le rôle de « Poux-tine » reste important pour le règlement des conflits contre l’EI, il faut bien le reconnaître.

Il avait besoin d’un « terrain de jeu » pour « tester » grandeur nature ses nouveaux matériels qui ont partiellement brillé (hors le « shoot » turc contre ses avions, par deux F 16 antédiluviens ou presque…)

Si jamais ils n’y arrivaient pas, la dislocation de cette région du monde n’ira probablement pas sans une explosion de tensions dans cette région et entre l’Europe et la Russie.

Explosion dont le détonateur pourrait bien se situer dans les Balkans d’ailleurs, qui participent bien sûr à l’équation du moment.

 

Dans les faits, il convient de regarder la disparité de cette zone d’élargissement post-chute du mur.

Certains pays sont membres de tous les niveaux d’intégration européenne (UE, euro, Schengen), à savoir la Slovénie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Slovaquie. Cette liste révèle une certaine aberration à voir figurer les trois pays baltes en lieu en place de la Pologne ou de la République tchèque qui sembleraient des membres complets beaucoup plus logiques…

D’autres pays sont membres de l’UE et de la zone Schengen, mais pas de la zone euro : Pologne, République Tchèque, Hongrie.

D’autres ne sont membres que de l’UE, parfaits membres de seconde zone, tels que la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie. Certes, il s’agit des derniers arrivés, mais les réticences de fond à voir ces pays accéder au privilège de la liberté de déplacement (zone Schengen) semblent bien ancrées.

Et puis il y a les pays-candidats, coupés de tout avenir autre qu’européen, qui se voient indéfiniment promettre la prise en compte de leur demande d’adhésion, indistinctement mélangés entre membres réellement potentiels et affabulations complètes : pays des Balkans, Ukraine, Turquie, Géorgie…

Et ils piétinent d’impatience.

Au moins, l’Islande a tiré un trait sur cet avenir et se redresse sûrement et les britanniques viennent de sortir pour entrer en zone d'avenir difficile…

 

Ces différents niveaux d’intégration et droits différents créent un sentiment de castes et de vraies inégalités de traitement dans la région : Les pays qui ont intégré la zone euro correspondent aux seigneurs de la région.

Et encore, les « Pigs » posent toujours des problèmes pas totalement résolus…

À l’inverse, la Roumanie (qui est pourtant le pays qui a candidaté le premier à l’UE, dès 1995) et la Bulgarie, en n’étant pas dans Schengen au moment où Schengen se renforce, risquent de se retrouver de l’autre côté du mur que dresse actuellement le reste de l’Europe.

D’autant que le Conseil s’est enfin mis d’accord sur une police commune des frontières, après 25 ans de négociation !

C’est passé un peu inaperçu pour cause de référendum britannique, mais une solution moyenne entre un transfert total de souveraineté et l’éparpillement actuel a été trouvée : Cette « police des frontières » sera à « géométrie variable » : Mutualisation des moyens et effectifs, notamment en fonction des urgences, sauf pour ceux qui la refuse.

Dans ce cas, le périmètre géographique des compétences de ce corps sera restreint aux seuls membres qui l’acceptent.

Une telle évolution exclurait de fait et dans un premier temps ces deux pays (Roumanie et Bulgarie), les renvoyant à une région des Balkans dont le sort a de quoi inquiéter si l’Europe et la Russie ne parviennent pas à s’entendre à nouveau, comme on l’a vu maintes fois.

 

Mais pas seulement : On parle toujours de l’axe de disparité est-ouest. L’Europe centrale et orientale est en réalité loin d’être homogène. Si l’on regarde les salaires moyens, l’amplitude se situe entre 350 euros en Bulgarie et 1.092 euros en Slovénie.

La Slovénie se situe au niveau de salaire des pays les plus pauvres d’Europe de l’Ouest (Portugal et Grèce, légèrement au-dessus de 1.000 euros).

En revanche, les bulgares ne reçoivent en moyenne qu’un tiers de cette somme, soit moins que les Chinois…

La Bulgarie nouvel « atelier de l’Europe », comme la Chine aura été celle du monde ?

Elle en est bien incapable sans de très lourds investissements qu’ont pu se payer les chinois…

 

En matière de chômage, l’amplitude maximale se situe entre la République tchèque (4,5 % de taux de chômage) – correspondant au niveau de l’Allemagne –, et la Croatie (15,1 %) – avec la Slovaquie juste avant (10,3 %), correspondant à la moyenne de la zone euro (incluant les 20 % de chômage espagnol et les 24 % de chômage grec).

 

Quant à la croissance, si l’Europe centrale et orientale s’en sort bien dans son ensemble, ce qui est normal compte tenu du processus de convergence induit par l’intégration à la zone économique UE, on y distingue quand même de vrais champions de l’UE comme la Roumanie (3,8 %) suivie de la Pologne et de la Slovaquie (3,6 %)… mais aussi des pays plus lents comme la Croatie (1,6 %) – l’Estonie, quant à elle, est seulement à 1,1 % de croissance mais on a vu que ses niveaux de salaires élevés indiquent un niveau de développement de type Europe occidentale, en phase de stabilisation.

 

Toutes ces données permettent de constater qu’il n’existe pas de cohérence dans les atouts de chacun de ces pays : Par exemple la Roumanie croît plus vite que la Bulgarie alors que ses niveaux de salaire sont déjà bien au-dessus ; ou encore que la Slovaquie peine avec ses 10,3 % de chômage pour des niveaux de salaire pourtant identiques à ceux de la Pologne qui n’est qu’à 6,8 % de chômage…

Et les pays les plus touchés par la pauvreté présentent une liste encore différente : Bulgarie, Roumanie, Lettonie et Hongrie sont les plus affectés alors qu’ils figurent dans des catégories très différentes sur des indicateurs de chômage, de salaires ou de croissance.

La Hongrie en particulier doit être très inégalitaire si l’on compare ses plutôt bonnes performances économiques et ses risques de grande précarité.

 

Tout ceci révèle un formidable échec de convergence économique qui était pourtant la motivation principale à l’entrée dans l’UE. Ces disparités sont tout aussi criantes en Europe occidentale mais la motivation économique à l’entrée dans l’UE concernait surtout trois pays (Portugal, Espagne et Grèce), alors qu’elle concerne la totalité des pays d’Europe centrale et orientale.

Le sentiment de déception est donc inévitablement beaucoup plus fort dans ces pays : On leur a vendu l’intégration en leur faisant miroiter un profit rapide qui n’est pas au rendez-vous.

La convergence économique assortie à l’intégration à la zone économique commune s’avère finalement être un énorme mensonge…

Et qui sort des urnes au fil des consultations populaires ?

Devinez…

Très naturellement des europhobes !

 

L’échec d’intégration et la crise euro-russe ont en outre transformé l’Europe centrale et orientale en véritable foire d’empoigne. Les intérêts étrangers qui s’y affrontent sont bien sûr l’UE, la Russie et … les États-Unis.

De quoi se mêlent-ils, eux aussi, au juste ?

Toute l’Europe centrale et orientale souhaite rester dans l’UE mais certains voient dans l’Europe une simple extension de l’Amérique dont ils exigent la protection (pays baltes, Pologne), tandis que d’autres réclament que leur participation à l’UE ne les coupe pas de leur grand voisin russe (Hongrie, Slovaquie, Bulgarie).

Les hostilités sont déclenchées et les grands puissances jouent de tous leurs outils d’influence : OTAN en ce qui concerne les États-Unis, propagande du côté russe… et du côté occidental aussi puisque l’OTAN passe son temps à parler de contre-propagande.

 

Et le rôle des religions, des deux côtés, ne sont pas moins criantes.

À vous, on ne cause que d’actes-islamophobes pour vous expliquer que vous êtes globalement des « salopards de racistes anti-beur », voire un brin antisémites.

Jetez donc un œil sur ce que l’on vous cache répertorié quotidiennement sur le site del’observatoire de la christianophobie : Pas un jour, depuis des mois et des mois sans qu’il y ait plusieurs occurrences d’agressions, meurtres, pillages, exécutions, vols, dégradations de lieux de cultes ou de cimetières qui ciblent les religions du Christ.

Certes, la plupart se passent loin de vos « journaleux ».

Et pourtant, rien qu’en « Gauloisie-Fille-Aînée-de-l’Église » des papistes, ces faits se perpétuent à raison de trois à quatre par semaine dans le grand silence de vos médias.

Vérifiez, SVP…

C’est un phénomène généralisé, notablement plus important que tous les actes antisémites réunis sur le territoire de la République – laïque et garantissant le libre exercice des cultes pour tous…

 

En Europe orientale, c’est un peu différent. Depuis la fin du communisme, le sentiment religieux, bridé pendant les décennies soviétiques, a explosé en Russie et dans les pays d’Europe centrale et orientale.

À la manœuvre derrière cet authentique retour à la foi, on a vu dès le début des années 90 tout un tas de sectes évangélistes (des « hérétiques-huguenots »), notamment des « Témoins de Jéhova », venues d’outre-Atlantique s’installer dans les campagnes de Roumanie et d’ailleurs, avec parfois beaucoup d’argent et des programmes sociaux détournant facilement ces oies « blanches » de leurs religions historiques (catholicisme et orthodoxie).

L’orthodoxie russe a mis un peu plus de temps à revenir mais elle est maintenant bien là.

Par exemple, la Roumanie se couvre actuellement de monastères orthodoxes bien plus vite que d’hôpitaux, y compris dans les régions de l’Ouest historiquement catholiques comme en Transylvanie…

Une situation qui résulte d’ailleurs de l’époque communiste durant laquelle l’athéisme des Ceausescu a composé avec la puissante ferveur du pays en imposant une religion unique, l’orthodoxie, pour des raisons évidentes de basculement vers l’Est.

 

Ceci dit, vous vous rendez bien compte que tous les réalités de ces disparités, économiques, sociales, politiques et même religieuses, ne font du « chantier Europe » qu’un vaste territoire en forme de patchwork multicolore auquel il faut rajouter les histoires nationales éclatées et une multitude de « barrières des langues ».

Pendant ce temps-là, les britanniques, pour des raisons de politique interne, ont su mettre la planète à cran, faisant détourner les yeux des citoyens européens des « vrais problèmes ».

Magnifique de cécité !

Cruel d’autisme…

 

Quant aux instances européennes, elles en sont toujours à se bagarrer sur des combats d’arrière-garde sur les pesticides, sur les qualités putatives de l’huile de palme, la couleur des chiottes de la Commission et autres billevesées.

Franchement, j’espère que maintenant que la tempête du « Brexit » est passée, on entre enfin dans une nouvelle ère de convergence, en commençant au moins par la fiscalité directe (pour mettre fin au dumping en alignant tout le monde sur le « moins disant »), l’indirecte étant déjà bien avancée (hors les 200 « droits-indirects » gaulois qui n’existent nulle part ailleurs) afin de construire une vraie Europe des peuples à travers une Europe sociale, pourtant bien avancée sur le terrain…

 

Il se trouve que la « Gauloisie-éternelle » est en avance au plan des accords de sécurité sociale bilatéraux à travers le monde, calquée sur les règlements européens inspirés par le droit de la sécurité sociale gauloise, et qu’il manque une uniformisation « équitable » pour tous du droit du travail qui tarde à émerger en « Gauloisie-du-labeur » où mon pays pourrait jouer un rôle de leader.

Après tout, sous la pression de « la convergence », l’Allemagne est passée sous un régime équivalent au SMIC, les anglais y , même après le « Brexit », aussi et jusqu'aux USA : C’est dire !

Chez nous c’était en 1968 (1950 pour son ancêtre, le SMIG).

Nos entreprises et tissu social ont donc quelques décennies d’avance que personne n’ose exploiter, encalminé, tétanisé par les manifs’ anti-loi « El konnerie ».

Quelle absurdité, finalement…

 

C’est dire aussi que passé le « tragi-comique » du « Brexit » (autre absurdité par l’importance qu’on a voulu lui donner), il s’agirait de se retrousser les manches et d’aller enfin de l’avant !

On ne peut pas rester indéfiniment au milieu du gué de l’intégration européenne.

Avec ou sans les britanniques, ces empêcheurs d'avancer, d’ailleurs.

Il faudrait que vos trisomiques se réveillent enfin.

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Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/06/et-demain-en-europe.html

 

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