Economie : le modèle anglais (I)

16/12/2015 14:28

 

London-City

 

Ces incroyables britanniques…

 

Si la vie reste chère à Londres, la crise sociale qui les touche comme partout ailleurs ne leur fait pas perdre leur flegme légendaire.

Pendant que nous, nous votons pour un retour à l’entre-deux-guerres, eux préparent l’avenir de la seconde moitié du XXIème siècle à coup de pounds.

Et ils ont des exigences.

On se rappelle que la Grande-Bretagne a rejoint le processus européen en 1973, en traînant les pieds.

Elle voulait une Europe « libérale » et croyait dure comme fer que l’abolition des frontières douanières au sein de l’Euroland, entre voisins, serait un moteur de croissance pour tous les européens.

 

Plusieurs crises sont passées sur ce doux-rêve et la perfide Albion a vacillé plus qu’à son tour entre chocs pétroliers dont les anglais se sont bien sortis grâce à leurs gisements de mer du Nord (ils parlent désormais d’exploiter sans contrainte écolo-logiste leurs schistes en Écosse), la guerre des Malouines (dites Falkland chez eux), les crises économiques et monétaires successives, mais a tenu bon avec sa menue-monnaie restée hors zone Euro.

Vous vous rendez compte, ils se passent sans problème de la première masse M1 (les billets de banque et les comptes à vue) du monde devant le dollar américain, qui croît de 5 % l’an, alors que la leur suit à peine l’évolution des prix…

 

En 2013, lors des dernières élections, « David Camé-Rhône » s’était engagé à organiser un référendum sur une possible sortie de l’Europe, et tout ceci sur fond de crise de la Zone euro, de crise grecque et de demandes pour plus (ou moins) d’intégration politique et économique au sein de l’UE.

Du libéralisme souhaité, espéré, l’Euroland s’oriente vers un fédéralisme qui tient chez eux – avec 4 nations réunies autour de l’Union-Jack – comme par miracle séculaire.

Un référendum qui devrait être organisé l’année prochaine.

Et les milieux d’affaires et politiques s’en inquiètent sur place : Risquons-nous d’assister à un départ du Royaume-Uni en 2016 ?

À mon sens, cette fois : Oui, il y a des convergences claires en ce sens.

Même si justement l’Écosse et Belfast pourraient faire sécession à cette occasion.

Mais rien n’est encore joué, rappelle-je.

 

Cette volonté de quitter l’UE ne date pas de la dernière pluie : Londres n’avait effectivement rejoint le processus européen (à l’époque la Communauté économique européenne), en 1973, qu’en faisant régulièrement entendre sa différence. Ces dernières années, alors que l’UE ne cesse de s’élargir, de s’alourdir, de se compliquer, que les divergences au sein des pays membres ne font que s’accentuer et que certains réclament une plus grande intégration, le Royaume-Uni se sent manifestement de moins en moins à l’aise dans ce mariage de raison et envisage ouvertement le divorce.

 

Les derniers soudages donnent le « oui » au Brexit gagnant. Parce que le Royaume-Uni a beaucoup à reprocher à l’Union européenne, ce qui n’étonnera personne.

Le pays a refusé d’intégrer la Zone euro et milite très clairement pour une vision de l’UE libérale, reposant principalement sur un grand marché commun originel.

Et depuis son entrée dans la CEE, Londres a obtenu un régime assez particulier constitué de nombreuses exemptions et dérogations.

Pour Londres, l’Europe c’est donc « à la carte », pas « au menu » … imposé de la cantine par les cuistots eurocrates.

De toute façon, ils ont raison : Il leur manque un art culinaire « pointu », pour avoir agrégé toutes les nourritures de l’Empire, tel que ça reste partiellement invivable pour un palais continental, même s’ils apprécient les bons vins presqu’autant que la bière.

Quoique, leur préférence en la matière reste pour les blancs, des vins à forte concentration de sulfite (nécessaire pour sa vinification, qu’on ne trouve pas en de telles quantités dans les vins rouges), ce qui donne mal au crâne assez rapidement quand on en abuse.

Et puis ils se sont mis au café « qualité ritale », ce qui est mieux que le « ricain ».

 

Et de remarquer que ces dernières années, certains pays plaident au contraire pour une Europe plus fédérale, souhaitant la mise en place de plus d’unité en matière de législation, d’écologie, de droit du travail ou encore de politique étrangère ou de défense.

Or, ça, vu de l’autre côté de la Manche, cela ne passe pas du tout.

Rares sont les Britanniques qui adhèrent à cette vision plus fédérale de l’UE. 

 

Pour résumer, disons que les Britanniques se partagent entre ceux qui souhaitent quitter l’Europe et ceux qui veulent y rester, mais uniquement pour la faire évoluer de l’intérieur.

Bien sûr, dans un camp comme dans l’autre, les raisons des partisans du « In » qui se sentent tout autant européens que d’autres, et ceux du « Out » qui ne s’y retrouvent plus, sont diverses et variées.

Certains espèrent plus de libéralisme, d’autre une vision plus « sociale-démocrate » pour ne pas dire « socialiste » (deux termes qui n’ont les mêmes significations que sur le continent).

Tactique intermédiaire et de pure logique : Dans tout processus de rupture, avant que celle-ci ne soit consommée, il faut en passer par la phase de négociations.

Celle-ci vient de prendre forme avec la lettre adressée par le Premier Ministre au président du Conseil européen.

Y sont regroupées les demandes du Royaume-Uni pour se maintenir dans l’Union européenne : 

 

– 1. Moins d’importance accordée à l’euro.

Une des principales craintes de Londres est la mise en place d’une Europe à deux vitesses, avec d’un côté les pays membres de la Zone euro – disposant d’un droit de décision renforcé en particulier en matière financière –, et de l’autre les pays non-membres et de fait de « seconde zone », comme la Pologne qui ne s’y retrouve pas.

Le Royaume-Uni ne tient ni à abandonner la livre sterling, ni la City !

Ni devenir des « secondes zones ».

 

– 2. Plus de libéralisme.

Dans sa lettre, « David Camé-Rhône » a rappelé l’importance du marché unique et a demandé son extension aux biens et services et pas seulement aux hommes et à la finance.

Ils y croient.

D’autant qu’il a en outre appelé à un allègement des réglementations imposées par Bruxelles ainsi qu’à la multiplication de partenariats commerciaux avec les principaux marchés de la planète dont les États-Unis, le Japon ou l’Asie du Sud-est.

C’est là qu’est l’avenir de l’Europe de leur point de vue, de sa croissance et de sa prospérité, en pensent-ils.

 

– 3. Moins de fédéralisme.

La fin de l’obligation d’évolution de l’Union européenne vers plus de fédéralisme.

Londres tient à sa souveraineté nationale, et le fait savoir. Le PM demande en outre que les parlements nationaux disposent d’un droit de véto contre les directives européennes…

Notez que chez nous, on ne les applique pas par défaut de mesures légales d’intégration…

C’est plus « soft » mais ça revient au même.

 

– 4. Limitation des droits des immigrés européens, et tout particulièrement en matière de prestation sociale.

La lettre précise que ceux-ci seraient tenus de cotiser 4 ans au Royaume-Uni avant de pouvoir bénéficier d’aides sociales.

Comme elles ne sont « pas terribles » et vont se raréfier, c’est un détail, mais ce pourrait justement et à-propos, devenir un point de blocage.

Autrement dit, la version îlienne de la « préférence nationale » : On y viendra tous tôt ou tard…

 

Il a prévenu que ces 4 demandes étaient une base à de futures discussions et non un couteau posé sous la gorge de Bruxelles. Tant mieux car non seulement aucun pays européen ne souhaitent le « Brexit » et que, en l’état, ces demandes sont fortement problématiques.

Ne serait-ce parce que certaines d’entre-elles nécessiteraient, pour être mises en place, une modification des traités.

Ce qui reste compliqué et chronophage.

C’est le cas par exemple de la formule rappelant que les pays membres s’engagent à une union toujours plus étroite. Or un changement en profondeur des traités doit passer par un référendum dans les pays européens.

Je vous laisse imaginer le boxon…

 

L’autre demande qui coince sérieusement du côté de Bruxelles, c’est la limitation des droits des immigrés européens qui instaurerait, de fait, une discrimination entre les citoyens européens.

Les pays d’Europe centrale et de l’Est se sentent particulièrement visés par cette demande et se sont déjà déclarés extrêmement opposés à cette demande britannique.

Les (plombiers) Polonais sont devenus la cible préférée de certains tabloïds et hommes politiques un poil populistes – cela vous rappelle-t-il quelques souvenirs ?…

Pour le reste, disons que le Royaume-Uni est depuis longtemps une exception au sein de l’Union européenne et que certaines des demandes britanniques pourraient être satisfaites par des contournements des règles existantes plutôt que par leur refonte.

 

Pour l’instant donc, les discussions – même si elles sont tendues – sont loin, très loin d’être parvenues au point de rupture.

Le premier ministre de sa très gracieuse majesté a indiqué, début novembre, qu’il souhaitait que ses demandes soient examinées avant le prochain sommet européen, le 17 décembre.

Mais, flegme britannique oblige, le Foreign Office a aussi précisé que le Royaume était ouvert à une plus longue période de discussions.

D’autant que le 17 décembre, c’est demain…

 

Là-dessus, ils sont prêts à assumer les conséquences d’un « Brexit », même si ça va leur coûter cher (et chaud), et même si on ne sait pas encore combien ni comment.

Tout ce que voit la City, c’est de pouvoir encore attirer des talents entre leurs murs et là, ils ont plus d’atouts que « Das Groβ-Paris », même si le statut spécial des impatriés va disparaître et s’ils ne font pas l’effort de causer « francilien-natif » qu’ils comprennent pourtant parfaitement, parfois dans des nuances que je n’imaginais pas, pour décoder parfaitement mes « jeux de mots » et autres « contre-pêts » glissés çà et là !

 

Personnellement, ce qui m’a étonné c’est l’urbanisme débridé de la ville.

Se côtoient des bâtiments de style victorien, avec d’autres en brique, bordant leurs « streets and roads » sur des niveaux différents, avec des quartiers tout en hauteur.

On est loin du style haussmannien parsemé de quelques bicoques ou monuments de style « Viollet-Le-Duc ».

Ils ont carrément des quartiers « la Défense » épars en centre-ville : À certains endroits, on se croirait à Broadway, comme à Piccadilly-Circus, même pas 10 minutes à pied de Buckingham-palace à travers St-James-Park, la moitié du bois de Vincennes en plein centre-ville…

Étonnant. 

 

À l’étroit dans ses murs, l’antique City a autorisé la construction de plusieurs immeubles de très grande hauteur ces dernières années pour attirer le plus d’entreprises possibles. La concurrence avec d’autres quartiers de Londres est féroce, notamment avec Canary Wharf, le nouveau quartier de la finance bâti à l’Est de la capitale sur le site des anciens docklands laissé en jachère urbaine parce que les bateaux étaient devenus trop gros pour entrer dans le bras de mer qu’est la Tamise : Hauteurs des marées, 5 à 7 mètres au pied de Big-Ben…

 

HSBC, Barclays, JP Morgan, Citi, Morgan Stanley, Crédit Suisse… À regarder les logos sur les gratte-ciels de Canary Wharf, le visiteur pourrait avoir l’impression que toutes les grandes banques de Londres s’y sont installées.

Ce quartier d’affaires ultra-moderne construit sur les friches des anciens docks a pourtant connu des débuts difficiles.

Les premiers immeubles ont été commercialisés en 1991, en pleine récession. Au départ, seuls 2.000 salariés travaillaient dans un quartier encore peu prisé malgré une bonne desserte en transports en commun (hors de prix également et parfois vétuste à un point inimaginable dès que l’on dépasse Waterloo-Station : On hésite même à s'assoir sur les banquettes). 

 

On vous explique que le développement de Canary Wharf est ensuite allé très vite. Le « big bang » des services financiers, à la fin des années 1980, donne naissance à des métiers qui requièrent de la place. La City, traditionnel centre des affaires au cœur de Londres, ne suffisait plus.

« Les banques cherchaient de grands plateaux pour installer leurs salles de marché. Les gratte-ciel de Canary Wharf leur offrent des surfaces qu’elles ne pouvaient trouver dans le centre de Londres», explique l’ancien responsable de l’aménagement de la City aujourd’hui professeur au University College London.

Certaines déménagent dans le nouveau quartier pour regrouper sur un seul site des activités auparavant éclatées dans plusieurs immeubles.

Et les groupes étrangers choisissent presque tous Canary Wharf pour y installer leurs banques d’investissement européennes, d’autant que le prix du mètre carré y est moins élevé que dans la City. 

 

Aujourd’hui, le nouveau quartier, qui appartient à une société privée, s’étend sur plus de 50 hectares, compte 37 immeubles et cinq centres commerciaux. Un million et demi de mètres carrés au total. Quelque 110.000 salariés travaillent à Canary Wharf, dont 41.000 dans le secteur bancaire, selon la British Banker’s Association (BBA).

La City serait encore un peu au-delà avec 51.000 salariés dans le secteur bancaire mais selon d’autres décomptes, Canary Wharf serait même passé en tête.

Et ce n’est pas fini. Aux quatre coins du nouveau quartier, des grues s’activent pour livrer de nouveaux immeubles.

La Société Générale occupera les huit premiers étages d’une nouvelle tour à partir de 2019. Les 3.000 salariés de la banque gauloise outre-Manche sont aujourd’hui répartis sur plusieurs sites au centre de Londres.

 

Mais la City n’a cependant pas dit son dernier mot. Les banques ont pu occuper des locaux libérés par d’autres secteurs qui ont quitté le centre, comme celui de la presse sur Fleet Street.

Et depuis une petite dizaine d’années, commencent aussi à sortir de terre des gratte-ciel, que les Londoniens ont affublés de surnoms comme le « cornichon », la « râpe à fromage » ou le « talkie-walkie » assez extraordinaire, avec à ses pieds des petites églises pas très loin de St-Paul Cathédral.

Résultat, les surfaces disponibles augmentent dans la City.

Certaines banques, comme RBS, Goldman Sachs, Rothschild ou Lloyds, n’en sont pas parties.

A six kilomètres l’un de l’autre, l’ancien et le nouveau quartier d’affaires sont tous deux en expansion. « La City n’aurait pas survécu sans Canary Wharf», estime le prof.

La City offre désormais un profil plus diversifié, avec les sièges de grands assureurs comme Prudential et Aviva, ou les grands cabinets d’avocats d’affaires.

 

Et ils n’ont pas manqué de nous présenter le « Treillage ».

Un projet ainsi baptisé par les londoniens parce que ses façades évoqueront – vaguement – des croisillons de bois destinés à supporter des plantes grimpantes.

Ce nouveau projet de gratte-ciel de 73 étages, plus haut que la Tour Eiffel, a été dévoilé lundi dernier. Il sera construit au cœur de la City, à deux pas des autres tours comme le « Cornichon » ou la « Râpe à fromage ». Avec une hauteur de 310 mètres – la limite imposée par les autorités de contrôle aérien –, ce sera le plus haut immeuble du quartier et il sera à égalité avec le « Shard », la magnifique et plus haute tour d’Europe qui domine déjà la rive sud de la Tamise.

La vue y est extraordinaire, mieux que depuis le haut « London Eye », la roue construite pour le millenium (et qui devait être démolie l’année suivante).

 

Le « Treillage », conçu par l’architecte britannique Eric Parry, comprendra 90.000 mètres carrés de bureaux, un espace ouvert au public au dernier étage et le restaurant le plus haut de Londres.

Au pied de la tour, une large place est prévue.

Le site est actuellement occupé par l’immeuble de l’assureur Aviva, haut de 28 étages, qui sera détruit.

Le projet ne devrait pas être finalisé avant la prochaine décennie.

Un autre gratte-ciel de grande hauteur est encore prévu dans la City, mais il sera un peu moins haut (288 mètres).

 

Alors quoi, deux gratte-ciels dans la même décennie, dans le même quartier, ces gars-là, Euro, Europe ou non, ils croient vraiment dans leur avenir, c’est à n’en pas douter.

Une bouffée d’oxygène quand on vit dans des pays en crise, sociale, politique, économique, monétaire, qui se vautrent dans le « bashing ».

Chapeau les britishs : Quelle leçon !

J’ai bien aimé (sauf la bouffe).

 

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Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/12/london-city.html

 

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Sujet: Economie : le modèle anglais (I)

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