Début de semaine difficile…

21/11/2016 23:47

 

Et comme annoncé,

 

Je ne cause pas encore du scrutin d’hier…

Eh, dites donc, 2.700 km pour 28 heures au volant sous la pluie, la neige, juste pour payer 2 euros et avoir le droit de voter pour « Juppette », le tout entre jeudi après-midi et hier soir, faut le faire, hein !

Et je remets ça la semaine prochaine…

Je sens que la « grosse-fatigue » me guette – je n’ai plus 20 ans non plus, le temps où j’allai casser le mur de Berlin avec mon petit-marteau et mon burin et retour le lendemain – d’autant que j’ai un déplacement prévu en Hongrie dans la semaine qui suit !

1.400 km à se coltiner aller-retour…

Mais là, c’est pour m’en mettre plein la vue à travers la Slovénie, faire des repérages pour le prochain « roman d’été » et « activer » quelques correspondants de « mon boss-à-moi » sis sur place.

 

En attendant, je suis reparti moins kon du Rocher des Grimaldi que je ne suis arrivé.

Bé oui, « mon Boss-à-moi », il tenté de m’expliquer deux ou trois choses qui me dépassaient jusque-là. Tout le monde se posait la question de savoir pour quelle raison les bourses américaines enflaient, le dollar pérorait, l’or baissait, les taux d’intérêt explosaient et quelques autres billevesées du même bois.

Et il peut en effet sembler paradoxal que celui qui avait fustigé durant la campagne les liens entre « Pine-tonne » et Wall-Street devienne, à peine élu, le champion de la finance.

C’est que dans les couloirs, les avis divergeaient, entre les étages également, dans les rues aussi et je ne vous cause même pas du bistroquet du coin !

 

Les mieux informés remarquaient que les femmes doivent finalement retourner derrière leurs fourneaux, raison pour laquelle elles ont voté pour lui à 48 %…

Non mais ne rigolez pas, je l’ai entendu !

Ils en disent que tous les Mexicains vont être virés, raison pour laquelle ils ont voté pour lui à 38 %…

Que finalement, c’est normal, « les Américains sont tous des bourrins trop bêtes, au QI d’un pétoncle. »

« Trompe » est un monstre, c’est entendu. Il est un raciste, fasciste, xénophobe, sexiste, grossier et gouailleur. Mal éduqué, plouc comme tous les américains qui n’apprécient pas un bon camembert, bien affiné, arrosé d’un verre de vin-fin.

« Qui se ressemble s’assemble ! »

 

Ce qu’il dit pourtant c’est qu’il faut en finir avec la mondialisation qui appauvrit et qui n’enrichit plus personne.

Qu’il faut en finir avec l’immigration y compris syrienne mais que l’on est généreux et humain et qu’on ne va pas laisser mourir les gens, mais qu’on les protégera chez eux !

Pas aux USA !

Qu’il faut en finir avec la corruption massive…

Qu’il faut en finir avec la trahison d’une caste corrompue qui a oublié de servir le peuple pour se servir d’abord elle-même.

Qu’il faut faire revenir les usines aux États-Unis.

Qu’il faut évidemment refuser les traités de libre-échange !

Bref, il est « antisystème ». 

 

Il dénonce le système, qui a soumis les démocraties, dompté les peuples, corrompu les élites. Un totalitarisme-mafieux qui ne connaît ni couleur, ni religion, ni nationalité.

Qui est la conjonction d’intérêts privés financiers et monumentaux incarnés à travers les grandes multinationales dont le seul objet est le profit maximum même au détriment de l’intérêt général quitte à corrompre tout le monde avec les marges ainsi dégagées.

Et de noter que finalement, les peuples de la planète n’ont jamais été aussi peu ennemis les uns des autres depuis la « globalisation ». Simplement, ils se sont laissé confisquer leur souveraineté. Leur droit de décider de leur avenir, de leur économie, de leurs modèles nationaux et aussi de la paix ou de la guerre.

Comme les anglais avec leur « Brexit ».

Pas comme les grecs ou les chypriotes et leur soumission totale aux diktats financiers européens et supranationaux !

 

Ça, c’était pour les plus avertis et les plus rapides à retourner leur veste prestement.

Mais il y a un autre niveau de compréhension de la situation : Pour mon « Boss-à-moi », les Américains ne sont finalement pas aussi stupides qu’on veut bien nous le dire. Ils ont bien vu le chômage monter, la paupérisation se répandre, la disparition de leurs usines comme de leurs classes moyennes, le nivellement par le bas, l’invasion migratoire qui, sous des atours de générosité, ne sert en réalité que le système en exerçant une pression terrible à la baisse des salaires. Ils ont vu tout cela. Et ils ont voté « Trompe » car le système, dans sa totalité, protégeait « Pine-tonne » qui protégeait le système.

Mais bon, c’est son ressenti personnel, une opinion comme une autre et tout ceci n’explique pas pour quelle raison les financiers lui tressent des lauriers.

Alors, il « dépasse ».

 

Une économie moins mondialisée, c’est nettement moins de profits, de ce que je lui en dis !

Nettement moins de profits pour les grandes multinationales, celles qui produisent là-bas à pas cher en nous revendant très cher ici.

« C’est plus de bénéfices pour d’autres » me répond-il.

Et c’est ça que la Bourse, qui est sans idéologie, a très bien compris en allant de records en records depuis l’élection du 8, alors que l’on nous avait prédit le chaos.

Eh oui, « Trompe » n’est pas un communiste, c’est même un milliardaire !

Un pragmatique : Il vient même de refuser son salaire de président US parce qu’il est suffisamment riche et que c’est un salop de milliardaire qui ne veut pas de l’aumône publique, alors que « Tagada-à-la-fraise-des-bois », le bon « soce » propre sur lui mais qui n’aime pas les « sans-dents », bloque les augmentations des minimas-sociaux, se gave de sa solde présidentielle et de son coiffeur après avoir critiqué « Bling-bling » qui s’était augmenté, en nous expliquant qu’il ne pouvait pas juridiquement se « diminuer ».

Du coup, l’autre aura été élu président des États-Unis d’Amérique…

Vous commencez à saisir la nuance ?

 

Ce n’est pas un idéologue dogmatique, « autiste et trisomique », il n’est ni contre la richesse, ni contre le business. Bien au contraire.

En revanche, il est contre la corruption et le totalitarisme financier et mafieux.

Pire même, il va « dérégulariser » les marchés : Il n’y aura plus de passe-droit, de racket à l’entrée, que des risques à prendre en toute intelligence et les bulles financières vont pouvoir prospérer comme avant 2008…

Le programme à venir, c’est moins de contrôle budgétaire, plus de déficit et une relance par les « grands travaux » d’infrastructures… donc c’est bon pour la Bourse.

Un milliardaire profondément pro-business à la Maison-Blanche, c’est bon pour la Bourse, m’explique mon « Boss-à-moi ».

Le programme de « Trompe » est inflationniste, d’où la montée des taux par anticipation. Du coup, les valeurs faiblement endettées augmentent. C’est bon pour la Bourse.

Après, si les taux montent trop vite et trop fort, ce sera mauvais pour la Bourse mais pour le moment, cela permet aux banques de regonfler leurs marges donc c’est bon pour l’ensemble des valeurs financières qui tirent les marchés vers le haut… C’est donc bon pour les Bourses !

 

Il me dit que le pari des marchés financiers est le suivant : Il va relancer l’économie US sans casser pour autant toute la mondialisation… Il va dépenser plus, creuser le déficit public, et ça, c’est bon pour la Bourse. Doublement bon même !

La démondialisation sera très « soft » et les marchés vont gagner de tous les côtés.

Mais attention au krach, là vers la fin de l’année si ce mouvement de hausse se poursuit sans correction, ou le début de l’année prochaine plus précisément.

Parce que traditionnellement, les marchés aiment bien les « rallyes » de fin d’année qui permettent d’avoir de beaux bilans, d’afficher de superbes performances et accessoirement de se gaver de beaux-gros bonus.

Cette année, le rallye risque d’être d’anthologie !

Le krach qui le suivra aussi.

 

Pourquoi est-il inflationniste ? Moins d’usines en Chine et au Mexique et plus aux USA, c’est plus d’emplois aux États-Unis, moins de chômage et des salaires qui finissent par augmenter.

En clair, moins d’immigrés c’est également moins de main-d’œuvre à occuper, plus de chômeurs qui retrouvent du travail et…. évidemment des salaires qui, là encore, vont augmenter.

Enfin, plus de dépenses publiques et des grands travaux, c’est plus d’ouvriers sur les routes à travailler, moins de chômeurs et au bout du compte, encore une fois, des salaires qui montent.

Des salaires qui montent, cela donne de l’inflation.

Or, de quoi se meurent nos économies occidentales ? Justement de la déflation !

D’où l’euphorie des marchés…

Jusque-là, j’ai pigé d’un trait.

 

D’ailleurs, officiellement toutes les autorités monétaires, comme la FED, luttent contre… la déflation et cherchent à relancer… l’inflation contre laquelle elles voudront lutter après en montant les taux !

Les marchés anticipent donc une inflation et qui dit inflation dit relèvement des taux… donc les taux montent et se tendent.

Le risque, ici, c’est évidemment le krach obligataire qui serait absolument désastreux pour l’ensemble des épargnants qui termineraient ruinés.

Mais pour le moment, ils restent encore historiquement bas et il sera toujours temps de lancer un énième QE.

 

Pourquoi l’or baisse ? Parce que les taux montent et les Bourses aussi ! Pourquoi se faire suer à stocker de l’or physique qui ne rapporte rien quand on peut gagner 15 % en Bourse en 2 semaines, ou avoir des taux dits « sans risque » qui sont à la hausse ?

Donc logiquement, l’or baisse parce qu’il est moins attractif sur le très court terme.

Et puis, soit en janvier il commence à appliquer son programme réellement et alors les taux monteront, la mondialisation régressera et il y a aura de très gros problèmes puisque pour des pays endettés à plus de 100 % du PIB, 1 % de taux c’est plus de 1 % de PIB en plus à trouver pour financer les intérêts de la dette et c’est la faillite au bout du chemin qui tuera la croissance.

Si les taux ne montent pas par décision « gouvernementale » avec l’appui de la FED qui injectera les liquidités nécessaires, alors… ce sera l’inflation et même le retour de l’hyperinflation.

Si de surcroît le système, ou « l’establishment » veut jouer contre lui, alors le marché va jouer justement le krach obligataire, faire monter les taux de marché jusqu’à l’explosion de la plus grosse bulle obligataire qui, de toute façon aurait explosé à la moindre remontée de taux, et accuser la politique catastrophique de « Trompe » qui ruinera tous les épargnants de la planète.

Les marchés ? Gagnants à tous les coups…

Donc l’or baisse parce que le marché joue le court terme et les réactions « prévisibles » ainsi que « logiques ».

En résumé, l’or baisse parce que les taux montent mais si les taux montent trop, ce sera la ruine généralisée et il ne restera plus que l’or.

Si les taux ne montent pas assez, il y aura de l’inflation et ce sera également bon pour l’or.

 

Ces anticipations des marchés, c’est que le programme inflationniste de « Trompe » devrait pousser la FED à relever les taux alors qu’avant l'élection on disait que ce serait l’inverse, ce qui les pousse les « grosses-mains » et les autres par suivisme, à se défaire de leur portefeuille obligataire, qu’elles vendent au rabais, ce qui fait mécaniquement monter les taux puisque la rémunération promise est fixe et contractuelle, ce qui favorise dès maintenant la hausse du dollar et poussera la FED à faire monter celles de ses émissions.

Les promesses d’une déréglementation du secteur bancaire, une mesure confirmée par son équipe de transition, profitent également aux valeurs financières.

Donc les inquiétudes laissent place à l’euphorie sur les marchés sur ces anticipations d’inflation, laquelle sera alimentée par le programme de relance prévu et annoncé.

Du coup « mon Boss-à-moi » passe son temps à spéculer à terme et à se couvrir au comptant : Un sacré sport.

 

« Oui mais attendez, Boss, vous savez bien que ça ne va durer éternellement comme ça », objecte-je. « Il va se planter et avec lui, tout le monde… »

Probablement, mais d’ici la fin de l’année, il s’agit de gonfler les résultats de la boutique.

Le court-termisme…

D’après lui, il y aura une seconde phase de correction, plus ou moins brutale, selon la façon dont la FED pilote la remontée des taux (désormais acquise dans son esprit, alors que j’étais le seul à l’anticiper encore en début de mois annonçant depuis le mois de juin dernier l’échéance de décembre…).

Et je le contrarie, comme souvent (à croire que je suis payé rien que pour ça) et développe : Pour moi, il aura du mal à financer par les déficits ses projets de relance. Le Congrès n’acceptera de nouveaux déficits que s’ils financent une baisse des impôts, et encore…

On rappelle à l’occasion qu’il a été élu contre son propre parti.

 

Réplique : Vendredi 11 novembre dans un entretien au Wall Street Journal il a effectivement évoqué des modifications substantielles à la loi Dodd-Frank, cette loi qui a établi des régulations en 2010 au secteur financier pour tirer les leçons de la crise de 2007-2008.

En revanche, le plan de relance des infrastructures de 1.000 milliards de dollars devra effectivement et probablement attendre un peu. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché : Ce programme doit être financé par les recettes supplémentaires récoltées par l’accélération des forages pétroliers et par la réduction fiscale accordée aux entreprises qui rapatrient leurs bénéfices aux États-Unis (là, je demande à voir…).

 

Répartie de ma part : « Tout ceci promet donc d’être encore plus lent et pas forcément utile ».

Et puis, dans ce type de plan, les investissements se concentrent sur les projets les plus rentables qui auraient pu être financés par l’argent privé.

L’impact sur la croissance de ce plan s’annonce donc faible, du moins en début de mandat.

Or, il aura besoin de croissance pour remplir les caisses de l’État et asseoir son pouvoir sur le Congrès et dans l’opinion. Son modèle, de ce point de vue, pour créer rapidement de la croissance, c’est une formule utilisée par « Bou-bouche », la même que dans les années 2000 : Déréguler la finance, favoriser le crédit, notamment envers les plus fragiles.

Et c’est exactement la logique qui a conduit à la crise des subprimes. Le crédit a été utilisé comme levier de croissance de substitution au creusement des inégalités.

La logique est belle sur le papier et on comprend l’engouement des opérateurs boursiers qui rêvent tous d’un retour au printemps 2007, lorsque la bulle financière était à son apogée et qui correspond à leur âge d'or.

Mais est-elle réaliste ? Rien n'est moins sûr. 

 

L’Histoire montre que le développement tiré par le secteur financier ne réduit guère les inégalités, tant sociales que géographiques. Surtout, elle ne conduit guère à des investissements raisonnés, mais souvent au contraire à un sous-investissement dans le domaine productif à long-terme.

Et puis l’essor de la dérégulation financière dans les pays développés s’est accompagné d’un ralentissement de l’investissement et de la productivité, fais-je remarquer.

 

Je résume : Lorsque la finance est le moteur de la croissance, on évite effectivement tout ce qui peut la freiner, mais par voie de conséquence, tout ce qui pourrait favoriser l’investissement dans l’économie réelle, l’objectif initial.

Car les rendements financiers détournent l’épargne de l’investissement, comme avant 2007.

Or, pendant sa campagne, « MacDonald-Trompe » avait évoqué le retour du Glas-Steagall Act, cette loi, supprimée par Bill Clinton en 1999, qui interdisait la fusion des activités de banque d’investissement et de banque de détail.

La logique était alors précisément de pouvoir diriger l’épargne vers l’économie réelle et non vers les produits spéculatifs.

Ce projet semble devoir être enterré : On ne fait pas entrer dans son équipe la fine fleur de la banque d’investissement et on ne se donne pas comme priorité la dérégulation financière pour revenir au Glas-Steagall Act…

C’est contradictoire.

Donc il choisira forcément la facilité : Doper la croissance par la finance dérégulée plutôt que de construire une vraie politique industrielle, sociale et territoriale. 

 

D’ailleurs, dans cette politique économique, la question du protectionnisme se pose immédiatement. La force de la finance étasunienne repose avant tout sur le « recyclage » des excédents des pays gagnants de la mondialisation des échanges.

Pour prospérer, Wall Street, comme la City londonienne, a besoin d’une certaine liberté de circulation des capitaux. Or, cette liberté est le miroir de la liberté de circulation des biens.

Du coup, en misant sur la finance, il ne pourra se permettre de vrai retour au protectionnisme…

Établir des droits de douane prohibitifs sur les produits chinois pourrait conduire à des représailles sur les investissements financiers chinois. Il devrait donc se contenter de mesures symboliques sur quelques produits trop ouvertement subventionnés par Pékin et, peut-être, sur le gel des projets de traités de libre-échange.

Mais tout retour en arrière semble impossible. 

 

Et les premiers choix du futur président sont très significatifs, y compris pour les Européens. Le mouvement anti-mondialisation mené par un courant xénophobe conservateur est souvent incapable de sortir d’une logique de dérégulation et de libéralisation qui, in fine, l’empêche de traiter les inégalités et de mettre en place une véritable stratégie d’investissement public. Autrement dit de mener réellement le changement promis.

Il ne leur reste alors plus pour « tenir leurs engagements » que l’action autoritaire et répressive, notamment sur les populations étrangères.

Des actions qui, évidemment, ne règlent aucun problème économique.

 

Autrement dit, sur ce coup-là, je reste un pessimiste raisonnable : Il ne peut pas réussir. En revanche, s’il chute, il va entraîner beaucoup de monde avec lui.

Alors oui, une nouvelle ère s’ouvre, certainement, contre la corruption espère-je, les totalitarismes mafieux qui prospèrent tout autour de la planète, mais à quel prix ?

Si ça ruine le plus grand nombre, les gens auront de nouveau le goût d’être des soumis et regretteront « l’avant-Trompe ».

Ce n’est évidemment pas l’objectif recherché.

En revanche, ça arrangera bien celui des « maîtres du monde » : C’est sans doute la raison qui les a poussés à laisser faire, voire encourager cette élection-là.

C’est la raison pour laquelle je me suis senti « moins kon » en repartant aux aurores samedi matin…

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2016/11/debut-de-semaine-difficile.html

 

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