Crise grecque : nos amis Allemands ont la mémoire courte…

30/01/2015 11:03

 

La large victoire de Syriza, la  Coalition de la gauche radicale grecque, lors de l’élection législative du 25 janvier a fait frémir le libéral que je suis.

A seulement une voix de la majorité absolue, Syriza est au pouvoir pour de bon !...

Un pouvoir qui permettra d’appliquer les recettes catastrophiques de la gauche étatique après celles tout aussi mauvaises d’une politique d’austérité qui a mis le pays à genoux dans un pays où la corruption est la principale tare du système économique.

Mais, après réflexion, cette étape est peut-être un mal nécessaire qui pourra permettre au pays de rebondir.

Car la situation mérite réflexion, surtout quand on considère l’Histoire européenne des 70 dernières années. Un rappel nécessaire effectué par « I-Cube » et que je reprends ci-dessous.

Bonne lecture.

Jean-Charles DUBOC

 

 

Pour en finir avec notre semaine Grecque…

« La » solution qui va faire plaisir à mon « Beauf’ ».

 

Ma« petite-sœur » a marié un érudit grec, qui fait philosophe dans le civil, il y a quelques décennies de ça.

Un grec qui peste sur son sort personnel, sur le sort réservé à son pays-à-lui, où il a encore quelques terrains (générateurs d’impôts grecs-patriotes, en plus des « Gaulois »), qui peste sur le sort du « monde-libre ».

Il peste aussi de n’avoir pas pu aller voter dimanche dernier : Plus de place sur les vols vers Athènes.

Et ils sont environ 4 millions de Grecs à vivre à l'étranger qui se trouvent être dans la même situation, privés de démocratie-élective.

Beaucoup aurait aimé participer au scrutin législatif de dimanche dernier, mais il leur est impossible de voter s’ils ne sont pas en Grèce.

Des citoyens grecs-Européens de seconde zone, en somme : De quoi définitivement « pester », effectivement. 

 

Mais lui – qui sait tout de tout – sait mieux que quiconque comment Tsiprias, le nouveau premier ministre grec, va aller négocier la dette fabuleuse de son pays : Il va seulement plaider le « devoir de mémoire » ! 

 

« Souviens-toi du 27 février 1953, Angela ».

Ce jour-là, la Grèce et 20 autres créanciers de la RFA décident d'aider l'Allemagne de l'Ouest, alors en défaut de paiement :

1) Réduction de la dette de 62 % ;

2) Moratoire de 5 ans sur les paiements ;

3) Délai de 30 ans pour rembourser ; 

4) Suspension des paiements en cas de mauvaise conjoncture.

Sans compter qu’il y a aussi les 476 Méga reichsmarks extorqués à la Grèce par l'Allemagne nazie (en 1941).

Jamais remboursés, ils représentent aujourd'hui entre 50 et 80 Md€, soit entre 16 et 26 % du total de la dette grecque… 

Parfois, l'Allemagne reste totale-amnésique des racines de son succès, n’est-ce pas ! 

 

Et de rappeler que l’Allemagne n’a ainsi pas toujours été hostile aux « annulations » des dettes publiques.

Du moment qu’elle y trouve son intérêt bien compris.

La Grèce doit tenir ses engagements, répètent les Allemands… Alors qu’il leur est arrivé d'être moins à cheval sur la nécessité de payer rubis sur l’ongle quand leur pays était à l’agonie.

Fabuleux de cynisme !

Car la meilleure façon de ne pas oublier la règle, ses principes et ses exceptions, c’est justement la façon dont la dette allemande a été amputée après la Seconde Guerre mondiale. 

 

Il s’agissait alors de remettre en selle ce pays vaincu, afin de l’ancrer au bloc occidental et de stabiliser le vieux continent, alors que le plan Marshall de 1948 déversait 13 Md$-or US d’époque sur l’Europe, dont 1,173 de « don » à la seule Allemagne (contre 2,488 à mon pays… que j’aime tant, je n’oublie pas non plus ; 2,805 aux britanniques, qui n’ont pas oublié non plus ; et 1,413 à l’Italie, etc. pour un total de 11,8 Md$ US de « don »).

Les dirigeants occidentaux avaient enfin tiré les leçons du traité de Versailles de 1919 et intégré le fait que l’humiliation d’un pays était non seulement inefficace mais aussi dangereuse : « L’Allemagne paiera », ce slogan abêtissant qu’ânonnaient les « Gaulois-bleu-horizon » mes ancêtres à moi-même, après la guerre de 1914-1918, avait conduit celle-ci directement dans les bras des nazis.

C’est là qu’il faut aussi avoir une pensée « amusée » quant à la récente poussée « d’Aube dorée », le parti néo-nazi grec, qui obéit exactement aux mêmes mécanismes. 

 

Au tout début des années 1950, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la « Gauloisie-libérée », conscients que les dettes extérieures, celles des entreprises et celles que la jeune RFA avait accepté de reprendre, représentaient un fardeau extrêmement pénalisant pour l’économie allemande, ont décidé de remettre à plat toute la question. 

 

« On était dans un climat particulier, celui du début de la guerre froide : on comptait sur la RFA pour faire face au bloc soviétique », commente un universitaire spécialiste de l’histoire économique de l’Allemagne, qui oublie de dire que les nations occidentales ont aussi supporté le coût d’une présence militaire des alliés en territoire allemand, pour assurer sa défense.

 

Dans une déclaration d’octobre 1950, ces pays posent unilatéralement un principe :

« Les trois pays sont d’accord pour que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. »

Vous avez bien lu comment et sur quel principe, les démocraties victorieuses ont su et pu être clairvoyantes et en même temps généreuses… 

 

« Il s'agit de trouver un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne. »

Les grecs n’en demandent pas plus aujourd’hui (ni encore hier).

Des discussions vont s’ensuivre.

La situation était critique : La RFA était menacée d’asphyxie, ce qui portait le risque d'une déstabilisation géopolitique de toute l'Europe.

Il était alors urgent de restaurer une balance des paiements positive en Allemagne. 

 

Et lors de la conférence de Londres du 27 février 1953, suivant le principe posé en 1950, 21 créanciers de la RFA décident d’un « effort exceptionnel », comme on vient de le dire, pour aider la RFA :

– La dette est réduite de 62 % : Elle passe de 39 milliards à 14,5 milliards de deutschemarks en un seul coup de crayon ;

– Un moratoire de cinq ans est en plus accordé ;

– Un délai de 30 ans est prévu pour rembourser (1988) ;

– Le pays peut limiter le paiement du service de sa dette à 5 % de ses revenus d’exportation ;

– Si, du fait d’une mauvaise conjoncture, la RFA connaît des difficultés pour rembourser ce qui reste, il est prévu une suspension des paiements et une renégociation des conditions ;

– Les taux d’intérêts sont réduits ;

– Les demandes de réparations sont renvoyées à plus tard, concrètement, à une future unification des deux Allemagnes… 

 

Bon, depuis, le cas irakien qui rembourse à la petite-semaine les dégâts et frais occasionnés par son invasion du Koweït en août 1990, semble avoir quelque peu modifié les concepts en usage post-1919 : Eux, subissent encore et toujours « l’humiliation » de bosser pour réparer.

Et après, on s’étonnera que quelque Califat tente d’échapper à la misère rampante des populations autochtones, plus ou moins bien armées par leurs envahisseurs d’ailleurs, financés par des pétrodollars comme s’il en pleuvait, afin de faire tomber le régime syrien gazant ses populations, qui ne veut pas tomber…

Que ça en vient jusque sur vos trottoirs dégoulinants de sang le 7 janvier dernier, dans une guerre d’islamistes (« EI » contre « Al Qaeda-Yémen »)…

Mais c’est une autre histoire, qui va jusqu’à l’absence de « Poux-tine » aux commémorations de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau… que les russes ont pourtant libéré il y a 70 ans !

C’est dire si on en a perdu « la mémoire-mémorielle » en ce bas-monde, alors que les mêmes causes semblent reproduire les mêmes effets… 

 

Évidemment, en Grèce, les cadres de Syriza ont étudié de très près cet épisode-là.

D’autant que leur pays à eux (et à mon Beauf’) figure parmi les 21 créanciers signataires de 1953…

Soixante ans plus tard, en février 2013, Alexis Tsiprias, le leader de Syriza, écrit ainsi dans « Le Monde diplomatique » :

« C’est précisément ce que la Coalition de la gauche radicale grecque (Syriza) propose aujourd’hui : Procéder à rebours des petits traités de Versailles qu’imposent la chancelière allemande Angela Merkel et son ministre des finances Wolfgang Schäuble aux pays européens endettés, et nous inspirer de l’un des plus grands moments de clairvoyance qu’ait connus l’Europe d’après-guerre. »

Il s’agit seulement de ça, sinon, ils sont encore capables de claquer la porte de l’UE, de l’Otan et de saisir la main tendue avec insistance par « Poux-tine », le dirigeant d’un pays … orthodoxe comme eux ! 

 

Les Grecs insistent sur un autre point de cette Histoire, plus sensible encore, une blessure que les plans imposés par la troïka (BCE, FMI, Commission européenne) a réveillée (et que porte « Aube dorée ») : La dette de guerre de l’Allemagne vis-à-vis de la Grèce, qui n'était pas couverte par l’accord de Londres de 1953 !

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont pillé les ressources grecques.

Non seulement les combats ont été très durs contre les armées allemandes, mais on se souvient aussi qu’à partir de 1943 et le départ des italiens, ces combats menés par les différents mouvements de résistance contre l’occupant allemands-nazi ont été particulièrement meurtriers jusqu’à la mi-octobre 1944 emportant même des cas de torture et des exécutions sommaires d'une cruauté inouïe.

Ce qui n’a pas empêché que la Banque centrale du pays a notamment été contrainte de « prêter » à l’Allemagne 476 millions de reichsmarks, au titre de « l’effort de guerre » du moment.

Aujourd’hui, le remboursement de cette dette représenterait de 50 à 80 milliards d’euros, comme nous l’indiquons ci-avant. 

 

Dans l’immédiat après-guerre, sous la pression américaine, le remboursement de ces réparations avait été renvoyé à un futur traité d’unification des deux Allemagnes.

La chute du mur en novembre 1989 a réveillé cette vieille plaie alors enfouie…

Mais au moment des pourparlers d'unification, le chancelier Kohl a refusé unilatéralement de payer les réparations liées à la Seconde Guerre mondiale, à l’exception des indemnités versées aux travailleurs forcés.

Autrement dit, un deuxième « défaut » bien réel.

À l’époque, a été élaboré l’idée l’Euro sur les bases de l’ECU et du SME de la décennie précédente : Il s’agissait aussi de mettre fin aux spéculations contre les cours pivots du SME et de retrouver une stabilité monétaire devant permettre aux allemands de financer « à la régulière » leur réunification initiée en 1990 : Ils ne pouvaient pas faire autrement, là encore, sinon que de… « défaillir » ! 

 

1953 et 1990, deux « faillites » évitées pour l’Allemagne réunifiée, grâce aux alliés et surtout aux grecs en 90.

Ce qui ne l'a pas rendu plus compréhensive pour autant vis-à-vis des pays débiteurs…

Quelle que part, c’est une « affaire d’équité » historique qui n’est donc pas encore close.

La puissante Allemagne financière de « Mère-quelle » ne peut pas non plus oublier à qui elle doit son enrichissement sans cause et son succès.

Mon « beauf’ » en est persuadé.

Alors, pour l’heure il peste contre l’ignorance du moment.

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/01/pour-en-finir-avec-notre-semaine-grecque.html

 

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