Comment faire un « Coup d’État » dans une démocratie…

04/02/2015 17:38

 

L’une des plus anciennes démocraties européennes vient de fouler au pied les bases même du système démocratique.

Quand l’enfer est pavé de bonnes intentions...

Je vous recommande l’analyse par « I-Cube » de la situation politique actuelle en Suède :

 

Putsch tranquille au Riksdagshuset Suédois…

 

Là, je suis vraiment scotché ! 

Tétanisé de colère, même !

Et pour deux raisons : La première, c’est qu’à peu-près personne n’en a parlé dans nos médias nationaux et européens, obnubilés par les élections grecques, les QE de la BCE ou encore la « marche républicaine » et mondiale du 11 janvier, tel que l’information a mis plus d’un mois à venir de Stockholm jusqu'à mes augustes systèmes vestibulocochléaires personnels (mes « esgourdes », quoi, pour parler le francilien-natif !).

Black-out quasi-total sur cette information pourtant stupéfiante, même si ça commence seulement à se savoir.

Puis on est passé aux commémorations de la Shoa, à la loi Macron – en Italie aux réformes Renzi – et il n’y a que « La Croix », « Le Monde » et « Valeurs actuelles » pour en avoir fait quelques lignes perdues dans leur fatras respectif, qui rappellent ce moment pourtant historique où la démocratie suédoise est bien entrée de plain-pied dans un « totalitarisme-mafieux » de bon aloi.

Et encore, toute cette presse quand elle en parle, c'est seulement pour saluer qu’il soit… « consensuel » !

Assez extraordinaire… 

 

Parce que c’est la seconde raison de « ma colère » : Comment des élus, démocrates du meilleur niveau, souvent cités en « modèle-absolu », peuvent-ils se libérer du joug du vote populaire qui les a portés là où ils sont, le tout sans même une goutte de sang versé ?

Que j’en ai une émotion toute particulière pour les mêmes qui refilent « tous les pouvoirs » au Maréchal Pétain… Mais ils avaient l’excuse d’avoir perdu la « Bataille de France ».

Ah qu’elle est belle la démocratie dans tous ces pays-là, finalement !

Je vous raconte le déroulé. 

 

En Suède, ils ont voté à l’automne dernier et le gouvernement de gauche qui est sorti des urnes a vu son budget 2015 retoqué début décembre. D’où l’annonce d’élections anticipées prévues pour le 22 mars 2015 (un dimanche), les premières en Suède depuis 1958.

Les « Démocrates de Suède » (SD = parti d’extrême-droite), avec ses 12,9 % à ces élections-là (un votant sur un peu plus de 7 : On est assez loin du un sur 4 de la « Gauloisie-généreuse ») avaient rejeté le budget du gouvernement et voté en faveur de celui de l’opposition, poussant le premier ministre à envisager de se démettre.

Seulement voilà, les sondages se sont mis à dessiner une forte hausse du « SD » (un peu comme chez nous avec un FN en tête des prochaines présidentielles), l’amenant à des niveaux tels que ni l’alliance socialistes-verts, ni le centre-droit, ne puissent plus espérer gouverner. 

 

Alors, ils se sont réunis à la nuit tombée (elle tombe vite et longtemps en Suède en plein hiver) pour annoncer samedi 27 décembre un accord avec l’opposition de centre droit, évitant ainsi des élections législatives anticipées…

Vous me direz que jusque-là, rien d’anormal : C’est un peu comme si « François III » obtenait le soutien de « Bébé-Roux », ou mieux, celui des troupes de « Bling-bling ».

Après tout, quand on ne fait pas son boulot d’opposition, pourquoi ne pas s’allier avec son adversaire au pouvoir ?

Avec le mouvement des Verts, son allié gouvernemental, et les quatre partis de l’Alliance (conservateurs, centre agrarien, libéraux et chrétiens-démocrates), le parti social-démocrate a trouvé un modus vivendi, dit « accord de décembre », qui « permet à un gouvernement minoritaire de gouverner », a précisé le premier ministre social-démocrate Stefan Löfven, oui, minoritaire !

 

Et l’accord trouvé pose les bases d’une « collaboration » entre six partis prétendant à des fonctions gouvernementales sur trois dossiers, les retraites, l’énergie et la défense, va rester valide, en application jusqu’en… 2022 !

Ce qui implique que tout gouvernement minoritaire pourra faire adopter son budget avec le soutien passif de son opposition-naturelle.

« C’est une victoire pour la Suède », s’est réjouie la représentante du parti conservateur (modérés), le plus grand parti de l’opposition, Anne Kinberg Batra.

C’est aussi un pas vers « plus de consensus », signe distinctif de la politique et de la société suédoise, que la récente percée de l'extrême droite avait mis à mal.

« La Suède est fière de sa tradition consistant à régler les questions difficiles au-delà des blocs, une tradition que tous les pays n’ont pas », a rappelé le premier ministre, manifestement soulagé de pouvoir rester dans son fauteuil.

« Cet accord est une illustration de ce qu’on fait habituellement en politique suédoise: On trouve des solutions à long terme », a expliqué la politologue Camilla Sandström, enseignante à l’Université d’Umeå (nord)…

Effectivement, cet accord exclut de facto l’extrême droite qui se trouve marginalisée au Parlement.

« L’idée fondamentale, c’est de ne pas permettre aux Démocrates de Suède d’avoir de l’influence », poursuit l’experte.

Et si les questions d’immigration et d’intégration sont exclues de l’accord, les partis ont toutefois indiqué qu’ils envisageaient de coopérer sur ces sujets.

Ils évitent ainsi de transformer les législatives en « référendum sur l’immigration » comme le souhaitait l’extrême droite, en rapporte « La Croix ». 

 

S’il faut admirer la culture du consensus de nos voisins suédois, et avec le recul, il est probable que cette façon de faire reste un des événements les plus inquiétants de ce début du millénaire : Le dernier masque de la démocratie représentative, dans sa version post-moderne, apparaissant encore plus corrompue qu’on ne l’imaginait, vient en effet de tomber !

Pas chez nous encore, même si nos « mafieux à nous » restent « aux manettes », mais là, chez des « hérétiques-huguenots » où a élu domicile les jurys des prix Nobel… hors celui de la paix : C'est assez incroyable ! 

 

Si vous souhaitiez confirmation et savoir à quel point « l’étatisme électif » peut se rapprocher à pas de loup des « vraies » dictatures et de quoi il est capable lorsqu’il se sent menacé de perdre ses prébendes, voilà de quoi vous faire réfléchir, jusque dans le très politiquement correct « modèle suédois ».

Les faits sont simples dans leur cynisme : Avec ses 12,9 %, le « SD » ne pouvait qu’être un parti d’opposition.

Mais lorsqu’un autre s’est joint à lui pour rejeter le budget, les « vrais-démocrates » ont eu peur de laisser le peuple trancher !

Craignant de perdre les places qu’ils occupaient chacun leur tour dans une aimable alternance, ces partis ont décidé de se répartir les postes non plus alternativement mais simultanément, et pour toujours.

En tout cas jusqu’en 2022, première échéance de révision de leur accord.

Autrement, un vrai coup d’État sur tapis-vert !

« Fou-z’y » la démocratie, consensuellement piétinée au moins pour les 7 prochaines années ! 

 

Car, ce faisant, les élections prévues pour 2015 n’auront pas lieu et le résultat de celles de 2019 est d’avance neutralisé puisque l’entente des sortants, ou plutôt de ceux qui ne veulent pas sortir, est organisée jusqu’en 2022 !

La Suède aura donc la « chance » d’être la première démocratie au monde à connaître la composition de son gouvernement avant même les élections et à savoir qu’il restera en place indépendamment de leur résultat ! 

C’est sûr que, dans ces conditions, ça renouvelle le concept de « démocratie ».

Comment nomme-t-on au juste un événement où les élections annoncées sont brutalement reportées, le pouvoir annonçant que de toute façon il restera en fonction quel qu’en soit le résultat ?

Si la Junte est habillée en civil et que le parlement fait partie de la farce, c’est quand-même très exactement ce qu’on nomme un « coup d’État ». 

 

C’est d’ailleurs ainsi qu’il est vécu de l’intérieur : « L’accord de décembre peut valablement être décrit comme un coup d’État en douceur, qui engage la Suède sur la route de l’autodestruction.

En apparence, les institutions démocratiques de la Suède semblent intactes, mais à partir de maintenant elles ne sont plus qu’une coquille vide. L’accord de décembre organise ce qu’on pourrait définir comme un système parlementaire à deux faces. Le parlement officiel reste en place, mais dans l’ombre se tapit le parlement réel, constitué des chefs des sept partis du spectre politique traditionnel. Cette officine d’arrière-cour mène ses délibérations en secret, à l’abri de tout regard (et contrôle) public. De temps à autre, elle présentera ses décisions au parlement, où la ratification ne sera qu’une formalité.

Le nouveau système peut aussi être décrit comme une « dictature consensuelle ».

Quel qu’il soit, celui qui gouvernera dans les huit prochaines années aura dans la réalité des pouvoirs de type dictatorial : Ses budgets, fondements de toute politique, disposent d’avance d’une garantie d’approbation. En plus du budget, les partis de l’union ont annoncé qu’ils rechercheraient l’unanimité sur les questions de défense, sécurité, pensions et énergie. » 

 

Si cela c’était passé dans n’importe quelle Ukraine ou Zimbabwe ordinaire, la levée de boucliers aurait été unanime.

Pas cette fois-ci : « Le Monde », le même qui avait applaudi l’entrée des Khmers Rouges sanguinaires dans Phnom-Penh, n’en a parlé que pour en faire un modèle à suivre et dupliquer : « Une fois de plus, la Suède donne l’exemple. Confrontés à la perspective d’une crise politique prolongée, les partis politiques traditionnels, de gauche à droite, ont décidé de s’unir pour permettre au gouvernement de fonctionner en neutralisant la capacité de nuisance parlementaire du parti populiste. »

Euh, et pourquoi pas le retour du « parti unique » cher à Staline seule garantie d’un parlement sans nuisances ?

Après tous les soviets avaient déjà la solution : Faudrait être objectivement fou de s’opposer à leur vérité. Alors ils internaient en asile psychiatrique !

Logique.

La même voie que prend la Suède et ses propres élites politiques ?

Et dire que j’entends encore quelques « démocrates-nationaux » de mon pays expliquer qu’il n’y a qu’une solution pour éviter « Marinella-tchi-tchi », un gouvernement d’union nationale.

C’est vraiment préférer la peste au choléra (ou vice-versa) : La même pièce de monnaie prise en ses deux faces. 

 

La question n’est même plus celle des programmes des uns ou des autres. Elle est celle de l’honnêteté de ceux qui s’affirment « démocrates », pour aussitôt s’accorder sur la neutralisation des votes qui ne leur conviennent pas.

On est démocrate ou on ne l’est pas, le concept ne se divise pas plus que celui de Liberté. 

 

Et on justifie parfois les « exceptions » en ressortant la vieille fable, « Hitler a été élu démocratiquement, donc il y a des limites à la démocratie », qu'il est urgent de démonter à cette occasion.

Ce n’est pas totalement vrai, mais historiquement un peu plus compliqué que ça, chacun le sait.

Et finalement cela aide à mieux comprendre la connivence entre le fascisme et la démocratie… « avec limites ».

Pour souvenir (à l'adresse de ceux qui n’étaient pas nés), Hitler n’a jamais eu de majorité absolue à aucune élection dans son pays, mais la manière dont il s’est imposé est typique : Il était minoritaire lorsque Hindenburg l’a nommé chancelier, dans un gouvernement «d’union nationale » où ne siégeaient hors de son parti que deux autres ministres.

Saisissant leur chance, les nazis ont très vite organisé un changement des règles du jeu qui les rendrait au moins aussi indéboulonnables que nos stupéfiants Suédois amnésiques.

Même ainsi, après que l’incendie du Reichstag leur ait donné prétexte à supprimer toutes les conditions d’un débat démocratique, ils n’ont cependant atteint que 43,9 %.

Hitler n’a donc jamais représenté démocratiquement tout le peuple allemand, ni même sa majorité !

Son arrivée au pouvoir n’est pas la preuve d’une « faille » de la démocratie, mais le résultat d’une de ces manœuvres de couloirs qu’on habille du joli nom de « gouvernement d’union », négation même des choix différenciés de l’électorat.

Les grands partis suédois ne font pas autre chose aujourd’hui, tout en jouant la vertu outragée, pour un « totalitarisme-pleurnichard ».

 

Le premier enseignement de ce coup d’État suédois, c’est que les nobles envolées sur la démocratie, les valeurs républicaines, etc., explosent en moins d’une seule fraction de seconde lorsque la caste au pouvoir se sent menacée.

Le deuxième est que contre cela il n’y a aucune défense par le vote : Le putsch se fait discrètement, en une nuit de négociations secrètes, et ensuite il est trop tard !

Sauf à prendre les armes…

 

En définitive, le réalisme impose de songer à quelques propositions de vaccin avant qu’il ne soit décidément trop tard (toujours les mêmes, hélas) :

– Incompatibilité totale entre un mandat d’élu et toute autre fonction, élective ou exécutive publique : Le fonctionnaire élu, il repasse les concours pour retrouver un poste à la mesure de ses compétences ; les cumulards sont interdits (et on conseille aux élus d’avoir par ailleurs un vrai métier pour assurer leurs fins de mois) ;

– Pas plus de deux mandats électifs (ou exécutifs) d’affilé, quelle que soit leur durée et leur « niveau » (local ou national), avec un « tiers-temps » obligatoire avant le troisième, comme pour les CDD de notre code du travail ;

– Tirage au sort, annuel, pour trois ans et par tiers sur les listes électorales, du corps des sénateurs ;

– Élection des députés sur liste uninominale et par circonscription à un seul tour (pour « tirer » la vie politique vers le « bipartisme » de gouvernement et éviter les ententes sur tapis-vert, la pluralité des opinions et des débats réellement démocratiques étant assurés de leur côté par les sénateurs tirés au sort) ;

– Rémunération et indemnisation de tout le personnel élu (y compris ministres et exécutifs locaux) au niveau du salaire médian du pays (quel que soit le « niveau » du mandat – local ou national –, là encore) ;

– Réduction de la sphère de compétence étatique (ainsi que les budgets et impôts qui vont avec) à ses seuls rôles régaliens : Sécurité (intérieure et défense), organisation de la justice, relations avec les organes républicains et internationaux (européens et autres), solidarité nationale, collecte des recettes fiscales et santé publique.

– Les politiques législatives (civiles, commerciales, pénales, économiques…) sont de la compétence exclusive du Parlement (les politiques monétaires de la compétence de la BCE) ;

– Les politiques « sociales » sont de la compétence exclusive des partenaires sociaux (même s’il faudra repenser et unifier leur propre représentativité selon les mêmes canons) ;

– Délégation de tous les autres rôles et interventions aux régions (et départements, communes et autres démembrements) dirigées par des assemblées locales avec des personnels obéissant aux mêmes « normes » que les élus « nationaux » (Cf. ci-dessus), qui votent taxes et impôts locaux sur leur périmètre géographique pour assumer leurs missions (éducation et instruction publique, équipements publics, réseaux, transport, aménagement des territoires, localisation des industries, commerces, populations, etc.) 

 

Tout cela n’est pas très compliqué à mettre en œuvre et ne nécessiterait même pas de modifier le texte de la Constitution de notre République.

En revanche, si nous n’exigeons pas ces « saucissonnages » institutionnels, soyez en sûrs, ils vont « démocratiquement » se foutre de votre gueule et de vos bulletins de vote, comme en Suède en 2019.

Vous êtes clairement prévenus, cette fois-ci…

 

Bon début de semaine à toutes et à tous quand même !

Moi, je pars me calmer d’avoir pu être enfumé aussi facilement.

 

Source :

http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/02/putsch-tranquille-au-riksdagshuset.html

 

 

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