Au nom du père II : chapitre XIV : Affaires parisiennes

10/11/2015 10:22

 

Au nom du père (Chapitre XIV ; Tome II)

 

Affaires parisiennes 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. 

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Les choses ne traînent pas. Sitôt sur la capitale, Paul réactive ses réseaux d’anciens élèves pour soumettre l’idée de cartons de pur malt écossais vieilli en vieux fûts avec des étiquettes de chacune des promotions de ses deux écoles supérieures d’ingénieurs. 

Plus que les associations d’anciens, ce sont les BDE (Bureau des élèves) qui s’enthousiasment pour leurs prochaines beuveries. 

À moins de 200 euros du carton, en plus, ce n’est pas très cher, bien au contraire. Ils se portent acquéreur d’emblée de 12.000 bouteilles et prennent option sur le triple pour Sup-Aéro et deux fois plus chez les « X ». 

12.000 cartons d’écoulés sur le papier avant même de commencer, il s’agit maintenant de mettre en place la logistique pour passer des « intentions » aux réalités. 

 

Paul obtient que les gusses du BDE s’occupent des étiquetages, ce qui suppose de déballer les palettes, les cartons et de tout réemballer après coup : L’idée d’une étiquette par promotion, son logo, sa devise, son nom, sa date intéresse tout le monde si en plus il y a un numéro par bouteille et un certificat d’authenticité attaché. 

On n’est pas loin de la veille de Noël et des fêtes de fin d’année, ceci expliquant peut-être cela. 

Reste quand même qu’il faut charger depuis l’Écosse en container, trouver un affréteur pour transporter, dédouaner à Anvers, se démerder pour mettre tout ça sur des remorques et trouver un entrepôt en région parisienne pour recevoir, étiqueter, remballer, adresser et répartir avec une messagerie pas trop chère dans les 30 jours avant Noël… 

 

C’est Mylène qui s’y colle épaulée par « DD » qui est ravie de reprendre du service, même si ce n’est pas en informatique et de Miho qui se demande ce qu’elle fait là, qui administre, encaisse, dirige, encadre, règle les menus problèmes, récupère les papiers, reçoit les contrôleurs des indirects, s’occupe des douaniers, de louer l’entrepôt qui reste à la vente, d’acheter les tires-pals, de louer le rétract, bref, de toute l’intendance, rentrant rincée à pas d’heure après être partie avant les aurores…

Formidable la fille ! 

Pendant ce temps-là, Marie-Claire Gouët, la voisine au chat qui diverge de l’œil, minaude entre son palier et son balcon à mâter les allers et venues de Paul et de ses deux femmes. 

Nathalie Lévy, sa colocataire aux yeux myosotis sonne même un soir à la porte : Paul est ailleurs à partager le labeur de Mylène, à finaliser la liquidation de « Cap-Investigation », à évacuer l’épave de la péniche de Mylène, à visiter des entrepôts à louer ou acquérir, ainsi qu’également des lieux de débarquement « restauratif » en bord de fleuve pour ses futures activités parce que le 60 m² parisien, c’est bien, mais il va lui falloir plus d’espace tantôt. 

Et puis la perspective reste une façon de motiver Mylène à œuvrer avec ses bouteilles arrivant d’Anvers. 

En fait il cherche un petit hôtel-particulier dont il a proposé à Mylène qu’il verrait bien qu’elle le transforme en « restaurant-auberge » de charme et de gastronomie, pour reprendre du service, faute de péniche. Mais c’est compliqué : Elle veut « une vue » sur la capitale qui soit dégagée, une banlieue pas trop pourrie et du volume pour qu’il y installe ses locaux ou alors carrément un « bord de Loire » pour rester à moins de deux heures de Paris à partager quelques moments avec Paul. 

 

L’entrepôt, ce sera à Kremlin-Bicêtre, au-dessus et à proximité de l’hôpital. 

Le local situé sur la butte est composé d’une façade en retrait de 5 mètres de la chaussée, de 15 mètres sur trois niveaux et 5 mètres de profondeur. Derrière et sur les chaque côté, il est prolongé par deux niveaux de même dimension autour d’un patio de 15 sur 5 mètres clos au fond par un nouveau parallélépipède de 15 sur 5 sur un seul niveau, pour de 600 m² couverts et un petit jardinet central de 75 m². 

L’ancien local d’un bureau d’architectes d’intérieur qui dispose en plus 75 m²d’un toit-terrasse aménagé et arboré avec vue sur le sud de Paris. 

En se penchant bien, on voit la tour Eiffel, et sans se pencher, Montmartre, le dôme des Invalides, le Panthéon en ligne de mire directe entre les tours du 13ème arrondissement et plus loin jusqu’au-delà du bois de Vincennes. Il y a en plus un sous-sol aveugle à aménager d’un peu moins de 300 m², parce que le terrain est en pente : L’endroit idéal pour planquer les « machines » de Lord McShiant. 

Il manque juste un peu d’eau où y tremper ses fesses dans le jardinet en pente et quand il s’agira aller chercher du sel chez le boutiquier de la Nationale 7, y’aura une forte pente à gravir au retour… 

Un beau rêve qui ne prendra pas corps tout de suite, puisque le bâtiment est à louer à une indivision successorale qui se déchire pour décider de le vendre. 

Mais en attendant, ça booste un peu la Mylène qui en devient moins… insoutenable de s’y voir déjà avec un restaurant en terrasse et/ou en jardinet plus salles ! 

950.000 euros quand même, plus les frais et un quart en plus pour aménager le lieu « sommet gastronomique », plus tard, mais qui ne se fera pas : Paul y aménagera ses locaux professionnels et Mylène ira sur les bords du Cher… 

 

La semaine suivante, comme prévue, Schmouller commence à sentir le vent du ridicule souffler sur ses épaules. Comme c’est un vieux con, il ne comprend pas tout de suite : Il a des équipes qui renâclent à bosser correctement et selon les procédures remises à jour, un bureau d’études qui marche au ralenti (pour cause d’heures supplémentaires non-payées à calculer le reformatage du Nivelle 001), un bureau des méthodes qui n’en fait pas plus et il sent bien qu’il a intérêt à ne pas trop sortir de sa tour d’ivoire s’il ne veut pas entendre des soupirs d’exaspération dans son dos à parcourir les ateliers. 

Il s’en ouvre à la pédégère, qui espace ses apparitions et file plus souvent qu’à son tour avenue Foch dans son Paris festif à elle en espérant une sortie de crise rapide après la dégelée sur les marchés financiers de l’année dernière. 

C’est par l’intermédiaire d’un administrateur « ami » qu’il apprend la convocation d’une Assemblée Générale surprise début janvier, se tenant à Paris, où il n’est même pas invité. 

Ça sent la poudre pour son matricule, même s’il est encore sûr d’être soutenu par ses camarades de promotion dont beaucoup seront de retour qui de la montagne, qui des îles tropicales, mais qui lui assurent d’un jeu de pouvoirs échangés alors qu’on le rassure en prétendant que son prédécesseur s’est reconverti dans le commerce du whisky de luxe. 

Il n’empêche… 

Encore un peu plus tard, il s’avère qu’on lui confirme que Paul de Bréveuil cherche à réintégrer les effectifs d’EADS : Il en soupire presque d’aise à diffuser la nouvelle à un personnel qui est déjà « branché » coup-tordu, connaissant sur le bout des ongles leur ancien patron pour l’avoir assidûment pratiqué de longues années avec bonheur. 

 

Rendez-vous chez EADS qui met d’un coup la pression et que Paul repousse à plusieurs reprises, pour finalement y consentir après un bref appel du secrétariat de « Beauty » de Toulouse. 

RDV qui le remet en face de la pouffiasse blonde, un peu moins fardée, les traits un peu plus fatigués, un léger accent allemand un peu plus prononcé que la première fois, tel qu’il s’en aperçoit plus nettement. 

La fille est nettement sur ses gardes : Elle a dû se faire remonter les bretelles du soutien-gorge, telle qu’elles ne tiennent plus, ce qui ne met pas en valeur ses silhouette et apparence, pense Paul en la revoyant. 

« Je suppose que vous persisterez à ne pas vous soumettre à la procédure habituelle de réaffectation. Parce que j’ai vérifié, comme vous me l’aviez aimablement suggéré : Vous êtes effectivement en disponibilité sans solde. » 

Bon et alors ? Elle ne lui apprend rien. 

« Simplement, nous souhaiterions un entretien approfondi, pendant lequel il faudrait nous rendre compte de vos activités pendant cette période de vacance… Sous la forme d’un rapport écrit, est-ce possible ? » 

Qu’elle n’y compte pas : « Désolé, mais c’est secret-défense. Demandez ce rapport à l’Élysée ou à Matignon, moi, il m’est interdit d’en parler ! » 

Pan, dans les dents : La mine déconfite de la bonne-femme… 

« Mais c’est indispensable à votre réintégration. Vous êtes attendu à Toulouse ! » 

Paul ne peut pas : « Mission gouvernementale secrète. Il fallait vous y prendre avant. » 

Et puis, il ne veut pas : Se retrouver sous les ordres du psycho-rigide-CNAM, pas question ! Un ENSAM, encore… mais pas un CNAM, fut-il aussi brillant que ça. 

Là, elle vacille d’incompréhension. 

« J’y consentirais éventuellement une fois les opérations en cours terminées. Et encore, pas à Toulouse, mais directement au siège à chapeauter soit le travail du service dont vos chefs me confieront ou la direction ou le contrôle, soit à la tête de votre service à vous ! » 

Paul invente, là… 

« Mais, mais… Mais pourquoi spécialement « mon » service ? » 

Il a envie de lui dire qu’il la défoncerait bien par tous les orifices, comme d’une très grande faveur à lui apprendre à vivre, mais il reste « civil » : « Pour vous apprendre votre métier ! » 

Comme si il le connaissait. 

C’est là que, complétement désarçonnée, elle se justifie en lui racontant sa vie, les larmes aux bords des yeux, la voix parfois presque chaleureuse de trémolos refreinés, que Paul écoute poliment… 

 

Une fille de l’Est, de Colmar, métissée d’allemand de Lüssow, en ex-RDA où sa mère a vécu les « grandes libertés communistes » et où son père a travaillé comme attaché commercial pour une usine de chaussures. C’était avant la « chute du mur ». Parce qu’elle était brillante étudiante, elle avait obtenu une bourse pour étudier les Ressources humaines à l’Université de Strasbourg, et quand le mur est tombé, ses parents et son petit-frère sont venus s’installer dans la maison de la grand-mère à Colmar. 

Pour y faire chômeur ; Un beau métier d’avenir, ça. 

C’est elle, qui a force de courage et de travail avait fait survivre la famille. Sa mère faisait des ménages, son père des travaux de jardinage avant que son frère fasse du droit et qu’elle-même intègre EADS où elle a gravit tous les échelons jusqu’à son poste actuel après être passée par diverses entreprises dont quelques-unes dans l’industrie.

De quoi faire pleurer les chaumières. 

« Oui, bon et alors. Ça ne vous empêche pas de merder quand vous n’êtes pas au fait de vos dossiers, comme tout le monde. Parce qu’arrêtez un peu les trémolos : Je ne suis pas non plus né avec une cuillère en argent dans la bouche. J’ai été orphelin de père depuis tout jeune, vous auriez dû le lire dans mon dossier, et si je n’ai jamais eu des crampes d’estomac de n’avoir pas mangé à ma faim, j’ai dû faire des choses pas possibles pour avoir des exigences qui vous paraissent si ridicules aujourd’hui. Elles sont pourtant fondées. » 

La fille est au bord des larmes… Paul le sent bien. 

« Je suis quasiment virée si vous ne rembauchez pas ! Vous savez, je suis vraiment désolée pour le tour qu’a pu prendre notre premier entretien : On ne m’avait pas briefée correctement. Mais votre départ précipité n’a pas plu du tout en haut-lieu. » Fait-elle en regardant le plafond. 

Il a envie de lui dire qu’elle aurait dû l’écouter. 

Ou que ses « chefs » avaient été trop cons pour lui confier une mission tranquille et aussi facile de reprise de contact telle qu’elle l’avait gâchée pitoyablement. Qu’ils auraient dû la faire eux-mêmes. 

Mais ça aurait abouti à l’enfoncer un peu plus dans son incompétence. 

« Bé s’ils vous virent, je vous embauche. Quel est votre salaire et que savez-vous faire ? »

Le beau retournement de situation… 

Globalement, rien. Enfin, rien qui puisse intéresser Paul sur le moment. Quant à ses émoluments, c’est pitoyable : Comment peut-elle se fringuer de la sorte, enfin la première fois, avec si peu de revenu ? 

Est-elle mariée, pour expliquer cet écart apparent ? 

« Quelle question. Non ! Je n’ai jamais eu le temps de m’occuper de ce genre de chose… » 

Vieille fille ? À son âge apparent, ça peut encore se réparer. 

Mais ça ne répond pas à sa question. 

 

« Voilà ce qu’on va faire : Vous leur dites que je suis en mission pour le chef d’État. Ils peuvent vérifier, c’est la réalité. S’ils vous virent, vous m’appelez et je vous inviterai à déjeuner pour tenter de vous recaser. Parce que là, franchement, je ne peux plus rien pour vous satisfaire (quoique, il a une idée bien précise pour y parvenir). Et croyez-moi si je vous dis que depuis notre dernière rencontre, je suis bien dans la merde de n’avoir pas pu rempiler très vite. Bien plus que votre cas personnel duquel on peut vous menacer. Ok ? » 

Et il prend congé de la dame encore toute retournée par l’entretien qui ne présage rien de bon quant à son avenir, en lui faisant le baisemain vieille-France, juste en mimant un effleurement du bout des lèvres, comme sa grand-mère lui avait appris à le faire. 

 

Le soir-même, Nathalie et Marie-Claire insistent pour que Paul, Mylène et Miho participent à une « pseudo-pendaison de crémaillère ». 

Leur appartement n’est guère plus grand que le sien mais il y a un monde fou. 

C’est assez curieux : Il y a du goy qui picole le pinard « haut-de-gamme » apporté par Paul, comme du petit-lait et à grandes gorgées, et du feuj-à-calotte, parfois même avec les ribambelles de dentelle le long des cuisses et des pattes le long du visage, qui ne touchent à rien qui ne soit pas spécifié « cascher ». Et ça danse aussi bien le rock que les musiques moyen-orientale. 

« Marrant tous ces trépanés du gland ! » fait à moment Marie-Claire en aparté à Paul. 

Que répondre à un tel propos ? 

« Moi, j’aime bien leurs copines : Elles me semblent assez chaudes. » 

L’œil droit, l’œil gauche, divergents tous les deux, esquissent tout d’un coup des « lumières » en surmontant un sourire narquois. 

« Tu ne vas pas toutes te les faire, Paul. Ce serait mieux de garder ta sève pour une seule. Qu’en penses-tu ? Elle appréciera nettement mieux. » 

Paul n’aime pas la concurrence et la présence d’autres mâles, lui explique-t-il. 

« Alors isolons-nous tous les deux ! » 

Quand femme a une idée en tête, Dieu lui-même n’y peut décidément plus rien. 

L’escalier de service mène au toit. Et un toit, même quand il fait frais, ça pimente manifestement toutes les ardeurs… 

 

(Aparté n° 26)

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/11/au-nom-du-pere-chapitre-xiv-tome-ii.html

 

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