Au nom du père II : chapitre III : Blues persistant

04/10/2015 20:51

 

Au nom du père (Chapitre III ; Tome II)

Blues persistant 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. 

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Dans la semaine, Paul réactive sa cotisation aux « Bureaux des anciens » de Sup-aéro et de polytechnique. S’il doit retrouver un boulot, il a plus de chance en faisant savoir à ses écoles qu’il est disponible, que de passer par l’Apec ou l’ANPE en voie de devenir « Pôle-emploi ». 

Bien sûr, on lui demande d’envoyer un CV réactualisé : Un bon vieux coup de « blues » à refaire la synthèse de tout ce qu’il a pu faire… 

Ce qu’il finit tant bien que mal le lendemain matin. 

 

Lendemain qu’il use à chercher un moyen de locomotion autonome. 

Naturellement, il réveille Miho dans la chambre de Charlotte. Puisqu’elle est là à le suivre depuis si longtemps, autant qu’elle l’accompagne et lui serve de garde du corps, le cas échéant. 

Il va pour acheter une moto, elle opte pour un moyen de gamme de chez Peugeot, mais à quatre roues ! 

Les femmes, partout et toujours les mêmes… 

Un veau le moteur diesel. Et puis ça pue et ça fait du bruit. 

Et puis à 5.000 tours/minutes, si l’accélération est un peu poussive sur les premiers mètres, en revanche, ça « arrache » à chauffer le bitume jusqu’à s’étouffer ! 

30 litres au 100, dans ces moments-là, jusqu’à ce que la boîte automatique passe la vitesse supérieure. 

En revanche, ce qui est marrant, ce sont tous les petits-boutons qui commandent l’ordinateur de bord, qui va jusqu’à régler les sièges en hauteur, réguler la vitesse, la température, régler la luminosité du tableau de bord et déclencher les essuies glaces à la première goutte de pluie ! 

Magique. 

 

Ils en profitent pour pousser une pointe jusqu’à la péniche de Mylène : Presque aussi rapidement qu’en moto, mais en consommant presque un peu moins ! Un vrai chameau : 5,6 l/100, d’après les données de l’ordinateur. 

Avec son gros-cube et son réservoir de 20 litres, il faisait à peine 350 bornes. En conduisant… « lentement », là il en a pour plus de 1.100 km d’autonomie. 

Ils déjeunent entre deux averses, puis rentrent sur Paris : Dernière nuit chez Charlotte. Aurélie est rentrée. 

Et ça tiraille. 

Paul a eu raison : Il y a bien eu une intrusion la nuit précédente et un message du pirate. Un post-it laissé tellement en évidence que ni elle ni « DD » ne l’avait vu la veille : « Dernier avertissement ! » 

Quel avertissement ? 

Y’en a marre ! 

« Si c’est que je crois, ça va très vite être réglé. » 

Il croit quoi ? 

« C’est tellement invraisemblable que je vous en parlerai qu’une autre fois. Quand j’aurai confirmation. » 

 

Finalement le surlendemain, Paul se décide à louer un loft donnant sur la Seine, presqu’en face de Notre-Dame-de-Paris et les jardins du square Jean XXIII, quai Montebello, entre la rue Maître Albert et la rue du haut-pavé. 

Un peu petit, sur deux niveaux, un peu trop « très cher » pour ses finances prévisionnelles qui allaient être malmenées, mais une opportunité avec balcon et sans vis-à-vis. 

La tête de l’agence quand il a fait le chèque de la totalité des loyers d’avance, du dépôt de garantie au prix demandé et les frais contre la remise des clés immédiate au moment de la visite, sans même un état-des-lieux. 

Pas dans ses habitudes qui veulent que les visiteurs discutent des charges, de certaines clauses du bail, des délais, etc. 

« C’est à prendre ou à laisser. J’ai besoin d’un endroit où dormir ce soir ! » 

Et ils dormiront sur le plancher : Les meubles n’ont pas eu le temps d’arriver pour n’avoir été commandés que dans la minute précédent la fermeture du magasin où Miho a fait ses emplettes… 

 

Avantage qui a séduit Paul tout de suite, un parking pas loin, attaché au lot, et surtout une double entrée : Les chambres de service, qui constituaient le « loft » sont accessibles par un autre escalier, dit « de service », qui donne sur une rue de traverse autre que celle de l’entrée principale. 

Miho sera en charge de meubler tout ça et de faire le pied de grue pour les branchements téléphoniques et autres abonnements : Son français reste encore très hésitant, mais elle se démerdera bien, pense-t-il. 

Paul installera son bureau au-dessus, là où on accède à la terrasse ! 

Et pendant ce temps-là, il fait un tour chez les boutiquiers du quai et va jusqu’au bureau de son frère, essayant de noyer son coup de blues dans l’oubli : Dur de repartir à zéro, déménagement compris après tant d’années. 

 

Jacques le reçoit entre deux rendez-vous. 

Aimable, mais limite glacial : Paul reste quand même le meurtrier de son beau-père, celui de sa seconde femme après l’avoir cocufié, même s’il ignore ce détail, et celui qui a viré sa « coloc’ » de Strasbourg après avoir fouillé dans tous ces points de chute. 

Sans parler du fait que Jacques commence à comprendre qu’il a pu être manipulé, depuis avant son mariage, par Priscilla…

« Tu en es où ? » 

Il est au chômage. 

« Tu as besoin d’argent ? » 

Gentil de sa part, quoique « sa part », il avait promis de la lui restituer un jour, dans l’avion où tout a débuté, il y a à peine quelques semaines. 

« Je m’inquiétais plutôt de ton sort. Tes histoires de succession avortée, ton ex qui s’est inquiétée, tes gosses, tes associés ! » 

Qu’il ne lui en parle pas : « Tonton s’est pointé au cabinet l’autre jour, me croyant mort. Il a failli défaillir ! Qu’est-ce que j’ai bien ri ! » 

Il imagine, mais il a aussi autre chose en tête. 

« Là, je vais avoir un peu de temps pour m’occuper de « nos affaires » communes. Pourrais-tu me retrouver ta cliente, celle dont tu m’as parlée que tu avais fait sortir de la centrale pour femme ? » 

Drôle de question. Il veut en venir où ? 

« Je veux la rencontrer pour m’imprégner un peu plus de son histoire, comprendre comment ça fonctionnait sous Lacuistre, le directeur de la taule ! » 

« Tu es fou ! Ce n’est pas à nous de régler ces problèmes. Mais à la Justice. Ne te mêle pas de ça ! » 

Il veut juste comprendre, savoir, c’est tout. 

« Tu as raison. Si quelque chose est à faire, ce sera à la juge Trois-Dom de le faire. Mais si on ne lui apporte aucun élément, elle ne fera rien. Je veux juste savoir. Après on avisera ! » 

Valérie Truyère. Elle habite dans la région de Lyon. Lyon même, peut-être.

En réalité, « DD » en retrouvera trace à Beaune, la ville des célèbres auspices aux toits si extraordinaires… 

 

C’est en rentrant qu’il se fait abordé par un « monsieur passe-partout ». 

« Paul de Bréveuil, je présume ? » Bouffée d’adrénaline… 

Enchanté. Qui êtes-vous ? 

« Mon nom ne vous dira rien. Jacques Chirac, pour vous complaire. Je voulais juste vous dire qu’on s’inquiète pour votre santé et votre moral en haut-lieu. Vous allez bien, j’espère ? » 

L’outrecuidant que Paul désespérait d’attendre… 

« J’imagine que cela pourrait aller plus mal. » 

L’autre en reste sans voix sur l’instant. Mais comprend le sens de la répartie. 

« Si vous avez reçu les « petits-messages » subliminaux, c’est que vous savez ce qu’on attend de vous, crois-je comprendre. » 

Ils continuent de marcher côte-à-côte, à petite allure. 

« Vous pourriez dire de ma part à vos chefs, que si c’est une question d’argent, je peux les dédommager de ma propre poche. » 

Il s’arrête. Et Paul en profite pour se retourner à faire face à son voisin et en « circulariser » du regard les voitures et piétons alentour, pour jauger de la menace. 

« Je transmettrai. » 

« N’allez pas si vite » reprend Paul quand le Chirac de pacotille fait mine de rebrousser chemin. 

« Je sais qui vous êtes et vous ne savez pas qui est derrière moi. Sachez seulement que je ne peux rien pour vous : Je n’ai plus les clés. Dites à vos chefs de trouver un autre chemin. » 

Une menace ? 

« On ne menace pas vos patrons, vous le savez bien. Restons-en là. Tout ira bien, ne pensez-vous pas ? » 

Et « Jacques Chirac » s’en va dans la foule jusqu’à une bouche de métro proche. 

Paul se garde bien de l’y suivre. Il est sûr qu’il a du monde en protection rapprochée. 

En revanche, il n’est pas certain de la suite. 

Mais finalement, il s’assied en terrasse et rien ne se passe. 

Maintenant, il est sûr que la « blague » des canadiens se confirme. Ou alors, on est dans une « grosse manipulation » à plusieurs étages dont il n’est qu’un « tout-petit-pion » sur un immense échiquier. 

 

Car la semaine suivante, il passe à autre chose et file à Beaune, avec Charlotte, rencontrer Valérie Truyère, visiteuse de prison à ses heures, et « assistante médicale » dans une clinique proche de l’hôpital de la ville. 

Elle s’occupe des grabataires et des clients de la morgue de la clinique voisine. 

Une femme vieillie avant l’âge, au visage rond et aux traits creusés, la tignasse peu avenante, qui les reçoit à sa « pose méridienne » en terrasse d’un café installé devant le parc attenant dudit l’hôpital, à proximité d’où elle travaille. 

Réticente au début, de parler de son passé soi-disant criminel, puis, plus calme à en causer, « sans haine ni violence », mais avec d’immenses détresses dans les yeux.

« Ce sont mes enfants qui m’ont accusé d’avoir assassiné mon mari. Le pauvre ! C’est lui qui me faisait mourir d’ennui. Et il est mort en se trompant dans ses doses de médicament. Un hyper-tendu hypocondriaque. 

Mais il leur fallait un coupable. » 

Enfants « manipulés » par la belle-famille, bousculés par les gendarmes, quelques empreintes bien naturelles sur les boîtes et bouteilles de médicaments, une enquête bâclée par l’instruction à charge, une défense maladroite et une première condamnation en assises. 

« Sans votre frère, j’y serai encore. Il a pu faire casser mon procès et on est reparti pour un tour : Je n’étais pas là le soir fatidique et le PV que je me suis prise sur la route du retour n’avait pas été versée au dossier. 

En fait, j’ai le sentiment que tout le monde, même mon avocat, me croyait coupable, parce que moi-même je me sentais coupable de ne pas être rentrée à l’heure du travail pour administrer ses médicaments à mon mari. » 

Triste histoire qui lui a valu presque trois années en enfer, il y a bien longtemps. 

 

« Lacuistre, ce salaud, il nous en faisait baver ! Si on était « gentille » et consentante, ça pouvait se passer bien. Sans ça, tout le monde savait qu’il était capable de nous pourrir la vie par d’innombrables brimades et autres humiliations. » C’était leur « mac », leur seul « protecteur » dans cette prison de femmes. 

C’était quoi « être gentille » ? 

« Les nouvelles étaient accueillies par lui-même, qui assistait toujours aux arrivées, quand il s’agit de se mettre à poils devant les gardiennes, d’écarter les cuisses ou de se faire fouiller le vagin. C’était le seul mec avec les toubibs. » 

« Si on n’était pas trop moche, il nous faisait venir dans son bureau et nous expliquait qu’il fallait être gentille et docile. » 

Il leur expliquait que, pour être devenue la lie de l’humanité, il avait droit de vie ou de mort sur toutes les pensionnaires : « Vous imaginez déjà le stress d’être condamnée, lourdement pour la plupart, de se retrouver dans un nouvel univers encore plus gris que les maisons d’arrêt et d’entendre un pareil discours à peine rhabillée de la tenue réglementaire ! » 

Quand les filles répondaient oui, il leur demandait de lui faire une fellation. « Attention, ce salaud vous entravait avant. Pas question de mordre sans se prendre une décharge électrique puissante dans l’anus ! » 

« J’ai toujours pensé que c’était un impuissant. Il jutait rarement. Il bandait mou et s’arrêtait avant d’en finir. Quand on parvenait à lui durcir le sexe, c’était pour nous retourner et nous enculer. » 

Délicate la fille… 

Toujours sans capote, mais avec d’abondants gels pour faciliter la sodomie. 

« Globalement, il avait ses têtes et ne pensait qu’à ça. D’autant mieux que les filles, elles aussi ne pensaient qu’à ça de leur côté. Je ne vous dis pas le panier de gouines que ça pouvait être, toutes ravies de se « faire punir » par le Dirlo dès que ça déconnait dans les cellules ou dans les douches où il patrouillait quand il n’était pas occupé à autre chose ! » 

Mais c’est fou, ça. Et les récalcitrantes ? 

« C’était elles qui étaient jetées en pâture aux petites-caïds de ce bordel carcéral. Et elles en prenaient plein la gueule pour pas cher. Un enfer. On comprend vite ce qui reste à faire avant que toute la prison ne vous chie dessus, vous crache à la gueule ou vous prenne pour une serviette hygiénique. 

Les autres avaient des traitements de faveur : Elles pouvaient sortir les vendredis soirs pour participer à des soirées masquées où des « vieux » s’éclataient avec nos culs. 

J’y ai participé. Immonde ! Une vaste partouze où on nous mettait parfois en file indienne, attachées, la croupe à l’air, offertes à toutes ces bites inconnues. Et ils passaient, repassaient, parfois éjaculaient, souvent non : De vrais bonobos en rut ! »

Ils étaient nombreux ? 

« On était une dizaine, ils étaient deux à trois fois plus, parfois. On ne voyait pas grand-chose pour être bâillonnées avec une cagoule sur la tête et juste une ouverture pour la bouche. Et eux étaient souvent masqués, comme je vous l’ai dit. » 

Personne ne portait plainte ? 

« Vous n’y pensez pas ! D’abord, celles qui pensaient le faire, elles disparaissaient les nuits suivantes. Les gardiennes les isolaient au mitard pour des broutilles dans la journée. Ça pouvait durer deux ou trois jours avant qu’elles ne disparaissent. Car parfois, on ne les revoyait jamais plus. Nous avions un « bon docteur », qui nous faisait souvent des tests de MST et de grossesse. Il nous avortait aussi à tour de bras et à l’œil à l’occasion. Parfois, il emmenait l’une d’entre nous dans sa clinique sans raison et on ne la revoyait jamais : Un vrai « trou noir » ! 

Par contre, quand on était « gentille », nos dossiers de remise de peine étaient traités une peu plus rapidement qu’ailleurs, il nous faisait saliver en nous tenant régulièrement au courant des décisions qui étaient toujours « favorables ou en bonne voie. » »

 

Source : http://flibustier20260.blogspot.fr/2015/10/au-nom-du-pere-chapitre-iii-tome-ii.html

 

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